"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

jeudi 29 décembre 2011

La musique du hasard, Paul Auster



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Nashe, qui a hérité de deux cent mille dollars, se débarrasse de ce qu’il possède, achète une voiture et entreprend de sillonner l’Amérique. Ainsi rencontre-t-il Pozzi, professionnel du poker, avec qui il décide de miser le restant de sa fortune dans une partie "facile" contre deux millionnaires excentriques, Flower et Stone. Et le plus extravagant commence alors… A chacun de ses romans, Paul Auster révèle une nouvelle dimension de sa maîtrise romanesque. Et son succès, en Europe comme aux Etats-Unis, doit beaucoup à la manière qu’il a de combiner une esthétique européenne avec des mythes américains. Les amateurs de littérature romanesque seront comblés par ce livre scintillant de coïncidences et de conjonctions révélatrices, écrit avec une ferveur et une habileté narratives plus "austériennes" que jamais.

C'est le dernier roman de Paul Auster qu'il me restait à lire. Cependant, j'ai prévu une relecture du "Livres des illusions" dans un avenir pas si lointain.

"La musique du hasard" est, comme vous l'aurez deviné, un roman qui traite beaucoup de ce thème du hasard qui est très présent dans l'oeuvre d'Auster. La thèse de l'auteur, et je suis d'accord avec lui, semble être que chaque événement qui nous arrive est le fruit du hasard, contrairement à ce qu'en pensent plusieurs. Alors, les personnages intéressants qui peuplent ce livre se verront dominer par les hasards (quotidiens). Pour le meilleur et pour le pire.

En plus de ce thème abondamment exploité (mais aussi exploité subtilement) dans le récit, j'y ai vu aussi une critique du capitalisme. Bien cachée par contre, cette critique est en relation avec l'argent, le travail, le plaisir et plus globalement, notre quotidien. Petit à petit, les personnages se retrouvent prisonniers des riches et confinés aux travaux forcés pour simplement survivre. En plus, on retrouve des parcelles du syndrome de Stockholm vis-à-vis du capitalisme. Les gens finissent par s'y sentir bien!

Malgré une deuxième moitié plus romanesque et dans la plus pure tradition de cet écrivain, la quatrième de couverture et la première partie du roman annonçaient pourtant un Auster plus dans le genre du thriller. Notamment avec un sujet comme le poker, la course à l'argent, etc., je croyais que l'intrigue se rapprocherait d'un banal thriller américain. Par chance, ce ne fût pas le cas pour la suite.

Finalement, même s'il ne fait pas partie de mes préférés, "La musique du hasard" est agréable à lire et Auster nous entraîne sur quelques pistes qui resteront ouvertes et surtout, inachevées par l'auteur. Quelques personnages disparaissent, le mystère plane. La fin est éblouissante et bref, c'est un roman à lire!

mardi 27 décembre 2011

Tombouctou, Paul Auster



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Willy erre dans Baltimore à la recherche de son ancienne institutrice car, avant de mourir, il aimerait lui confier son chien — le fidèle Mr Bones — et aussi l’œuvre de sa vie : soixante-quatorze cahiers, et notamment les huit cents premiers vers d’une épopée inachevée, Jours vagabonds. Mais Willy meurt sans avoir pu assurer l’avenir de ses écrits, et Mr Bones se retrouve seul, livré à lui-même, privé de ce maître qui fut pour lui le pivot et la raison d’être de l’univers. Pour Mr Bones c’est une évidence, Willy est désormais à Tombouctou, l’au-delà des bienheureux. Les harangues de Willy et les souvenirs que Mr Bones garde des méditations de son maître constituent la plus grande part d’une fable romanesque écrite avec un art de la narration qui, depuis son premier livre, a fait la réputation de Paul Auster.

C'est un court roman de cet auteur. En format hardcover, il ne fait que 210 pages. Et heureusement, j'oserais dire. Je n'aime pas les histoires avec des animaux comme personnages principaux (à part "La ferme des animaux" de George Orwell, mais ce dernier est un génie) et malgré une très jolie couverture et un résumé très réussi en quatrième de couverture, ce roman m'a ennuyé, comme je m'y attendais un peu.

En plus de suivre un chien tout au long du récit, Paul Auster ramène à sa plus simple expression ses thèmes préférés. L'histoire est une fable, je le conçois, mais je crois qu'il aurait dû expliciter davantage l'épopée poétique inachevée de Willy, le compagnon du chien (qu'on retrouve seulement dans la première moitié du roman). Donc, Auster ne nous parle presque pas de poésie, de littérature. La métaphore qu'on peut tirer de "Tombouctou" est également très mince.

Bien qu'il soit à part dans la bibliographie de l'écrivain, ce roman est proche de "Mr. Vertigo". Comme pour ce dernier, on ne sait pas trop à qui il voulait s'adresser. On sent le roman d'apprentissage pas trop loin mais pas trop réussi non plus. Bref, ces deux livres sont rachetés par une seule et unique chose : la plume agréable de l'auteur.

dimanche 25 décembre 2011

Moon Palace, Paul Auster



Ma note: 8,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: "Rien ne saurait étonner un Américain." Telle est l’épigraphe empruntée à Jules Verne par laquelle Paul Auster invite le lecteur à suivre les tribulations de son héros. Marco Stanley Fogg raconte ici les circonstances étranges qui ont marqué le commencement de sa vie, depuis son arrivée à New York en 1965 jusqu’à ce que, sept ans plus tard, il découvre l’identité de son père… à temps pour assister à son enterrement. Et ses amours, ses rencontres, sa misère, ses errances dans les paysages mythiques de l’Amérique rêvée constituent le matériau d’un formidable roman d’aventures en même temps qu’elles apparaissent comme les étapes d’un voyage initiatique aux confins de la solitude et de la déréliction — thèmes fondateurs de l’œuvre de l’écrivain.

Au-delà de tous les thèmes qui se retrouvent dans ce roman (et ce sont les mêmes thèmes austeriens que ses autres romans), celui de la solitude est certainement le plus important. La première partie au complet traite amplement de ce thème et l'écrivain semble s'être inspiré de la vie d'Emily Dickinson, la grande poétesse américaine qui s'est enfermée pendant 30 ans. Mais ici, c'est un jeune homme, le héros, qui vit en reclus et dans la seconde partie du récit, il quittera sa solitude extrême pour la route. Il y rencontrera d'autres personnages intéressants et vivra des expériences pour le moins rocambolesques. Sur sa route, en plus de se retrouver lui-même, il retrouvera son passé.

L'histoire est aussi très proche de celle, réelle, de Chris McCandless, le jeune homme dont l'histoire nous est parvenu grâce au livre (et au film) "Into The Wild". J'avais aimé ce livre tout comme j'ai aimé "Moon Palace". Celui de Paul Auster est un peu le pendant fictif d'"Into the Wild". Mais, bien sûr, il y a plusieurs différences. Entre autres, on peut dire que "Moon Palace" se déroule plus à l'intérieur et dans les villes. Les thèmes de l'imagination, du mystère et du hasard sont aussi plus présents dans "Moon Palace".

En terminant, je dois dire que j'ai davantage préféré la première partie au reste du roman. Parce qu'après cette première partie, le récit devient quelque peu ennuyeux et le destin du personnage principal me glissait petit à petit entre les doigts.

Cependant, "Moon Palace" est sans contredit un de mes préférés de Paul Auster.

vendredi 23 décembre 2011

Brooklyn Follies, Paul Auster



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Nathan Glass a soixante ans. Un divorce, un cancer en rémission, trente ans de carrière dans une compagnie d'assurances à Manhattan et une certaine solitude qui ne l'empêche pas d'aborder le dernier versant de son existence avec sérénité. Chaque jour, Brooklyn et ses habitants le séduisent davantage, il prend ses habitudes, tombe sous le charme d'une serveuse et décide de faire un livre dans lequel seraient consignés ses souvenirs, ses lapsus, ses faiblesses de langage, ses grandes et petites histoires mais aussi celles des gens qu'il a croisés, rencontrés ou aimés. Un matin de printemps, le 23 mai de l'an 2000, ce livre intitulé Brooklyn Follies prend une autre dimension. Ce jour-là, dans une librairie, Nathan Glass retrouve son neveu Tom Wood. Perdu de vue depuis longtemps, ce garçon de trente ans reprend très vite la place qui fut la sienne dans le cœur de son oncle. Et c'est ensemble qu'ils vont poursuivre leur histoire, partager leurs émotions, leurs faiblesses, leurs utopies mais aussi et surtout, le rêve d'une vie meilleure à l'hôtel Existence... Un livre sur le désir d'aimer. Un roman chaleureux, à travers lequel tous les grands thèmes austériens se répondent, où les personnages reprennent leur vie en main, choisissent leur destin, vivent le meilleur des choses - mais pour combien de temps encore, en Amérique ?...

Ce fût une de mes plus belles lectures de Paul Auster. On y retrouve à peu près tous les thèmes chers à l'auteur (notamment l'identité, la solitude, les livres, la création artistique, l'imagination, etc.) et j'ai aimé particulièrement "Brooklyn Follies" parce qu'on y parle d'auteurs que j'affectionne, comme Thoreau (mais cela n'est pas nouveau pour Auster), Emily Dickinson, Wittgenstein et Kafka, qui n'est pas mon préféré du lot mais qui a eu une vie extraordinaire. Il décrit même l'histoire de la poupée de Kafka, que je ne vous conterai pas mais que je vous laisserai plutôt découvrir. Avec "Brooklyn Follies", Paul Auster n'a pas peur de nous faire part de sa grande culture littéraire, pour notre plus grand bonheur. Dans ses autres oeuvres, il semblait afficher, malheureusement, un peu plus de retenue sur ce point.

Le concept de L'Hôtel Existence est particulièrement réussi. Sans vous en dévoiler trop, comme plusieurs critiques le font souvent, je vous dirai simplement que l'art d'écrire occupe une grande place dans ce livre et L'Hôtel Existence y joue un grand rôle.

Donc, pour terminer, ce que j'aime en littérature se retrouve dans ce roman. En plus d'une construction bien menée, d'un juste équilibre dans le rythme et de personnages plus attachants les uns que les autres, on en apprend beaucoup avec ce bouquin. La musicalité de la prose de Paul Auster y est pour beaucoup dans mon appréciation de ce grand auteur (même en traduction, on sent parfaitement cette musicalité des mots). Ainsi, tous les éléments sont réunis pour lui donner le nom de chef-d'oeuvre.

mardi 20 décembre 2011

Léviathan, Paul Auster



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: C’est une course de vitesse qui s’engage dès le premier chapitre de Léviathan. En effet, quand Peter Aaron (P.A. comme Paul Auster) lit dans les journaux que, sur une route du Wisconsin, on a retrouvé le corps défiguré d’un homme qui s’est tué en manipulant un engin explosif, il n’hésite pas : il s’agit à coup sûr de Benjamin Sachs qui fut son très proche ami. Et il entreprend aussitôt de reconstituer et d’écrire l’histoire de Sachs, pour que l’on sache quelles interrogations sur l’identité américaine ont conduit celui-ci à cette fin quasiment prévisible, et pour prévenir ainsi les mensonges des enquêteurs. Dès lors, P.A. se lance sur toutes les pistes qui s’ouvrent, explore les étrangetés de conduite qu’il découvre (en particulier celles des couples et des femmes) et relève avec soin chacune de ces coïncidences qui ont quelque chose d’un rictus du destin. Et soudain l’on comprend que l’une des clefs essentielles dans l’art de ce romancier si "différent", c’est sa manière d’être moins le portraitiste que le biographe de chacun de ses personnages. Le délire parfois mortel qui les anime nous devient aussi présent que si nous vivions parmi eux et, du coup, les lignes de fuite du récit, à la manière d’un trompe-l’œil, s’inscrivent dans la perspective des nôtres.

Ce roman de Paul Auster m'a quelque peu déçu. Il avait gagné le prix Médicis étranger en 1993 et plusieurs le considère comme un chef-d'oeuvre. C'est vrai qu'il est très bien écrit, comme toujours avec Auster, et qu'il jouit d'une construction sans faille. Mais je m'attendais à plus.

En effet, une grande partie du roman est quasiment sans intérêt. En tout cas, je n'y ai pas trouvé mon compte. Le début est très bien, parce qu'il est mystérieux et on veut en apprendre plus sur ce Ben Sachs. La fin aussi est très réussie. Même si je l'avais vue venir de loin, elle nous éclaire sur nombre de points. Mais entre ces deux parties, c'est le néant. Il ne se passe rien, les conversations entre les personnages sont à la limite de l'inutilité et l'ennuie est au rendez-vous.

Pourtant, le roman ne fait que 310 pages en format hardcover. Il ne devrait pas y avoir de longueur.

Quant au contenu, je ne peux me prononcer parce que j'en dirais trop (et dévoilerais par le fait même l'intrigue et le dénouement qui sont cachés dans le récit). La quatrième de couverture fait le travail sur ce point et même très bien. Mais dans le même genre, j'avais de loin préféré "Pastorale américaine" de Philip Roth, que je vous recommande davantage que "Léviathan".

samedi 17 décembre 2011

L'Art français de la guerre, Alexis Jenni



Ma note : 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: J’allais mal; tout va mal; j’attendais la fin. Quand j’ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l’avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n’arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu’aux coudes. Mais il m’a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l’armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails. Il m’apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l’art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l’émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue.

Je vous assure, j'avais de grande appréhension avant de lire ce roman. Il a gagné le Goucourt de cette année et la dernière fois que j'avais lu un livre parce qu'il avait gagné ce prix, ce fut pour "Les bienveillantes" de Littell. Et j'avais été très déçu, surtout par le style d'écriture de l'auteur que je jugeais, à l'époque, trop simpliste, trop scolaire. Donc, étant donné que "L'Art français de la guerre" a un peu le même thème que "Les bienveillantes", mon appréhension était double.

Mais non, j'ai adoré ce livre. Le style est d'une rare beauté, surtout si on compare à la moyenne de ce qui sort sur le marché. Ce style est riche en vocabulaire, mais en même temps, il est facile à lire. La plus grande qualité qu'un livre puisse avoir selon moi, c'est quand on n'a pas l'impression de lire, que le livre n'est pas "écrit". C'est exactement ce qu'on a avec celui-ci.

Aussi, la construction du roman est agréable et toute en profondeur. On alterne entre les impressions et les commentaires du narrateur, et le récit de la vie de Victorien Saragnon sur les vingt ans de la guerre française.

Par contre, ce roman est à la limite de l'exercice de style. Certains le trouveront ennuyeux. Malgré un titre accrocheur sur la guerre en tant que telle, je ne crois pas que l'auteur explore beaucoup ce sujet. Les descriptions sont nombreuses et malgré quelque 600 pages, on en apprend peu sur les guerres françaises. Je ne connaissais pas du tout ces faits historiques (je ne suis pas français, j'ai donc un bon argument) et le roman ne m'a pas appris autant qu'un livre d'histoire l'aurait fait (certainement pas). Mais peu importe. C'est un grand roman de Jenni. Il le méritait ce Goucourt, sans aucun doute.

dimanche 11 décembre 2011

Le Passager, Jean-Christophe Grangé



Ma note: 7/10

En quatrième de couverture, on ne peut lire que ceci: Je suis l'ombre. Je suis la proie. Je suis le tueur. Je suis la cible. Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre. Mais si l'autre est moi-même?

L'histoire est celle d'un psychiatre qui réalise qu'il n'est pas celui qu'il pensait être. Il part donc à la recherche de ses personnalités antérieures, parce que sa maladie mentale lui fait changer constamment de personnalité et lui fait oublier celles d'avant. Grangé écrit son roman en déconstruisant le personnage principal, en ce sens qu'à chaque partie, on suit la personnalité d'avant. Même si le roman suit une ligne temporelle chronologique, quand on avance dans notre lecture, l'auteur nous fait découvrir le passé du personnage principal, du psychiatre. Cela peut sembler complexe, mais avec presque 800 pages, il devient facile de suivre l'histoire et cela devient même redondant.

Je commence à avoir fait le tour de ce genre de thriller (et même des thrillers en général). C'est toujours pareil, ou presque, et dans celui-ci on doit subir 800 pages de descriptions plus inutiles les unes que les autres. Le bouquin aurait pu facilement avoir moitié moins de pages. J'aime bien lire de longs classiques ou même de long romans contemporains (surtout dans le genre réaliste), mais ce genre de thriller est beaucoup trop long inutilement. C'est pénible et cela m'enlève le goût de me replonger dans un autre thriller.

Quant à l'histoire en tant que tel, pour vous faire une idée, vous pouvez prendre les films "Identité" (avec John Cusack) et "Memento", avec une touche de "La part des ténèbres" de Stephen King et vous aurez "Le passager" de Jean-Christophe Grangé. Ce dernier est à peu près identique à ces trois récits imbriqués. Bien sûr que dans "Le passager" le personnage principal n'a pas tout à fait la même maladie mentale que dans ces trois histoires, mais c'est tout comme. Les différences sont minimes, surtout si on le compare à "Identité".

Ce livre m'a aussi beaucoup fait penser aux romans de Dean Koontz, le maître du genre. Grangé n'est pas au même niveau que Koontz selon moi, parce qu'il s'entête à écrire de trop longs romans. Dans un genre un peu différent, j'avais préféré son roman "La ligne noir".

Donc, pour conclure, je ne saurais dire si je vous recommande "Le passager", parce qu'il faut une patience à toute épreuve pour passer au travers. Par contre, si on fait exception de ce grand défaut, on peut dire qu'il passe le test. Au nombre de thrillers qu'il y a sur le marché, celui-ci s'en tire honorablement bien et est même supérieur à la moyenne. L'histoire est bonne et malgré plusieurs clichés tout au long du récit, c'est un bon livre.

mardi 6 décembre 2011

ilium, Dan Simmons



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Imaginez que les dieux de l’Olympe vivent sur Mars. Ils se déplacent librement dans le temps et l’espace grâce à leurs pouvoirs quantiques. Leur plus grand plaisir, c’est la Guerre de Troie qui se joue sous leurs yeux. Pour y mettre un peu plus de piment, ils envoient des érudits terriens modifier les événements à leur gré, en gardant toutefois le récit d’Homère comme référence. Mais en orbite autour de Mars, de petits observateurs surveillent les jeux divins...Batailles grandioses, intrigues politiques et amoureuses, dialogues savoureux, une fresque passionnante qui mêle space opera et mythologie avec grand brio ! Dan Simmons réécrit l’Iliade avec une imagination délirante et un humour corrosif. Après Hypérion, voici le nouveau monument du maître de la science-fiction.

Avec ilium, Dan Simmons revient à la science-fiction avec un roman semblable à Hypérion sur plusieurs points. On est dans la space opera, le futur, etc. En plus, comme pour Hypérion, Simmons revient sur le passé (avec plusieurs références) et donc, sur notre présent.

Un autre point exploité avec ilium et Hypérion, c'est la présence de grands auteurs. Ici, Proust et Shakespeare occupe une grande place dans les propos de l'auteur et il joint ces auteurs dans sa description du récit. Avec Hypérion, Keats, bien entendu, occupait une place centrale.

Mais Hypérion était davantage réussi. Avec ilium, on voit rapidement que Simmons n'écrit pas son chef-d'oeuvre. L'histoire devient lassante, elle traîne en longueur et on se demande même si on va tenir jusqu'au bout.

Cela ne me donne pas le goût de lire la suite, Olympos, comme j'avais prévu de le faire.

Pour ce qui est du contenu en tant que tel, la quatrième de couverture est très juste à ce sujet, parce qu'ilium reprend l'iliade d'Homère et c'est cela qui marque le roman. L'aspect science-fiction est quasiment épuré pour faire place au récit d'Homère, écrit en prose, cependant. C'était une bonne idée de départ, mais qui tombe à plat plus notre lecture avance.

mercredi 30 novembre 2011

La lenteur, Milan Kundera



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: « "Un roman ?" demande-t-elle angoissée.
J'incline la tête.
"Tu m'as souvent dit vouloir écrire un jour un roman où aucun mot ne serait sérieux. Une Grande Bêtise Pour Ton Plaisir. J'ai peur que le moment ne soit venu. Je veux seulement te prévenir : fais attention."
J'incline la tête encore plus bas.
"Te rappelles-tu ce que te disait ta maman ? J'entends sa voix comme si c'était hier : Milanku, cesse de faire des plaisanteries. Personne ne te comprendra. Tu offenseras tout le monde et tout le monde finira par te détester. Te rappelles-tu ?
- Oui, dis-je.
- Je te préviens. Le sérieux te protégeait. Le manque de sérieux te laissera nu devant les loups. Et tu sais qu'ils t'attendent, les loups."
Après cette terrible prophétie, elle s'est rendormie.»

Vous aurez compris que cette quatrième de couverture est une citation du roman. J'ai déjà lu sur wikipédia que ce n'est pas facile de résumer un livre de Kundera. Et c'est vrai. L'auteur le veut ainsi. Ses livres ne sont pas ce qu'on appelle des romans-romans. Ce ne sont pas des fictions qui vont d'un point A à un point B. Ça s'entremêle, l'action est interrompue par les pensées de l'auteur, etc. Avec celui-ci, "La lenteur", c'est encore plus vrai. On est quasiment dans un essai tellement l'intrigue et le récit sont minces. Et encore une fois, c'est difficile à résumer. Peut-être que c'est pour ça que la quatrième de couverture est ainsi faite.

Donc, en parlant de wikipédia, j'ai trouvé ce résumé qui se rapproche du récit que j'ai lu et je le partage avec vous: "Vera et Milan Kundera assistent à un colloque d'entomologiste se situant dans un château. Les petits drames du colloque donneront à Milan Kundera l'inspiration à diverses réflexions sur le monde moderne, qu'il mettra en liaison avec le récit d'un écrivain libertin du XVIIIe siècle, Vivant Denon, qui faisait dérouler l'action de son récit dans ce même château. Les divers récits s'entremêleront pour faire surgir la réflexion". Je crois que c'est le mieux qu'on puisse faire pour résumer ce livre.

Pour continuer sur la forme, je dirais que la brièveté est encore une fois le plus grand défaut du roman. Pourquoi encore? Et bien parce que "La lenteur" est le premier bouquin écrit directement en français par Kundera et dans sa période "française", cet écrivain a écrit de courts romans. Je dirais même beaucoup trop court, ce qui frustre le lecteur en quelque sorte. Frustré de ne point en avoir eu plus à se mettre sous la dent. Frustré aussi de lire un génie littéraire qui se contraint à écrire un roman trop court, en allant seulement à l'essentiel. Je crois que la littérature doit être plus que cela. Mais qui suis-je pour contrarier Milan Kundera?

Alors, pour finir, voici un très bon roman, mais trop court. Dans la deuxième moitié du récit, Kundera tombe dans la grossièreté, mais venant de lui, le tout est bien fait, tout en douceur, et presqu'en délicatesse. Pour quelqu'un qui n'écrit pas dans sa langue maternelle, c'est réussi. Mais comme je le disais, j'en aurais pris beaucoup plus.

lundi 28 novembre 2011

La nuit de l'oracle, Paul Auster



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Après un long séjour à l'hôpital, l'écrivain Sidney Orr est de retour chez lui. Toujours aussi amoureux de sa femme Grace, il reprend lentement goût à la vie. Mais il est accablé par l'ampleur de ses dettes et par l'angoisse de ne plus jamais retrouver l'inspiration. Un matin, alors qu'il fait quelques pas dans son quartier, il découvre une toute nouvelle papeterie, au charme irrésistible. Sidney entre, attiré par un étrange carnet bleu. Le soir même, presque dans un état second, Sidney commence à écrire dans le carnet une captivante histoire qui dépasse vite ses espérances. Sans qu'il devine où elle va le conduire. Ni que le réel lui réserve de plus dangereuses surprises... Virtuosité, puissance narrative, défi réciproque de l'improvisation et de la maîtrise, La Nuit de l'oracle précipite le lecteur au cœur des obsessions austériennes, dans un face à face entre fiction et destin. Comme si l'imaginaire n'était rien d'autre que le déroulement du temps avant la mort. Ou pire encore, son origine.

Ce roman de Paul Auster m'a beaucoup fait penser à "Seul dans le noir". La construction est semblable, parce qu'encore une fois on est dans l'emboitement d'histoires, l'histoire dans l'histoire, dans la mise en abyme (et ici on pourrait même dire "les mises en abyme"). Donc, un homme seul chez lui (enfin, presque seul) commence à écrire une histoire. Et plus on avance, le thème de la réalité dépassant la fiction refait surface. Par contre, même si le récit de "La nuit de l'oracle" ne m'a pas rejoint autant que celui de "Seul dans le noir", on peut dire que "La nuit de l'oracle" est beaucoup plus profond, notamment parce qu'il est plus long. On a donc le temps de bien pénétrer dans l'histoire et d'apprécier à sa juste valeur la plume agréable d'un Paul Auster, qui maîtrise l'art du roman à la perfection. L'art du post-modernisme en particulier.

Mais ce qui ne m'a pas plu dans ce bouquin, c'est la complexité des récits. Souvent, on se demande dans qu'elle histoire on est. Et par moment, il y a trois récits d'imbriqués et personnellement, j'ai été perdu.

Aussi, les romans de Paul Auster commencent à tous se ressembler, et ainsi, après plusieurs livres lus de cet auteur, on devient insensible à ce genre de texte. On n'est plus surpris et on commence à connaître les astuces de l'auteur. On voit maintenant les ficelles qui nous échappaient peut-être quand on commençait tout juste à lire cet écrivain.

Finalement, je conseillerais plutôt "La trilogie new-yorkaise" d'Auster si vous ne l'avez pas encore lu ou bien, dans un genre un peu différent, "Le voyage d'Anna Blume". J'aime beaucoup cet auteur mais parfois ses romans tombent à plat. Sans être dans cette catégorie, "La nuit de l'oracle" n'est pas ce qu'il a fait de meilleur, loin de là.

vendredi 25 novembre 2011

L'adversaire, Emmanuel Carrère



Ma note: 9/10

Voici la quatrième de couverture: « Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L’enquête a révélé qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Je suis entré en relation avec lui, j’ai assisté à son procès. J’ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d’imposture et d’absence. D’imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu’il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d’autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m’a touché de si près et touche, je crois, chacun d’entre nous. »

Après avoir lu l'excellent "Limonov" de Carrère, je me suis dis pourquoi ne pas lire ses oeuvres précédentes. Comme j'avais déjà vu le film "L'adversaire" mais que je ne me rappelais pas en détail l'histoire de Jean-Claude Romand, j'ai pensé que ce serait une bonne idée d'en faire la lecture. La quatrième de couverture décrit bien le sujet général de l'ouvrage, ou de la tragédie, mais le récit est d'une puissance rarement vu en littérature.

Comme pour "Limonov", Carrère se met en scène dans cette biographie de Romand. On traverse donc les frontières de la biographie en tant que telle et je crois que le meilleur mot pour décrire le genre de ce bouquin est "Récit". C'est le récit d'une et plusieurs vies, le récit d'une expérience. On ne se fait pas décrire des faits comme c'est le cas avec la plupart des biographies, mais on pénètre dans la tête de Jean-Claude Romand et dans celle d'Emmanuel Carrère.

Plus ce récit avance et plus on est dans le thème du mensonge, de la réalité trafiquée. Le lecteur ne sait plus où donner de la tête, Carrère nous faisant vivre une expérience littéraire d'une force inouïe. Le peu qu'il manquait dans "Limonov" on le retrouve avec "L'adversaire". Notamment une émotion à fleur de peau. Et jamais l'auteur ne tombe dans le "human interest" de bas étages.

Je conseille donc "L'adversaire" à tous. C'est un rare livre où l'histoire intéressante côtois une écriture presque parfaite mais avec une histoire vécue, où la fiction ne prend place que dans la tête du personnage principal. L'auteur nous amène plus loin qu'un simple roman ou qu'une simple biographie. En seulement quelque deux cents pages, Carrère réussi presque l'impossible. La perfection littéraire.

mercredi 23 novembre 2011

Les âmes mortes, Gogol



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: À peine arrivé dans la ville de N..., Tchitchikof, personnage mystérieux et diabolique, s'y adonne à un étrange commerce : il entreprend d'acheter aux propriétaires terriens leurs serfs décédés entre deux recensements - leurs « âmes mortes » -, en vue de se constituer une propriété fictive qui lui permettra de contracter un emprunt... Récit loufoque d'une descente aux Enfers ? Tableau réaliste et satirique de la noblesse provinciale ? Poème baroque de la terre russe ? Ou encore, épopée sur la trivialité universelle ? Les Âmes mortes, dont seule la première partie fut publiée, en 1842 - la suite, dont il nous reste les brouillons, fut brûlée par l'auteur, et l'oeuvre demeura inachevée à sa mort -, est le roman le plus énigmatique de Gogol, et l'une des oeuvres les plus riches de la littérature russe.

Pour ce qui est du contenu de ce roman, je m'attendais à un peu mieux, mais c'est quand même une grande oeuvre de la littérature mondiale.

Gogol est un précurseur de la grande littérature russe qui suivra. Il est celui qui a influencé les plus grands écrivains russes, notamment Boulgakov et Dostoïevski. Ce dernier dira même de lui que les écrivains russes sont tous sortis du "manteau" de Gogol. En référence à sa nouvelle "Le manteau", et cela démontre la grande influence qu'a eu cet écrivain sur sa génération et les générations suivantes. La littérature russe, pour en avoir lu beaucoup, est intelligente, tourmentée, parfois drôle et toujours bien écrite. Le style des auteurs russes est imbattable selon moi.

Ici c'est exactement ce qu'on a, avec un humour encore plus prononcé. Les métaphores qu'on peut en tirer sont nombreuses, mais comme l'a déjà dit Gogol, je crois aussi qu'il a voulu démontrer l'enfer sur terre. Le héros du roman est un arnaqueur de première et pendant tout le roman, il achète des "Âmes mortes" pour les placer sur les terres (fictives) et ainsi en récolter un bénéfice auprès de l'État. Cela résume assez bien le bouquin.

Et c'est là où j'ai été quelque peu déçu. Par moment cela devient répétitif, parce qu'on suit uniquement le personnage principal dans sa quête des âmes mortes. Les dialogues sont bien amenés, la prose bien écrite mais si on est fait abstraction des métaphores qu'on peut en tirer, le récit est plutôt mince. Il n'a pas la profondeur d'un Dostoïevski, d'un Tolstoï et même d'un Boulgakov (qui est selon moi le plus influencé par Gogol, parce que son "Maître et Marguerite" est, à plusieurs égards, semblable aux "Âmes mortes").

Finalement, je vous conseille ce roman si vous êtes, comme moi, un passionné de la littérature russe ou de la Russie tout simplement. Ce n'est pas le meilleur roman qu'il m'ait été donné de lire, mais sa lecture en vaut la peine, juste pour voir l'influence qu'il a eu sur les écrivains russes. En plus, la fluidité de la plume de l'auteur combinée à son talent narratif en font un livre facile à lire.

samedi 19 novembre 2011

Exit le fantôme, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture : Exit le fantôme Après onze ans de réclusion volontaire dans la campagne du Massachusetts, Zuckerman remet les pieds à New York, pour une intervention bénigne mais qui le renvoie à sa déchéance physique. Dans la ville accablée par la réélection inattendue de George W. Bush, trois rencontres vont bouleverser ses plans : Amy Bellette, vieillie et presque mourante, elle qui fut la muse de E. I. Lonoff, son mentor ; Richard Kliman, jeune arriviste insupportable qui veut révéler les secrets de Lonoff ; et, surtout, un jeune couple d'écrivains avec qui il envisage un échange de maisons. Et voilà Zuckerman, qui se croyait immunisé, en proie à un dernier coup de foudre. Pour Jamie, la très charmante jeune femme du couple. Va-t-il passer à l'acte ? Ou se servir de ce dernier amour pour écrire encore - traduire dans une fiction les fantasmes qu'il lui inspire ? Meilleur roman étranger 2009 selon le magazine Lire.

Ce n'est certainement pas le meilleur roman de Philip Roth, mais pour ceux qui ont lu auparavant la série de bouquins mettant en vedette Zuckerman (le double littéraire de l'auteur) devront lire celui-ci.

Encore une fois, à l'instar de Paul Auster, Philip Roth utilise la mise en abyme (l'histoire dans l'histoire, l'emboîtement de récits en quelque sorte) mais plus modérément que son confrère du post-modernisme.

Avec "Exit le fantôme", l'auteur traite de la vieillesse, de la maladie mais aussi du retour en ville du héros, Nathan Zuckerman. Celui-ci était parti vivre à la campagne loin de tous pendant de nombreuses années. Cela permet à Roth de nous entretenir sur la résurrection possible du désir et métaphoriquement, de la vie en tant que telle.

Ce n'est pas un livre aussi puissant que "La tache", "Pastorale américaine" ou même "J'ai épousé un communiste", mais on peut dire que la boucle est bouclée quant à son alter ego littéraire. Philip Roth a un don certain pour l'écriture (de roman en particulier) et il nous en fait encore une fois la démonstration ici. L'écriture est d'une fluidité exemplaire, les thèmes abordés sont non seulement importants mais aussi très intéressants. C'est un auteur à lire, il n'y a pas de doutes.

jeudi 17 novembre 2011

Dans le scriptorium, Paul Auster



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: L'homme qui, ce jour-là, se réveille, désorienté, dans une chambre inconnue est à l'évidence âgé. Il ne sait plus qui il est, il ignore pourquoi il se retrouve assigné à résidence entre les quatre murs de cette pièce, percés d'une unique fenêtre, d'ailleurs condamnée, et d'une porte que des "visiteurs" vont franchir, dans un sens ou dans l'autre... Sur un bureau, sont soigneusement disposés une série de photographies en noir et blanc, deux manuscrits et un stylo. Qui est-il ? Et que lui veulent ses interlocuteurs, dont cette Anna qui lui donne du "Mr. Blank" et lui tient des propos où il est question de comprimés, d'un traitement en cours, mais aussi d'amour et de promesses ? Et qui sont ces autres qui, sous l'œil infatigable de la caméra enregistrant les minutes de l'ultime épreuve du vieil homme, s'acharnent à lui reprocher de les avoir jadis envoyés accomplir de mystérieuses missions dont certains d'entre eux sont revenus irrémédiablement détruits ? Revisitant les territoires de l'inquiétante étrangeté, où son œuvre s'enracine depuis son entrée en écriture, Paul Auster livre ici une étonnante variation sur la relation du romancier à ses personnages qui entre en résonance avec une interrogation profonde sur les responsabilités de l'Amérique contemporaine face à l'Histoire. Avec ce roman, un écrivain au sommet de sa notoriété accepte de se réinventer pour questionner les labyrinthes du langage et affronter de manière exemplaire les exigences de la fiction dans son essence même.

J'aimais bien le "concept" de ce roman de Paul Auster, écrit en 2005. Un homme enfermé dans une chambre, bien qu'il porte le nom de Mr.Blank, c'est sans contredit Paul Auster, cet homme, et qui reçoit la visite de ses personnages créés dans ses précédents romans. Alors, on retrouve Anna Blume (un roman que j'avais adoré d'ailleurs), Mr. Quinn (de "La trilogie New yorkaise) et bien d'autres aussi.

Donc, Auster nous amène, avec l'aide de son post-modernisme en général et ses mises en abyme, en particulier, dans le scriptorium où le personnage principal devra faire face aux démons de ses créations. C'est en fait la mise en abyme ultime que voulait créer l'auteur.

Tout cela est bien beau, mais le tout est presque raté. Je crois qu'il ne s'est pas pris de la bonne façon et bien que je n'ai aucune leçon d'écriture à faire à ce grand écrivain (que j'adore), le récit est mal ficelé. L'histoire nous perd dès les premières pages et en plus, je n'ai pas tout lu de Paul Auster, ce qui m'a été fatal, parce que le roman est une référence (en tant que telle) à ses livres antérieurs.

Avec seulement 140 pages, j'appréhendais que le bouquin soit trop court mais étant donné qu'il est plutôt faible, la fin nous libère en quelque sorte. Je lui ai mis une note convenable, parce que je suis un grand amateur du style d'écriture de l'auteur et une note en-déçà de la note de passage aurait été injustifiée. Donc, sans être totalement mauvais, vaut mieux ne pas lire "Dans le scriptorium". Surtout si on n'a pas lu l'entièreté de son oeuvre auparavant.

mercredi 16 novembre 2011

L'ignorance, Milan Kundera



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: « Sur l'avenir, tout le monde se trompe. L'homme ne peut être sûr que du moment présent. Mais est-ce bien vrai ? Peut-il vraiment le connaître, le présent ? Est-il capable de le juger ? Bien sûr que non. Car comment celui qui ne connaît pas l'avenir pourrait-il comprendre le sens du présent ? Si nous ne savons pas vers quel avenir le présent nous mène, comment pourrions-nous dire que ce présent est bon ou mauvais, qu'il mérite notre adhésion, notre méfiance ou notre haine ? »

Contrairement à cette quatrième de couverture (qui est une citation du roman), je crois plutôt que "L'ignorance" est un roman sur le passé. Parce qu'encore une fois, l'aspect biographique de l'auteur est omniprésent et cette fois-ci, il revient sur son passé tchèque. Aussi, comme les autres romans de l'auteur que j'ai lu, on est ici en présence de quelque chose de plus qu'un simple roman. L'auteur y glisse sa philosophie (quelque peu nihiliste), de la sociologie, de la psychologie.

J'ai bien aimé le bouquin mais il est beaucoup trop court. Avec seulement 180 pages, Kundera ne peut faire aussi bien que les magnifiques "La vie est ailleurs" et "L'insoutenable légèreté de l'être". C'est toujours un grand plaisir de lire Milan Kundera mais ici la brièveté du roman vient gâcher un peu ce plaisir.

Pour la plume de l'auteur, c'est quelque peu différent de ce que j'avais lu de lui. Notamment, parce que "L'ignorance" fait partie de la période française de l'écrivain contrairement à la période tchèque de ses débuts. Le roman a donc été écrit directement en français par Kundera. Ce n'est même pas sa langue maternelle, ce qui débouche sur une écriture dépouillée, concise et par moment plus simpliste. C'est aussi plus direct que les autres romans que j'ai cité.

Alors, pour terminer, même si j'ai grandement apprécié cette lecture, il ne fait pas partie des grands romans de l'auteur, qui est souvent discuté par le comité du prix Nobel de littérature. Ce fût son dernier roman, paru en français en 2003 et bien honnêtement, ce n'est pas nécessaire qu'il y en ait d'autres.

dimanche 13 novembre 2011

Sunset Park, Paul Auster



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Parce qu'il s'est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s'est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d'une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l'objet d'un chantage et est obligé - encore une fois - de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l'impossibilité d'exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs. Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d'édition et de préserver son couple. Confronté à l'écroulement des certitudes de toute une génération, il n'attend qu'une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu'elles sont inguérissables...Avec ce roman sur l'extinction des possibles dans une société aussi pathétiquement désorientée qu'elle est démissionnaire, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l'espoir.

Je termine cette lecture avec une pointe glaciale de déception. Je ne sais pas où Paul Auster voulait nous emmener avec ce roman. Peut-être veut-il enfin se débarrasser du post-modernisme en glissant tranquillement vers le réalisme? Mais pour ma part, j'y ai vu une tentative, parfois malhabile, de nous parler de la crise économique de 2008 et surtout, des conséquences désastreuses qui ont suivi. Et la fin du bouquin me donne plutôt raison. Sans être une charge pro-socialiste, on n'en est pas loin.

Pendant ma lecture, je souhaitais presque qu'Auster nous revienne avec ses fameuses mises en abyme (ses poupées russes littéraires, comme je les ai appelé dans une autre critique). Parce que cette fois-ci, le récit est ennuyeux. Il ne se passe rien. La légèreté de l'écriture de l'auteur ne parvient pas à sauver un manque d'inspiration.

L'auteur a peut-être voulu, aussi, se limiter à un exercice de style. Il y quelques phrases très poétiques. Après un "Invisible" qui m'avait convaincu (et qui avait racheté quelques romans plus faibles, selon la plupart des critiques), "Sunset Park" ramène Auster dans ce qu'il a fait de moins bon.

Par contre, je ne peux pas dire que c'est un mauvais roman. Auster n'est jamais mauvais et il y a quelques paragraphes écrits prodigieusement. Mais sans rentrer dans le contenu en tant que tel (notamment parce que la quatrième de couverture le fait amplement et très bien) je peux vous dire que ce contenu est décevant. Avec cet écrivain, on a toujours quelque chose de plus qu'une banale histoire. Pas cette fois.

vendredi 11 novembre 2011

Seul dans le noir, Paul Auster



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: "Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain." Ainsi commence le récit d'August Brill, critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad... Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 Septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire. En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la "catastrophe" d'une fiction qui abolit les lois de la causalité, Paul Auster établit, dans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.

"Seul dans le noir" de Paul Auster est un roman beaucoup trop court pour ses promesses. Avec seulement 180 pages en format hardcover, notre lecture, comme c'est souvent le cas avec cet auteur, coule tout seul sous nos yeux. Auster écrit très bien, mais on croirait qu'avec celui-ci, il n'a pas su développer une histoire digne de la quatrième de couverture (du résumé).

Pourtant, le roman jouit de quelques idées remarquables. Le fait de reconstituer le monde sans le 11 septembre 2001 avait tout pour me plaire. En plus, cette reconstitution romanesque se fait sous nos yeux, parce qu'encore une fois, l'écrivain utilise la mise en abyme pour nous en mettre plein la gueule. C'est particulièrement bien rendu avec "Seul dans le noir". Mais la brièveté du récit, et la minceur de la dystopie sur le 11 septembre, viennent gâcher notre plaisir.

Pour terminer, je n'ai pas regretté ma lecture non plus. Le talent de l'auteur vient racheter le désastre que cela aurait pu être. Malgré la petitesse du bouquin (c'est davantage une novella), Auster construit les personnages avec une profondeur surprenante. Il y a aussi une leçon d'écriture qui s'en dégage. Donc, avec une plume plus poétique qu'avec plusieurs autres de ses romans, on peut dire qu'il réussi sur plusieurs plans. Par contre, je ne saurais si je vous le conseille. Ce n'est vraiment pas son meilleur...

mercredi 9 novembre 2011

Limonov, Emmanuel Carrère



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres de Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

Tout a été dit sur ce livre, je ne vois pas ce que je pourrai dire de plus. Seulement que je pensais que je lisais Carrère pour la première fois, mais je viens juste de me rendre compte que j'avais lu "La classe de neige" au Cégep. Je ne me rappelle même plus de l'histoire et si j'avais aimé.

Mais pour celui-ci, "Limonov", j'ai adoré, comme ma note en fait foi. Au-delà de l'écriture plus que correct de l'auteur, qui est ce qu'on peut s'attendre de mieux pour un écrivain contemporain (oui j'avoue que j'aime mieux la plume des classiques. Surtout que Carrère semble tellement peaufiner son écriture qu'elle devient quelque peu édulcorée. Il lui manque un peu de style parce que, peut-être est-elle trop parfaite. En tout cas, comme sa plume, le récit semble être travaillé jusqu'à l'épuisement. Mais ceci n'est peut-être que le talent de l'auteur.) c'est la vie de cet écrivain, cet Édouard Limonov qui est extraordinaire. C'est surtout cela qui est fascinant à cette lecture. C'est un livre réussi, je ne me suis pas ennuyé.

Par contre, je crois qu'on doit aimer la Russie (ou à tout le moins ce qui s'y passe, son histoire) pour bien apprécier ce très grand livre. Je croyais au départ qu'il faisait partie de l'oeuvre romanesque de l'auteur, mais j'ai vite réalisé que c'est une biographie à part entière. Bien sûr qu'il doit y avoir quelques passages inventés, par l'auteur ou le héros du bouquin, mais quelles biographies en ont pas?

Finalement, écarté du Goncourt à cause de son sujet (même si j'espère le contraire parce que sinon la France a sombré plus creux que je le croyais), il le méritait amplement selon moi. Je n'ai pas encore lu le gagnant (le Jenni) mais je ne pense pas qu'un autre Français puisse faire mieux que Carrère, parce que soyons honnête, à part Houellebecq et Carrère, je ne vois pas d'autres bons auteurs français contemporains. Je n'ai pas lu tous les auteurs non plus. Mais la force de la France en littérature, c'est certainement ses classiques. Bien que très bon, "Limonov" nous le prouve encore fois.

dimanche 6 novembre 2011

Le docteur Pascal, Zola



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Dans cette touchante histoire d'amour entre un grand spécialiste de l'hérédité et sa nièce, on trouve l'aboutissement d'une aventure familiale, celle des Rougon-Macquart, et un roman scientifique sur ce sujet si actuel, l'hérédité ou la génétique. Bref, une synthèse de l'art et de la pensée, Le Crépuscule des dieux ou Le Temps retrouvé de Zola, la fin d'une longue aventure qu'elle résume et conclut, et un " appel à la vie ", un splendide message d'espoir. " La vie, la vie qui coule en torrent, qui continue et recommence, vers l'achèvement ignoré ! la vie où nous baignons, la vie aux courants infinis et contraires, toujours mouvante et immense, comme une mer sans bornes ! "

Voici le roman qui clôt la saga familiale des Rougon-Macquart. Je les ai tous lu en ordre et celui-ci contient plusieurs références (et explications) quant aux 19 autres. C'est un résumé de la pensée de Zola, surtout sur le sujet de l'hérédité. C'est là que Zola voulait en arriver. Je crois donc qu'il faut avoir lu tous les autres pour bien apprécier celui-ci. Pour bien le comprendre aussi.

Les personnages qui peuplaient la famille Rougon-Macquart sont ici analysés par Pascal Rougon, un médecin issu de cette famille. Par moment, on assiste quasiment à un cours sur l'hérédité, sur les gènes qui composent une famille. Mais l'auteur a romancé le tout. Et personnellement, j'ai plus ou moins apprécié. Il y a des passages très réussis, très poétiques aussi. Mais on voit bien qu'il se sert de la romance, et donc, que la fiction dans le roman ne sert qu'à appuyer le propos. C'est seulement un prétexte. Selon moi, l'auteur aurait gagné en écrivant un roman plus long, parce qu'il y a trop d'informations (et de fiction mélangée) en seulement 400 pages. On ne voit pas l'action se passer, elle déboule trop vite et ainsi, cela se termine avec une histoire moyennement intéressante.

Finalement, je crois aussi qu'un peu plus de subtilité aurait été de mise. Et pour cela, quelques centaines de pages supplémentaires étaient impératives. Mais on sort de cette histoire et de cette saga avec un bon sentiment. Celui d'en avoir appris sur une foule de sujets en 20 romans. Et beaucoup plus même. Ça en vaut le coup, croyez-moi!

jeudi 3 novembre 2011

La débâcle, Zola



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: La Débâcle : Sedan, l'effondrement de la France impériale, frivole et corrompue, devant «l'esprit scientifique» de l'Allemagne et l'implacable mécanique de ses armées. La défaite, le siège de Paris, le brasier de la Commune, «l'exécrable semaine» de la répression versaillaise. Reportage militaire d'une scrupuleuse exactitude, fresque de deuil, de souffrance et de sang, le roman est aussi l'analyse de la déchirure qui est au cœur de la conscience collective des Français et que juin 40 fera revivre : «La Débâcle, écrit Raoul Girardet, est un de ces documents privilégiés en dehors desquels l'histoire morale de la France contemporaine ne saurait et ne pourrait être écrite.»

Je fus surpris en commençant ma lecture. Premièrement, l'écriture de Zola est quelque peu différente. Les descriptions sont foisonnantes, abondantes. Elles sont rendues à merveille par l'auteur et ainsi, il nous en met plein la vue. De plus, la précision de la plume de Zola nous transporte dans cette guerre comme si nous y étions. Certains reprochent à Zola son style journalistique mais le tout est tellement bien écrit qu'on y croit du début jusqu'à la fin. Je vous le dis, c'est du grand art mais toujours dans le domaine du naturalisme et du réalisme. Et cette-fois, le réalisme prend le dessus.

Malgré tous les résumés qu'on peut lire sur cette oeuvre, je vous en ferai un plus bref encore. Tout le bouquin est une description de la guerre franco-allemande de 1870 qui mena à la chute de l'empire. Je ne vous raconte pas la fin du roman, mais juste pour cela, il en vaut la peine.

Aussi, "La débâcle" m'a rappelé quelque peu "La guerre et la paix" de Tolstoï. On est dans les mêmes eaux, mais ce dernier racontait les guerres napoléoniennes. Celui de Tolstoï est aussi beaucoup plus complet (notamment avec 1400 pages de plus) et les intrigues qui gravitent autour de la guerre sont plus présentes, plus recherchées avec "La guerre et la paix". Par contre, les descriptions de ces deux romans rendent bien la cruauté de ces guerres du 19e siècle, où la technologie des guerres modernes était quasi-absente.

Finalement, ce fut un de mes préférés de cette saga familiale des Rougon-Macquart. Je crois que ce Zola est le plus moderne qu'il a écrit. En fait, il a bien vieilli selon moi. Mais ici, ce n'est pas les personnages qui ressortent. Ce n'est pas non plus l'intrigue et l'histoire en tant que telle. Ce qui est frappant avec "La débâcle", ce sont les descriptions presque inégalables en littérature.

samedi 29 octobre 2011

L'argent, Zola



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Pénétrer la Bourse, cette «caverne mystérieuse et béante, où se passent des choses auxquelles personne ne comprend rien» : tel est l'un des buts que se donne Zola en écrivant L'Argent (1891). Spéculation, fraude, liquidation, krach : l'épopée de la Banque universelle fondée par Saccard pourrait être l'histoire d'une grosse machine lente à s'ébranler puis formidable dans sa destruction, conduite par un poète du million qui la chauffe jusqu'à la faire éclater. Mais ici, l'argent ne se résume pas à la folie du gain. Du jeune Sigismond, disciple de Marx, à la princesse d'Orviedo, figure de la charité, le romancier esquisse une multitude de rapports à l'argent. Et fait apparaître celui-ci, au bout du compte, comme une incroyable force de vie : «Je ne suis pas de ceux qui déblatèrent contre l'argent, écrivait Zola. Je pars du principe que l'argent bien employé est profitable à l'humanité tout entière.»

C'est le 18e roman de la saga des Rougon-Macquart. C'est donc le 18e que je lisais. Avec celui-ci, Zola est sans pitié pour les riches, pour les banquiers plus particulièrement. Son socialisme se radicalise et encore une fois, il place Karl Marx au centre de sa critique du capitalisme. Mais contrairement à ses précédentes critiques, ici rien n'est subtile. Il dénonce la cupidité, l'arrogance et le côté pathologique des banquiers. L'argent et le profit à tout prix et rien d'autres est leur leitmotiv.

Mais ce que j'ai moins aimé du roman est l'absence de pluralité thématique. En effet, il commence le roman avec le thème de l'argent (comme l'indique son titre) mais j'ai constaté avec regret que ce sera le seul thème véritablement exploité. Après quelques centaines de pages, cela devient lassant par moment.

Aussi, "L'argent" m'a rappelé quelque peu "Son excellence Eugène Rougon" qui est, selon moi, son roman le plus faible. Ce qui n'est pas bon signe. Ce dernier avait par contre la politique comme sujet, mais comme c'est le cas pour "L'argent", il ne sortait pas de son thème principal. Il ne sortait pas des sentiers battus et c'est ce que je déplore avec "L'argent".

Les 20 dernières pages sont par contre exceptionnelles. La philosophie et la sociologie sont fortement appuyées par un lyrisme plus que magnifique.

Donc, pour terminer, malgré quelques grands défauts, "L'argent" est une lecture essentielle, surtout en 2011 avec le mouvement Occupy Wall Street. Ce qui en fait, d'après moi, le roman de Zola le plus actuel. Ceux qui pensent que la financiarisation de l'économie a débuté au 21e siècle en prendront pour leur rhume. Zola démontre bien, que plus ça change, plus c'est pareil. C'est peut-être cela la force de cette saga de 20 romans. Il m'en reste deux à lire. Alors, plongeons...

lundi 24 octobre 2011

La bête humaine, Zola



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Un mécanicien de locomotive, tourmenté par une lourde hérédité, et qui ne s'entend vraiment qu'avec sa machine... Une femme qui semble née pour faire le malheur de tous les hommes qui l'approchent... Un juge pétri de préjugés, prêt à renier la justice au profit de l'intérêt social ou politique... Tels sont les personnages de ce drame, un des plus sombres qu'ait imaginés le romancier des Rougon-Macquart. Vivante et précise comme un reportage, puissante comme une épopée, son évocation du monde des chemins de fer au moment de leur âge d'or va de pair avec la vision d'une humanité en proie à ses démons héréditaires et sociaux - l'alcoolisme, la misère -, et chez qui la jalousie et la convoitise charnelle portent le meurtre comme la nuée porte l'orage.

La préface fait beaucoup mention de Freud, de l'inconscient, des pulsions. Je me demandais si le roman allait dans ce sens, notamment parce que Zola a écrit au 19e siècle alors que Freud est surtout un psychanalyste-écrivain du 20e siècle. Et bien, je dois dire que la préface est juste. Zola traite abondamment de ces thèmes dans "La bête humaine". Le personnage principal est tourmenté par ses pulsions de meurtres. Aussi, Zola traite de l'inconscient, cette partie cachée de notre être, avec Jacques Lantier, un autre descendant des Rougon-Macquart. Schopenhauer avait déjà traité de l'inconscient avant Zola (et avant Freud aussi, mais bien sûr en tant que métaphysicien et non en romancier).

Le roman est aussi proche, selon moi, du "Crime et châtiment" de Dostoïevsky. Les deux personnages principaux ont quelques points en communs et l'histoire est, par bien des façons, proche du récit de Dostoïevsky. C'est surtout le désir de meurtre et la tourmente qui s'ensuit qui rapprochent les deux livres. Mais la question fondamentale qu'ils posent (d'après moi), c'est l'innocence ou non des meurtriers. S'agit-il d'une tare héréditaire, d'une ombre cachée dans notre être? Est-ce la société qui en est responsable? Ou est-ce le démon qui se cache en nous? Ou tout simplement, le libre arbitre de l'individu qui le pousse à agir ainsi pour une récompense quelconque? Sans donner de véritable réponse, ces deux romans proposent quelques pistes intéressantes.

Donc, ce bouquin traite de la bête humaine qui est en nous. Le tout, métaphoriquement, nous est présenté par la locomotive, les chemins de fers (outils qui sont à la base de notre développement collectif). C'est assez complet comme histoire et Zola revient avec un style d'écriture plus conventionnel pour celui-ci. Ce n'est probablement pas un chef-d'oeuvre mais c'est une lecture qui nous tourmente. C'est déjà beaucoup...

jeudi 20 octobre 2011

Le rêve, Zola



Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: Je voudrais, écrivait Zola en préparant Le Rêve, faire un livre qu'on n'attend pas de moi. Un livre écrit " à l'ombre d'une cathédrale ", une sorte de livre mystique et légendaire d'intention analogue à celle de Flaubert racontant " l'histoire de saint Julien l'Hospitalier, telle à peu près qu'on la trouve, sur un vitrail d'église, dans (son) pays. " Mais l'intuition sociale de Zola nous vaut une étonnante évocation néo-balzacienne des milieux et des métiers liés à la vie religieuse et, si la légende est durement ancrée dans la réalité, celle des conflits de classes et des amours impossibles, elle s'épanouit en pages somptueuses, le mariage, la mort de l'héroïne, qui sont comme un dernier flamboiement de l'imagination romantique.

Ce "Rêve" est un très court roman quand on le situe dans l'oeuvre de Zola. Quelque 250 pages. Très mince aussi. L'intrigue, les personnages, les thèmes. Tout est mince, mais cependant, tout est bien écrit aussi. Zola a usé d'une plume compatible à ce genre de roman, un genre qu'il n'est pas habitué.

En effet, c'est un livre à part dans l'oeuvre du romancier. Plus lumineux, plus rêveur (comme le dit le titre), plus doux. Mais surtout, ce roman est moins naturaliste et moins réaliste par le fait même. Moins pessimiste aussi. Les bons sentiments viennent accaparer complètement le récit. Pas de place ici à ce que nous a habitué Zola.

Je crois que ce bouquin se rapproche quelque peu de "La joie de vivre" quant à sa construction à part dans cette saga des Rougon-Macquart. Par contre, le propos est à l'opposé parce que rappelons-nous, l'ombre de Schopenhauer flottait au-dessus de "La joie de vivre". Avec "Le rêve", pas de place pour ce philosophe. Tout repose sur l'espoir, tout est beau, tout est lisse. C'est ce qui m'a quelque peu déplu avec ce roman. Mais par chance, il ne fait que 250 pages...

lundi 17 octobre 2011

La terre, Zola



Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: De retour de la bataille de Solférino, le Provençal Jean Macquart s'est installé dans un village de la Beauce où il est devenu le valet du fermier Hourdequin. Mais quoiqu'il s'éprenne bientôt de Françoise, la nièce du vieux père Fouan, Jean reste ici un étranger à la communauté villageoise : car le vrai drame qui va se jouer est celui de la terre que Louis Fouan a décidé de partager entre ses trois enfants. Qu'il s'agisse en effet de la terre ou de la sexualité, c'est le désir de possession brutale qui est au cœur de ce quinzième roman des Rougon Macquart. Mais ce que souhaite surtout Zola, lorsqu'il fait paraître son livre en 1887, c'est brosser aussi complètement que possible un tableau de la campagne et de la paysannerie, décrite comme une sorte d'humanité primitive. Et parce qu'il n'écarte pas les formes les plus vives ni les plus frustes de cette vitalité élémentaire, son roman a heurté la critique. Mais le public ne l'a pas écoutée et, à la mort de l'écrivain, La Terre demeurait l'un de ses romans les plus lus.

Habituellement, avec la série des Rougon-Macquart, Zola traite d'un sujet différent pour chaque roman. Aussi, les romans de cette série mettent en scène un descendant différent de la famille des Rougon (et des Macquart). Mais ce qui est intéressant avec ces livres, c'est que Zola ne se contente pas d'un sujet. Il rajoute toujours un autre élément. Avec "L'oeuvre", cet élément était la mélancolie de la vie et cela se transposait, entre autres, dans son écriture envoûtante. Mais ici, avec "La terre", il n'y a rien de plus que le sujet de la paysannerie, de la terre. Il manque une identité certaine à ce récit.

En plus, j'étais perdu dans ma lecture. Je commence à être habitué des classiques, ce qui facilite mes lectures. Mais pas avec "La terre". Peut-être un manque de concentration de ma part. Et par-dessus tout, j'ai trouvé que le bouquin manquait d'originalité. L'auteur enchaîne les scènes sans vraiment nous toucher.

Finalement, malgré le réalisme qui s'en dégage (un genre que j'aime bien), le manque total d'intrigue m'a déplu au plus au point. Par contre, l'auteur se nomme quand même Émile Zola. Donc, il sait écrire et nous nous rendons à la fin de l'histoire sans problème. Il a un don pour l'écriture. Mais avec "La terre", c'est la seule chose qu'on puisse dire. J'espère juste qu'il ne s'est pas essoufflé avec cette saga et que les prochains seront meilleurs. Voyons voir...

mardi 11 octobre 2011

L'oeuvre, Zola



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Camarade de jeunesse de Cézanne, ami et défenseur de Manet et des impressionnistes, Zola a résumé dans L'Œuvre toute son expérience du milieu et des problèmes de la peinture sous le Second Empire et les premières décennies de la IIIe République. Document de premier ordre sur ces «Refusés», ces «plein-airistes» que nous considérons comme les fondateurs de la modernité, L'Œuvre dit aussi la tragédie d'un homme, Claude Lantier, tempérament romantique hanté par des rêves d'absolu, le désir de «tout voir et tout peindre. Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre !» Mais, devant l'incompréhension de l'époque, l'absolu du rêve deviendra celui de la détresse, et Claude, qui a commencé comme Manet, aura la même fin que Van Gogh.

"L'oeuvre" est le roman de la maturité, selon moi. Le style d'écriture est mélancolique, envoûtant par moment, ce que je n'avais pas encore vu chez Zola. Plus on avance, plus le récit devient pessimiste et l'on s'attache au personnage principal, Claude Lanthier (le frère d'Étienne qu'on suivait dans "Germinal"). Le dénouement final est majestueux, surtout pour un nihiliste comme moi. "L'oeuvre" est profonde.

Par contre, il y a plusieurs longueurs qui m'ont particulièrement déplu. Même si l'écriture de Zola frise la perfection du début à la fin (c'est peut-être même le Zola le plus réussi sur ce point), on se demande souvent où l'on est dans l'histoire et l'intrigue est quasiment absente pendant tout le roman. C'est bien que Zola ait approfondi le personnage de Claude mais il n'y a rien de plus. Les autres personnages déçoivent le lecteur et les aventures des protagonistes sont plus ou moins intéressantes.

Donc, je ne sais pas si je le conseillerais aux lecteurs peu habitués des classiques. On y retrouve les bons côtés des romans du 19e siècle mais aussi, on y retrouve les moins bons, comme l'intrigue faible. La lecture devient vite ardue.

Finalement, j'ai bien aimé le côté mélancolique du roman et sur ce point, c'est réussi. De plus, ceux qui veulent en connaître plus sur le milieu de l'art du 19e siècle seront comblés.

vendredi 7 octobre 2011

Germinal, Zola



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture : Germinal est le récit d'une grève de mineurs sous le Second Empire, mais également de leurs souffrances et de leurs amours, de leurs révoltes et de leurs espoirs, de leur fraternité et de leurs dissensions.
Et si, dans ce treizième volume des Rougon-Macquart, Zola n'hésite pas à peindre au plus noir cette vie ouvrière, c'est qu'il souhaite conduire ses lecteurs de 1885 au sursaut nécessaire pour qu'advienne un avenir moins sombre. C'est ainsi l'espérance qui éclaire la fin du livre et que son titre annonce : dans le calendrier révolutionnaire, Germinal était le mois du printemps - celui du renouveau.

Après un roman intimiste et psychologique, "La joie de vivre", Zola nous revient avec une grande fresque sur la condition des travailleurs miniers sous le Second Empire. Comme avec son roman "Au bonheur des dames", "Germinal" est une critique acide du capitalisme sauvage. Un petit groupe de propriétaires et de dirigeants ont tout. Et les autres ont seulement la maladie, la pauvreté, la sueur, la mort. Ce qui est intéressant ici c'est le héros du roman, Étienne Lantier. Il est un descendant des Macquart. Très pauvre, il se fait engager comme manoeuvre pour ensuite se porter à la défense des miniers. Ce sont les premiers mouvements (la grève plus particulièrement) ouvriers (industriels) qu'a voulu dépeindre Zola. C'est une réussite totale et cette oeuvre est depuis longtemps le chef-d'oeuvre absolu de l'auteur. Le plus vendu, le plus lu, le plus commenté.

L'écriture de Zola est particulièrement bien rendue dans ce roman. Les descriptions amènent une ambiance inégalable, surtout au début du roman où l'on peut voir le grand talent de l'auteur. Le tout s'essouffle un peu vers la fin, parce que ce roman est un peu plus long que les autres Zola que j'avais lus. Mais ce petit défaut ne nuit aucunement à l'ensemble. Les personnages sont tous aussi intéressants les uns que les autres et on sent bien leur souffrance.

Avec ce livre, les syndicats avaient enfin un livre de fiction sur lequel ils pouvaient s'appuyer. Zola a été l'un des premiers auteurs à écrire sur les prolétaires et les pauvres. Ce roman le démontre bien. Aussi, il commente les découvertes de Darwin dans ce bouquin et fait des liens avec l'évolution humaine, la lutte pour la survie. Mais surtout, l'ombre de Marx est encore présente. Il ne connaissait pas son oeuvre mais il parle de Marx en tant que leader de l'International, un mouvement ouvrier qui sera le premier balbutiement du communisme en Europe. (Lénine et Trotsky en seront plus tard les principaux acteurs). Voici donc un Zola plus qu'intéressant. En fait, c'est un Zola essentiel!

samedi 1 octobre 2011

La joie de vivre, Zola



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Dans un petit village de pêcheurs des côtes normandes, Pauline Quenu, devenue orpheline, est recueillie par les Chanteau, auxquels elle se dévoue entièrement. Éprise de Lazare, le fils - double inquiet de l'écrivain -, elle se voue à son bonheur, malgré lui et au prix des plus grands sacrifices. Conçu par Zola comme une oeuvre « sur la douleur et la bonté », La joie de vivre, douzième volume des Rougon-Macquart, est un roman sur la mort, la disparition brutale des êtres ou l'étiolement de chaque jour. Marqué par un pessimisme à la Schopenhauer, c'est l'un des livres les plus personnels de l'écrivain.

C'est le livre de Zola qui m'a rejoint le plus (je les lis dans le bon ordre de parution). C'est le plus actuel, celui qui a le mieux maturé. Mais c'est aussi le plus intime, le plus personnel et le plus psychologique. Je dirais même philosophique, parce que le centre du roman est le philosophe Arthur Schopenhauer et tout gravite autour de son oeuvre. Le pessimisme est donc à l'avant-plan et c'est avec une touche d'ironie que l'auteur a intitulé son roman "La joie de vivre".

Je dis bien une touche d'ironie, parce que malgré la douleur physique, le mal de vivre et d'une façon plus générale la souffrance des personnages, il se dégage quand même un peu d'espoir. Les personnages deviennent épris, à différent degré, de la pensée de Schopenhauer. Mais celle qui semble le moins l'être, Pauline, est celle qui l'est le plus selon moi. Dans toute cette souffrance, elle trouve une certaine joie de vivre pour ne pas dire une joie de vivre certaine. Schopenhauer est un philosophe mal compris (parce que contrairement à ce que les gens en pensent, il n'est pas que pessimiste), et Pauline représente le plus sa pensée. Elle voit la lumière dans l'obscurité.

Donc, j'ose croire que Zola savait tout cela. Il a bien représenté à quel point on peut lire Schopenhauer de la mauvaise façon. Nietzsche a bien résumé la chose en disant qu'on ne peut être pessimiste et jouer de la flûte après le dîner (comme le faisait Schopenhauer). Avec ce bouquin, je crois que Zola est devenu intemporel. Très bien écrit mais sans véritablement d'intrigues, "La joie de vivre" est un de mes classiques préférés, notamment à cause de son caractère personnel et intemporel. Il parle de la douleur, entre autres, et ça, il y en aura toujours.

lundi 26 septembre 2011

Au bonheur des dames, Zola



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d'enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace. Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d'elle le symbole du modernisme et des crises qu'il suscite. Zola plonge le lecteur dans un bain de foule érotique. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.

C'est un très bon roman de Zola. Un de mes préférés des Rougon-Macquart jusqu'à présent. Habituellement, avec cet auteur, c'est la qualité de son écriture qui me fait vibrer mais ici, c'est sa critique du capitalisme moderne. Elle est juste et incisive. Je crois même qu'il ne se rendait pas compte à quel point elle serait encore d'actualité plus d'une centaine d'années plus tard. À travers un commerce pour femme, il décrit avec justesse ce qu'est devenue notre société. Un espace de marchandage.

Donc, tout y passe. La cruauté des grands magasins. Le désir de ceux-ci à devenir de plus en plus gros pour annihiler ceux qui osent se mettre sur son passage. On y voit aussi à quel point ces commerces sont sanguinaires, contre leurs employés, contre leurs clients, contre la concurrence, contre leurs fournisseurs. Contre le monde! C'est le Wal-Mart expliqué 100 ans avant sa création.

Zola explique aussi les moyens douteux pour attirer les clients et faire croître leur désir de consommation. Les rabais sur certains articles, les couleurs pour attirer l'oeil, la grandeur et la splendeur pour épater. Ses propriétaires en deviennent même mégalomanes, comme les affairistes qu'on connaît tous et qui sont bien présents dans nos sociétés.

Ce roman c'est aussi un peu le fétichisme de la marchandise de Marx expliqué par le beau style d'écriture de Zola (je sais que Zola ne connaissait pas ce concept à son époque.) En fait, ce roman nous apprend que l'époque de Zola n'était pas si différente de la nôtre.

Donc, pour terminer, je crois que ce doit être une lecture essentielle. Même si c'est une fiction, c'est en même temps une leçon sur le commerce en particulier et le capitalisme en général. Les personnages sont pris dans la tourmente de la consommation et celle de l'argent. Comme je le disais, plus ça change, plus c'est pareil!

mercredi 21 septembre 2011

Pot-Bouille, Zola



Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture : Zola est entré partout, chez les ouvriers et chez les bourgeois. Chez les premiers, selon lui, tout est visible. La misère, comme le plaisir, saute aux yeux. Chez les seconds, tout est caché. Ils clament : « Nous sommes l´honneur, la morale, la famille. » Faux, répond Zola, vous êtes le mensonge de tout cela. Votre pot-bouille est la marmite où mijotent toutes les pourritures de la famille. Octave Mouret, le futur patron qui révolutionnera le commerce en créant « Au Bonheur des Dames », arrive de province, et loue une chambre dans un immeuble de la rue de Choiseul. Beau et enjoué, il séduit une femme par étage, découvrant ainsi les secrets de chaque famille. Ce dixième volume des Rougon-Macquart, qui évoque la vie sous le Second Empire, montre ici la bourgeoisie côté rue et côté cour, avec ses soucis de filles à marier, de rang à tenir ou à gagner, coûte que coûte. Les caricatures de Zola sont cruelles mais elles sont vraies. Edition de Marie-Ange Voisin-Fougère.

Je suis déçu de ce roman de Zola, mais je m'y attendais. Passage obligé, car je commence la deuxième moitié des Rougon-Macquart. Je lui ai mis une note relativement correcte, parce qu'on y retrouve quelques perles de prose. Cet écrivain a un don certain pour l'écriture et même si je considère "Pot-Bouille" comme étant assez faible dans l'ensemble, le roman est parsemé de quelques phrases à couper le souffle tant la poésie de son écriture est forte.

Le principal défaut du roman est qu'il n'y a pas d'intrigue générale. On suit un descendant des Rougon (et aussi des Macquart) dans sa conquête de la bourgeoisie (et du capitalisme). Zola n'a pas eu une grande inspiration pour écrire ce livre et donc, il n'y a rien de bien consistant dans l'histoire. Les scènes s'enchaînent sans vraiment nous toucher. (Comme à peu près tous les classiques en littérature, le roman est écrit (et se divise) en scènes.)

Finalement, c'est peut-être une bonne introduction pour le prochain sur la liste, "Au bonheur des dames", mais sans plus. Le personnage principal, Octave Mouret, nous rappelle ses ascendants, par son appétit pour la richesse et la bourgeoisie en général. Par lui, Zola a voulu nous montrer l'hypocrisie des riches. Il y a des répliques judicieuses à ce sujet dans le roman. Mais j'avais hâte de passer au prochain, qui lui, est semble-t-il la meilleure critique du capitalisme qu'on puisse trouver en roman. C'est maintenant fait !

vendredi 16 septembre 2011

Le guérisseur de cathédrales, Philip K. Dick



Ma note: 8/10

Voici la présentation de l'éditeur: Joe Farnwright ne vit que par son métier. Homme ordinaire broyé par une société rigide et tyrannique, Joe recolle des morceaux de céramique, il guérit des objets avec un talent merveilleux. Hélas, arrive un jour où plus personne n'a besoin de ses services. Il sombre lentement jusqu'à ce qu'un message venu de l'espace donne un nouveau tournant à sa vie misérable.
Une entité extraterrestre souhaite l'engager, lui et d'autres individus venant des quatre coins de la galaxie, pour une entreprise titanesque : restaurer une cathédrale au fond de l'océan, sur une planète lointaine. Alors Joe n'hésite pas, il part et rejoint un étrange équipage. Cette créature pourra peut-être les sauver...

Le roman le plus humain de Philip K. Dick. On suit un personnage principal fort attachant, qui se cherche, qui est profondément humain. Trop humain comme le dirait Nietzsche. C'est certainement un livre à part dans l'oeuvre de K. Dick. L'âme y est, le désespoir, la recherche de sens, la blessure mais aussi la guérison. Le récit en lui-même est une métaphore de la condition humaine. Le tout traité dans un environnement de science-fiction. Mais évidemment, cet univers n'est qu'un prétexte. L'auteur voulait, selon moi, parler de l'humain. Faire abstraction de l'intrigue, de l'histoire, etc. Il voulait faire différent. Je crois même qu'il pensait que ce serait son dernier roman. (mais ce n'est pas son dernier, grand merci!)

Pas surprenant que l'écriture soit si poétique. Encore une fois, on peut dire que c'est rare chez Philip K. Dick. Aussi, les références aux grands écrivains parsèment le roman. Malgré une intrigue très mince (au milieu de l'histoire le personnage principal se voit confier une mission et c'est à peu près tout ce qu'on a comme intrigue), il se dégage de ce roman une ambiance mélancolique, profonde et ainsi, fort agréable pour les amateurs de littérature.

Cette édition de Folio nous offre la traduction la plus réussie des livres de K. Dick. Cela fait une quinzaine de romans de l'auteur que je lis et ce fut, pendant ces lectures, le point faible. Mais pas ici.

Alors, pour terminer, "Le guérisseur de cathédrales" ajoute encore plus de profondeur à une oeuvre de science-fiction déjà remarquable. Je me surprends même à espérer que ce que nous disait K. Dick dans "Ubik" soit vrai. Vous savez quand on pouvait y lire la phrase suivante : "Je suis vivant et vous êtes morts". Eh oui Philip, on souhaite que tu sois vivant.

mercredi 14 septembre 2011

Message de Frolix 8, Philip K. Dick



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Sur Terre, en l'an 2135, ce sont les Exceptionnels et les Hommes Nouveaux qui gouvernent - surdoués, technocrates et tyranniques. Et les Ordinaires obéissent, sans désespérer tout à fait... Ils se souviennent, en effet, de Thors Provoni, un Ordinaire comme eux, mais rebelle. A bord d'un vaisseau, il s'est échappé dans la galaxie, à la recherche d'alliés qui libéreront la Terre de l'oppression. Où est-il ? Vit-il encore ? Oui, un message clandestin circule : Provoni revient, mission réussie. Ce que le message ne dit pas, c'est que l'aide qu'il a obtenue est celle des Frolixiens, des créatures non humaines... Va-t-il avec eux sauver la Terre, ou la perdre ?

J'ai bien aimé ce roman de Philip K. Dick. Même si ce n'est pas son meilleur ("Ubik", "Le temps désarticulé" et "Coulez mes larmes, dit le policier" sont d'après moi ses plus puissants, et mes préférés), le récit de base, comme vous avez pu le lire en quatrième de couverture, est très original et fort intéressant. On embarque dès les premières pages et notre lecture se fait très rapidement, ce qui est généralement bon signe en littérature. La plume de l'auteur est davantage efficace que plusieurs autres de ses romans. Donc, on ne regrette certainement pas les quelques heures pour lire ce bouquin (même s'il est court, le roman est un des plus longs de l'auteur).

Quant à l'histoire, je l'ai perçu, plus le récit avançait, comme une métaphore de la religion chrétienne. Surtout en ce qui a trait à l'aspect du messie qui est attendu sur terre (il est joué par Provoni). Pour ce qui est de Dieu, il est fait mention dans le roman qu'il aurait été trouvé (physiquement, eh oui!) mais il y a des protagonistes qui réfutent cette théorie. Je ne vous en dis pas plus, à vous de lire le livre pour en savoir plus sur ces éléments religieux.

Finalement, ce fut une belle lecture. Souvent, avec K. Dick, il y a trop d'éléments de la science-fiction traités en peu de pages. On se perd, cela devient ardu et notre lecture en souffre. Ici, l'auteur a un peu épargné le lecteur. On est dans un monde contrôlé par des forces supérieures et tout tourne autour de ce fait. C'est réussi !

lundi 12 septembre 2011

Les clans de la lune Alphane, Philip K. Dick



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Chuck Rittersdorf est programmeur de simulacre pour le compte de la CIA, un travail médiocre et répétitif dont il s'accommode parfaitement. Ce n'est cependant pas le cas de sa femme, Mary, une brillante psychologue qui a décidé que son mari devait employer ses talents créatifs à de meilleures fins. Hélas, sa demande de divorce ne produit pas sur Chuck l'électrochoc espéré, initiant au contraire une longue et pénible déchéance qui le mène au bord du suicide. Sur le point de commettre l'irréparable, le programmeur commence alors à entrevoir la vérité : et si tout cela n'était que la partie émergée d'un terrible complot ? Quels liens existent entre la CIA, Mary, un fongus ganymédien, et les terribles clans de la lune alphane ?

Je vais être honnête, je n'ai tout simplement pas embarqué dans ce roman de Philip K. Dick (même si j'aime beaucoup l'auteur). En aucun moment l'histoire ne m'a pris aux tripes comme c'est souvent le cas avec lui. Le récit est inutilement complexe et malgré le style d'écriture (qui est particulièrement réussi), je n'ai à peu près rien compris de cette histoire de malades psychiatriques qui aboutissent sur la lune (et oui c'est bien la thèse de départ, des clans de malades qui habitent la lune).

Ces malades sont classés par différents troubles psychologiques, ce qui est à la base très original. Mais le tout est mélangé avec plusieurs autres idées de la science-fiction importantes pour K. Dick. Par exemple, on y retrouve les simulacres, les différents habitats autres que la terre, etc. On ne sait plus qui est qui et en plus, la CIA vient faire son tour dans l'histoire. Bref, tout pour porter à confusion. J'ai lu une quinzaine de romans de K. Dick et selon moi, celui-ci est le plus complexe. Pas complexe pour ce qui est de l'histoire en tant que telle, mais il est excessivement difficile à suivre.

Un autre point faible du roman est l'absence d'histoire et surtout, d'intrigues intéressantes. Tout au long de notre lecture on se fout éperdument de ce qui arrivera aux personnages et comment l'histoire se développera (ou aboutira). On nage en plein dans la science-fiction classique alors que moi, je préfère cet écrivain quand il est bien ancré dans la réalité mais avec une touche de science-fiction. Ici, pas du tout, on est les deux pieds dans ce genre littéraire. Je n'ai pas vu les thèmes habituellement bien exploités par l'auteur comme celui de l'identité, de notre perception de la réalité, etc.

Alors, pour finir, j'aime mieux oublier cette lecture le plus tôt. Je lui ai mis une note convenable parce que je crois que les vrais amateurs de la science-fiction traditionnelle sauront apprécier. Pour les autres : oubliez ça !

samedi 10 septembre 2011

Dr. Bloodmoney, Philip K. Dick



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Les bombes étaient finalement tombées. Malgré l'équilibre de la terreur, un jour un homme avait été assez fou pour appuyer sur le bouton. Cependant, dans ce coin perdu de Californie, la vie continuait : pour Bonny Keller que six ans d'analyse n'avait pas réussi à rééquilibrer ; pour Bruno Blugthgeldn l'un des responsable de la grande Carastrophe ; pour Hoppy, le pholclomèle, l'ancien bébé thalidomide... doté de pouvoir supranormaux. Elle continuait pour Walt Dangerfield, l'astronaute expédié vers Mars, mais dont la cabine s'était satélisée autour de la Terre. Là, à l'abris des radiations, il s'était transformé en une sorte de superdisc-jockey dont l'écoute était devenue une drogue pour tous les survivants. Mais peut-on réellement survivre dans un monde radioactif?

Voici un roman très différent des autres oeuvres de Philip K. Dick. On pourrait presque dire que c'est un "Dean Koontz", mais avec l'aspect thriller en moins.

Même le style d'écriture de l’auteur, dans "Dr. Bloodmoney", est quelque peu différent de ce qu’il fait habituellement. En effet, sa plume est plus subtile, les descriptions davantage appuyées. C'est le roman le plus littéraire que j'ai lu de cet écrivain. Il n'y a pas vraiment d'intrigue, en tout cas moins que dans ses autres romans et cette fois-ci, les personnages occupent presque toute la place. Habituellement, avec K. Dick, l'histoire (le récit et l'intrigue) passe avant tout. Mais pas ici.

Ensuite, le roman est une autre variation sur les thèmes de "l'après nucléaire" et "l'après-apocalypse" qui ont été traités maintes et maintes fois dans la littérature contemporaine. Je crois que "La route" de Cormac McCarthy remporte la palme. Ici, avec "Dr. Bloodmoney", on est très loin du chef-d'oeuvre qu'est "La route". Le style est bien entendu plus faible que celui de McCarthy et aussi, on est davantage dans la science-fiction avec des personnages plus loufoques les uns que les autres. Ça se lit bien mais sans plus.

Alors, pour terminer, je dois dire que j'aime mieux un Philip K. Dick qui reste dans ses propres standards de la science-fiction. La grande qualité de cet auteur est son imagination sans limite et ses intrigues intéressantes avec le paradigme de la science-fiction en avant-plan. Il a essayé de faire différent avec "Dr. Bloodmoney" et le résultat est plus ou moins bien réussi selon moi, même si plusieurs aimeront.