lundi 13 février 2012

Onitsha, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 8/10

Voici la présentation de l'éditeur: Fintan, Maou, Geoffroy : trois rêves, trois révoltes. Et une même soif. Fintan Allen a douze ans lorsque, le 14 mars 1948, il embarque pour l'Afrique avec sa mère, Maou. Geoffroy Allen, qui avait laissé en France sa femme et son fils, leur a enfin demandé de venir le rejoindre à Onitsha, petit port fluvial où il travaille pour la United Africa. Fintan ne connaît ni son père, ni l'Afrique. Maou, elle, rêve d'une Afrique idyllique où elle pourra vivre près de l'homme qu'elle aime, à l'abri des préjugés familiaux qui condamnaient en lui le rêveur sans le sou, et anglais de surcroît. C'est une Afrique bien différente qu'elle va découvrir, dévorante, insaisissable. Et un conformisme plus oppressant encore : celui du milieu colonial, fait de haines, de mesquineries, d'échecs inavouables. «L'Afrique brûle comme un secret, comme une fièvre. Geoffroy Allen ne peut pas détacher son regard, un seul instant, il ne peut pas rêver d'autres rêves.»

Je poursuis ma lecture des prix Nobel de littérature avec, cette fois-ci, Le Clézio, que je lis pour la première fois. Après deux romans d'un génie littéraire comme Herta Müller, je m'attendais à une petite baisse quant à la qualité de l'écriture, et c'est ce que j'ai eu. En effet, même si le style de Le Clézio est lui aussi très poétique, on peut voir, notamment avec l'emploi plus fréquent des verbes "être" et "avoir", que sa plume n'est pas aussi recherchée et maîtrisée que celle de Müller.

Mais n'empêche, ce "Onitsha" est un très beau roman que je vous conseille chaleureusement. C'est un roman sur l'Afrique, sur l'évasion, la découverte et malgré les grands espaces, Le Clézio a réussi à nous représenter l'enfermement, entre autres psychologique.

Ce n'est certainement pas pour l'histoire que ce roman m'a plu, mais bien pour le style, la façon de raconter de l'auteur. Il n'y a pas beaucoup d'action pour un roman de 300 pages, et c'est très bien ainsi. Il y a plusieurs voix (narrateur, journal intime, etc.). Et malgré une simplicité qui se dégage de l'oeuvre, au départ, on en vient par réaliser ensuite que c'est un roman très recherché, quant à la forme.

J'ai déjà prévu à moyen terme de lire l'oeuvre complète de cet écrivain. Comme ce fût le cas pour Herta Müller, Sartre, Camus, Faulkner et bien d'autres, on doit admettre que le comité du Nobel ne se trompe pas dans ses choix. Malgré plusieurs oubliés (Philip Roth, Cormac McCarthy, Milan Kundera entre autres) je crois qu'ils font un bon travail et je continuerai à lire les auteurs primés.

vendredi 10 février 2012

La convocation, Herta Müller



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Dans le tramway qui la mène au bureau de la Securitate, où elle a de nouveau été convoquée, la narratrice lutte pour ne pas se laisser entraîner par son angoisse et le sentiment d’humiliation que son interrogateur va s’ingénier à provoquer dès son entrée. Elle a, un jour, osé glisser un message dans la poche du pantalon de luxe qu’elle cousait pour une maison italienne, comme une bouteille à la mer, depuis elle est convoquée... Elle voudrait pouvoir résister... Herta Müller nous transmet l’expérience de la dictature, de la peur et de l’humiliation à travers un style dont les phrases courtes ont la force et l’intensité d’un poème.

Herta Müller est le portrait type de l'auteur que j'aime. Elle écrit majestueusement bien et elle a recréé à la perfection, avec ce roman, le décor du communisme. L'ambiance est froide, malgré une plume poétique, et on pourrait dire que "La convocation" est un peu le pendant littéraire du film oscarisé "La vie des autres". Voici deux oeuvres, même si les récits diffèrent quelque peu, qui nous expliquent l'horreur du 20e siècle encore mieux qu'un livre d'histoire le ferait.

La suspicion devient centrale avec ce roman. Le contrôle aussi, de même que l'inhumanité, la terreur, l'horreur d'un système. Contrairement à "La bascule du souffle" et "L'homme est un grand faisan sur terre", celui-ci est davantage psychologique. On est dans la tête de la narratrice et personnage principal, et son quotidien nous est raconté avec ce prisme.

Par contre, comme c'est le cas pour un auteur comme Cormac McCarthy, Mme Müller a les qualités de ses défauts. Entre autres, la plume éclipse tellement l'histoire que cette dernière est quelque peu édulcorée. En plus, l'intrigue n'étant pas très forte, cela nous situe à des années lumières du thriller. Alors, les lecteurs qui n'aiment pas la poésie (et la prose poétique) se retrouveront avec un récit plutôt fade.

Mais sinon, c'est une grande oeuvre. Le comité du Nobel avait vu juste en récompensant cette auteure presqu'inconnue à l'international (en 2009). Mais malheureusement, seulement quatre de ses livres sont traduits en français. Un vrai drame...

mercredi 8 février 2012

L'homme est un grand faisan sur terre, Herta Müller



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Roumanie. Depuis que le meunier Windisch veut émigrer, il voit la fin partout dans le village. Peut-être n'a-t-il pas tort. Les chants sont tristes, on voit la mort au fond des tasses, et chacun doit faire la putain pour vivre, a fortiori pour émigrer. Windisch a beau livrer des sacs de farine, et payer, le passeport promis se fait toujours attendre. Sa fille Amélie se donne au milicien et au pasteur, dans le même but. Un jour, ils partiront par l'ornière grise et lézardée que Windisch empruntait pour rentrer du moulin. Plus tard, ils reviendront, un jour d'été, en visite, revêtus des vêtements qu'on porte à l'Ouest, de chaussures qui les mettent en déséquilibre dans l'ornière de leur village, avec des objets de l'Ouest, signe de leur réussite sociale, et, « sur la joue de Windisch, une larme de verre ».

J'avais particulièrement aimé "La bascule du souffle" de cet auteur, prix Nobel de littérature, et qui use d'une plume très poétique. En fait, c'est une des plus belles plumes que j'ai lu de ma vie.

Avec "L'homme est un grand faisan sur terre", on est à peu près dans les mêmes eaux, du point de vue du style d'écriture. Bien que très court, cette novella de Müller nous transporte vers la poésie, surtout qu'elle est écrite avec de très courtes phrases, un peu à la manière de vers poétiques. C'est le parfait équilibre entre la poésie et la prose.

Même si on a peu de temps pour bien embarquer dans l'histoire, on s'attache dès les premières pages au personnage principal, Windisch, qui veut fuir son pays. Müller nous décrit ce quotidien absurde, vide, en noir et blanc. C'est l'ancien pays de Müller, la Roumanie, qui est brillamment dépeint par cette grande écrivaine.

Mais, fondamentalement, ce court récit en est un sur le désir de partir. Loin, très loin de Ceaucescu. Le bouquin aurait pu tomber à plat, mais l'auteur vient nous chercher avec sa prose originale et poétique. Les courtes phrases et le style minimaliste nous rappellent Cormac McCarthy. Quant à l'histoire en tant que telle, elle nous rappelle, par moment, l'oeuvre de Kundera qui était lui aussi très critique sur son pays natal (et communiste). Bref, que du bon, mais trop rapidement dévoré !

mardi 7 février 2012

Cent ans de solitude, Gabriel García Márquez



Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: Une épopée vaste et multiple, un mythe haut en couleur plein de rêve et de réel. Histoire à la fois minutieuse et délirante d'une dynastie: la fondation, par l'ancêtre, d'un village sud-américain isolé du reste du monde; les grandes heures marquées par la magie et l'alchimie; la décadence; le déluge et la mort des animaux. Ce roman proliférant, merveilleux et doré comme une enluminure, est à sa façon un Quichotte sud-américain: même sens de la parodie, même rage d'écrire, même fête cyclique des soleils et des mots. Cent Ans de solitude compte parmi les chefs d'oeuvre de la littérature mondiale du XXe siècle, a obtenu en France le prix du Meilleur Livre étranger.

J'avais déjà lu ce roman il y a une dizaine d'années. Il m'avait laissé plutôt froid et selon mes souvenirs, je ne l'avais même pas fini. Alors que la critique est dithyrambique face à ce livre et que les lecteurs du monde entier ne cessent d'en faire l'éloge, je me suis dit qu'il serait temps que je m'y remette. Donc, en prenant mon courage à deux mains, je me suis replongé tête baissée dans ce bouquin publié en 1967 d'un auteur nobélisé.

Même chose. Je n'ai pas embarqué. Pour la forme, il est rébarbatif en ce sens que les sauts de paragraphes se font rares et les descriptions vont dans tous les sens. Donc, un même paragraphe peut avoir plusieurs personnages, plusieurs scènes, trop d'action. J'ai eu de la difficulté à suivre et j'ai commencé à y prendre goût seulement vers la fin. Et il était trop tard.

Par contre, la plume de l'auteur est fluide, alors, si on n'aime pas (comme ce fut mon cas) on le lit quand même jusqu'au bout sans problème. L'ambiance créée par l'écrivain est aussi très bien amenée. Cependant, je ne me suis pas attaché aux personnages, je ne les ai pas compris.

Le réalisme magique m'a aussi embêté. Je ne savais plus ce qui était vrai ou non. Les passages historiques et politiques (plus globales) côtoient trop facilement le particulier, la petitesse du village, l'intimité des lieux. J'étais vraiment perdu.

Un jour, il faudra que vous m'expliquiez ce que vous aimez tant dans ce roman...

vendredi 3 février 2012

Des éclairs, Jean Echenoz



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l’intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d’autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l’occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux. Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits. Avec lui s’achève, après Ravel et Courir, une suite de trois vies.

Ce roman est très court. À peine 176 pages et en plus, chaque page n'est pas très dense. Donc, on a droit, avec ce bouquin de Jean Echenoz, qu'à un divertissement de courte durée.

En plus, l'auteur, qui nous offre ici une biographie romancée de Nikola Tesla, ne pénètre aucunement dans la psychologie des personnages. Il y va en surface, un peu à la manière d'un conte pour enfant, un peu aussi à la manière d'un roman graphique, avec les illustrations en moins. On pourrait aisément se servir de ce texte pour la mise sur pied d'un scénario de film. Et aussi, les aspects véridiques de la vie de Tesla sont plus nombreux que je l'aurais cru, était donné la forme comico-satirique que lui donne, par moment, M. Echenoz.

Comme Emmanuel Carrère le fait, Jean Echenoz prend un personnage intéressant et écrit une histoire à partir de cette vie. Par contre, Carrère va en profondeur, surtout d'un point de vue psychologique (et philosophique). Echenoz est cependant très habile. Le livre se lit tout seul en quelques heures. On peut voir dans ce récit une critique du capitalisme mais par dessus tout, on rencontre, en Nikola Tesla, un génie. Et comme tout bon génie, on rencontre un être spécial et tourmenté (pour ne pas dire spécialement tourmenté!).

C'était le premier roman de cet écrivain que je lisais. Avant de me faire une idée sur un auteur, j'attends toujours après deux ou trois livres pour déterminer s'il me plaît. Quant à cet auteur-ci, je peux dire que c'est plus ou moins bien commencé.

mercredi 1 février 2012

La plaisanterie, Milan Kundera



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: « Oui, j'y voyais clair soudain : la plupart des gens s'adonnent au mirage d'une double croyance : ils croient à la pérennité de la mémoire (des hommes, des choses, des actes, des nations) et à la possibilité de réparer (des actes, des erreurs, des péchés, des torts). L'une est aussi fausse que l'autre. La vérité se situe juste à l'opposé : tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la réparation (et par la vengeance et par le pardon) sera tenu par l'oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais tous les torts seront oubliés. »

La traduction. Parlons-en. Parce que c'est certainement le plus grand défaut de ce roman. Je ne l'ai pas lu dans la version que je vous présente mais bien dans la première version du traducteur. Kundera n'avait pas eu le temps de la revisiter et selon ses dires, son roman était très mal traduit. Le traducteur avait rajouté des métaphores, un style, bref plusieurs mots qui n'étaient pas dans la version originale. Et pendant ma lecture, j'y pensais sans cesse, ce qui a provoqué un peu de rage. Mais bon. C'est quand même lisible et l'histoire et la forme de ce récit sont tellement puissantes qu'on passe outre.

En effet, la forme m'a particulièrement plu. L'auteur alterne les narrateurs et les points de vue sur l'histoire. À chaque partie, c'est un narrateur différent et seul le personnage principal, Ludvik, revient. Par contre, on retrouve les narrateurs, le temps de quelques pages, dans la dernière partie.

Quant à l'histoire en tant que telle, et bien, elle tourne surtout autour d'une maladresse de Ludvik qui, pour faire une plaisanterie à une copine, lui écrit en vantant Trotski (ce qui est inacceptable dans le monde de Staline) et en se moquant de l'optimisme du régime communiste. Cela provoque donc de grands changements dans la vie de ce jeune homme.

J'ai perçu le titre, La plaisanterie, à deux niveaux de lecture. Premièrement, la plaisanterie en tant que telle, celle écrite par Ludvik comme je l'écrivais dans le précédent paragraphe. Mais aussi, j'y ai vu une plaisanterie plus globale, celle du communisme, du parti unique qui se prenait pour Dieu, en quelque sorte. Cette plaisanterie dont Kundera se moquera et critiquera toute sa vie.

Pour finir, je dois dire que j'ai adoré le livre. C'est le premier de ce grand écrivain et les défauts habituels des premiers écrits sont peu nombreux. Le livre est, malgré la situation de départ sans équivoque, assez subtile. Il mettait la table pour une grande oeuvre subséquente et où Milan Kundera rentrera dans l'histoire comme un des plus grands littéraires du 20e siècle. Ce n'est pas rien.

samedi 28 janvier 2012

L'immortalité, Milan Kundera



Ma note: 9/10

Il n'y a pas vraiment de quatrième de couverture pour ce roman. L'éditeur a plutôt choisi de retranscrire la table des matières de ce livre. Et on peut le comprendre, parce que l'histoire est éclatée, plusieurs histoires s'entremêlent et on se retrouve donc avec une histoire principale, (celle de la mort d'Agnès qui se préparait sans le savoir à une mort prochaine. Cette mort fut accidentelle.) qui a plusieurs histoires secondaires autour d'elle. Kundera nous entretient donc sur l'immortalité de l'être et sur son oeuvre. Entre ensuite en scène (même si tout cela ne suit pas un plan ordonné) Goethe, Hemingway, Kundera lui-même et d'autres personnages. En plus, Kundera traite de différents sujets, entre autres politique, littéraire, philosophique. Cela en fait un roman disparate mais génial. Et le tout est rassemblé par le même fil conducteur qui est le sujet de l'immortalité.

C'est un chef-d'oeuvre. Avec "La vie est ailleurs" (discuté dans celui-ci, en passant) "L'immortalité" est mon préféré de cet écrivain. Il fait un peu plus de 500 pages et donc, on a le temps de bien pénétrer dans l'histoire (contrairement à ceux de sa période française). Il se lit bien, la plume de Kundera est à son mieux et le récit est d'une profondeur que j'ai rarement vue. Je n'ai que de bonnes pensées pour ce bouquin et j'aurais même pu lui donner la note parfaite.

Kundera maîtrise parfaitement le roman, en tant que genre. Et en plus, on en apprend. Ce roman est aussi, faut le rappeler, son dernier écrit en Tchèque.

Ensuite, l'histoire de Goethe est certainement mon passage préféré du livre. Kundera se permet même de joindre Hemingway avec Goethe et l'immortalité nous est révélée en toute clarté.

Depuis que j'entretiens ce blog, Milan Kundera est certainement l'auteur qui m'a donné le plus de difficulté lors de la rédaction de mes critiques. Ses romans sont difficilement critiquables, parce qu'entre autres, ils sont différents. Ils n'ont pas d'intrigue conventionnelle et encore moins de suspense. L'auteur prend son temps pour poser son histoire et celle-ci est constamment entrecoupée par l'auteur lui-même et différents sujets intéressants. Et c'est particulièrement vrai pour "L'immortalité". Vrai aussi que c'est un des meilleurs romans que j'ai lu depuis que j'écris des critiques.

mercredi 25 janvier 2012

Les larmes d'Icare, Dan Simmons



Ma note: 5/10

Voici la quatrième de couverture: Il a marché sur la Lune lors d'une mission Apollo, une épopée qui appartient maintenant à l'histoire ancienne. Pourtant, il continue d'être hanté par cette expérience magnifique et se sent, sur Terre, comme l'albatros du poète, englué dans le rêve déçu de toute sa génération. Comment Richard Baedecker retrouvera-t-il ses ailes ? Un grand voyage à la recherche d'une raison de vivre.

J'aime bien Dan Simmons. Surtout quand il fait dans la science-fiction ("Hypérion"), le fantastique ("L'échiquier du mal") et le roman historique ("Terreur"). Sans être un exceptionnel, cet auteur a presque toujours de bonnes idées et même s'il m'a quelque fois déçu (entre autres avec sa "Nuit d'été"), je passe de très bons moments de lecture avec cet auteur.

Mais "Les larmes d'Icare" sont vraiment pénibles. Un des pires livres que j'ai lu depuis longtemps. Je vous explique pourquoi.

Premièrement, le style d'écriture de Simmons se prête mieux quand c'est un divertissement, comme pour les romans cités plus haut. C'est une écriture qui coule, la fluidité est parfaitement en symbiose avec le riche vocabulaire qu'il emploie et l'action des récits est haletante. En plus, il nous partage sa grande culture littéraire. Mais pour rentrer dans la psychologie des personnages, pour la mélancolie, en quelque sorte, de son écriture, il est un incapable. Et malheureusement, "Les larmes d'Icare" avaient comme base ce genre d'histoire, comme vous avez pu le constater avec la quatrième de couverture.

Alors, on était en droit de s'attendre à un roman enivrant, mélancolique à souhait et à la limite du nihilisme philosophique, comme Houellebecq, Kundera et bien d'autres le font à la perfection. Mais non. Dan Simmons nous raconte les tribulations et la recherche de sens de son héros, Richard Baedecker, d'un point de vue extérieur à la conscience, comme si l'auteur s'attendait à ce que le tout forme un ensemble cohérant (de perte de sens du personnage). Loin d'une cohérence, nous avons droit à un ennuyeux roman.

Simmons voulait sans doute faire différent, parce qu'il est un auteur qui touche à presque tous les genres. Mais dommage. Ce genre ne lui va pas, car il faut avoir quelque chose à dire. Et Simmons ne peut nous offrir qu'une plume agréable et de l'action qui tient en haleine.

dimanche 22 janvier 2012

Les souffrances du jeune Werther, Goethe



Ma note: 9/10

Voici la quatrième de couverture: Un serin vole du miroir, et se perche sur son épaule. " Un nouvel ami ", dit-elle, et elle l'attira sur sa main. " Il est destiné à mes petits. Il est si joli ! regardez-le. Quand je lui donne du pain, il bat des ailes, et becquète si gentiment ! Il me baise aussi : voyez. " Lorsqu'elle présenta sa bouche au petit animal, il becqueta dans ses douces lèvres... " Il faut aussi qu'il vous baise ", dit-elle, et elle me tendit l'oiseau. Son petit bec passa des lèvres de Charlotte aux miennes, et ses picotements furent comme un souffle précurseur, un avant-goût de jouissance amoureuse..." il mange aussi dans ma bouche ", dit-elle. Je détournai le visage.

"Les souffrances du jeune Werther" est le roman qui établissait les bases du romantisme, au siècle des lumières, le 18e, mais surtout, qui allait influencer tout le 19e siècle. Il fit scandale à sa sortie, et Goethe dû le publier sous un pseudonyme. Je ne vous dévoilerai pas l'origine de ce scandale pour ne pas nuire à ceux qui ne l'ont pas lus.

Ce roman est probablement ce que j'ai lu de mieux dans ma vie, pour ce qui est du style d'écriture, le degré de perfection que l'auteur atteint. Malgré sa brièveté, environ 150 pages, chaque mot semble soigneusement choisi par l'auteur, qui est aussi poète. Et cela saute aux yeux. La prose jouit d'une poésie sans égale et cela n'est pas surprenant que les poètes soient, la plupart du temps, mes romanciers préférés (Roberto Bolano, Victor Hugo, etc.). Parce qu'on y retrouve les qualités de la poésie et du roman.

Quant à ce roman-ci, il est, en grande partie, écrit sous forme de lettres et on suit l'évolution (ou plutôt la descente aux enfers) du narrateur. Et bien intéressant est le choix de Goethe quant à l'intrusion dans le roman d'un éditeur inconnu. J'ai lu plusieurs auteurs classiques, mais Goethe est celui qui écrit le mieux. C'était la deuxième fois que je lisais ce chef-d'oeuvre et sa qualité en est augmentée lors d'une relecture. Alors, je crois bien que j'en ferai une troisième dans un avenir pas si lointain.

Pour l'histoire en tant que telle, le récit est trop court pour que j'en fasse le résumé. J'en dirais trop sinon...

vendredi 20 janvier 2012

Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Le héros de l'unique roman d'Oscar Wilde doit rester éternellement jeune : son portrait seul sera marqué progressivement par le temps, les vices, les crimes, jusqu'au drame final. Dans ce chef-d'oeuvre de l'art fin de siècle (1890), l'auteur a enfermé une parabole des relations entre l'art et la vie, entre l'art et la morale, entre le Bien et le Mal. Les apparences du conte fantastique, et du roman d'aventures, où le crime même ne manque pas, fascinent le lecteur ébloui par les dialogues étincelants de l'auteur de théâtre, les paradoxes de l'esthète, la phrase du poète. La tragédie vécue par l'écrivain, le bagne, le déshonneur, la mort prématurée laissent ainsi, lisse et pur, son roman unique.

Oscar Wilde est surtout connu pour son théâtre et "Le portrait de Dorian Gray" est le seul roman qu'il a écrit. Il fait un peu moins de 400 pages. J'ai bien aimé mais par contre, ce n'est pas le chef-d'oeuvre que j'attendais.

Le sujet principal de ce roman, c'est l'art. La préface écrite par Wilde est éloquente à ce sujet, parce que ses impressions sur l'art nous sont partagées. En seulement deux pages de préface, il nous dévoile sa vision de l'art et cela entraîne un petit traité philosophique sur la question de l'esthétisme (si on la lit de cette manière). La préface nous amène quantité de phrases percutantes et le corpus de ce roman aussi, tout compte fait. Ce n'est pas un roman fleuve où l'on se fait une idée du propos après 900 pages (Comme les romans du réalisme nous l'offrent souvent, on a juste à penser à Jonathan Franzen, Tolstoï, etc.). Non, ici le texte est ramassé et les phrases incisives sont fréquentes.

Selon moi, le personnage principal de l'ouvrage est le tableau lui-même. Tout tourne autour de cet objet (?!?) et les passages les plus intéressants du roman mettent en scène ce tableau.

Même si je n'ai pas été ébahi par ce livre, Wilde traite d'une façon intelligente le genre fantastique. Le thème de l'art étant omniprésent, on se retrouve avec plus qu'une simple histoire fantastique, comme plusieurs auteurs de notre temps en écrivent. Wilde écrit bien, la construction est classique et le bouquin nous rappelle quelque peu le théâtre. Comme tout bon classique, les scènes se succèdent avec un ordre précis et les dialogues sont nombreux.

Alors, pour un premier (et seul) roman, cet écrivain maîtrise parfaitement le genre mais aussi son propos. La prose se situe parfaitement à la frontière du 20e siècle. Et donc, ce livre est davantage actuel que les classiques du 19e siècle.

mardi 17 janvier 2012

La classe de neige, Emmanuel Carrère



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Dès le début de cette histoire, une menace plane sur Nicolas. Nous le sentons, nous le savons, tout comme il le sait, au fond de lui-même l'a toujours su. Pendant la classe de neige, ses peurs d'enfant vont tourner au cauchemar. Et si nous ignorons d'où va surgir le danger, quelle forme il va prendre, qui va en être l'instrument, nous savons que quelque chose est en marche. Quelque chose de terrible, qui ne s'arrêtera pas.

Comme je l'écrivais lors d'une précédente chronique, j'avais déjà lu "La classe de neige" il y a une dizaine d'année. Je ne m'en souvenais plus et c'est lors de ma lecture de l'excellent "Limonov" que ce fait m'est revenu à la mémoire. Le léger souvenir qui m'en restait était celui d'un roman assez éteint, banal et à limite de l'inutilité. Sans aller aussi loin lors de ma deuxième lecture, je ne crois pas que ce soit un grand roman. En tout cas, pas autant que les critiques, en général, l'ont affirmés.

Inspiré de "L'adversaire", que Carrère avait cessé d'écrire pour se concentrer sur "La classe de neige" (pour ensuite terminer l'écriture de cet "Adversaire"), le roman se passe presqu'au complet lors des vacances du petit Nicolas. On suit ses tourments et ainsi, la folie de son père nous est dévoilée, entre autres, avec l'inconscient du petit Nicolas qui refait surface sous forme de peur. Les moqueries des autres jeunes lors de la classe de neige y sont aussi pour quelque chose. Donc, pendant les 170 pages de ce roman, on assiste à cette classe de neige qui peu à peu, devient inquiétante pour tout le monde.

L'ambiance qu'a créée Carrère soutient à elle seule ce récit. C'est sans contredit la plus grande qualité du livre. Il y a un sentiment d'étouffement qui nous parvient grâce à la plume bien maitrisée de Carrère mais aussi, pour l'action et les situations judicieusement choisies par l'auteur, pour justement créer ce sentiment d'enfermement. Mais sinon, c'est un roman bien mince, souvent inintéressant et aussi pâle que la neige.

Donc, pour terminer, malgré de belles qualités stylistiques, en général, on s'ennuie lors de notre lecture. Par contre, le lien qu'on peut tracer dans l'oeuvre de Carrère, avec ce livre, nous permet d'apprécier la profondeur, sur le long terme, de l'oeuvre de cet écrivain français. "La classe de neige", c'est un peu le prélude de "L'adversaire", ou plutôt un complément à ce très grand livre.

dimanche 15 janvier 2012

Un roman russe, Emmanuel Carrère



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: « La folie et l’horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j’ai écrits ne parlent de rien d’autre. Après L’Adversaire, je n’en pouvais plus. J’ai voulu y échapper. J’ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête. L’enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l’automne 1944 et, très probablement, été exécuté pour faits de collaboration. C’est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille. Pour exorciser ce fantôme, j’ai suivi des chemins hasardeux. Ils m’ont entraîné jusqu’à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu’il arrive quelque chose. Et quelque chose est arrivé : un crime atroce. La folie et l’horreur me rattrapaient. Elles m’ont rattrapé, en même temps, dans ma vie amoureuse. J’ai écrit pour la femme que j’aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et notre amour. C’est de cela qu’il est question ici : des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s’y prend pour nous répondre. »

Tout au long de ma lecture, je sentais un léger désappointement. Premièrement, la critique était très favorable à ce roman et même après le succès de "Limonov", plusieurs recommandaient plutôt la lecture d'Un roman russe. Mais surtout, je sens dans cette aventure de Carrère, qui est celle d'écrire son autobiographie (parce que c'est bien d'une autobiographie dont on parle), une volonté d'épater la galerie, et donc, les jurés de prix littéraires. Avec ce livre, réussi mais sans plus, j'ai vraiment senti que l'auteur voulait gagner un prix prestigieux.

Entre autres, parce que l'histoire et la langue vont dans plusieurs directions. Parfois écrit à la deuxième personne du singulier (ou presque), les récits se mêlent, s'entremêlent, se déplacent dans l'espace, le temps, etc. On croit que c'est un livre sur sa relation avec Sophie (sa conjointe) pour s'apercevoir que c'est peut-être plus un livre sur sa mère ou plutôt écrit pour sa mère. Enfin, plus globalement, je crois que c'est un récit familial, comme la littérature nous en offre souvent.

Ce n'est pas un mauvais bouquin, loin de là. Mais je m'attendais à plus. J'avais été enchanté par "Limonov" et paralysé par "L'adversaire". J'attendais donc qu'Un roman russe me procure un peu le même effet extrême si rare en littérature.

Certains passages sont plus réussis que d'autres. Parfois, on ne veut pas lâcher le livre mais à d'autres occasions, il nous tombe des mains.

Aussi, en terminant, il nous permet de voir le fil conducteur de l'oeuvre de cet écrivain. Écrit un peu en réponse à "L'adversaire", et même s'il a été écrit avant "Limonov", il porte le nom "russe" qui elle (la Russie) est abondamment discutée dans le livre sur Edouard Limonov. Alors, l'oeuvre de Carrère est peut-être inconsciente. En tout cas, c'est une piste qui est effleurée dans "Un roman russe". Et maintenant, pour poursuivre avec l'oeuvre de Carrère, j'entame "La classe de neige".