"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

vendredi 28 décembre 2012

Ulysse, James Joyce



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Une première traduction de l'Ulysse de James Joyce, de la plume d'Auguste Morel, assisté à des degrés divers par Stuart Gilbert, Valery Larbaud et l'auteur, a vu le jour en 1929 à La Maison des Amis des Livres d'Adrienne Monnier. Elle a donc dépassé "l'âge antédiluvien maximum de 70 ans", que James Joyce prend soin de rappeler dans son livre après avoir dûment établi l'étroite correspondance entre la littérature et l'existence humaine... La présente traduction s'adresse, elle, aux générations d'aujourd'hui, pour lesquelles la lecture, l'écriture, et leur intrication, constitutive de la tradition littéraire, introduisent à un univers autre, textuel, marqué par la diversité et la polyphonie. Ce parti explique le choix fait des traducteurs : un tiers de ces pages a été traduit par des écrivains, un autre par un traducteur littéraire, un troisième par des universitaires. La coordination et l'harmonisation de l'ensemble ont été assurées par Jacques Aubert.

Cette nouvelle traduction ne m'a pas impressionnée. Même si je ne peux comparer avec la traduction originale et le texte en anglais (que je n'ai pas lus), la présente traduction, écrite par plusieurs traducteurs, souffre d'un manque de cohérence et elle ne forme pas un tout, en ensemble, une totalité. Il y a même un traducteur qui utilise une quantité de "quoique et quoi que" et ainsi, par moments, la seule chose qui nous reste dans la tête c'est "quoique quoi que quoique quoi que"....

Cet "Ulysse" de James Joyce est décrit par Dany Laferrière comme le pire des classiques. Je n'irai peut-être pas jusque-là - notamment parce que "Le rouge et le noir" de Stendhal est d'une platitude rare - mais c'est qu'"Ulysse", qui fait 1200 pages et que je me suis fait un devoir de lire jusqu'au bout, n'est pas une oeuvre facile à lire. De plus, il n'est pas si bien écrit que sa réputation le laisse croire, ni aussi profond que les analystes littéraires veulent bien le dire.

C'est un exercice de style cet "Ulysse". Sur certains points il m'a fait penser à "Belle du seigneur" d'Albert Cohen (un autre classique à éviter selon moi). Il a aussi un certain côté de l'"Attrape coeur" de Salinger en ce sens que les deux romans tournent autour de personnages un peu déphasés et l'action des deux romans se déroulent sur une courte période (une journée pour "Ulysse" et trois jours pour "L'attrape coeur").

La construction du roman sauve, en quelque sorte, son manque d'imagination. Chaque partie à une construction différente. On se retrouve donc avec une prose classique à certains moments et moderne à d'autres. Une partie du roman est écrite sous forme de pièce de théâtre et une autre est entrecoupée de titres en référence à l'oeuvre d'Homère. Quelquefois on est dans le dialogue intérieur et d'autres fois, on est dans les descriptions typiques du roman. Bref, l'écriture coule, c'est une force de ce roman, et James Joyce allie l'écriture érudite à un modernisme très vingtième siècle.

En terminant, on doit reconnaître qu'"Ulysse" a influencé tout le restant du 20e siècle. Paulo Coelho dit qu'il a été dommageable pour la littérature, parce qu'il a épuré la bonne histoire du roman (en général). Il y a certainement une banalité (voulue) qui se dégage de cette oeuvre, mais je n'ai pas perdu mon temps non plus.

jeudi 20 décembre 2012

Le supplice du Santal, Mo Yan



Ma note : 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: En 1900, une révolte éclate sur le chantier de la voie ferrée construite par les Allemands à travers le Shangdong. Autour de Meiniang, la plus belle fille du canton de Gaomi, se nouent les destins de quatre hommes : son père, Sun Bing, chanteur d'opéra traditionnel à voix de chat et héros rebelle, son mari Petit-Jia, boucher stupide et rêveur, son amant le sous-préfet Qian Ding et son beau-père Zhao Jia, bourreau officiel, dignitaire de l'Empire. Le sous-préfet est contraint d'arrêter le chanteur rebelle et de le livrer à la plus cruelle des tortures, le supplice du santal. Parce qu'il considère cette mise à mort comme le couronnement de sa carrière, le bourreau, Zhao Jia, met tout son soin à la préparer, rappelant à son souvenir toutes les sentences qu'il a exécutées, mettant en scène le dernier spectacle. Bâti comme un opéra classique, lyrique et virtuose, ce livre des supplices dépeint les derniers feux de l'univers traditionnel chinois. La mort de l'empire Qing méritait ce traitement grandiose. Dans un savoureux mélange de violence et de tendresse, d'humour féroce, de truculence et de noirceur, se découvre à nouveau le goût prononcé de Mo Yan pour les jeux de contraste. Son art est renouvelé de plus belle, plus affirmé que jamais. Il allie, avec un brio extraordinaire, la profondeur d'une réflexion universelle et la modernité d'une forme littéraire surprenante.

Mo Yan écrit comme un dieu. Pourtant, j'avais peur ! Peur que le Nobel de littérature ait récompensé pour une des premières fois un romancier moins talentueux et qu'il voulait absolument le donner à un Chinois étant donné qu'il est le premier originaire et résident de la Chine à recevoir ce prestigieux prix. De plus, les critiques ont été sévères à son endroit lorsqu'il a reçu le prix, notamment celles d'Herta Müller. Elle l'accusait de plier face aux autorités chinoises. En fait elle semblait vouloir censurer un auteur qui vit dans un pays où la censure sévit.

Pour ma part, je ne me soucie pas de quelle censure un auteur peut être victime. Tout le monde est soumis à une certaine censure et comme le disait Mo Yan, la liberté d'expression n'est jamais totale. Un écrivain est bon ou ne l'est pas. Et Mo Yan en est un exceptionnel. Il ne limite pas son esthétique (du roman) à son style d'écriture, mais nous offre avec "Le supplice du Santal" un roman à la forme recherchée. Différents narrateurs nous sont présentés et au coeur du roman un narrateur omniscient - même si l'auteur lui-même affirme que ce n'est pas vraiment un narrateur omniscient mais davantage une voix orale et populaire - qui développe un drame social dans un univers, au début et à la fin, plus personnel et intime. On pourrait ainsi le rapprocher du "Résurrection" de Tolstoï qui lui, avait raconté une histoire intimiste au début de son roman et cela débouchait sur un récit social.

Ce roman est opéra, il se rapproche aussi un peu du réalisme magique de Garcia Marquez mais avec la saveur chinoise et comme l'écrivait le comité du Nobel, la littérature de Mo Yan nous offre un réalisme hallucinatoire. Le roman est écrit pour le peuple selon l'auteur lui-même, et personnellement, il est un des romans les plus imaginatifs et profonds que j'aie lus. Mais par-dessus tout, c'est sa plume qui marque. Les métaphores se rapportant aux animaux donnent une couleur rarement vue dans la littérature occidentale et Mo Yan réussit là où la plupart des auteurs échouent, c'est-à-dire à nous livrer un roman foisonnant et merveilleusement écrit. C'est du grand art !

mercredi 12 décembre 2012

Une vie divine, Philippe Sollers



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: «Ludi est une merveilleuse menteuse. C'est d'ailleurs la phrase que je me suis murmurée au bout de trois ou quatre rencontres : "merveilleuse menteuse". Mère en veilleuse, très bonne menteuse. Il suffit de la voir, là, bien blonde épanouie aux yeux noirs, cheveux courts, avec sa robe noire moulante, sur la terrasse de cet hôtel, en été. Elle est fraîche, bronzée, elle sait qu'elle se montre, elle laisse venir les regards vers elle, elle s'en enveloppe comme d'une soie. Oui, je sais, elle vous dira qu'elle a pris deux kilos et que c'est dramatique, mais non, justement, elle est parfaite comme ça, rebondie, ferme, ses seins, son ventre, ses cuisses évoquent aussitôt de grands lits ouverts. Ah, ce croisement de jambes, ses fesses lorsqu'elle va au bar, sa façon de sortir et de rentrer et de ressortir et de rerentrer son pied de son soulier gauche - la cheville, là, en éclair -, et puis de rester cinq secondes sur sa jambe droite, et de recommencer, rentrer-sortir, rentrer-sortir, comme pour dire j'ai trouvé chaussure à mon pied, et c'est moi, rien que moi, venez vous y frotter si vous croyez le contraire. Son corps se suffit à lui-même et elle n'a pas à s'en rendre compte. Il dit tout ce qu'il y a à dire, mais elle ne pourrait pas le parler.»

Le nom de Schopenhauer n'apparaît, pour la première fois, qu'à la moitié du roman. Il était temps ! Ce roman sur la vie de Nietzsche, mon préféré jusqu'à maintenant de Sollers, ne pouvait passer outre Schopenhauer. Pourtant, je crois que ce n'était pas l'envie qui manquait à Sollers de le rayer de son roman. Il est très critique du nihilisme, se venge contre Houellebecq, on sent bien la jalousie qu'il a d'avoir moins de talent que Michel, et il semble frustré de la grande influence qu'a eue Schopenhauer, et plus particulièrement sur Nietzsche. Il ne parle même pas que Nietzsche ne cessait de répéter que le seul philosophe qui l'a influencé, le seul à avoir un quelconque intérêt, c'est le maitre Arthur. Bien sûr qu'après il s'en est distancé pour fonder sa propre philosophie et par le fait même, il assassinait la métaphysique de Schopenhauer. On ne peut pas trouver une philosophie plus éloignée de celle de Schopenhauer que celle de Nietzsche. Schopenhauer détruit la vie, alors que Nietzsche la célèbre. La philosophie de Schopenhauer est basée sur la pitié, la compassion, alors que celle de Nietzsche a pour base le surhomme, la volonté de puissance. Vous aurez compris - ou pas - que je me range du côté de Schopenhauer alors que Sollers, et son roman, se range sur celui de Nietzsche. Il est parfois bon de confronter son opinion, ses intérêts, sa pensée.

Très bien écrite, surtout les cent premières pages qui sont parmi les meilleures pages que j'aie lues dans ma vie, cette biographie romancée sur Nietzsche est un incontournable, selon moi, pour qui s'intéresse au grand philosophe. Et c'est même davantage qu'une biographie romancée, parce que le narrateur - on pourrait même dire Philippe Sollers lui-même - entremêle sa propre vie avec Nietzsche et l'appelle M.N. pour Monsieur Nietzsche. Cela donne au roman une petite touche postmoderne. La première moitié de ce bouquin de plus de 500 pages est consacrée à tisser les liens de ces existences, celle de Nietzsche, du narrateur, de Sollers, et cela devient de plus en plus conséquent plus le roman avance, plus il prend forme.

Contrairement à mes lectures précédentes de cet écrivain - je parle du "Secret", "Les voyageurs du temps" et "La Fête à Venise" - ici il y a un fil conducteur à l'histoire (la vie de Nietzsche) et Sollers ne s'égare pas trop. Bien sûr qu'il parle de sujets plus ou moins rattachés à Nietzsche, ici et là, mais en général, il s'en tient à son sujet. Et pour le côté moins plaisant de notre lecture, Sollers continue à prendre son lecteur pour un imbécile en l'attaquant, en le prenant de haut, en étant tout simplement déplaisant.

dimanche 9 décembre 2012

La Fête à Venise, Philippe Sollers



Ma note: 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Que fait au juste Pierre Froissart, écrivain clandestin, l'été, dans un petit palais de Venise ? Pourquoi est-il accompagné de cette jeune physicienne américaine, Luz, avec laquelle il a l'air de si bien s'entendre ? Activités illégales ? Drogue ? Trafic d'œuvres d'art ? Mais quel est alors le réseau international qui l'emploie, lui et certains de ses anciens amis ? Et que représente au fond cette toile de Watteau qu'il doit acheminer vers son but secret ; cette peinture célèbre et recherchée qui donne son nom au roman et l'entraîne peu à peu, comme d'elle-même, dans une révélation de l'Histoire ?

Avant de m'embarquer dans la lecture de Sollers, j'avais déjà entendu qu'il écrivait sans cesse le même roman. Que l'on pouvait changer les titres mais que le contenu restait le même. Et après avoir lu trois livres, j'en ai la preuve. De plus, ce ne sont pas de véritables romans. L'aspect fiction disparaît derrière une suite sans fin de digressions. L'esthétique du roman est faible, l'histoire en tant que telle est mince et la personnalité déplaisante de l'auteur transparaît derrière sa prose prétentieuse. Certes, Sollers est érudit, mais avec un récit aussi mince, on ne peut pas dire que c'est de la grande littérature.

Lors de mes critiques de Sollers, je le comparais avec Kundera, du moins, il avait un peu le même genre de digressions. Par contre, je crois que Kundera sera encore lu dans cent ans, ce qui n'est pas le cas de Sollers. Sollers ne fait que parler des "autres", notamment dans "La fête à Venise", où il nous parle encore une fois de Nietzsche, de Freud, de Proust, de Kafka, de Stendhal, de Joyce, de Rimbaud. Et même de grands compositeurs comme Mozart. Mais comme pour "Les voyageurs du temps", ce sont les peintres qui prennent le haut du pavé et plus particulièrement Watteau. Il semble être la référence principale de Sollers. Et en plus de citer tous ces artistes, il nous parle sans cesse de leur biographie. Bref, cette fête à Venise n'aborde presque pas Venise mais bien les mêmes thèmes que ceux d'un autre roman de Sollers que j'avais lu, "Les voyageurs du temps".

Pour faire le lien entre l'artiste peintre, la fiction, le roman, etc., le "Manuel de peinture et de calligraphie" de José Saramago est de loin supérieur. Contrairement à Sollers, il a réussi à créer une ambiance romanesque entre l'artiste et le roman. Un nihilisme délectable se dégageait du roman de Saramago, alors qu'une prétention se dégage de celui de Sollers. C'est ce qui différencie un Nobel d'un Médicis.

Cependant, pour conclure, je dois dire que, personnellement, j'aime bien les bouquins de Sollers. J'aime lire sur l'art, tant littéraire, poétique, que dans le domaine des beaux-arts. Et cet écrivain en fait une obsession, ce qui n'est pas pour me déplaire. Ici, je croyais réellement qu'il allait nous entretenir sur la Ville de Venise, mais non, il poursuit sur sa lancée et il écrit sur des sujets qu'il affectionne.

samedi 1 décembre 2012

Les voyageurs du temps, Philippe Sollers



Ma note: 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur, tirée du roman: «Je viens du Centre de tir. Quelques bavures pour commencer (fatigue, souffle court), et puis précision. Je ne sais plus quel poète américain a écrit ces deux vers : "Paradis calme/Au-dessus du carnage". C'est mon état d'esprit à l'entraînement. En haut, si j'arrive à penser le moins possible, ciel bleu, calme lumineux. En bas, explosion et larmes. Je me concentre sur le mot "mot". Je le vois là-bas, dans la ligne de mire. Il respire un peu, il grandit, c'est lui que je vise, que je veux toucher et trouer. MOT. Avec une lettre de plus, c'est MORT. En anglais, ça ferait WORD et WORLD. Je tire sur la mort, je tire sur le monde. Petite plaisanterie, mais qui fait du bien. Ma voisine de stand, Viva, me félicite d'avoir mis dans le mille. Je ne sais rien de ses activités, ni elle des miennes. On se sourit, ça suffit.»

Après "Le Secret" de Philippe Sollers, je me lance dans un de ses romans les plus récents, "Les voyageurs du temps". Je me demandais bien qui ils étaient ces voyageurs du temps. Et encore une fois le parallèle avec l'oeuvre de Kundera est fort, notamment parce que ce dernier avait écrit un roman semblable, "L'immortalité". Un des meilleurs romans qu'il m'ait été donné de lire, alors ces voyageurs du temps avaient beaucoup à faire pour rivaliser avec celui de Kundera.

Et comme je m'y attendais, il n'arrive pas à la qualité du premier. Contrairement à "L'immortalité", ici l'histoire du roman est réduite à sa plus simple expression. J'avais dit du "Secret" qu'il était davantage un essai sur l'histoire des idées. Avec "Les voyageurs du temps" on est en présence d'un essai sur l'art en général et la littérature en particulier. Entre autres, l'écrivain Sollers nous parle, sous forme de petits paragraphes discontinus, des écrivains qui l'ont marqués et de quelques anecdotes de leur vie personnelle. Présenter ce livre comme un roman est de la fausse représentation. C'est un essai et rien d'autre. Et pour rester sur le cas Kundera, j'ai lu dernièrement ses essais sur la littérature et "Les voyageurs du temps" se rapprochent davantage de ceux-ci, notamment "Le rideau", "Une rencontre" et "Les Testaments trahis".

"Les voyageurs du temps" est un des derniers livres de Sollers et cela se voit. La plume de l'auteur est plus posée, sage, en retenue, en douceur de ce que j'avais lu avec "Le Secret". C'est donc un bouquin de la maturité où l'écrivain rend un certain hommage à ses modèles qui ont traversé le temps.

Sollers nous parle donc des écrivains qu'il admire. Proust, Kafka, Lacan, Nietzsche, Orwell, Dante, Rimbaud, Baudelaire et bien d'autres. Il nous parle aussi de peintres comme Watteau, qu'il considère comme un génie. Bref, pour terminer, ceux qui apprécient les essais, comme moi, sur la littérature et les arts, seront servis à souhait par un bon écrivain, érudit qui plus est. Mais ceux qui recherchent une bonne histoire, linéaire ou pas, devront s'en abstenir parce que ce bouquin leur tombera certainement des mains.

mardi 27 novembre 2012

Le Secret, Philippe Sollers



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: «Ce n'est pas tous les jours qu'on peut avoir entre les mains les confessions non trafiquées ou non réécrites d'un agent secret. Au contraire des fictions fantaisistes ou fantastiques qui sont données d'habitude en pâture à la crédulité du public, voici un livre de base, clair, simple, et qu'on espère aussi inquiétant qu'émouvant, aussi instructif que drôle. Le récit porte sur plusieurs points cruciaux de l'envers de l'histoire contemporaine : l'attentat, resté si mystérieux, contre le Pape, en 1981, à Rome ; les raisons profondes de la décomposition et de la recomposition de l'ancien équilibre du Mensonge et de la Terreur ; la redistribution, partout accélérée, des pouvoirs occultes ; la montée générale de la corruption, du crime organisé et du tout-marchandise (à commencer par le marché de la reproduction mécanique des corps humains). Un homme parle : on le voit dans sa vie intime sans cesse menacée ; affronté à ses supérieurs et souvent soupçonné par eux ; tentant de survivre dans la guerre implacable du Renseignement ; dévoilant enfin, avec une conviction étrange, les ressorts du monde violemment antinaturel dans lequel nous sommes désormais jetés.»

Cette quatrième de couverture a été écrite par Philippe Sollers lui-même et je ne crois pas que l'on pourrait faire mieux. Notamment parce qu'il n'y pas vraiment d'histoire dans ce roman et encore moins d'intrigues, donc un résumé est impossible à faire.

En littérature, une digression c'est le récit qui s'égare du sujet principal pour nous entretenir de sujets variés, intellectuels ou non. Ici, on ne peut pas appeler cela des digressions parce qu'il n'y a pas de sujet principal. Tout le roman est une digression et donc, on est davantage dans un flux de pensées, plus ou moins cohérent. Par moments, le bouquin m'a rappelé les romans d'Elfriede Jelinek, mais sans le début d'une histoire. Sollers est aussi beaucoup moins talentueux que la grande écrivaine qu'est Jelinek.

Alors, je ne pense pas qu'on soit dans l'art du roman avec ce livre. C'est plutôt, selon moi, un essai sur l'histoire des idées. Plusieurs thèmes sont abordés mais aucun n'est creusé. L'auteur nous montre sa grande érudition, sa très grande érudition même, mais les amateurs du roman-roman subiront une déception extrême. C'est à mille lieues du thriller et même du roman contemporain. Prenez les digressions dans les romans de Kundera, accordez-les bout à bout et vous aurez une meilleure idée de ce "Secret".

Je me demande si Sollers sera lu dans quelques décennies. Parce que ce roman date de 1993 et on sent déjà qu'il n'a pas très bien vieilli. Alors imaginer sa pertinence dans 20 ou 30 ans n'est pas chose facile ni évidente. J'ai trouvé son style d'écriture beaucoup trop charcuté, interrompu par une ponctuation trop lourde. À chaque deux ou trois mots il y a soit une virgule ou un point. Les énumérations sont nombreuses, c'est le moins qu'on puisse dire, et cela débouche sur un style lourd. Après une centaine de pages on s'y habitue sans être totalement convaincu. Bref, c'est une lecture qui laisse perplexe, et cela me prendra quelques semaines avant de savoir si "Le Secret" de Sollers en valait vraiment la peine, s'il m'en est resté quelque chose. Par contre, en terminant, je dois dire que, malgré tout, je n'ai pas détesté ma lecture et c'est même un bon livre dans l'ensemble. Ce qui explique ma note supérieure à sept sur dix.

jeudi 22 novembre 2012

Contre-jour, Thomas Pynchon



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Avec ce roman planétaire et foisonnant qui débute par l'Exposition universelle de Chicago, en 1893, pour s'achever au lendemain de la Première Guerre mondiale, à Paris, Pynchon réussir son oeuvre la plus ambitieuse et la plus émouvante. S'attachant à dépeindre aussi bien les luttes anarchistes dans l'Ouest américain que la Venise du tournant du siècle, les enjeux ferroviaires d'une Europe sur le point de basculer dans un conflit généralisé, les mystères de l'Orient mythique ou les frasques de la révolution mexicaine, l'auteur déploie une galerie de personnages de roman-feuilleton en perpétuelle expansion - jeunes aéronautes, espions fourbes, savants fous, prestidigitateurs, amateurs de drogues, etc. -, tous embringués dans des mésaventures dignes des Marx Brothers. Au coeur du livre, la famille Traverse : Webb, mineur et as de la dynamite, exécuté sur ordre du ploutocrate Scarsdale Vibe ; ses enfants, tous hantés par la mort de leur père, certains bien décidés à le venger, d'autres déjà avalés par les contradictions du siècle naissant. Et gravitant autour d'eux, tels des astres égarés, quelques figures hautes en couleur, qui toutes ont un compte à régler avec le pouvoir. Veillant sur ce « petit monde », quelque part dans les airs : les Casse-Cou, bande de joyeux aéronautes qui, avec le lecteur, suivent non sans Inquiétude la lente montée des périls. Empruntant avec jubilation à tous les genres - fantastique, espionnage, aventure, western, gaudriole -, rythmé par des Incursions dans des temps et des mondes parallèles, écrit dans une langue tour à tour drolatique et poignante, savante et gourmande, Contre-jour s'impose comme une épopée toute tendue vers la grâce.

Et cette grâce est rendue, en français, par un traducteur extraordinaire. Comme je l'écrivais lors de ma précédente critique - celle de "Vice caché" de ce même Pynchon - la traduction de cet auteur doit être extrêmement difficile à rendre dans une langue nuancée comme le français. Mais ici, avec Claro, ce traducteur que je ne connaissais pas et qui m'a ébloui, tout est parfait, à l'exception de quelques mots d'argot ici et là. Avec 1200 pages à traduire, on peut dire qu'il a fait un travail remarquable.

Ce qui me conduit à parler de l'auteur. Sa plume coule, elle est d'une fluidité digne d'un Dostoïevski mais avec la retenue d'un Tolstoï. Tout en métaphysique, comme Dostoïevski, il touche à plusieurs genres, un peu comme le "2666" de Roberto Bolaño. De plus, il partage plusieurs aspects de la forme de "2666", notamment les divisions de son corpus de même que sa voluminosité. Pynchon nous signe ici un chef-d'oeuvre qui pourrait nous divertir (et nous interroger) sur plusieurs lectures consécutives. Ce qui en fait un des bouquins les plus littéraires qu'il m'ait été donné de lire, avec ses nombreux angles possibles d'analyses.

Son côté historique ressort de l'ensemble de l'oeuvre et d'une lecture plus globale (comme je l'ai approché lors de cette première lecture). L'anarchisme traverse tout le bouquin et le fantastique est davantage présent de ce que j'aurais cru. Les fils conducteurs entre les parties sont tellement minces qu'ils nous échappent la plupart du temps. D'autres relectures s'imposent donc, pour y découvrir le sens de l'oeuvre, de même que ses détails.

C'est du grand art, mais je ne suis pas certain que le livre forme un tout. Le roman est d'une subtilité déstabilisante. Le New Age scientifique, mathématique, vient rajouter une complexité peut-être pas nécessaire. Je ne sais pas trop. Mais une chose est sûre, c'est que ce livre est d'une originalité que j'ai rarement lue et je le relirai certainement. L'histoire en tant que telle nous joue des tours, mais attendons avant de se prononcer pleinement sur le contenu de celle-ci. Oui, attendons.

mardi 6 novembre 2012

Nouvelles histoires du Wyoming, Annie Proulx



Ma note: 5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Une fois encore, Annie Proulx nous plonge au coeur de l'Ouest américain, âpre désert de beautés et de dangers, à la rencontre de personnages isolés, tourmentés, qui avancent coûte que coûte sur une route dont ils sont à la fois les héros et les prisonniers. C'est à un voyage jusqu'à l'ultime frontière d'un monde presque disparu, et jusqu'aux dernières franges de l'âme des hommes, qu'elle nous convie, elle qui sait comme personne conjuguer le réalisme et l'intime pour explorer le mythe américain, le confronter à ses contradictions et ses excès, ses violences et ses splendeurs. Annie Proulx est née en 1935 dans le Connecticut. Pour son premier roman, " Cartes postales " (1992), elle reçoit le PEN/Faulkner Award et l'année suivante, avec " Noeuds et dénouements " (Cahiers rouges, 2005), elle obtient le prestigieux prix Pulitzer et le National Book Award. Suivront " Les Crimes de l'accordéon " (Grasset, 2004), " Un as dans la manche " (Grasset, 2005) et la nouvelle " Brokeback Mountain " (Grasset, 2006), qui a inspiré le célèbre film d'Ang Lee. Considérée comme l'un des plus grands écrivains américains, Annie Proulx vit aujourd'hui dans le Wyoming.

Ce n'est certainement pas avec ce recueil que je me réconcilierai avec l'art de la nouvelle. J'ai une extrême difficulté à lire cette forme. C'est complètement différent d'un roman, notamment parce qu'on n'a pas le temps d'embarquer dans l'histoire, la chute arrive sans même nous laisser le temps de reprendre notre souffle. De plus, souvent, les grands écrivains changent quelque peu leur façon d'écrire pour rentrer dans un nombre de pages restreint.

Avec "Nouvelles histoires du Wyoming" c'est le même problème qu'on rencontre. Je venais de lire Annie Proulx pour la première fois avec "Un as dans la manche" et sa plume m'avait enchantée. Je la comparais aux plus grands tellement la fluidité de sa prose était marquante et le vocabulaire recherché. Mais ici, tout cela est effacé derrière cette forme littéraire, la nouvelle, qui enlève, selon moi, la substance des mots, des phrases, de la prose. Il y a Tolstoï qui s'en sort bien dans cet art, entre autres avec "La mort d'Ivan Ilitch" que j'avais adoré. Stephen King n'est pas mal non plus, dans le genre thriller-horreur.

Dans le présent recueil j'ai détesté plusieurs nouvelles et trouvé banal la plupart. Celle avec les Indiens, la deuxième ("Reconstitutions des guerres indiennes") offre de bons moments de lecture, surtout le passage du film disparu (celui de Buffalo Bill) et qu'un personnage dans le récit avait retrouvé plusieurs décennies plus tard. Proulx nous explique que ce fût un des premiers films et qu'il n'avait pas rencontré le succès. Il mettait en scène une reconstitution dans laquelle des Indiens d'Amérique y jouaient leur propre rôle et que certains d'entre eux avaient placé de vraies balles lors de la reconstitution pour se venger. Bref, un film du début du 20e siècle qui semblait magnifique mais qui avait disparu avec le temps.

Je n'ai pas remarqué de thèmes qui relient les histoires entre elles. Alors, le seul sujet qui les relie est l'état du Wyoming et la vie parfois difficile dans les grands espaces.

Enfin, je crois que l'on doit être un grand lecteur (et un passionné) des nouvelles littéraires pour bien apprécier ce recueil. Le style d'écriture se rapproche davantage du journalisme que du grand art lyrique. Et pour ma part, je crois que je prendrai une pause de quelques années avant de relire cette auteure, parce qu'après deux bouquins, cela n'a pas très bien débuté.

lundi 5 novembre 2012

Un as dans la manche, Annie Proulx



Ma note: 7/10

Voici la présentation de l'éditeur : Abandonné par ses parents partis en éclaireurs en Alaska pour n'en jamais revenir, Bob Dollar est élevé par l'oncle Tam, un brocanteur. A vingt-quatre ans, après de nombreux petits boulots, Bob est engagé par une porcherie industrielle, la " Mondiale de la Couenne ", qui l'envoie au fin fond du Texas pour repérer les terrains à racheter à des veuves désespérées par les odeurs pestilentielles, à des fermiers découragés par la pollution des nappes phréatiques, à des héritiers pressés de fuir l'aridité de ces immenses plaines. Face à ces enfants de pionniers, Bob va devoir jouer serré, tricher, amadouer cette Amérique profonde où la brutalité sauvage le dispute à la générosité. Dans un style imagé et puissant, Annie Proulx nous restitue une certaine Amérique menacée de disparition.

Malgré un nom très Québécois, Annie Proulx est bel et bien une Américaine, qui a par contre des origines québécoises. Elle a même fait une partie de ses études à Montréal et à l'instar de Jack Kerouac, elle semble attachée à ses racines. Habituée des prix littéraires américains, et non les moindres comme le National Book award (le plus prestigieux) et le Pulitzer. C'est la première fois que je lisais un de ses livres et elle est une incontournable pour qui s'intéresse à la littérature américaine. Notamment, elle est un des auteurs préférés de Stephen King et bien d'autres.

D'entrée de jeu, je pourrais la comparer à Philip Roth et Cormac McCarthy. Je crois qu'elle est un croisement entre les deux et ce roman est éloquent à ce sujet. Elle a une plume très recherchée, un peu comme McCarthy et elle aussi fait dans la littérature des grands territoires, de la campagne. Et dans une moindre mesure, on pourrait dire qu'elle retire de Roth les portraits qu'elle trace de ses personnages, la forme qu'elle emploie. Elle retrace leur origine un peu à la manière du grand Philip Roth.

Ensuite, à la lecture de ce roman, on pourrait dire que cela paraît qu'elle est une habituée des nouvelles littéraires. Les chapitres dans ce roman sont bien tranchés (presque écrits en "scènes" comme les classiques), et souvent, on a droit à des histoires différentes même si la toile de fond reste la même, avec Bob Dollar comme fil conducteur.

Et pour l'histoire en tant que telle, "Un as dans la manche" m'a rappelé "Les âmes mortes" de Gogol. Un étranger débarque dans une région pour trahir à peu près tout le monde. Sauf que celui de Gogol était beaucoup plus intéressant. Le personnage principal était une sorte de métaphore du diable. Ici, Bob Dollar (quel nom ringard en passant) est quelque peu idiot et le récit de Proulx est amené avec tellement de subtilité qu'on se demande où elle veut bien nous conduire. Elle cherche à traiter plusieurs thèmes sans en approfondir un seul. Par exemple, une critique du capitalisme s'en dégage mais sans réelle conviction, de même que sa prise de position en faveur des régions, du grand territoire.

Pour terminer, voici un roman bien écrit mais sans intérêt. L'histoire est souvent boiteuse, les personnages inintéressants et l'intrigue peine à prendre sa place. Il y a même un léger soupçon de thriller mais il est tellement effacé qu'on le remarque à peine (vers la fin). Par contre, le style de l'auteure est solide et la prose est fluide, ce qui n'en fait pas une lecture déplaisante.

vendredi 26 octobre 2012

Le rabaissement, Philip Roth



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Pour Simon Axler, le personnage principal du nouveau livre de Philip Roth, tout est fini. Il fut l'un des plus grands acteurs de sa génération. Il a maintenant soixante ans passés, et il a perdu son talent, sa magie, sa confiance en lui. Falstaff, Peer Gynt, Vania, ses plus grands rôles : il n'en reste rien, du vent. Quand il monte sur scène, il se sent incapable de jouer, d'entrer dans la peau d'un autre. Sa femme l'a quitté, son public aussi, son agent ne parvient pas à le convaincre de remonter sur les planches. Au milieu de cette crise terrible et inexplicable se produit un nouvel épisode qui traduit son besoin de compensation. Voici Simon Axler saisi d'un désir érotique violent, qui, loin de le conduire au réconfort espéré, va au contraire provoquer une fin inattendue et très noire. Au cours de ce voyage dans les ténèbres, raconté avec la maestria habituelle à Philip Roth, ce sont toutes nos illusions qui sont démolies, qu'elles touchent au talent, à l'amour, au sexe, à l'espoir ou à notre réputation en société. Le rabaissement est le trentième livre de Philip Roth.

Lors d'une entrevue pour La grande librairie de la télévision française, Philip Roth disait s'être inspiré des écrivains qui arrivent à la vieillesse, comme lui, et qui perdent leur force créatrice, leur talent, etc. Il disait aussi que cela ne l'avait pas atteint, de même que d'autres auteurs comme Joyce Carol Oates et qu'ils se considéraient tous chanceux. Certains critiques littéraires ont par contre affirmé que ce roman prouvait que la perte d'un certain talent avait touché l'écrivain Roth. Qu'il manquait quelque chose dans ce roman et surtout, que le Philip Roth de la belle époque était bel et bien disparu.

Pour ma part, je n'irai pas jusque-là. Il faut savoir que Philip Roth s'est aussi inspiré d'écrivains comme Dostoïevski et Tolstoï pour écrire le cycle "Némésis" dont "Le rabaissement" constitue le troisième et avant-dernier roman. Alors, on doit prendre ces courts romans comme ils sont. On ne doit pas s'attendre à de la très grande littérature, comme ses romans précédents, tout comme les romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï n'étaient pas aussi grandioses que "Guerre et paix" et "Les frères Karamazov". Et c'est en ce sens qu'il dit s'être inspiré de ces deux grands maîtres, en écrivant des romans qui graviteraient autour de son oeuvre principal. Il a par ailleurs avoué que le dernier de ce cycle, le roman "Némésis", serait son dernier à vie et qu'il avait dit tout ce qu'il avait à dire.

Et cela paraît quelque peu dans "Le rabaissement". On sent un léger essoufflement de l'auteur, ce qui me pousse à comparer celui-ci avec les derniers de Milan Kundera, sa période française, plutôt qu'aux romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï.

Pour terminer, il apparaît clairement que le thème central de ce cycle est celui de la perte. Et pour "Le rabaissement", c'est fait sans subtilité. Le personnage principal perd drastiquement son talent d'acteurs. S'ensuit une lecture pessimiste, noire, nihiliste. La chute du récit est impressionnante, et c'est toute la condition humaine qui est touchée. Même s'il n'aime pas la psychanalyse, l'auteur joue sans cesse dans ses plates-bandes et avec une force particulière. C'est un roman de fin de carrière, écrit par un bourgeois littéraire, qui semble essoufflé, qui a dit son dernier mot (avec "Némésis", le roman qui vient tout juste de sortir en français) mais qui nous prouve, malgré tout, que derrière chaque génie, il reste toujours un petit quelque chose de bon.

mardi 23 octobre 2012

Indignation, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Nous sommes en 1951, seconde année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix-neuf ans, intense et sérieux, d’origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il a quitté l’école de Newark, dans le New Jersey où habite sa famille. Il espère par ce changement échapper à la domination de son père, boucher de sa profession, un homme honnête et travailleur, mais qui est depuis quelque temps la proie d’une véritable paranoïa au sujet de son fils bien-aimé. Fierté et amour, telles sont les sources de cette peur panique. Marcus, en s’éloignant de ses parents, va tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue de lui, pleine d’embûches, de difficultés et de surprises. Indignation, le vingt-neuvième livre de Philip Roth, propose une forme de roman d’apprentissage : c’est une histoire de tâtonnements et d’erreurs, d’audace et de folie, de résistances et de révélations, tant sur le plan sexuel qu’intellectuel. Renonçant à sa description minutieuse de la vieillesse et de son cortège de maux, Roth poursuit avec l’énergie habituelle son analyse de l’histoire de l’Amérique – celle des années cinquante, des tabous et des frustrations sexuelles – et de son impact sur la vie d’un homme jeune, isolé, vulnérable.

Cela fait plusieurs romans de Philip Roth que je lis. Il utilise souvent le même procédé, dans l'écriture, pour sa prose, mais aussi pour la construction de son intrigue. En effet, il place un revirement - on pourrait même appeler cela une chute - dans le premier tiers de son récit. Cela nous fait perdre le souffle, nous surprend, en quelque sorte, mais étant donné qu'il place la chute avant le milieu du roman, on reprend notre air d'aller et la lecture qui suit est passionnante. Il l'avait utilisé entre autres pour "Pastorale américaine" et "La tache", deux romans que je vous recommande grandement. Ici, pour "Indignation", un autre roman que j'ai aimé, il utilise ce procédé et le coup est encore plus difficile à prendre. Mais pour le bien de votre lecture, je n'en dirai pas plus.

Je l'affirmais lors de précédentes critiques, je préfère les romans de Philip Roth qui ont au minimum 300 ou 400 pages. On a ainsi le temps de bien embarquer dans l'histoire. "Indignation" en fait moins de 200. Quoique ce soit 200 pages de grandes littératures, c'est court. Il fait partie du cycle "Némésis" qui compte quatre romans. Tous de courts romans. J'avais lu "Un homme" qui m'avait quelque peu déçu et je m'attendais donc à cette même déception cette fois-ci. Et bien non. L'histoire nous permet d'en découvrir un peu plus sur les États-Unis, d'une période que je connais peu, et ici on est dans le particulier qui nous explique, du mieux qu'il peut, le général. Les thèmes sont bien identifiés en quatrième de couverture et je parierais que l'auteur a demandé de l'aide à un professionnel pour la partie psychologique du récit, parce que le tout est très réaliste.

Pour terminer, sans être un grand roman - non plus le roman qui doit nous introduire à Philip Roth, parce que sur ce point je crois que "Pastorale américaine" est davantage à considérer - "Indignation" nous offre de belles pages de littérature et l'on sent le souffle de ce grand auteur américain. Encore une fois, on pourrait croire qu'il l'a écrit en un seul jet tellement il parvient à nous saisir et nous fait relâcher le livre qu'à la toute fin. Il a par contre des défauts. Et un particulièrement, que je retrouve dans plusieurs romans contemporains, est le léger manque d'inspiration qui est comblé par les interminables biographies de chaque personnage. Le roman est déjà une biographie fictive, une autre forme souvent utilisée par Roth, et comme plusieurs autres écrivains le font (notamment Paul Auster), il ne peut s'empêcher de raconter la vie de chaque personnage et cela en résulte en une sorte de remplissage. Mais bon, c'est sa prérogative et cela n'entache pas l'ensemble de l'oeuvre.

mercredi 17 octobre 2012

Tous les noms, José Saramago



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Monsieur José, seul personnage de ce livre qui porte un nom, est un obscur employé de l'état civil. Il travaille dans l'immense bâtiment oú sont conservées et mises à jour les archives des vivants et celles des morts. Il vit seul, dans un modeste logement contigu à la grande salle où les employés sont soumis à une stricte hiérarchie bureaucratique. Dans cet univers concentrationnaire, son seul passe-temps consiste à collectionner des renseignements sur les cent personnes les plus célèbres du pays. Un jour, par hasard, il prend la fiche d'une jeune femme. Et sa vie, tout à coup, bascule. Délaissant ses célébrités, il décide de rechercher l'inconnue et se lance, au rythme des longs phrasés de Saramago, dans de rocambolesques aventures. Il fouille la nuit dans les archives de l'état civil, falsifie des autorisations, entre par effraction dans une école, se blesse en escaladant un mur, attrape la grippe, et se met à rédiger un journal. Mais au terme de ses recherches, cet Orphée des temps modernes ne rencontrera la jeune femme ni dans l'enfer des archives ni au cimetière, " cette grande bibliothèque des morts ", où un berger s'amuse à changer les plaques funéraires sur les tombes. Sa quête de l'inconnue, l'espoir d'un amour qu'il ne vivra jamais l'auront mené, en le conduisant vers l'autre, au dépassement de soi, à lui-même. Enquête policière, conte philosophique, réflexion sur la vie et la mort, la lumière et l'obscurité, tous les noms, l'un des romans les plus profonds et les plus émouvants du grand écrivain portugais, mérite déjà d'être défini comme un classique.

J'ai relu "Le procès" de Franz Kafka il y a peu de temps. Je l'avais critiqué très durement sur ce blog à la première lecture, mais cette fois-ci, je n'ai pas pris de chance et je l'ai relu en faisant la lecture en parallèle d'une explication de l'oeuvre. Et cela m'a grandement aidé. Je comprenais davantage "Le procès" en profondeur et ainsi, j'ai bien aimé ma relecture de ce classique.

C'est tout à fait par hasard que je décide de lire "Tous les noms" de Saramago juste après avoir fait cette relecture. On pourrait presque dire que "Tous les noms" sont une suite au roman de Kafka. Comme vous pouvez le lire en quatrième de couverture, les parallèles entre les deux oeuvres sont légion. J'ai même senti un Saramago plus en retenue, plus posé aussi, dans son écriture, pour se rapprocher du maître pragois, Kafka.

Alors que Saramago est marxiste (et communiste) et que Kafka est anarchiste (et libertaire), ces deux oeuvres m'ont inspiré plutôt le contraire. Kafka explique un peu le communisme (et surtout le marxisme) en plaçant son personnage principal dans un matérialisme où l'individu subit son extérieur, dans ce cas-ci les rouages de la bureaucratie et de la société qui permet cela. C'est donc l'extérieur qui a une emprise sur l'intérieur (de l'individu). On pourrait appeler cela le déterminisme social. À l'opposé, j'ai trouvé que Saramago plaçait l'individu au coeur de son roman (j'en conviens il y a quand même une forte bureaucratie et l'anarchisme ne brille pas tellement). Mais n'empêche, Saramago fait la part belle à l'individu, à son intérieur, et son emprise sur le monde, contrairement à Kafka qui plaçait l'extérieur (et donc la société) en roi et maître.

Cela donne un roman, "Tous les noms", qui suit le personnage principal, Monsieur José, du début à la fin, avec possiblement sa maladie mentale, et qui "force" les événements. Ils doivent avoir lieu parce que lui en a décidé ainsi, probablement inconsciemment, et dans un but qui nous échappe. Tout le roman est en fait une chasse à une femme que Monsieur José ne connaît ni d'Ève ni d'Adam, qui ne sait pas pourquoi il la pourchasse, qui ne sait pas si elle est morte, et finalement qui ne mène à rien sinon à sa propre folie.

Selon moi, Saramago illustre l'ennui qui, intrinsèquement, fait partie de la vie. Schopenhauer, un nihiliste, disait que la vie oscille comme un pendule, de la souffrance à l'ennui. Je crois que "Tous les noms" sont une bonne démonstration de l'ennui (contrairement au plaisir que j'ai eu à lire ce roman). Et quant à la souffrance, José Saramago ne nous laisse pas en plan, il l'a traité pleinement dans ses autres romans.

samedi 13 octobre 2012

Le Dieu manchot, José Saramago




Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: Roman épique, fresque truculente de la cour lusitanienne au XVllle siècle sous le règne de Joao V - dit le Magnanime - Le Dieu manchot nous conte les dernières heures de la splendeur du royaume portugais, juste avant le tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755. Le soldat manchot Sept-Soleils, le moine Bartolomeu de Gusmao, la sorcière voyante Blimunda, autant de personnages pittoresques évoluant autour d'un Roi malheureux de ne pouvoir assurer sa descendance... Que ne faudrait-il inventer pour qu'il échappe à cette terrible malédiction ? A mi-chemin entre la fable blasphématoire et le roman historique, ce récit trace le portrait d'un Portugal mythique, revisité par l'un des plus grands auteurs contemporains.

Voici un roman très difficile d'approche. L'écriture est dense, l'intrigue discontinue, les personnages difficilement saisissables, le genre historique charcuté et, en somme, l'auteur se joue de nous. Si l'on perd le moindrement le fil de l'histoire - comme cela m'est arrivé - on ne peut pas vraiment s'en sortir. Encore une fois, Saramago remplace la ponctuation typique du dialogue par une virgule et les sauts de paragraphes sont rares. Aussi, le vocabulaire de l'auteur est extraordinaire. Cela est habituellement une qualité, mais ici, rien n'est moins certain.

Tout ceci m'aurait convaincu si l'on était dans un roman fraîchement contemporain. Donc, où le bât blesse, c'est le genre historique de ce roman. Déjà que je ne suis pas le plus grand lecteur de ce genre, Saramago ajoute sa prose difficile d'approche et donc, je suis perdu. Par moments, il nous laisse entendre qu'il écrit - et que nous sommes - bien au 20e siècle, par de légers clins d'oeil amusants, mais cela ne rachète pas la complexité et surtout, la lourdeur de l'oeuvre.

J'ai rarement lu un roman qui se rapproche de celui-ci. Les comparaisons sont donc difficiles. Par contre, je sortais du "Voyage de l'éléphant" de ce même Saramago et les parallèles à faire sont nombreux. On est à peu près dans le même Portugal, la plume de l'auteur prend les mêmes procédés stylistiques, le genre historique prend le dessus sur tout et les deux romans sont difficiles d'approche. Par contre, j'ai préféré "Le Dieu Manchot", parce que l'auteur ne commet pas l'erreur d'effleurer son propos, mais plonge plutôt en profondeur dans une histoire plus étoffée, plus riche et plus épique. Bref, en terminant, je ne pourrais pas dire que ce roman m'a déplu, mais je ne vous le conseillerais pas. Et ce n'est surtout pas le chef-d'oeuvre que nous promettait Albin Michel sur la couverture. Mais bon, ce n'est que mon humble avis.

mardi 9 octobre 2012

Le voyage de l'éléphant, José Saramago



Ma note: 5,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: En 1551, le roi de Portugal Joâo III offre à l'archiduc Maximilien d'Autriche, gendre de Charles Quint, un éléphant d'Asie, Salomon, qui vit depuis deux ans à Belém avec son cornac Subhro. De Lisbonne à Vienne, en passant par les plateaux de la Castille, la Méditerranée, Gênes et la route des Alpes, Salomon, objet d'absurdes stratégies, traverse l'Europe au gré des caprices royaux, des querelles militaires et des intérêts ecclésiastiques, soulevant sur son passage l'enthousiasme des villageois émerveillés. Entrelacs de faits réels et inventés, Le Voyage de l'éléphant est un délicieux roman choral, une réflexion sur la vie et la condition humaine, où l'humour et l'ironie, armes de l'implacable lucidité de l'auteur, s'unissent à la compassion avec laquelle José Saramago observe les faiblesses des hommes.

Autant "Manuel de peinture et de calligraphie" tombait dans un genre littéraire que j'adore - notamment celui du roman psychologique - celui-ci, "Le voyage de l'éléphant" fait plutôt dans un genre qui me dérange plus souvent qu'autrement. En plus, c'est un court roman de 200 pages et cela ne lui convient pas du tout. Pour un roman historique - ou presque - sa brièveté ne permet pas à l'auteur de creuser - et surtout -  développer le sujet. Et cela en fait un roman ennuyeux et une déception pour moi.

En effet, avec Saramago on est souvent servi à souhait quand on est un grand lecteur de romans. Sa plume est grandiose - et l'on retrouve cela ici aussi - et cet écrivain nous amène toujours un petit quelque chose de plus. Mais pas ici. C'est seulement la richesse de la plume de Saramago qui sort et l'histoire est plutôt banale. C'est linéaire, il n'y a rien de bien consistant et on se fout éperdument de ce qui arrivera à cet éléphant.

De plus, malgré son aspect linéaire, il y a une sorte de cacophonie qui s'en dégage. On est souvent perdu dans l'histoire du Portugal du 16e siècle. Je ne connais à peu près rien du Portugal et surtout de son histoire, et cela m'a particulièrement nui. Et avec ce roman, le sujet historique est pointu alors que dans une situation comme la mienne, il vaut mieux commencer par connaître le pays et son histoire globalement avant de descendre dans les faits historiques comme le voyage de cet éléphant.

Pour terminer, malgré un roman à la symbolique forte, un style d'écriture digne d'un Nobel de littérature (ce qu'est José Saramago), une histoire de départ simple mais puissante, une originalité certaine (entre autres parce que je n'ai jamais lu ce genre d'histoire avant), le fait que le roman est trop court vient tout gâcher. Et par-dessus tout, je crois que ce livre s'adresse aux grands passionnés de romans historiques.

samedi 6 octobre 2012

Manuel de peinture et de calligraphie, José Saramago



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: H, peintre conventionnel et sans véritable talent est chargé de faire le portrait de S, directeur d'une grande entreprise. Conscient de ses limites, souffrant de la médiocrité de ses toiles et de la banalité de sa vie, H décide de s'interroger sur le sens de son existence et sur celui de son art. Pour cela, il commence à exécuter dans le secret de son atelier un second portrait de S et, parallèlement, décide d'écrire un journal. Peu à peu, il découvrira qu'en peignant un autre c'est lui-même qu'il peint et qu'en voulant mieux se connaître à travers l'écriture c'est vers l'art que celle-ci le conduit. Le journal de H, en rendant inséparable la vie d'un homme de son oeuvre dans un constant va-et-vient entre réalité et fiction, mensonge et vérité, nous offre un des plus beaux romans sur les rapports entre la vie et l'art, l'éthique et l'esthétique.

Lorsque je place une note pour un roman, j'essaie toujours de la donner, pour la moitié, objectivement, et l'autre moitié, subjectivement. Et ici, pour ce roman magnifique, je lui aurais donné une note parfaite si je l'avais fait uniquement en étant subjectif.

En effet, "Manuel de peinture et de calligraphie" (c'est bel et bien un roman malgré le titre trompeur) est le genre de récit que j'aime plus que tout autres. On est dans la tête du narrateur et peintre tout au long du bouquin, il nous parle de Marx et Goya, il y a une touche de nihilisme et de mélancolie qui s'en dégage, l'art est très présent, l'intrigue est effacée et pour le moins subtile ce qui laisse la place à la pensée, et finalement, c'est plus qu'un huis clos conventionnel, c'est un emprisonnement psychologique.

Contrairement à "L'aveuglement" et "Caïn" que j'avais lus dernièrement, celui-ci est davantage proche des autres grands écrivains (et romans) contemporains. J'y ai vu quelques ressemblances avec mes écrivains préférés dont Roberto Bolaño, Philip Roth, Paul Auster, Milan Kundera et Michel Houellebecq. La plume de Saramago est aussi davantage dans les règles de l'art du roman que ses romans plus récents. Le choix des virgules, les dialogues et la prose sont moins originaux. L'érudition de l'auteur est moins grande qu'avec "Caïn" et "l'aveuglement" et le choix des mots devient donc un peu plus terne. Mais cela ne porte pas ombrage au roman en tant que tel, qui lui est d'une force rare en littérature.

Et par-dessus tout, c'est le mélange des beaux-arts et de la littérature (l'écriture) qui m'a le plus convaincu. C'est fait avec une grande délicatesse et le tout s'imbrique dans un nihilisme de la vie ordinaire, du manque de talent, de la vie qui fuit et qui nous glisse entre les mains. Bref, je vous conseille grandement ce livre qui n'est sans doute pas parfait, mais que j'ai aimé au plus haut point.

mercredi 3 octobre 2012

Caïn, José Saramago



Ma note: 7/10

Voici la présentation de l'éditeur : Dernier livre de José Saramago, décédé peu après sa parution au Portugal et en Espagne. Caïn est sans doute le roman qui condense le mieux l'érudition, les inquiétudes, les convictions et le talent de conteur du grand écrivain portugais, prix Nobel de littérature. Résolument humaniste, furieusement anti religieux, d'un humour ravageur, Caïn est la reécriture libre d'une oeuvre -selon Saramago, de fiction-, la Bible, à partir de l'un de ses personnages les plus emblématiques du mal et premier meurtrier de l'histoire: Caïn. Qu’est-ce qui a poussé Caïn à tuer Abel ? L’envie, comme le disent les Écritures ? Non, répond Saramago : l’injustice de Dieu. Méprisé, rejeté, mal aimé du père céleste, Caïn le bon, le laboureur fidèle, s'est rebellé contre l'arbitraire et le favoritisme. Le coupable de la mort d'Abel, c’est Dieu. Condamné à errer sur la terre, Caïn, qui erre aussi dans le temps biblique, succombe aux charmes de Lilith, assiste et participe à des événements qui le révulsent et contre lesquels il s'insurge. Il arrête le bras d’Abraham, prêt à assassiner son propre fils, regarde épouvanté les enfants et les innocents périr dans le brasier de Sodome, assiste impuissant à la colère de Moïse passant au fil de l’épée les adorateurs du veau d’or, observe les massacres et les pillages perpétrés par les tribus d’Israel contre les Madianites, la prise de Jericho, les souffrances inutiles infligées à Job. Et lorsqu’avec Noé il monte dans l’arche supposée sauver l’espèce humaine, il prend une décision drastique qui mettra fin aux agissements inconsidérés de ce Dieu rancunier, cruel et corrompu. Caïn est, le roman de la lutte séculaire entre l'homme et Dieu, entre le créateur et sa créature.

Premier de cinq livres de Saramago que je lirai au cours des prochaines semaines, "Caïn" jouit d'une originalité sans bornes. Le seul livre de cet auteur que j'avais lu - et très apprécié - "L'aveuglement", était lui aussi original mais je ne sais pas si c'est habituel chez cet écrivain. Il semble que oui, et en plus d'un récit original, ces deux romans nous montrent la grande maîtrise stylistique de l'écrivain avec des sauts de paragraphes inexistants - ou presque - des dialogues intégrés dans la prose et précédés d'une virgule (accompagnés aussi d'une majuscule pour ne pas se perdre) et notre lecture est facilitée, avec une plume fluide, et un choix de mots vaste et judicieux. Il y aussi quelques aphorismes surprenants. Bref, José Saramago est un maître.

Ainsi, étant doté d'une capacité littéraire rare, il nous amène, avec "Caïn", dans des contrées littéraires que je n'avais jamais lues. On suit le fils d'Adam et Ève mais dans un monde où l'espace est vague et la temporalité préoccupante. La quatrième de couverture décrit bien ce récit qui est très différent de ceux dont nous a habitués la littérature et le roman. L'athéisme de Saramago fait surface à plus d'une occasion - même si cela est fait avec subtilité - et son pessimisme règne en roi et maître, notamment à la fin. C'est un court roman de moins de 200 pages, mais on a le temps d'être déçu par moments et enchanté par d'autres.

Cependant, pour terminer, ce qui a le plus nuit à ma lecture, est le manque de connaissances bibliques dont je souffre et cela m'a fait rater nombre de références qui semblaient intéressantes. Comme pour "L'aveuglement", ce "Caïn" est visiblement une allégorie sur notre monde mais moins puissante. Certes, il offre un agréable moment de lecture, cela se lit bien et rapidement, mais j'hésite à le classer parmi les très bons romans contemporains.

jeudi 27 septembre 2012

Avant d'aller dormir, S.J. Watson



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: À la suite d’un accident survenu une vingtaine d’années plus tôt, Christine est aujourd’hui affectée d’un cas très rare d’amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu’elle a en fait 47 ans et qu’elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu’elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé… et sur son présent.

Cela prenait un certain courage pour un auteur de thriller d'embarquer dans ce genre d'histoire, soit celle de je-me-souviens-de-rien-et-je-cherche-à-comprendre. Le dernier thriller que j'avais lu - ou un des derniers - traitait relativement du même sujet, "Le passager" de Jean-Christophe Grangé. Ce genre très pointu du thriller a été abordé trop souvent et notamment par le cinéma. Par contre, certains films et romans sont très réussis, comme "Memento". Et on pourra, selon moi, y inclure "Avant d'aller dormir" de S.J. Watson. C'est un très bon roman.

L'auteur ne fait pas l'erreur de commencer sur les chapeaux de roues. Il prend le temps de bien amener son histoire. Sa prose est sèche, sans fioritures et il ne précipite pas son écriture. Alors, il ne commet pas l'erreur des débutants, ou des mauvais romanciers. Ce livre est certainement un bon "page turner", il ne réinvente rien mais il est efficace au possible. Il y a peu de personnages, une autre qualité pour ce genre, et ainsi, cela nous permet de ne pas perdre le fil. Il y a par contre de petits défauts, comme le personnage principal qui écrit "Ne pas faire confiance à Ben" dans son journal intime alors que l'on retrouve la même phrase - ou presque - dans le film "Memento". En plus, pour les deux histoires, cela devient un enjeu majeur de l'intrigue. Aussi, le déroulement de l'histoire, et surtout la fin, ne sont pas tout à fait crédibles. Watson prend le temps de tout expliquer mais il y a un certain fouillis. En plus, ce qu'on apprend de nouveau à chaque chapitre - et le dénouement - n'est pas toujours si extraordinaire. Je suis donc un peu surpris de constater le succès immense de ce bouquin.

Pour terminer, je dois dire que S.J. Watson est de loin supérieur à la moyenne des écrivains de thrillers que l'on retrouve en librairie. Entre autres, la forme du roman est impressionnante pour un auteur de ce genre (thriller-psychologique dans ce cas-ci). L'écriture est très cinématographique et le récit alterne entre le roman à la première personne, écrit par le personnage principal, Christine, qui souffre d'amnésie, et son journal intime qu'elle lit sous nos yeux. Doublé d'une intrigue respectable et mystérieuse, "Avant d'aller dormir" offre un très beau moment de lecture.

lundi 10 septembre 2012

D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère



Ma note : 7/10

Voici la quatrième de couverture : À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire? C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère). Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai.

Après "Un roman russe" inégal et d'autres romans plus ou moins bons, Carrère décide d'écrire sur la vie de gens qu'il a côtoyés. Ce roman russe était une autobiographie et ici, avec "D'autres vies que la mienne", l'autobiographie est toujours très proche, parce qu'il se met en scène - comme dans plusieurs autres de ses romans - et cela commence par son passage en Thaïlande lors du tsunami de 2004.

Après quelques dizaines de pages on se demande bien ce que nous offrira ce livre et ce qu'il restera à dire à l'auteur sur ces vagues, la plage, la douleur, l'angoisse. Parce que, comme je le disais, le roman commence lors du tsunami. Et d'un coup, il prend une autre direction qui m'a surpris en racontant la vie de gens qui ont souffert de tous les maux et qui, indirectement, sont ses proches. Le cancer y passe - et d'une façon plus générale la maladie -, de même que les ennuis financiers, la perte, les tourments. Parfois il creuse trop en profondeur, notamment en nous expliquant de fond en comble le système financier français et d'autres fois, l'ennui est très présent. Par contre, par moments, le récit des différentes vies dont nous offre le bouquin devient très touchant et Emmanuel Carrère nous accompagne avec une plume agréable au possible.

Donc, pour terminer, je dois dire que j'ai eu une légère déception. C'est un roman sans grand intérêt et comme la quatrième de couverture en fait mention, tout est vrai. La façon de raconter les différentes biographies nous rappelle celle de Paul Auster mais avec le côté imaginatif et merveilleux en moins. Et pour cause, le présent roman est véridique alors qu'Auster donne davantage dans la fiction. Aussi, on pourrait dire que "D'autres vies que la mienne" a une facette qui m'a déplu, celle du banal de la chose (à l'exception des premières pages). Ainsi, je ne pense pas relire ce livre dans un proche ou moyen avenir, contrairement à un "Limonov" qui lui, m'avait convaincu.

lundi 3 septembre 2012

L'éducation sentimentale, Flaubert



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture : Un jeune provincial de dix-huit ans, plein de rêves et plutôt séduisant, vient faire ses études à Paris. De 1840 au soir du coup d'État de 1851, il fait l'apprentissage du monde dans une société en pleine convulsion. Sur son chemin, il rencontre le grand amour et les contingences du plaisir, la Révolution et ses faux apôtres, l'art, la puissance de l'argent et de la bêtise, la réversibilité des croyances, l'amitié fraternelle et la fatalité des trahisons, sans parvenir à s'engager pour une autre cause que celle de suivre la perte de ses illusions.

Flaubert est un rare classique que je n'avais pas encore lu. Souvent présenté comme un précurseur et comme le maître de Zola, qu'il influença, il est aimé par la critique mais lorsqu'il fait partie d'une lecture obligatoire dans les collèges, les étudiants le trouvent parfois ennuyeux. En plus, le titre de ce roman peut porter à confusion, notamment parce que ce n'est pas une lecture "fleur bleue" comme on pourrait le penser en lisant seulement le titre. J'ai donc choisi celui-ci pour pénétrer l'oeuvre de ce grand auteur et non "Madame Bovary", un autre de ses romans connus et reconnus.

Et je n'ai pas été déçu. Il est beaucoup plus facile à lire que ce que j'aurais cru et la forme du roman, son style, sa poésie, son côté linéaire, me font penser aux romans contemporains. Il y a de la grandeur dans ce roman, par son ancrage historique et il y a aussi une intimité qui s'en dégage (on suit le même personnage, fort attachant, du début à la fin). Le réalisme côtoie une mélancolie subtile. Et globalement, c'est un roman initiatique. Contrairement à Zola, Flaubert ne prend pas clairement position en faveur des thèses socialistes. Aussi, le réalisme du roman est moins présent que celui de Zola.

Ensuite, j'ai trouvé que Flaubert est un des auteurs classiques qui a le mieux vieilli. Ce roman, par son côté contemporain (et je parle de la forme seulement) est, avec les "Carnets du sous-sol" de Dostoïevsky, entre autres, un bouquin qui se lit bien même au 21e siècle.

Par contre, je peux comprendre que plusieurs s'ennuient lors de cette lecture. Il y a des longueurs et il n'y a pas vraiment de scènes marquantes comme dans les romans de Victor Hugo, Émile Zola et Fiodor Dostoïevsky. Il est le roman préféré de plusieurs écrivains de ma génération comme Bret Easton Ellis. Personnellement, c'est sûr que je vais relire Flaubert. J'ai adoré!

dimanche 26 août 2012

La transmigration de Timothy Archer, Philip K. Dick



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture : II y a des jours où le karma vous tombe dessus. C'est ce que se dit Angel Archer, la narratrice, alors qu'elle assiste à un séminaire sur le soufisme le jour même où John Lennon vient de se faire assassiner. Désormais, elle croit savoir pourquoi nous sommes sur terre. « C'est pour découvrir que ce que vous aimez vous sera enlevé, sans doute à cause d'une erreur en haut lieu plutôt qu'à titre délibéré. » Déjà, le soir où elle lisait La Divine Comédie tout en se saoulant au bourbon pour cause de rage de dents, elle avait compris que la douleur ouvre la voie de la connaissance. Elle avait traversé les apparences. Comme les a traversées Timothy Archer le jour où il s'est demandé si Jésus n'était pas un simple trafiquant de drogue...Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les plus déroutants romans de Dick, est sans cloute l'œuvre qui a fait de lui un auteur culte.

Ce roman est tellement différent des deux premiers tomes de la trilogie divine qu'on se demande qui a bien pu le placer comme troisième tome. Je ne sais pas si c'est l'auteur lui-même ou l'éditeur mais étant donné que Philip K. Dick est décédé juste après son écriture (et juste avant de voir son premier livre adapté au cinéma, en l'occurrence "Blade Runner") je pencherais sur le deuxième choix. L'histoire, la prose, la trame narrative et la forme se rapprochent davantage du prélude, soit "Radio libre Albemuth". Comme ce dernier, "La transmigration de Timothy Archer" est intimiste, contrairement aux deux autres tomes. C'est un croisement entre Albert Camus et Stephen King. On sent encore le manque d'inspiration des dernières années de l'écrivain, et sa maladie mentale semble de plus en plus préoccupante. Le roman en lui-même, et surtout la fin, sont éloquents à ce sujet. On navigue entre la réalité et la folie. Entre les univers parallèles et la schizophrénie.

Malgré quelques belles envolées littéraires et de bonnes idées ici et là, j'ai de sérieux problèmes avec ce roman (roman qui se suffit à lui-même et qui fait partie d'une trilogie d'une façon très subtile). L'intrigue est tellement mince que par moments elle est insuffisante pour que l'on puisse considérer ce livre comme une grande oeuvre de la science-fiction. La fin ne nous surprend pas, contrairement à une foule de romans de cet auteur, et on a même hâte que cela se termine. Aussi, on n'est pas plus avancé dans notre compréhension globale de cette dernière saga de K. Dick. C'est frustrant.

Pour terminer, le roman nous offre une facette qu'on connaissait moins de cet écrivain. Et c'est sa grande érudition dans le domaine de la philosophie et des religions. Il parle aussi bien de Heidegger, du christianisme, du bouddhisme. On voit qu'il est intéressé par la spiritualité New Age qui consiste à se faire sa propre vision spirituelle en prenant des concepts un peu partout dans les autres religions et même, dans le cas qui nous occupe, dans la philosophie. Donc, sur le plan de la profondeur philosophique-littéraire c'est réussi. Mais sinon, c'est un roman assez banal.

vendredi 24 août 2012

L'invasion Divine, Philip K. Dick


Ma note: 6/10

Voici la présentation de l'éditeur: « Ce monde présent, cette planète; tout ce qui la compose, tous ceux qui l'habitent... tout dort ici. » Voilà ce que déclare Emmanuel, un enfant entré en fraude sur la Terre. Il dit que notre univers est un simulacre, un rideau de fumée, une illusion. Que la Création a échappé à son Créateur, quel que soit le nom qu'on lui donne, Dieu ou Siva. Qu'elle est désormais régie par le mal. Il vous dit d'ouvrir les yeux, comme lui, sur cet univers parallèle que, peut-être, une vague intuition, des doutes, certaines incohérences dans votre vie quotidienne vous font pressentir déjà. Dormez-vous ? L'avant dernier roman de Dick et l'un des plus étonnants de sa période « mystique » : écrit par un prophète ou par un fou ?

Ce roman est le deuxième tome de la trilogie divine, si l'on fait exception du prélude, le très bon "Radio libre Albemuth". Avec "Siva", le premier tome "officiel", j'avais été déçu par ce qu'il représentait. Il était une vague copie du prélude, en moins original et les concepts de spiritualités me semblaient prendre trop de place. Avec celui-ci, "L'invasion Divine", non que la spiritualité prenne trop de place - elle prend une place davantage mesurée - mais le roman en lui-même n'est pas très brillant. K. Dick nous a habitués à beaucoup mieux et l'intrigue de "L'invasion Divine" m'a parfois paru incompréhensible ou simplement mauvaise.

"L'invasion Divine" est l'avant-dernier roman écrit par l'auteur, et je remarque qu'il manque d'inspiration dans ses oeuvres tardives. On est à des années-lumière d'un chef-d'oeuvre comme "Ubik" et même de "En attendant l'année dernière". C'est une suite sans saveur de "SIVA" qui lui, était déjà faible. À chaque roman de cette trilogie de Philip K. Dick, une nouvelle couche s'ajoute sur la dernière, un nouveau monde apparaît dans le même univers que le dernier mais en étant toujours un peu plus faible. Jusqu'à maintenant, les trois livres que j'aie lus de cette saga sont trop semblables et de plus en plus avantagés en superflu.

Par contre, certains fils conducteurs entre les récits restent forts. SIVA plane toujours dans l'ombre à la recherche d'un je-ne-sais-quoi, qui, je l'espère, nous sera dévoilé dans le dernier tome que je commence à l'instant. Mais cette étape devra être fort intéressante pour me faire apprécier cette oeuvre dans son ensemble. Il y a encore trop de questions sans réponses et je n'arrive pas à bien saisir cette fresque.

mercredi 22 août 2012

SIVA, Philip K. Dick



Ma note: 7/10

Voici la présentation de l'éditeur : C'est en 1974 qu'un faisceau de lumière rose communique à Horselover Fat des informations capitales concernant l'avenir de l'humanité. Cette force, qui a fait fondre la réalité de cet homme, c'est SIVA. Système Intelligent Vivant et Agissant. Mais qui se cache réellement derrière ces quatre lettres ? Dieu ? Un satellite ? Une race extraterrestre ? Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les œuvres les plus déroutantes de Dick, est sans doute celle qui a fait de lui un auteur culte.

C'est un sept sur dix pour le moins délicat que je donne à ce roman. Les lecteurs qui n'ont jamais lu Philip K. Dick ne devraient surtout pas commencer par "SIVA". De plus, je crois qu'il faut avoir lu au préalable "Radio libre Albemuth". Ce dernier met la table pour "SIVA" même si la table était déjà complète. On apprend rien de plus d'intéressant avec le présent bouquin, si ce n'est que quelques points spirituels.

En effet, presque tout le roman est composé de la vision de l'auteur sur la spiritualité et la cosmologie (en philosophie). Il y a un certain ennui qui se dégage de l'ensemble de l'oeuvre et contrairement à "Radio libre Albemuth", il n'y a presque pas d'intrigue, la forme est beaucoup moins original que le prélude de la trilogie divine (i.e. "Radio libre Albemuth") et la spiritualité New Age de K. Dick est davantage explicitée. Ainsi, si ce sujet ne vous intéresse aucunement, vous trouverez le temps long. Le roman nous permet d'approfondir ce qui avait été commencé lors du prélude. On comprend mieux ce prélude et "l'histoire dans l'histoire" en est encore augmentée. J'aurais cru que "SIVA" serait difficile à comprendre, mais en ayant tout lu ou presque de cet écrivain, je m'en suis bien sorti.

Par contre, je dois dire que c'est un des plus faibles de l'auteur, peut-être dû à l'état mental de K. Dick lors de son écriture. On sent cette espèce de paranoïa, à la limite de la schizophrénie, qui peut parfois donner de bons romans, mais ici c'est moins évident. Ne comptez pas sur moi pour expliquer le fond de l'histoire et du récit, parce qu'en moins de dix pages, c'est impossible.

Pour terminer, cet ouvrage ajoute une mince couche à l'oeuvre de l'auteur. Mais est-ce qu'il était nécessaire? Rien n'est moins certain.

lundi 20 août 2012

Radio libre Albemuth, Philip K. Dick


Ma note: 8/10

Voici la présentation de l'éditeur: Dans une Amérique où le Mal a triomphé et quadrillée par les milices de Ferris Fremont, que faire lorsque, comme Nicholas Brady, ami intime de Philip K. Dick, on reçoit des messages dans son sommeil, et que ces messages en provenance de Dieu - ou des extraterrestres - vous conseillent d'entrer dans la Résistance ? Dénoncer ses amis ? Se livrer aux Amis du Peuple Américain ? Utiliser la maison de disques dans laquelle on travaille pour propager la subversion sous forme de messages subliminaux ? Obéir aveuglément à SIVA au risque de perdre la raison ? Un roman posthume antérieur à la fameuse trilogie divine qu'il éclaire et nuance. Un texte brut et brutal qui est aussi un document sur le Dick des dernières années.

Je fus soufflé par cette lecture. Je sais qu'il n'est pas le préféré de plusieurs - ni de moi d'ailleurs - mais il y a dans ce roman quelque chose de grand. Quelque chose qui complète l'oeuvre de Dick et l'amène un peu plus loin. En se mettant en scène d'une façon parfaite, l'auteur nous apparaît, si on a lu le reste de son oeuvre, comme un des plus grands écrivains de l'histoire.

Il y a de tout dans ce livre. Fondamentalement, c'est une histoire de "contacté" extra-terrestre. Mais pour ma part, ce qui m'a fasciné avec ce bouquin, c'est le post-modernisme qui s'en dégage, l'histoire dans l'histoire portée à son paroxysme. Il y a une touche de Paul Auster dans la manière de raconté mais dans le genre de la science-fiction. C'est par moment très autobiographique - et beaucoup mieux que "La fille aux cheveux noirs" qui m'avait déçu dans le même genre - et K. Dick nous permet de plonger dans son délire qui était bien réel, et d'une façon très littéraire. Selon moi, la première moitié du roman est de loin supérieure à la deuxième, surtout sur le plan littéraire, stylistique et romanesque au sens large.

Stephen King avait fait un peu la même chose avec "La tour sombre", mais Philip K. Dick le réussi mieux, avec plus d'imagination et sans l'esbroufe de la prose de King. En plus, avec K. Dick, il y a un message social fort. Il s'attaque sans ménagement à Richard Nixon qui prend les traits de Ferris Fremont dans une Amérique pas si lointaine de la nôtre. Si l'écrivain pouvait voir le "Patriot act" américain signé au 21e siècle, je crois qu'il comprendrait qu'il a vu juste avec ses romans. "Ubik" s'attaquait davantage au capitalisme alors que le présent roman s'en prend sans vergogne et plus globalement au sale gouvernement américain.

Alors, pour conclure, je dirai que "Radio libre Albemuth" cible surtout les grands lecteurs de Philip K. Dick. Pour bien le comprendre, je crois qu'il faut avoir lu au moins une vingtaine de ses romans (comme moi). Même s'il est le dernier de l'auteur, il prépare quand même à "La trilogie divine" que je commence dès maintenant. Il met la table pour "Siva" en nous expliquant l'origine du mot et je me sens ainsi plus confiant d'affronter la saga ultime. Cette saga que plusieurs décrivent comme incompréhensible. Alors, je fonce !

mercredi 15 août 2012

Deus Irae, Philip K. Dick et Roger Zelazny


Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Après l'holocauste qui a mis fin à la Troisième Guerre mondiale, deux Églises se disputent les rares survivants et leur — méconnaissable — descendance : celle du Bien et celle Du Mal, qui vénère le Deus Irae, le Dieu de Colère, celui qui a lâché sur le monde l'horreur atomique. Et c'est un Michel-Ange sans bras ni jambes, un hérétique de surcroît, le peintre Tibor McMasters, qui part, bien malgré lui, à la recherche de Dieu pour faire son portrait et le proposer à l'adoration des foules. Dans ce voyage halluciné sur une Terre dévastée, peuplée d'insectes géants, d'oiseaux qui parlent et de robots retournés à l'état sauvage, les lecteurs de Philip K. Dick et de Roger Zelazny essaieront sans doute de faire la part de l'un et la part de l'autre. Ils reconnaîtront sûrement que ce livre d'un humour désespéré est plus grand que la somme des deux parties qui le composent.

Je sais que c'est un cliché pour un roman écrit à quatre mains, mais il manque de cohérence dans ce bouquin. Deux têtes valent mieux qu'une, j'en conviens. Cependant, elles doivent être sur les mêmes épaules. Cela aurait dû donner un roman linéaire mais les différents chapitres ne forment pas un tout cohérent et en plus, K. Dick écrivait un chapitre, ensuite Zelazny en écrivait un autre (et ainsi de suite), ce qui amène une certaine discontinuité.

Je m'attendais davantage à un Philip K. Dick pur laine. L'autre auteur, Roger Zelazny, que je n'avais jamais lu, prend beaucoup trop de place à mon avis. Philip K. Dick le décrit comme plus intelligent que lui et plus cultivé (surtout sur le sujet de la religion) et donc, il y a plus de passages érudits qui n'apportent vraiment pas grand chose de plus. La religion est trop présente, c'est ce qui avait donné du mal à K. Dick quand il avait commencé seul l'écriture du présent roman, et l'intrigue principale, qui est décrite sur la quatrième de couverture, est plus ou moins intéressante et certainement mal exploitée.

Mais bon. Il y a quand même un intérêt à lire ce livre. Premièrement, cela ajoute à ma culture dickienne étant le seul roman de l'auteur écrit en collaboration. Ensuite, je crois que les amateurs de science-fiction post-apocalyptique-théologique seront quelque peu comblés. Et finalement, ce roman est un bon complément à un autre roman de K. Dick qui avait sensiblement la même histoire, j'ai nommé "Dr. Bloodmoney". Cependant, il demeure un des plus faibles du génial Philip K. Dick.

vendredi 10 août 2012

La fille aux cheveux noirs, Philip K. Dick


Ma note : 6/10

Voici la quatrième de couverture : Elle est Emily Hnatt dans Le Dieu venu du Centaure, Donna Hawthorne dans Substance Mort, Sherri Solvig dans Siva, Rybys Romney dans L'Invasion divine... Multiple, fantasmée, elle traverse une existence marquée par des expériences mystiques, le doute et l'abus de drogue. Ses cheveux sont noirs comme la nuit ; figure invariante, démiurgique, elle est chaque femme que Philip K. Dick a connue et aimée. La fille aux cheveux noirs rassemble toutes les lettres qu'il a adressées à cette mystérieuse muse, personnage aussi réel que virtuel et raison d'être de son travail littéraire. Au détour de cette correspondance à sens unique, où se mêlent fiction et autobiographie, apparaît en filigrane le portrait d'un auteur qui fit de sa vie son meilleur roman.

Je n'avais aucune attente pour ce livre. Et c'est à peu près ce que j'ai eu. Rien.

Étant un grand fan de cet auteur et ayant lu de lui plus de vingt romans, je considère que ce livre s'adresse uniquement aux amateurs de Philip K. Dick comme moi. Parce que sinon, on peut presque parler d'une arnaque. Avec ce livre, l'éditeur a décidé de nous livrer quelques lettres de K. Dick qui, peut-être, aurait dû rester privée. On n'en apprend pas beaucoup plus sur le sujet, sur la conscience (et l'inconscient) de l'écrivain. Quelques rares lettres sont intéressantes, mais la plupart tombent à plat, et l'on ne sait pas trop si elles sont réelles. Par moment cela devient tellement inintéressant que le grand romancier de science-fiction parle de son auto, de la vaisselle à faire, etc. Ce livre n'est pas vraiment essentiel, vous l'aurez deviné, et à la limite, on pourrait dire que c'est une mauvaise autobiographie, même si cela en est même pas une.

Pourtant la préface entrevoyait de belles choses. Cette préface, écrite par un ami de Phil Dick (comme il le nomme) est fort probablement ce qu'on retrouve de mieux dans le bouquin. En quelques pages, on apprend l'essentiel de l'être unique qu'était l'auteur, et cela aurait été suffisant selon moi.

Bref, pour terminer, je lui ai donné la note de passage parce que tout ce que fait cet écrivain me semble important, même quand ce n'est pas le cas. En plus, on voit un Philip K. Dick beaucoup plus vulnérable que ne laisse paraître ses romans. La substance de ce livre est peut-être inventée, irréelle, et c'est cela qui est intéressant avec ce génie des lettres américaines. L'imaginaire s'imbrique dans la réalité, qui elle, est dépassée par la fiction. On est dans l'inconscient autant que dans la conscience désabusée et blessée. Malgré tous les défauts qu'on peut sortir sur ce livre, son auteur parvient encore à nous avoir sur le sens de la réalité. Et pour son oeuvre, je lui dis bravo !

samedi 4 août 2012

Substance Mort, Philip K. Dick


Ma note : 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: Dans une Amérique imaginaire livrée à l'effacement des singularités et à la paranoïa technologique, les derniers survivants de la contre-culture des années 60 achèvent de brûler leur cerveau au moyen de la plus redoutable des drogues, la Substance Mort. Dans cette Amérique plus vraie que nature, Fred, qui travaille incognito pour la brigade des stups, le corps dissimulé sous un « complet brouillé », est chargé par ses supérieurs d'espionner Bob Arctor, un toxicomane qui n'est autre que lui-même. Un voyage sans retour au bout de la schizophrénie, une plongée glaçante dans l'enfer des paradis artificiels.

Le film tiré de ce roman avait été une grande déception pour moi. Je l'attendais de pied ferme, comme tous les films signés Philip K. Dick, et selon les producteurs, il avait des chances de révolutionner le cinéma avec une nouvelle technique de dessins animés. Mais non, le rendu final était pitoyable, le scénario bâclé et malgré deux tentatives de ma part, je ne l'ai jamais fini. Après une dizaine de minutes, un malaise s'empare de moi tellement je suis incapable de visionner ce genre de film.

Alors, je commençais le roman avec une certaine fébrilité. Je me disais qu'il allait certainement être meilleur que le film (et c'est le cas) et de plus, un certain nombre de critiques le considèrent comme le chef-d'oeuvre de Philip K. Dick.

Et bien, non seulement je ne crois pas qu'il soit son chef-d'oeuvre mais en plus, je crois même qu'il est un des moins bons de l'auteur. L'histoire de départ est appréciable, quoique très semblable à ses romans antérieurs, mais le développement manque grandement de consistance. La plume est fluide, efficace - même si la traduction est parfois faible - mais l'essentiel de l'intrigue tourne autour de la drogue et on assiste aux "psychoses" des personnages. Malgré les promesses de la quatrième de couverture, le genre policier est évacué sous l'action des personnages et leur prise de drogue systématique. Il n'y a pas vraiment d'enquête compréhensible, ou à peu près pas, mais seulement une foule de péripéties plus ou moins intéressantes.

Donc, en terminant, ce qu'il y a probablement de mieux dans ce texte est la société surveillée, contrôlée par des caméras inexistantes en apparences. C'est la force de cet écrivain, celle de prévoir l'avenir sous son oeil de romancier à moitié fou. Par contre, je n'ai pas senti le génie de Philip K. Dick comme je le sentais dans la plupart de ses autres romans (j'en ai lu une vingtaine). Et sur ce point, c'est une énorme déception.

dimanche 29 juillet 2012

Blade Runner, Philip K. Dick


Ma note: 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Philip K. Dick a obtenu en 1962 le Prix Hugo. Il est resté jusqu'à sa mort en 1982 au premier rang des auteurs de S-F avec Loterie solaire, Dr Bloodmoney, L'oeil dans le ciel, etc. Un blade runner, c'est un tueur chargé d'exterminer les androïdes qui s'infiltrent sur Terre. Et Rick est le meilleur blade runner de la Côte Ouest. Ce qui ne l'empêche pas d'être un tendre : il rêve de remplacer un jour son simulacre (électrique) de mouton par un vrai ! Hors de prix sur une planète où s'éteint la vie animale ! Aussi quand on lui propose une somme fabuleuse pour éliminer de dangereux Nexus 6 signalés en Californie, il fonce... Mais, face à lui, surgit la très belle Rachel. Femme ou androïde ? L'aime-t-il ? Peut-il l'aimer ?

Je retrouve Philip K. Dick, un de mes auteurs préférés, dans la plus grande joie possible. L'univers qu'il a créé est incroyablement riche et l'ambiance futuriste de ses romans est inégalée. Malgré un style d'écriture particulièrement simple, il réussi à s'infiltrer dans notre inconscient et pendant longtemps, ses récits nous restent gravés. Avec celui-ci, "Blade Runner", on a droit à un roman un peu plus linéaire que les autres mais aussi riche en idées et en thèmes.

Parlant du thème, celui qui marque le plus dans ce bouquin est l'identité et celui-ci est amené sous l'angle de l'androïde contre l'humain. La science évolue tellement vite que ce genre de questionnement fera surface un jour ou l'autre comme semble le prédire K. Dick dans ce livre. Il nous amène à nous demander ce qui fait qu'un humain est un humain et si l'androïde devra être traité en humain ou en objet, en machine. En plus, il incorpore d'une façon judicieuse et originale ce questionnement avec les animaux. S'ils doivent être traités comme les humains, à quel degré comparativement aux humains, aux androides, etc.? J'aimais beaucoup plus le titre original, qui était : "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?". En plus de son originalité, il saisissait mieux l'essence du roman. L'histoire entourant les "Blade Runner" n'est, selon moi, qu'un prétexte au questionnement métaphysique de l'auteur pour ne pas dire mystique.

En terminant, je dois affirmer que j'ai aimé ma lecture mais cela est peut-être dû au fait que cet auteur me manquait. Parce qu'objectivement il est peut-être un peu plus faible que les autres. Il a été le premier mis en scène parce que l'action est foisonnante et davantage cinématographique. Et cela en fait un très bon film qui n'a pas à pâlir devant son oeuvre original, le roman. Par contre, il réserve moins de surprises et il est moins complet, si l'on regarde l'ensemble de l'oeuvre.

lundi 23 juillet 2012

Les catilinaires, Amélie Nothomb


Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: La solitude à deux, tel était le rêve d'Émile et de Juliette. Une maison au fond des bois pour y finir leurs jours, l'un près de l'autre. Étrangement, cette parfaite thébaïde comportait un voisin. Un nommé Palamède Bernardin, qui d'abord est venu se présenter, puis a pris l'habitude de s'incruster chez eux chaque après-midi, de quatre à six heures. Sans dire un mot, ou presque. Et cette présence absurde va peu à peu devenir plus dérangeante pour le couple que toutes les foules du monde... C'est une comédie très noire, d'une lucidité tour à tour drôle et dévastatrice, que nous offre ici l'auteur d'Hygiène de l'assassin et de Stupeur et tremblements.

Ce roman - plutôt moyen - démarre comme bien d'autres livres de cette écrivaine belge. Un des rares personnages de l'histoire narre son existence, sa vie, et un dialogue s'entame entre deux (et ici c'est trois) "ennemis" ou à tout le moins deux protagonistes différents. Cela crée une dichotomie ou un manichéisme. La première moitié de la novella se déroule donc dans cette atmosphère typique chez Nothomb. On la retrouve notamment dans "Hygiène de l'assassin", "Cosmétique de l'ennemi" et "Le fait du prince". Plus on lit de romans de cette auteure et plus cela devient redondant. Ce manichéisme (particulièrement dans la conversation) est partout dans son oeuvre.

Ensuite, en deuxième moitié, d'autres personnages s'ajoutent à ceux d'Émile, sa femme Juliette et Palamède. Dans cette seconde moitié, les longueurs sont plus rares mais ce qui est embêtant c'est l'espèce de manque d'imagination de Nothomb. Elle semble avoir ajouté deux personnages, par manque d'idées, et surtout pour faire plus long en nombre de pages. Dans un roman qui est lui-même pas très long, cela devient vite insipide.

En fait, pour terminer, c'est un récit absurde (dans le bon et le mauvais sens du terme), parfois grotesque, souvent impossible et ridicule. L'esbroufe règne en roi et maître, tout comme la désinvolture dans les mots et l'histoire. Ce n'est certainement pas un grand Nothomb mais malgré tous ses défauts, il se lit quand même bien (comme le reste de son oeuvre). On retiendra la comédie de l'oeuvre mais pas le drame. Bref, si vous plongez, ne vous attendez pas à grand-chose à l'exception d'être quelque peu divertis mais rarement satisfait.