"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mercredi 30 novembre 2011

La lenteur, Milan Kundera



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: « "Un roman ?" demande-t-elle angoissée.
J'incline la tête.
"Tu m'as souvent dit vouloir écrire un jour un roman où aucun mot ne serait sérieux. Une Grande Bêtise Pour Ton Plaisir. J'ai peur que le moment ne soit venu. Je veux seulement te prévenir : fais attention."
J'incline la tête encore plus bas.
"Te rappelles-tu ce que te disait ta maman ? J'entends sa voix comme si c'était hier : Milanku, cesse de faire des plaisanteries. Personne ne te comprendra. Tu offenseras tout le monde et tout le monde finira par te détester. Te rappelles-tu ?
- Oui, dis-je.
- Je te préviens. Le sérieux te protégeait. Le manque de sérieux te laissera nu devant les loups. Et tu sais qu'ils t'attendent, les loups."
Après cette terrible prophétie, elle s'est rendormie.»

Vous aurez compris que cette quatrième de couverture est une citation du roman. J'ai déjà lu sur wikipédia que ce n'est pas facile de résumer un livre de Kundera. Et c'est vrai. L'auteur le veut ainsi. Ses livres ne sont pas ce qu'on appelle des romans-romans. Ce ne sont pas des fictions qui vont d'un point A à un point B. Ça s'entremêle, l'action est interrompue par les pensées de l'auteur, etc. Avec celui-ci, "La lenteur", c'est encore plus vrai. On est quasiment dans un essai tellement l'intrigue et le récit sont minces. Et encore une fois, c'est difficile à résumer. Peut-être que c'est pour ça que la quatrième de couverture est ainsi faite.

Donc, en parlant de wikipédia, j'ai trouvé ce résumé qui se rapproche du récit que j'ai lu et je le partage avec vous: "Vera et Milan Kundera assistent à un colloque d'entomologiste se situant dans un château. Les petits drames du colloque donneront à Milan Kundera l'inspiration à diverses réflexions sur le monde moderne, qu'il mettra en liaison avec le récit d'un écrivain libertin du XVIIIe siècle, Vivant Denon, qui faisait dérouler l'action de son récit dans ce même château. Les divers récits s'entremêleront pour faire surgir la réflexion". Je crois que c'est le mieux qu'on puisse faire pour résumer ce livre.

Pour continuer sur la forme, je dirais que la brièveté est encore une fois le plus grand défaut du roman. Pourquoi encore? Et bien parce que "La lenteur" est le premier bouquin écrit directement en français par Kundera et dans sa période "française", cet écrivain a écrit de courts romans. Je dirais même beaucoup trop court, ce qui frustre le lecteur en quelque sorte. Frustré de ne point en avoir eu plus à se mettre sous la dent. Frustré aussi de lire un génie littéraire qui se contraint à écrire un roman trop court, en allant seulement à l'essentiel. Je crois que la littérature doit être plus que cela. Mais qui suis-je pour contrarier Milan Kundera?

Alors, pour finir, voici un très bon roman, mais trop court. Dans la deuxième moitié du récit, Kundera tombe dans la grossièreté, mais venant de lui, le tout est bien fait, tout en douceur, et presqu'en délicatesse. Pour quelqu'un qui n'écrit pas dans sa langue maternelle, c'est réussi. Mais comme je le disais, j'en aurais pris beaucoup plus.

lundi 28 novembre 2011

La nuit de l'oracle, Paul Auster



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Après un long séjour à l'hôpital, l'écrivain Sidney Orr est de retour chez lui. Toujours aussi amoureux de sa femme Grace, il reprend lentement goût à la vie. Mais il est accablé par l'ampleur de ses dettes et par l'angoisse de ne plus jamais retrouver l'inspiration. Un matin, alors qu'il fait quelques pas dans son quartier, il découvre une toute nouvelle papeterie, au charme irrésistible. Sidney entre, attiré par un étrange carnet bleu. Le soir même, presque dans un état second, Sidney commence à écrire dans le carnet une captivante histoire qui dépasse vite ses espérances. Sans qu'il devine où elle va le conduire. Ni que le réel lui réserve de plus dangereuses surprises... Virtuosité, puissance narrative, défi réciproque de l'improvisation et de la maîtrise, La Nuit de l'oracle précipite le lecteur au cœur des obsessions austériennes, dans un face à face entre fiction et destin. Comme si l'imaginaire n'était rien d'autre que le déroulement du temps avant la mort. Ou pire encore, son origine.

Ce roman de Paul Auster m'a beaucoup fait penser à "Seul dans le noir". La construction est semblable, parce qu'encore une fois on est dans l'emboitement d'histoires, l'histoire dans l'histoire, dans la mise en abyme (et ici on pourrait même dire "les mises en abyme"). Donc, un homme seul chez lui (enfin, presque seul) commence à écrire une histoire. Et plus on avance, le thème de la réalité dépassant la fiction refait surface. Par contre, même si le récit de "La nuit de l'oracle" ne m'a pas rejoint autant que celui de "Seul dans le noir", on peut dire que "La nuit de l'oracle" est beaucoup plus profond, notamment parce qu'il est plus long. On a donc le temps de bien pénétrer dans l'histoire et d'apprécier à sa juste valeur la plume agréable d'un Paul Auster, qui maîtrise l'art du roman à la perfection. L'art du post-modernisme en particulier.

Mais ce qui ne m'a pas plu dans ce bouquin, c'est la complexité des récits. Souvent, on se demande dans qu'elle histoire on est. Et par moment, il y a trois récits d'imbriqués et personnellement, j'ai été perdu.

Aussi, les romans de Paul Auster commencent à tous se ressembler, et ainsi, après plusieurs livres lus de cet auteur, on devient insensible à ce genre de texte. On n'est plus surpris et on commence à connaître les astuces de l'auteur. On voit maintenant les ficelles qui nous échappaient peut-être quand on commençait tout juste à lire cet écrivain.

Finalement, je conseillerais plutôt "La trilogie new-yorkaise" d'Auster si vous ne l'avez pas encore lu ou bien, dans un genre un peu différent, "Le voyage d'Anna Blume". J'aime beaucoup cet auteur mais parfois ses romans tombent à plat. Sans être dans cette catégorie, "La nuit de l'oracle" n'est pas ce qu'il a fait de meilleur, loin de là.

vendredi 25 novembre 2011

L'adversaire, Emmanuel Carrère



Ma note: 9/10

Voici la quatrième de couverture: « Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L’enquête a révélé qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Je suis entré en relation avec lui, j’ai assisté à son procès. J’ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d’imposture et d’absence. D’imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu’il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d’autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m’a touché de si près et touche, je crois, chacun d’entre nous. »

Après avoir lu l'excellent "Limonov" de Carrère, je me suis dis pourquoi ne pas lire ses oeuvres précédentes. Comme j'avais déjà vu le film "L'adversaire" mais que je ne me rappelais pas en détail l'histoire de Jean-Claude Romand, j'ai pensé que ce serait une bonne idée d'en faire la lecture. La quatrième de couverture décrit bien le sujet général de l'ouvrage, ou de la tragédie, mais le récit est d'une puissance rarement vu en littérature.

Comme pour "Limonov", Carrère se met en scène dans cette biographie de Romand. On traverse donc les frontières de la biographie en tant que telle et je crois que le meilleur mot pour décrire le genre de ce bouquin est "Récit". C'est le récit d'une et plusieurs vies, le récit d'une expérience. On ne se fait pas décrire des faits comme c'est le cas avec la plupart des biographies, mais on pénètre dans la tête de Jean-Claude Romand et dans celle d'Emmanuel Carrère.

Plus ce récit avance et plus on est dans le thème du mensonge, de la réalité trafiquée. Le lecteur ne sait plus où donner de la tête, Carrère nous faisant vivre une expérience littéraire d'une force inouïe. Le peu qu'il manquait dans "Limonov" on le retrouve avec "L'adversaire". Notamment une émotion à fleur de peau. Et jamais l'auteur ne tombe dans le "human interest" de bas étages.

Je conseille donc "L'adversaire" à tous. C'est un rare livre où l'histoire intéressante côtois une écriture presque parfaite mais avec une histoire vécue, où la fiction ne prend place que dans la tête du personnage principal. L'auteur nous amène plus loin qu'un simple roman ou qu'une simple biographie. En seulement quelque deux cents pages, Carrère réussi presque l'impossible. La perfection littéraire.

mercredi 23 novembre 2011

Les âmes mortes, Gogol



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: À peine arrivé dans la ville de N..., Tchitchikof, personnage mystérieux et diabolique, s'y adonne à un étrange commerce : il entreprend d'acheter aux propriétaires terriens leurs serfs décédés entre deux recensements - leurs « âmes mortes » -, en vue de se constituer une propriété fictive qui lui permettra de contracter un emprunt... Récit loufoque d'une descente aux Enfers ? Tableau réaliste et satirique de la noblesse provinciale ? Poème baroque de la terre russe ? Ou encore, épopée sur la trivialité universelle ? Les Âmes mortes, dont seule la première partie fut publiée, en 1842 - la suite, dont il nous reste les brouillons, fut brûlée par l'auteur, et l'oeuvre demeura inachevée à sa mort -, est le roman le plus énigmatique de Gogol, et l'une des oeuvres les plus riches de la littérature russe.

Pour ce qui est du contenu de ce roman, je m'attendais à un peu mieux, mais c'est quand même une grande oeuvre de la littérature mondiale.

Gogol est un précurseur de la grande littérature russe qui suivra. Il est celui qui a influencé les plus grands écrivains russes, notamment Boulgakov et Dostoïevski. Ce dernier dira même de lui que les écrivains russes sont tous sortis du "manteau" de Gogol. En référence à sa nouvelle "Le manteau", et cela démontre la grande influence qu'a eu cet écrivain sur sa génération et les générations suivantes. La littérature russe, pour en avoir lu beaucoup, est intelligente, tourmentée, parfois drôle et toujours bien écrite. Le style des auteurs russes est imbattable selon moi.

Ici c'est exactement ce qu'on a, avec un humour encore plus prononcé. Les métaphores qu'on peut en tirer sont nombreuses, mais comme l'a déjà dit Gogol, je crois aussi qu'il a voulu démontrer l'enfer sur terre. Le héros du roman est un arnaqueur de première et pendant tout le roman, il achète des "Âmes mortes" pour les placer sur les terres (fictives) et ainsi en récolter un bénéfice auprès de l'État. Cela résume assez bien le bouquin.

Et c'est là où j'ai été quelque peu déçu. Par moment cela devient répétitif, parce qu'on suit uniquement le personnage principal dans sa quête des âmes mortes. Les dialogues sont bien amenés, la prose bien écrite mais si on est fait abstraction des métaphores qu'on peut en tirer, le récit est plutôt mince. Il n'a pas la profondeur d'un Dostoïevski, d'un Tolstoï et même d'un Boulgakov (qui est selon moi le plus influencé par Gogol, parce que son "Maître et Marguerite" est, à plusieurs égards, semblable aux "Âmes mortes").

Finalement, je vous conseille ce roman si vous êtes, comme moi, un passionné de la littérature russe ou de la Russie tout simplement. Ce n'est pas le meilleur roman qu'il m'ait été donné de lire, mais sa lecture en vaut la peine, juste pour voir l'influence qu'il a eu sur les écrivains russes. En plus, la fluidité de la plume de l'auteur combinée à son talent narratif en font un livre facile à lire.

samedi 19 novembre 2011

Exit le fantôme, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture : Exit le fantôme Après onze ans de réclusion volontaire dans la campagne du Massachusetts, Zuckerman remet les pieds à New York, pour une intervention bénigne mais qui le renvoie à sa déchéance physique. Dans la ville accablée par la réélection inattendue de George W. Bush, trois rencontres vont bouleverser ses plans : Amy Bellette, vieillie et presque mourante, elle qui fut la muse de E. I. Lonoff, son mentor ; Richard Kliman, jeune arriviste insupportable qui veut révéler les secrets de Lonoff ; et, surtout, un jeune couple d'écrivains avec qui il envisage un échange de maisons. Et voilà Zuckerman, qui se croyait immunisé, en proie à un dernier coup de foudre. Pour Jamie, la très charmante jeune femme du couple. Va-t-il passer à l'acte ? Ou se servir de ce dernier amour pour écrire encore - traduire dans une fiction les fantasmes qu'il lui inspire ? Meilleur roman étranger 2009 selon le magazine Lire.

Ce n'est certainement pas le meilleur roman de Philip Roth, mais pour ceux qui ont lu auparavant la série de bouquins mettant en vedette Zuckerman (le double littéraire de l'auteur) devront lire celui-ci.

Encore une fois, à l'instar de Paul Auster, Philip Roth utilise la mise en abyme (l'histoire dans l'histoire, l'emboîtement de récits en quelque sorte) mais plus modérément que son confrère du post-modernisme.

Avec "Exit le fantôme", l'auteur traite de la vieillesse, de la maladie mais aussi du retour en ville du héros, Nathan Zuckerman. Celui-ci était parti vivre à la campagne loin de tous pendant de nombreuses années. Cela permet à Roth de nous entretenir sur la résurrection possible du désir et métaphoriquement, de la vie en tant que telle.

Ce n'est pas un livre aussi puissant que "La tache", "Pastorale américaine" ou même "J'ai épousé un communiste", mais on peut dire que la boucle est bouclée quant à son alter ego littéraire. Philip Roth a un don certain pour l'écriture (de roman en particulier) et il nous en fait encore une fois la démonstration ici. L'écriture est d'une fluidité exemplaire, les thèmes abordés sont non seulement importants mais aussi très intéressants. C'est un auteur à lire, il n'y a pas de doutes.

jeudi 17 novembre 2011

Dans le scriptorium, Paul Auster



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: L'homme qui, ce jour-là, se réveille, désorienté, dans une chambre inconnue est à l'évidence âgé. Il ne sait plus qui il est, il ignore pourquoi il se retrouve assigné à résidence entre les quatre murs de cette pièce, percés d'une unique fenêtre, d'ailleurs condamnée, et d'une porte que des "visiteurs" vont franchir, dans un sens ou dans l'autre... Sur un bureau, sont soigneusement disposés une série de photographies en noir et blanc, deux manuscrits et un stylo. Qui est-il ? Et que lui veulent ses interlocuteurs, dont cette Anna qui lui donne du "Mr. Blank" et lui tient des propos où il est question de comprimés, d'un traitement en cours, mais aussi d'amour et de promesses ? Et qui sont ces autres qui, sous l'œil infatigable de la caméra enregistrant les minutes de l'ultime épreuve du vieil homme, s'acharnent à lui reprocher de les avoir jadis envoyés accomplir de mystérieuses missions dont certains d'entre eux sont revenus irrémédiablement détruits ? Revisitant les territoires de l'inquiétante étrangeté, où son œuvre s'enracine depuis son entrée en écriture, Paul Auster livre ici une étonnante variation sur la relation du romancier à ses personnages qui entre en résonance avec une interrogation profonde sur les responsabilités de l'Amérique contemporaine face à l'Histoire. Avec ce roman, un écrivain au sommet de sa notoriété accepte de se réinventer pour questionner les labyrinthes du langage et affronter de manière exemplaire les exigences de la fiction dans son essence même.

J'aimais bien le "concept" de ce roman de Paul Auster, écrit en 2005. Un homme enfermé dans une chambre, bien qu'il porte le nom de Mr.Blank, c'est sans contredit Paul Auster, cet homme, et qui reçoit la visite de ses personnages créés dans ses précédents romans. Alors, on retrouve Anna Blume (un roman que j'avais adoré d'ailleurs), Mr. Quinn (de "La trilogie New yorkaise) et bien d'autres aussi.

Donc, Auster nous amène, avec l'aide de son post-modernisme en général et ses mises en abyme, en particulier, dans le scriptorium où le personnage principal devra faire face aux démons de ses créations. C'est en fait la mise en abyme ultime que voulait créer l'auteur.

Tout cela est bien beau, mais le tout est presque raté. Je crois qu'il ne s'est pas pris de la bonne façon et bien que je n'ai aucune leçon d'écriture à faire à ce grand écrivain (que j'adore), le récit est mal ficelé. L'histoire nous perd dès les premières pages et en plus, je n'ai pas tout lu de Paul Auster, ce qui m'a été fatal, parce que le roman est une référence (en tant que telle) à ses livres antérieurs.

Avec seulement 140 pages, j'appréhendais que le bouquin soit trop court mais étant donné qu'il est plutôt faible, la fin nous libère en quelque sorte. Je lui ai mis une note convenable, parce que je suis un grand amateur du style d'écriture de l'auteur et une note en-déçà de la note de passage aurait été injustifiée. Donc, sans être totalement mauvais, vaut mieux ne pas lire "Dans le scriptorium". Surtout si on n'a pas lu l'entièreté de son oeuvre auparavant.

mercredi 16 novembre 2011

L'ignorance, Milan Kundera



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: « Sur l'avenir, tout le monde se trompe. L'homme ne peut être sûr que du moment présent. Mais est-ce bien vrai ? Peut-il vraiment le connaître, le présent ? Est-il capable de le juger ? Bien sûr que non. Car comment celui qui ne connaît pas l'avenir pourrait-il comprendre le sens du présent ? Si nous ne savons pas vers quel avenir le présent nous mène, comment pourrions-nous dire que ce présent est bon ou mauvais, qu'il mérite notre adhésion, notre méfiance ou notre haine ? »

Contrairement à cette quatrième de couverture (qui est une citation du roman), je crois plutôt que "L'ignorance" est un roman sur le passé. Parce qu'encore une fois, l'aspect biographique de l'auteur est omniprésent et cette fois-ci, il revient sur son passé tchèque. Aussi, comme les autres romans de l'auteur que j'ai lu, on est ici en présence de quelque chose de plus qu'un simple roman. L'auteur y glisse sa philosophie (quelque peu nihiliste), de la sociologie, de la psychologie.

J'ai bien aimé le bouquin mais il est beaucoup trop court. Avec seulement 180 pages, Kundera ne peut faire aussi bien que les magnifiques "La vie est ailleurs" et "L'insoutenable légèreté de l'être". C'est toujours un grand plaisir de lire Milan Kundera mais ici la brièveté du roman vient gâcher un peu ce plaisir.

Pour la plume de l'auteur, c'est quelque peu différent de ce que j'avais lu de lui. Notamment, parce que "L'ignorance" fait partie de la période française de l'écrivain contrairement à la période tchèque de ses débuts. Le roman a donc été écrit directement en français par Kundera. Ce n'est même pas sa langue maternelle, ce qui débouche sur une écriture dépouillée, concise et par moment plus simpliste. C'est aussi plus direct que les autres romans que j'ai cité.

Alors, pour terminer, même si j'ai grandement apprécié cette lecture, il ne fait pas partie des grands romans de l'auteur, qui est souvent discuté par le comité du prix Nobel de littérature. Ce fût son dernier roman, paru en français en 2003 et bien honnêtement, ce n'est pas nécessaire qu'il y en ait d'autres.

dimanche 13 novembre 2011

Sunset Park, Paul Auster



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Parce qu'il s'est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s'est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d'une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l'objet d'un chantage et est obligé - encore une fois - de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l'impossibilité d'exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs. Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d'édition et de préserver son couple. Confronté à l'écroulement des certitudes de toute une génération, il n'attend qu'une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu'elles sont inguérissables...Avec ce roman sur l'extinction des possibles dans une société aussi pathétiquement désorientée qu'elle est démissionnaire, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l'espoir.

Je termine cette lecture avec une pointe glaciale de déception. Je ne sais pas où Paul Auster voulait nous emmener avec ce roman. Peut-être veut-il enfin se débarrasser du post-modernisme en glissant tranquillement vers le réalisme? Mais pour ma part, j'y ai vu une tentative, parfois malhabile, de nous parler de la crise économique de 2008 et surtout, des conséquences désastreuses qui ont suivi. Et la fin du bouquin me donne plutôt raison. Sans être une charge pro-socialiste, on n'en est pas loin.

Pendant ma lecture, je souhaitais presque qu'Auster nous revienne avec ses fameuses mises en abyme (ses poupées russes littéraires, comme je les ai appelé dans une autre critique). Parce que cette fois-ci, le récit est ennuyeux. Il ne se passe rien. La légèreté de l'écriture de l'auteur ne parvient pas à sauver un manque d'inspiration.

L'auteur a peut-être voulu, aussi, se limiter à un exercice de style. Il y quelques phrases très poétiques. Après un "Invisible" qui m'avait convaincu (et qui avait racheté quelques romans plus faibles, selon la plupart des critiques), "Sunset Park" ramène Auster dans ce qu'il a fait de moins bon.

Par contre, je ne peux pas dire que c'est un mauvais roman. Auster n'est jamais mauvais et il y a quelques paragraphes écrits prodigieusement. Mais sans rentrer dans le contenu en tant que tel (notamment parce que la quatrième de couverture le fait amplement et très bien) je peux vous dire que ce contenu est décevant. Avec cet écrivain, on a toujours quelque chose de plus qu'une banale histoire. Pas cette fois.

vendredi 11 novembre 2011

Seul dans le noir, Paul Auster



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: "Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain." Ainsi commence le récit d'August Brill, critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad... Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 Septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire. En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la "catastrophe" d'une fiction qui abolit les lois de la causalité, Paul Auster établit, dans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.

"Seul dans le noir" de Paul Auster est un roman beaucoup trop court pour ses promesses. Avec seulement 180 pages en format hardcover, notre lecture, comme c'est souvent le cas avec cet auteur, coule tout seul sous nos yeux. Auster écrit très bien, mais on croirait qu'avec celui-ci, il n'a pas su développer une histoire digne de la quatrième de couverture (du résumé).

Pourtant, le roman jouit de quelques idées remarquables. Le fait de reconstituer le monde sans le 11 septembre 2001 avait tout pour me plaire. En plus, cette reconstitution romanesque se fait sous nos yeux, parce qu'encore une fois, l'écrivain utilise la mise en abyme pour nous en mettre plein la gueule. C'est particulièrement bien rendu avec "Seul dans le noir". Mais la brièveté du récit, et la minceur de la dystopie sur le 11 septembre, viennent gâcher notre plaisir.

Pour terminer, je n'ai pas regretté ma lecture non plus. Le talent de l'auteur vient racheter le désastre que cela aurait pu être. Malgré la petitesse du bouquin (c'est davantage une novella), Auster construit les personnages avec une profondeur surprenante. Il y a aussi une leçon d'écriture qui s'en dégage. Donc, avec une plume plus poétique qu'avec plusieurs autres de ses romans, on peut dire qu'il réussi sur plusieurs plans. Par contre, je ne saurais si je vous le conseille. Ce n'est vraiment pas son meilleur...

mercredi 9 novembre 2011

Limonov, Emmanuel Carrère



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres de Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

Tout a été dit sur ce livre, je ne vois pas ce que je pourrai dire de plus. Seulement que je pensais que je lisais Carrère pour la première fois, mais je viens juste de me rendre compte que j'avais lu "La classe de neige" au Cégep. Je ne me rappelle même plus de l'histoire et si j'avais aimé.

Mais pour celui-ci, "Limonov", j'ai adoré, comme ma note en fait foi. Au-delà de l'écriture plus que correct de l'auteur, qui est ce qu'on peut s'attendre de mieux pour un écrivain contemporain (oui j'avoue que j'aime mieux la plume des classiques. Surtout que Carrère semble tellement peaufiner son écriture qu'elle devient quelque peu édulcorée. Il lui manque un peu de style parce que, peut-être est-elle trop parfaite. En tout cas, comme sa plume, le récit semble être travaillé jusqu'à l'épuisement. Mais ceci n'est peut-être que le talent de l'auteur.) c'est la vie de cet écrivain, cet Édouard Limonov qui est extraordinaire. C'est surtout cela qui est fascinant à cette lecture. C'est un livre réussi, je ne me suis pas ennuyé.

Par contre, je crois qu'on doit aimer la Russie (ou à tout le moins ce qui s'y passe, son histoire) pour bien apprécier ce très grand livre. Je croyais au départ qu'il faisait partie de l'oeuvre romanesque de l'auteur, mais j'ai vite réalisé que c'est une biographie à part entière. Bien sûr qu'il doit y avoir quelques passages inventés, par l'auteur ou le héros du bouquin, mais quelles biographies en ont pas?

Finalement, écarté du Goncourt à cause de son sujet (même si j'espère le contraire parce que sinon la France a sombré plus creux que je le croyais), il le méritait amplement selon moi. Je n'ai pas encore lu le gagnant (le Jenni) mais je ne pense pas qu'un autre Français puisse faire mieux que Carrère, parce que soyons honnête, à part Houellebecq et Carrère, je ne vois pas d'autres bons auteurs français contemporains. Je n'ai pas lu tous les auteurs non plus. Mais la force de la France en littérature, c'est certainement ses classiques. Bien que très bon, "Limonov" nous le prouve encore fois.

dimanche 6 novembre 2011

Le docteur Pascal, Zola



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Dans cette touchante histoire d'amour entre un grand spécialiste de l'hérédité et sa nièce, on trouve l'aboutissement d'une aventure familiale, celle des Rougon-Macquart, et un roman scientifique sur ce sujet si actuel, l'hérédité ou la génétique. Bref, une synthèse de l'art et de la pensée, Le Crépuscule des dieux ou Le Temps retrouvé de Zola, la fin d'une longue aventure qu'elle résume et conclut, et un " appel à la vie ", un splendide message d'espoir. " La vie, la vie qui coule en torrent, qui continue et recommence, vers l'achèvement ignoré ! la vie où nous baignons, la vie aux courants infinis et contraires, toujours mouvante et immense, comme une mer sans bornes ! "

Voici le roman qui clôt la saga familiale des Rougon-Macquart. Je les ai tous lu en ordre et celui-ci contient plusieurs références (et explications) quant aux 19 autres. C'est un résumé de la pensée de Zola, surtout sur le sujet de l'hérédité. C'est là que Zola voulait en arriver. Je crois donc qu'il faut avoir lu tous les autres pour bien apprécier celui-ci. Pour bien le comprendre aussi.

Les personnages qui peuplaient la famille Rougon-Macquart sont ici analysés par Pascal Rougon, un médecin issu de cette famille. Par moment, on assiste quasiment à un cours sur l'hérédité, sur les gènes qui composent une famille. Mais l'auteur a romancé le tout. Et personnellement, j'ai plus ou moins apprécié. Il y a des passages très réussis, très poétiques aussi. Mais on voit bien qu'il se sert de la romance, et donc, que la fiction dans le roman ne sert qu'à appuyer le propos. C'est seulement un prétexte. Selon moi, l'auteur aurait gagné en écrivant un roman plus long, parce qu'il y a trop d'informations (et de fiction mélangée) en seulement 400 pages. On ne voit pas l'action se passer, elle déboule trop vite et ainsi, cela se termine avec une histoire moyennement intéressante.

Finalement, je crois aussi qu'un peu plus de subtilité aurait été de mise. Et pour cela, quelques centaines de pages supplémentaires étaient impératives. Mais on sort de cette histoire et de cette saga avec un bon sentiment. Celui d'en avoir appris sur une foule de sujets en 20 romans. Et beaucoup plus même. Ça en vaut le coup, croyez-moi!

jeudi 3 novembre 2011

La débâcle, Zola



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: La Débâcle : Sedan, l'effondrement de la France impériale, frivole et corrompue, devant «l'esprit scientifique» de l'Allemagne et l'implacable mécanique de ses armées. La défaite, le siège de Paris, le brasier de la Commune, «l'exécrable semaine» de la répression versaillaise. Reportage militaire d'une scrupuleuse exactitude, fresque de deuil, de souffrance et de sang, le roman est aussi l'analyse de la déchirure qui est au cœur de la conscience collective des Français et que juin 40 fera revivre : «La Débâcle, écrit Raoul Girardet, est un de ces documents privilégiés en dehors desquels l'histoire morale de la France contemporaine ne saurait et ne pourrait être écrite.»

Je fus surpris en commençant ma lecture. Premièrement, l'écriture de Zola est quelque peu différente. Les descriptions sont foisonnantes, abondantes. Elles sont rendues à merveille par l'auteur et ainsi, il nous en met plein la vue. De plus, la précision de la plume de Zola nous transporte dans cette guerre comme si nous y étions. Certains reprochent à Zola son style journalistique mais le tout est tellement bien écrit qu'on y croit du début jusqu'à la fin. Je vous le dis, c'est du grand art mais toujours dans le domaine du naturalisme et du réalisme. Et cette-fois, le réalisme prend le dessus.

Malgré tous les résumés qu'on peut lire sur cette oeuvre, je vous en ferai un plus bref encore. Tout le bouquin est une description de la guerre franco-allemande de 1870 qui mena à la chute de l'empire. Je ne vous raconte pas la fin du roman, mais juste pour cela, il en vaut la peine.

Aussi, "La débâcle" m'a rappelé quelque peu "La guerre et la paix" de Tolstoï. On est dans les mêmes eaux, mais ce dernier racontait les guerres napoléoniennes. Celui de Tolstoï est aussi beaucoup plus complet (notamment avec 1400 pages de plus) et les intrigues qui gravitent autour de la guerre sont plus présentes, plus recherchées avec "La guerre et la paix". Par contre, les descriptions de ces deux romans rendent bien la cruauté de ces guerres du 19e siècle, où la technologie des guerres modernes était quasi-absente.

Finalement, ce fut un de mes préférés de cette saga familiale des Rougon-Macquart. Je crois que ce Zola est le plus moderne qu'il a écrit. En fait, il a bien vieilli selon moi. Mais ici, ce n'est pas les personnages qui ressortent. Ce n'est pas non plus l'intrigue et l'histoire en tant que telle. Ce qui est frappant avec "La débâcle", ce sont les descriptions presque inégalables en littérature.