"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust

vendredi 25 mai 2012

Le chuchoteur, Donato Carrisi

Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d’enlèvement. Dans le huis clos d’un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs. Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure…

Chose rare pour moi, cela fait deux romans policiers que je lis dans la même semaine. Comme je le disais dans ma précédente critique, ce genre est maintenant rendu à un point où chaque roman se ressemble et où aucun auteur n'a su dépasser la reine du genre, j'ai nommé Agatha Christie. Pour celui-ci, "Le chuchoteur" on est encore une fois dans les mêmes eaux, où la plume aseptisée rencontre les nombreux clichés. Même si le roman en lui-même m'a plu (surtout la fin de l'histoire), je dois dire qu'il s'adresse, comme les autres romans du genre, aux grands lecteurs de romans policiers.

Avec Donato Carrisi - que je lisais pour la première fois - on est en plein dans le roman noir, le polar à son plus ténébreux. Il n'y a pas vraiment de détective en particulier qui ressort du lot (contrairement à plusieurs autres romans policiers où un inspecteur, le plus souvent, prend le contrôle de l'enquête jusqu'à son dénouement final et où il nous explique sa découverte). Et bien non. Ici, c'est un travail d'équipe où l'enquête débute dès les premières pages et où les revirements seront légions.

Une critique que je pourrais faire à ce roman est son absence de territoire en ce sens qu'il n'habite aucune région en particulier, en tout cas pas au point de nous transporter vers une région (Européenne?) que nous, américains du nord, connaissons moins. Un peu comme le font à merveille les polars scandinaves. Bien sûr que le tout est très italien mais l'auteur ne la décrit pas assez cette région. Dans ce roman, c'est surtout l'enquête qui importe et le reste, ce qui fait le charme des néo-polars, (comme la critique sociologique, l'environnement où évolue l'enquête et la force des personnages principaux (leur psychologie, leurs tourments, leur profondeur)) sont pour le moins effacés.

Alors, pour terminer, la force de ce bouquin est l'enquête bien ficelée, même s'il y a facilement 100 pages de trop (dans le milieu du récit) et ce qu'on apprend sur une facette des tueurs en série (l'auteur est bien documenté). Par contre, en général, on a droit à un autre roman policier très semblable à ce qui se publie sur le marché. Pour cela, c'est raté.

dimanche 20 mai 2012

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas


Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture : Qui glisse des annonces incompréhensibles dans la boîte à messages du Crieur de la place Edgar- Quinet ? Est-ce l’oeuvre d’un fou ? D’un maniaque ? Ou encore d’un pervers impuissant qui cherche à établir son pouvoir en enfonçant l’homme de la rue dans son inculture crasse ? Un retraité lettré, “conseiller en choses de la vie”, et le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg trouvent ces messages souterrains, putrides et dangereux. Et pour cause. Ce sont des annonces de mort, de destruction générale, de catastrophe : elles annoncent la peste. Lorsque d’étranges signes tracés à la peinture noire font leur apparition sur des portes d’appartements, le dispositif est en place. Le cauchemar peut commencer. Personnages sortis de nulle part, intrigue passionnante, dialogues jubilatoires… Auteure inspirée, Fred Vargas ne se rattache décidément à aucun courant et détourne avec brio les conventions du genre.

Cela faisait longtemps que je n'avais lu un roman policier. Ma principale critique vis-à-vis ce genre en particulier, c'est que chaque roman se ressemble trop, peu importe l'auteur, peu importe le genre de policier. J'avais bien aimé Stieg Larsson et ses Millennium parce qu'ils sortaient un peu du lot avec une véritable critique sociologique et psychologique. Ici, avec "Pars vite et reviens tard", on est en face d'un roman plutôt conforme aux règles du policier - contrairement à Stieg Larsson - et sur ce point il est décevant.

Par contre, ce n'est pas du tout un mauvais polar. L'histoire de départ est intéressante et le fait que l'assassin transmet la peste à ses victimes est fort original. Fred Vargas n'a pas inutilement rallongé son récit comme plusieurs auteurs de ce genre ont tendances à faire. Elle reste à l'essentiel et l'intrigue tient la route, à l'exception peut-être de la fin qui ne m'a pas du tout convaincu. L'incongruité de la chute m'a déçu et l'on sort de l'histoire sans être attaché aux personnages. Mais ce qui me tracasse le plus avec ce genre de roman policier c'est que leurs auteurs sont à peu près tous sur le pilote automatique. Le seul auteur avec un réel talent de conteur c'est Agatha Christie. Depuis ce temps, personne ne l'a égalé et le genre tourne en rond. Il n'y a plus de surprise et les écrivains semblent avoir de la difficulté à bien ficeler leur intrigue. La reine Christie est imbattable.

Pour terminer, je ne crois pas que Vargas ait un style d'écriture qui sort de l'ordinaire. Elle n'est ni pire ni meilleure que les autres. Mais personnellement je préfère les polars scandinaves. Ils sont souvent traduits en français international alors que Fred Vargas écrit comme la plupart des autres écrivains français, soit en français très fanco-France, ce qui est difficile d'embarquer pour un Québécois comme moi. Aussi, les Scandinaves sont meilleurs pour recréer l'ambiance inquiétante qui est de mise pour un thriller-policier. Bref, Fred Vargas n'est certainement pas mon écrivain de policier préféré, même si tout n'est pas raté dans "Pars vite et reviens tard".

dimanche 13 mai 2012

Les Misérables, Victor Hugo


Ma note: 10/10

Voici la quatrième de couverture des deux volumes: Tant qu'il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. (Victor Hugo)
Ce livre est un livre de charité, c'est-à-dire un livre fait pour exciter, pour provoquer l'esprit de charité, c'est un livre d'une nature terrible et navrante, disant à la conscience du lecteur: " Eh bien? Qu'en pensez-vous ? Que concluez-vous ? " Les Misérables sont un étourdissant rappel à l'ordre d'une société trop amoureuse d'elle-même et trop peu soucieuse de l'immortelle loi de fraternité, un plaidoyer pour Les Misérables (ceux qui souffrent de la misère et que la misère déshonore), proféré par la bouche la plus éloquente de ce temps. Le nouveau livre de Victor Hugo doit être le Bienvenu (comme l'évêque dont il raconte la victorieuse charité), le livre à applaudir, le livre à remercier. N'est-il pas utile que de temps à autre le poète, le philosophe prennent un peu le Bonheur égoïste aux cheveux, et lui disent, en lui secouant le mufle dans le sang et l'ordure: " Vois ton œuvre et bois ton œuvre " ? (Charles Baudelaire)

Je replongeais dans ce gigantesque roman de 2000 pages pour la troisième fois, juste après en avoir lu plusieurs tout aussi longs, ou presque. J'avais lu "Freedom" de Jonathan Franzen, "Vie et destin" de Vassili Grossman et surtout "La guerre et la paix" de Tolstoï. Pour ce dernier, on peut faire plusieurs parallèles avec "Les misérables" d'Hugo. Ils ont tous les deux le même nombre de pages, ils ont été publié presqu'en même temps, et ces deux romans magnifiques du 19e siècle occupent une place centrale dans l'histoire de la littérature mondiale. Même si l'histoire de ces deux livres est très différentes, on sort transformé par ces lectures.

L'adaptation cinématographique que j'avais vue pour le présent roman mettait surtout l'accent sur la poursuite que Javert faisait de Jean Valjean. Quant au roman lui-même, il ne réserve pas une place si grande à cette intrigue en particulier. Je crois que tout est dans le début du roman, lorsque monseigneur Bienvenu aide Jean Valjean à se sortir de la misère. À lui donner un peu de bonté. Et le message d'Hugo est là, précisément là. Avec un peu de compassion, Jean Valjean se retrouvera changé et les répercussions sur les gens qu'il rencontrera se feront sentir. Et pour le mieux. "Les misérables" sont donc un roman socialiste, mais non communiste. Victor Hugo traite même de ce sujet d'un point de vue sociologique et philosophique dans le roman sans passer par la fiction du début jusqu'à la fin. En effet, le roman n'est pas linéaire, contrairement aux adaptations cinématographiques, théâtrales, etc. Plusieurs longues parties dans le corpus nous entretiennent de différents sujets et jamais notre intérêt n'est affaibli. Le tout est fait par un écrivain de génie, qui manie la langue d'une rare élégance. C'est surtout cela qui se dégage du roman "Les misérables". Une perfection dans la poésie de la prose.

Hugo est un grand poète! Et ce roman est sans contredit un de mes préférés à vie. C'est le meilleur livre français de tous les temps. C'est aussi une lecture plus qu'essentielle. C'est une lecture divinatoire.

mardi 1 mai 2012

Vie et destin, Vassili Grossman


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : Dans ce roman-fresque, composé dans les années 1950, à la façon de Guerre et paix, Vassili Grossman (1905-1964) fait revivre l'URSS en guerre à travers le destin d'une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Stalingrad assiégée, dans les laboratoires de recherche scientifique, dans la vie ordinaire du peuple russe, et jusqu'à Treblinka sur les pas de l'Armée rouge. Au-delà de ces destins souvent tragiques, il s'interroge sur la terrifiante convergence des systèmes nazi et communiste alors même qu'ils s'affrontent sans merci. Radicalement iconoclaste en son temps - le manuscrit fut confisqué par le KGB, tandis qu'une copie parvenait clandestinement en Occident -, ce livre pose sur l'histoire du XXe siècle une question que philosophes et historiens n'ont cessé d'explorer depuis lors. Il le fait sous la forme d'une grande œuvre littéraire, imprégnée de vie et d'humanité, qui transcende le documentaire et la polémique pour atteindre à une vision puissante, métaphysique, de la lutte éternelle du bien contre le mal.

Quelle fût ma surprise - désagréable - de découvrir, dans la préface, que ce roman est en fait la suite d'un précédent roman que je n'avais point lu. Par contre, comme il est fait mention dans cette préface, il n'est pas du tout requis de lire la première partie. Entre autres, parce que "Vie et destin" est construit différemment de la plupart des romans du 20e siècle. On voit rapidement que Grossman s'inspire des classiques du 19e siècle où les "scènes" prenaient une place importante dans la narration et surtout dans la forme d'un roman. Les auteurs pensaient en "scènes", ce que fait Vassili Grossman et plus particulièrement, on voit qu'il s'inspire de Tolstoï en ce sens qu'il n'y a pas vraiment de commencement ni de fin au roman. Aussi, il ajoute quelque touche de philosophie (au sens classique (et large) du terme) par des passages très intéressants. L'histoire des idées semble importante pour cet auteur.

Énorme bouquin de plus de 1000 pages, "Vie et destin" n'offre pas vraiment de longueur. Cependant, les personnages sont trop nombreux et cela m'a quelque peu dérangé parce que l'on peine à s'identifier à eux. Là où Tolstoï excellait en créant son Pierre de "Guerre et paix" (à la perfection), Grossman est moins habile en tant que romancier et on se retrouve donc avec une histoire très crédible sur le plan historique (l'auteur est allé au front en tant que journaliste lors de la 2e guerre mondiale) mais avec un tout plutôt moyen. La raison en est peut-être qu'il y a trop d'action et l'on a du mal à reprendre notre souffle lors des courts moments de philosophie.

Alors, en conclusion, malgré de grandes ressemblances avec "Guerre et paix", je ne crois pas que "Vie et destin" aura tenu ses promesses avec toutes les critiques dithyrambiques que j'avais lues à son sujet. J'ai bien aimé mon moment de lecture, mais je crois qu'un livre d'histoire sur Stalingrad, la deuxième guerre mondiale et sur les bolcheviks aurait fait le travail aussi. Mais bon, la forme et la narration romanesque sont toujours plus faciles à lire qu'un livre d'histoire et sur ce point, voilà un roman qui pourra plaire à un grand nombre de lecteurs.

lundi 23 avril 2012

Freedom, Jonathan Franzen


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : La liberté, n’est-ce pas la valeur emblématique de notre époque ? Du moins si on vit aux États-Unis au tournant du XXIe siècle et qu’on a assez d’argent et de matière grise pour se lancer à la poursuite de son bonheur ? Libéré des carcans de la morale traditionnelle, de la religion, des soucis d’argent, chacun n'a-t-il pas le droit de se réaliser pleinement — ou de gâcher sa vie ? C’est le cas de la famille Berglund, Patty, Walter et leurs rejetons, Jessica et Joey. Les enfants sont libres de quitter la maison et de choisir le domaine d’études, le partenaire sexuel ou l’allégeance politique qui leur plaît. Après leur départ, leurs parents sont libres de poursuivre leurs rêves. Sauver une espèce d’oiseau menacée de disparition dans le cas de Walter. Sauver ce qui peut l’être de sa passion de jeunesse dans le cas de Patty. Avec une éblouissante virtuosité, un humour dévastateur, un art du personnage qui nous ramène à l’âge d’or du roman (songez à Tolstoï), Jonathan Franzen nous livre un portrait au vitriol de la société occidentale contemporaine, où l’écologie tient lieu de conscience, où la vertu s’appelle épanouissement personnel et où les seules valeurs « spirituelles » qui aient encore cours se résument par sex, drugs and rock ’n roll.

  Belle ironie que de lire cet auteur, tout à fait par hasard, après avoir lu Tolstoï, étant donné que plusieurs critiques le considèrent comme le Tolstoï de notre époque. De plus, "Guerre et paix", que je venais de lire, est discuté dans le roman. Ainsi, Franzen compare, par moments, les personnages de son roman à celui de Tolstoï et le personnage principal fait la lecture de "Guerre et paix" sous nos yeux. Bref, les références littéraires crédibles de Franzen apportent une touche de profondeur à son roman et à son propos. Par contre, de là à le comparer au géant russe, je ne ferai pas cette faute. Je ne crois pas que Jonathan Franzen traversera les siècles comme le "vrai" Tolstoï. Il y a un certain vide qui se dégage de ses romans, une certaine légèreté qui est difficilement explicable.

Par contre, j'ai bien aimé "Freedom", même si plusieurs choses m'ont frappé (dans le mauvais sens du terme) en le lisant et particulièrement sur son auteur. Franzen a une belle plume, qui se lit bien (malgré une traduction catastrophique comme l'était celle "Des corrections") et il ne brusque pas son lecteur avec des phrases trop percutantes, ce qui lui permet d'écrire 800 pages sans problème. Par contre, il n'a pas le souffle littéraire des autres Américains talentueux. Par là, j'entends Philip Roth, Paul Auster et Cormac McCarthy, entre autres. Il est peut-être l'écrivain de sa génération (même si je ne peux en être sûr parce que j'en ai lu trop peu) mais il n'atteint pas le niveau des auteurs américains de la génération précédente.

Pour ce qui est de "Freedom" en tant que tel, il est construit exactement de la même façon que "Les corrections" (à part quelques chapitres, notamment l'autobiographie d'un personnage central du bouquin). Ce sont deux romans très similaires, même dans le propos. Deux romans familiaux qui placent la fin du rêve américain en fond d'écran. Et c'est ce qui fait la force de ces deux livres. Ils ont une intrigue très subtile, une profondeur mais sans lourdeur et caché derrière tout cela, l'auteur tient un discours engagé (pour l'environnement, contre les patterns familiaux, contre l'hypocrisie des gens et de son pays, etc.) En fait, voici un bon auteur mais où le chef-d'oeuvre promis se fait encore attendre. Peut-être pour le prochain ?

lundi 16 avril 2012

La guerre et la paix, Tolstoï



Ma note: 10/10

Je me vois mal écrire un résumé pour cet énorme roman de quelque 2000 pages. Alors, pour faire simple, je vous renvoie au résumé de Wikipédia juste ici .

Aussi, je pourrais faire une critique de 300 pages seulement pour ce livre magnifique. Mais comme vous le savez - peut-être - mon blog n'a pas pour but d'écrire une thèse de doctorat à chaque fois que je lis un roman. Je me limite à l'essentiel et j'écris seulement sur mes impressions post-lectures. Je crois que la littérature est une question d'opinion - et de goût - alors mon commentaire sur tel ou tel roman vaut celui des autres. Pour "La guerre et la paix", encore plus que les autres romans, je me limiterai au strict minimum et je ferai donc très court.

Même si le titre a été emprunté à Proudhon par Léon Tolstoï, le résultat est qu'il est judicieusement choisi et il représente bien l'ensemble de l'oeuvre. En effet, l'auteur alterne entre les discussions de salon, la paix entre quelques guerres et la guerre en tant que telle. On se retrouve avec un bouquin qui peut plaire au plus grand nombre parce qu'il contient un peu de tout. Les passionnés d'histoire y trouveront fort probablement leur compte, tout comme les littéraires, les sociologues, les psychologues, les philosophes, etc. Le thème des francs-maçons est même très présent dans l'histoire de même que les relations familiales, étatiques, amicales, etc. Bref il y a de tout pour tous les goûts.

Le début du récit est par contre très ennuyeux, ce qui rebutera plusieurs lecteurs, notamment à notre époque où l'instantanéité règne en roi et maître. Cela prend environ 300-400 pages avant que le livre prenne son air d'aller. La fin, quant à elle, nous expose à deux épilogues où Tolstoï écrit davantage sur les idées qui touchent l'intellect comme le ferait un philosophe politique. Entre ces deux opposés, le milieu est constitué de batailles où Napoléon y joue un rôle central (lors de son entrée en Russie).

Tolstoï est l'écrivain le plus complet. Sans avoir la plus belle plume, ni les histoires les plus intéressantes, ni les thèmes les plus forts, il excelle partout et ainsi, selon moi (mais en étant objectif), je crois qu'il est l'écrivain le plus puissant. Parmi le grand nombre d'écrivains de son époque, il est un des rares qui a traversé les décennies et qui est encore lu aujourd'hui. Il est maintenant considéré comme un classique. Je crois même qu'il sera lu pour plusieurs siècles encore, comme c'est le cas de Cervantès.

Mais pour terminer, je ne saurais dire si je vous conseille réellement cette oeuvre majeure de la littérature mondiale. On doit avoir beaucoup de temps devant soi pour ne pas étaler la lecture sur plusieurs mois. Pour ma part, je l'ai lu en 10 jours et il était temps que je finisse. Mais bon, c'était une relecture et je pouvais lire de grandes parties en vitesse. Et il reste l'un de mes romans préférés à vie.

vendredi 6 avril 2012

Et vive l'aspidistra, George Orwell



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: À travers l'histoire de la descente aux enfers de Gordon Comstock puis de sa rédemption, ce roman de l'auteur de 1984 est à la fois la satire du monde où l'argent a remplacé le divin et celle de la révolte individualiste et négative. Armé d'un humour corrosif, Orwell dénonce et ridiculise le conformisme de l'English Way of Life tel que le conçoit pour son salut un personnage qu'il traite pourtant avec tendresse. Car il s'agit pour l'auteur de sauver l'aspidistra, fleur symbole de l'Angleterre, c'est-à-dire la convivialité et l'humble désir de vivre. L'humanisme sans concession d'Orwell atteint ici le lecteur au plus profond de sa conscience.

Orwell n'est pas l'écrivain d'un seul livre. Même si "1984" est selon moi le plus grand chef-d'oeuvre du 20e siècle (et qu'Orwell est l'homme du 20e siècle, toujours selon moi), il a écrit un autre bijou avec "La ferme des animaux". Je ne connaissais pas les autres romans de ce grand écrivain et je découvre donc une autre de ses oeuvres avec "Et vive l'aspidistra". Et c'est excellent.

J'ai un parti pris certain pour ce roman parce que c'est comme si l'écriture d'Orwell s'adresse directement à moi. Un peu acide, mais pas trop, Orwell parvient à trouver le juste milieu dans toutes les facettes du style qu'un écrivain devrait avoir. Pour ce roman-ci en particulier, il commence son récit avec de très longues descriptions plus savoureuses les unes que les autres. Ensuite, on entre dans la vie du personnage principal et dans sa conscience. On croirait par moments lire une prose écrite à la première personne mais l'écrivain parvient à garder la troisième personne du singulier d'une façon que je m'explique mal. Ainsi, quand il redirige son action vers d'autres personnages que Gordon (le personnage principal), c'est comme s'il nous sortait de l'histoire et par le fait même, George Orwell parvient à nous déstabiliser. Ce qui est relativement rare en littérature.

Aussi, c'est le genre de livre que j'aime parce qu'entre autres, l'histoire, 80 ans plus tard, nous touche encore. Paul Auster avait écrit sur ce thème - du poète raté qui n'a pas assez d'argent pour survivre - avec son "Moon palace" mais d'une façon plus intimiste. Ici, avec "Et vive l'aspidistra", Orwell est davantage dans les dialogues que Paul Auster et la déchéance extérieure du personnage. Ses relations, son travail, son habitat, etc. Mais par-dessus tout, Orwell écrit un livre contre l'argent. Et sur ce point, ce n'est pas une réussite totale parce qu'il revient trop souvent sur le sujet de l'argent et ainsi, cela porte ombrage sur le reste de l'histoire.

La traduction est faible, très faible, et la plume de l'auteur n'est pas aussi mature que celle de "1984". Elle souffre d'un peu trop de désinvolture et certains passages ne sont plus d'actualité malgré un propos intemporel, ou presque. Mais si j'y vais avec mes goûts, je crois que c'est un chef-d'oeuvre. Parce que personnellement, je raffole de ce genre de roman et par moment, je croyais que l'auteur l'avait écrit pour moi.

mercredi 4 avril 2012

L'invention de la solitude, Paul Auster



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: "Paul Auster est devenu écrivain parce que son père, en mourant, lui a laissé un petit héritage qui l'a soustrait à la misère. Le décès du père n'a pas seulement libéré l'écriture, il a littéralement sauvé la vie du fils. Celui-ci n'en finira jamais de payer sa dette et de rembourser en bonne prose le terrifiant cadeau du trépassé." Là se trouve — Pascal Bruckner le note d'emblée dans sa lecture — la clef de voûte du système Auster. L'Invention de la solitude est le premier livre du jeune écrivain, c'est aussi le livre fondateur de son œuvre, son art poétique. Dans les deux parties — Portrait d'un homme invisible (le père) et le Livre de la mémoire —, Paul Auster interroge la mémoire familiale et met en place un univers que l'on retrouvera dans chacun de ses romans.

On pourrait comparer ce livre, certains passages à tout le moins, à "Les mots" de Jean-Paul Sartre et à "Une histoire d'amour et de ténèbres" d'Amos Oz. Ce n'est pas vraiment un roman. La première partie est consacrée à la vie de son père et de ses grands-parents paternels. Il commente sa situation familiale d'un oeil pour le moins critique. Et lors de la deuxième partie, Auster nous offre une autobiographie très dirigée sur la place de l'écriture dans sa vie.

Les références de Paul Auster sont les mêmes tout au long de sa carrière et ici, dans son premier livre, il mettait la table pour son oeuvre futur. Alors, Emily Dickinson, Freud, Proust, Hölderlin et Thoreau - et d'autres - viennent se greffer aux autres thèmes de l'auteur comme l'identité, la solitude et la création littéraire. De plus, cet écrivain a un certain attachement à la culture de masse, notamment en écrivant beaucoup sur le baseball.

J'avais lu tous les romans d'Auster et pour boucler la boucle, j'ai décidé de lire celui-ci même si l'auteur a débuté avec la publication de cet essai (je crois que le genre de l'essai est ce qui se rapproche le plus de ce livre difficile à catégoriser). J'ai bien aimé mon moment de lecture mais je comprends pourquoi plusieurs n'ont pas appréciés. Cependant, je crois qu'il est préférable de ne pas commencer par celui-ci et en plus, on doit aimer ce romancier au préalable, parce que ce livre est très personnel.

Pour terminer, je dois glisser un mot sur la traduction. La traductrice, Christine Le Boeuf, est habituellement excellente pour traduire les livres de Paul Auster, mais ici, avec "L'invention de la solitude", c'est raté. Plusieurs mots sont mal agencés, ce qui donne des phrases difficilement lisibles, surtout dans la deuxième partie. C'est peut-être l'auteur qui voulait être trop original, mais le style d'écriture du "Livre de la mémoire" n'est pas à la hauteur de Paul Auster après une première partie courte mais efficace.

lundi 2 avril 2012

La montagne de l'âme, Gao Xingjian



Ma note: 8,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Dans les années quatre-vingts, un homme s’embarque dans un long voyage pour fuir les troubles du Pékin communiste. Il suit la piste d’une mystérieuse montagne et traverse une Chine méconnue, infiniment riche, qu’il n’imaginait pas… À la recherche de lui-même, son voyage est aussi spirituel et philosophique. Un roman poétique, teinté d’autobiographie, considéré comme l’un des chefs d’oeuvre de la littérature du XXe siècle.

Il ne fait aucun doute pour moi que ce roman est bien ancré dans le courant littéraire post-moderne. Ce qui frappe d'emblée, ce sont les narrateurs. Même si l'on suit le même personnage tout au long du roman, celui-ci utilise le "Je", le "Tu", le "Il" et le "Elle". Mais surtout, jamais le "Nous" et il explique d'ailleurs pourquoi dans le roman. Comme Paul Auster (autre auteur du post-modernisme), l'identité devient la pierre angulaire du récit. Ces différentes voix nous rappellent aussi les théories psychanalytiques de Freud (Le "Ça", le "Moi" et le "Surmoi").

Habituellement, je n'aime pas la narration au "Tu". J'avais lu cette narration dans un très mauvais roman, le "Contre Dieu" de Patrick Senécal, et par moment, Paul Auster l'utilise, notamment dans "Invisible". Avec ce dernier, les parties les plus faibles, selon moi, étaient celles écrites au "Tu". Mais avec "La montagne de l'âme", l'écrivain chinois Gao Xingjian parvient à réaliser l'impensable et rendre ce genre de narration parfaitement agréable.

Prix Nobel de littérature en 2000, Gao Xingjian fut le premier Chinois à recevoir ce prestigieux prix. C'était la première fois que je lisais un écrivain de ce pays et il m'a rappelé la littérature asiatique que j'avais lue auparavant (en grande partie japonaise). Comme eux, cet écrivain chinois n'a pas une plume impatiente comme on en retrouve trop souvent en Occident. Il ne bouscule pas le lecteur, malgré un style et une histoire originale, et il prend le temps de bien décrire, de bien poser son histoire.

Énorme bouquin de quelque 600 pages, "La montagne de l'âme" est le roman parfait pour bien pénétrer dans la littérature asiatique. Encore une fois, le comité du Nobel a récompensé un auteur qui méritait entièrement le plus international des prix littéraires. Pour ce qui est de l'histoire en tant que telle, malgré qu'elle soit linéaire dans sa construction, l'écrivain parvient à rendre le tout très subtilement, avec même des passages purement philosophiques et conceptuels. C'est un roman sur l'attente, sur la conquête de soi. Il est un de mes préférés des dernières années.

mardi 27 mars 2012

Les exclus, Elfriede Jelinek



Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture: Comment trois lycéens plutôt doués et un jeune ouvrier ambitieux en viennent-ils à molester les passants pour les voler. Comment Rainer, le plus brillant, l'idéologue de la bande finira-t-il par assassiner toute sa famille. Avec une froideur qui renchérit sur celle de ses jeunes héros et une distance ironique qui reconstruit l'insoutenable, Elfriede Jelinek dénonce une nouvelle fois la difficulté de vivre sans étouffer dans l'Autriche d'après-guerre. A la détermination d'une société pressée d'oublier le passé et à qui la réussite sociale tient lieu de valeur suprême répondent le dégoût et la haine des quatre adolescents. Inspiré par un fait divers qui épouvanta Vienne, ce roman semble prémonitoire si l'on pense à plusieurs affaires récentes aussi douloureuses qu'inexplicables.

J'ai rencontré le nom Jelinek, pour la première fois, quand elle avait gagné le prix Nobel de littérature en 2004. Le comité du Nobel avait très bien décrit sa littérature en disant qu'il l'avait récompensé pour « le flot de voix et de contre-voix dans ses romans et ses drames qui dévoilent avec une exceptionnelle passion langagière l’absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux. » Quelque temps plus tard, j'ai revu le nom Jelinek en lisant "Professeur de désespoir" de Nancy Huston. Celle-ci la décrivait comme étant la plus nihiliste des nihilistes, la plus pessimiste en somme. J'ai donc lu un peu plus tard "Enfants des morts" et son talent m'avait sauté en plein visage. Je continue donc sur ma lancé avec, cette fois-ci, "Les exclus".

Encore une fois j'ai adoré, même s'il n'arrive pas tout à fait à la hauteur d'"Enfants des morts". La traduction est un peu plus faible que ce dernier et l'histoire est davantage sociologique. On est moins dans la métaphysique, dans le nihilisme philosophique mais davantage dans le nihilisme anarchique, au niveau des phénomènes (de la vie matérielle). "Les exclus", ce sont des vivants qui attaquent alors que dans "Enfants des morts" c'était des morts qui revenaient à la vie pour attaquer les vivants. Je considère qu'"Enfants des morts" sortait plus de l'ordinaire. Mais les deux romans sont très violents, parmi les plus crus que j'ai lus. Et certainement parmi les plus décontenançant. La voix de Jelinek est très originale. Elle part dans tous les sens, sans jamais vraiment s'arrêter, sans lâcher-prise. C'est littéralement une écrivaine de génie et elle est pour moi ce que j'ai lu de mieux depuis plusieurs années avec les Roberto Bolano, Cormac McCarthy et Herta Müller, entre autres.

L'auteur nous introduit aussi à Sartre et Camus, le temps de quelques passages délectables sur ces deux grands auteurs. (De Camus elle dit même qu'il est sur-nihiliste, en ce sens qu'il a une philosophie du néant dans le néant. Qu'il voit l'absurdité dans le néant alors que le message de Jelinek semble être de voir une certaine rationalité, un système dans le néant.)

Mais par-dessus tout, ce qui frappe dans le roman, ce sont les personnages. La facilité avec laquelle ils commettent leurs gestes ultra-violents. On ne sort pas indemne de cette lecture même si le roman n'est pas de la trempe d'"Enfants des morts".

dimanche 25 mars 2012

Le livre des illusions, Paul Auster



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: David Zimmer a perdu sa femme et ses fils dans un accident d'avion. Au bord de la dépression, anéanti devant la télévision, son attention est soudain retenue par un acteur du cinéma muet, un certain Hector Mann, disparu depuis 1929. Pour la première fois depuis des mois, David est sous le charme; ce virtuose du septième art parvient à le faire rire et, pour cette simple raison, pour ce petit miracle, David décide de se lancer dans l'écriture de la filmographie du personnage. Loin de tout, rien ni personne ne peut l'atteindre, jusqu'au soir où une inconnue débarque chez lui et, sous la menace, lui impose un très long voyage. Elle a pour mission de l'amener le plus rapidement possible au chevet d'Hector Mann; l'acteur, en train de mourir, appellerait David pour lui léguer un étrange héritage. Malgré l'improbabilité de cette histoire, David ne résiste pas davantage et se laisse entraîner...

Après avoir lu tous les romans de Paul Auster, j'ai décidé de faire la relecture de celui qui m'a amené à ce grand auteur. En effet, j'avais lu "Le livre des illusions" il y a plusieurs années, 6 ou 7 ans, mais sur le coup il m'avait plutôt déçu. À peu près tout le monde ne cessait de me vanter Paul Auster et pour cela, le premier que je lisais devait être très bon. Je me souviens d'avoir été déçu par la fin du bouquin, et comme j'avais lu un chef-d'oeuvre juste avant, comme première approche, je considérais Auster avec un certain dédain. Quant au chef-d'oeuvre que j'avais lu avant, c'était, totalement par hasard, un livre qui a sensiblement la même histoire que ce "Livre des illusions". C'était "La conspiration des ténèbres", un Da Vinci code avant le temps, un roman qui lui aussi traite du lointain cinéma en mettant en scène un mystérieux personnage. Un livre de loin supérieur au "Livre des illusions". Mieux écrit mais surtout, une meilleure intrigue, une histoire plus profonde et par-dessus tout, beaucoup plus recherché. Bref, "Le livre des illusions" d'Auster tombait mal dans la chronologie de mes lectures.

Mais cette fois-ci, en relecture, j'ai adoré. Sans être aussi bon que "La conspiration des ténèbres", j'ai trouvé le roman très bien écrit, comme tous les livres de cet écrivains (ou presque). En plus de partir à la recherche d'Hector Mann, le narrateur et personnage principal, David Zimmer, nous raconte ses tribulations suite au drame qu'il a vécu. Chateaubriand est traduit sous nos yeux par le narrateur et il ne se gêne pas pour nous entretenir d'écrivains célèbres. Kafka, Emily Dickinson, Kant par moment et d'autres aussi. Nous, les grands lecteurs, aimons lire un roman qui dépasse le genre du roman-roman. Où l'on dépasse les limites que certains auteurs moyens se fixent. La fameuse fiction qui va du point A au point B. Auster va un peu plus en profondeur, il nous livre de la philosophie dans ses romans (en tout cas, ses meilleurs romans en ont).

Postmoderniste, Auster utilise souvent de nouvelles formes d'écriture en plus des mises en abymes nombreuses qui parcourt son oeuvre. Ici, il écrit quelques passages sous la forme de film muet. Il décrit ce que le spectateur voyait s'il assistait réellement à la projection du film. Cela amène un double avantage au présent roman en ce sens qu'il permet d'appuyer l'histoire, parce que le roman traite du film muet. Mais aussi, il permet à l'auteur de développer une nouvelle forme d'écriture en tant que telle.

Alors, pour terminer, je vous conseille fortement cette lecture. Mais de grâce ne faites pas comme moi, lisez-le au moment opportun. C'est aussi cela la littérature, savoir quand choisir son moment de lecture et savoir quels livres il ne faut pas lire, tout simplement.

jeudi 22 mars 2012

Ritournelle de la faim, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Ma mère, quand elle m’a raconté la première du Boléro, a dit son émotion, les cris, les bravos et les sifflets, le tumulte. Dans la même salle, quelque part, se trouvait un jeune homme qu’elle n’a jamais rencontré, Claude Lévi-Strauss. Comme lui, longtemps après, ma mère m’a confié que cette musique avait changé sa vie. Maintenant, je comprends pourquoi. Je sais ce que signifiait pour sa génération cette phrase répétée, serinée, imposée par le rythme et le crescendo. Le Boléro n’est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l’histoire d’une colère, d’une faim. Quand il s’achève dans la violence, le silence qui s’ensuit est terrible pour les survivants étourdis. J’ai écrit cette histoire en mémoire d’une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans.

Plusieurs auteurs que j'adore - et Le Clézio en fait partie - ont à peu près tous écrits des romans plus courts qui gravitent autour de leur immense oeuvre. Je pense à Dostoïevsky, Tolstoï, Victor Hugo et parmi les contemporains on peut citer Philip Roth, Paul Auster et Herta Müller. "Ritournelle de la faim" se veut un peu dans ce courant parce qu'il fait quelque 200 pages seulement. Mais comme c'est souvent le cas, notamment avec les auteurs cités plus haut, ce court roman n'était vraiment pas nécessaire.

La quatrième de couverture ne nous apprend pas grand chose sur l'histoire en tant que telle (c'est une citation de la dernière page du roman). Donc, pour résumer, l'histoire est assez disparate, entre autres parce que nous n'embarquons seulement qu'à la fin du roman. On suit Ethel, le personnage principal et mère de l'auteur. Née dans une famille bourgeoise et originaire de l'île Maurice, on assiste à la fameuse prise du contrôle (raciste) par Pétain, au temps de la guerre. Mais l'écrivain nous raconte cela par la petite histoire plus souvent que par la grande histoire. Je pourrais dire que le bouquin est rempli d'"Instant".

Mais somme toute, nous assistons à l'ennui littéraire. C'est le livre de Le Clézio le plus faible que j'ai lu jusqu'à présent. Il n'y a absolument rien de creusé et on sent presqu'un manque d'imagination de l'auteur du "Chercheur d'or". Il y a encore une fois une légèreté dans la prose, mais ici elle est plutôt mal venue. En tout cas, malgré sa brièveté et sa légèreté (pour un sujet sérieux), j'avais hâte de le terminer. Ce qui est habituellement mauvais signe...