"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

samedi 27 août 2011

En attendant l'année dernière, Philip K. Dick



Ma note: 8,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Une Terre de l’avenir en guerre contre des fourmis de quatre mètres qui ne l’ont jamais envahie… Un dictateur bonhomme que l’on remplace par un double venu d’un univers parallèle, chaque fois qu’il meurt… Un ingénieur fou qui équipe de caisses à roulettes des cerveaux électroniques fêlés pour leur éviter la casse… Et surtout, le docteur Sweetscent, époux d’une femme infernale, balloté à travers le temps sous l’effet d’une drogue et seul sauveur possible de l’humanité…

Ce roman est un excellent Philip K. Dick. Comme plusieurs autres de l'auteur, celui-ci a la drogue comme thème principal. Et particulièrement ici, parce que cette drogue permettra au personnage principal, le médecin Sweetscent de voyager à travers le temps pour essayer de régler la guerre en cours entre la terre et une autre planète. La première partie du récit est beaucoup plus faible que le reste, qui lui, nous tiendra en haleine jusqu'à la toute dernière page.

Outre la drogue et les voyages dans le temps, ce roman fort réussi nous entraîne dans d'autres contrées souvent explorées par cet écrivain. Ainsi, on est dans un monde proche du totalitarisme avec, notamment, le secrétaire des nations unis qui contrôle ce qui se passe sur la terre. La guerre est aussi exploitée avec force créatrice parce que la terre se retrouve en guerre contre une autre planète.

Donc, voici un autre K. Dick à lire absolument. Le début est un peu moins bien réussi et ainsi, on s'interroge sur la réelle intrigue qui s'ensuivra. Mais comme c'est souvent le cas avec son auteur, le bouquin prendra son air d'aller vers le milieu de l'histoire. Et là, accrochez vous, parce que le voyage ne sera pas de tout repos! Parce qu'en plus de sauver la terre, le docteur Sweetscent devra sauver sa femme mais par dessus tout, il devra se sauver lui-même, son corps, et plus important encore, sa conscience.

mercredi 24 août 2011

Au bout du labyrinthe, Philip K. Dick



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Philip K. Dick, né en 1928, est sans doute l'un des écrivains américains les plus originaux de ce temps. Il excelle à introduire par petites touches l'incertitude dans des mondes apparemment banaux et finit par faire douter de la raison. Lors de la parution d'Ubik, son précédent roman, Jacques Goimard a rapproché, dans « Le Monde », l'oeuvre de Dick de celle de William Burroughs, en avouant sa préférence pour la première. Lire Au bout du labyrinthe, c'est faire — sans risque — l'expérience de la psychose, c'est s'aventurer très loin dans les univers mystérieux et parfois sinistres des « voyages » au L.S.D.

Dans ce livre fort original de Philip K. Dick, une douzaine de protagonistes aboutissent sur une mystérieuse planète. Le problème c'est que plusieurs d'entre eux meurent un après l'autre.

C'est à peu près le résumé le plus succinct que je puisse faire. Le reste est d'une part, de la science-fiction à l'état pur et d'autre part, des événements que je ne peux vous expliquer de peur d'en dire trop. En effet, au cours du récit (je ne vous dis même pas quand et où), il y a un nouvel élément qui s'ajoute à l'histoire et là, ça devient intéressant. Parce que je ne vous cacherai pas que le début m'a ennuyé et même déplu. Je croyais à un Dick complètement raté et même si le roman est court, un peu moins de 300 pages, j'ai failli fermer définitivement le bouquin. On est, au début, dans le côté de la science-fiction qui me plaît moins. Les voyages banales interstellaires, l'arrivée sur une planète, etc. J'ai l'habitude, avec K. Dick, d'être transporté ailleurs, plus loin que ces banalités. J'ai fini par être servi. C'est finalement un très bon Philip K. Dick.

Donc, en général, je ne regrette pas cette lecture, même si j'ai dû m'accrocher. La plume de l'auteur semble, au début, encore plus faible que d'habitude. Mais au final, l'histoire sauve le tout. Comme c'est à peu près toujours le cas avec cet écrivain que j'aime tant. En fait, je pense que Philip K. Dick est né avec un don. Le don d'une imagination incroyable qui fera de lui un visionnaire de la société dans laquelle on vit. Où tout et tous sont surveillés et où la paranoïa a eu raison de l'humain.

lundi 22 août 2011

Abattoir 5, Kurt Vonnegut



Ma note: 6,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Abattoir 5 retrace l’histoire de Billy Pélerin (double quasi autobiographique de Kurt Vonnegut), né à Ilium en 1922, fils unique du coiffeur de la petite ville. Appelé sous les drapeaux pendant la seconde guerre mondiale (comme assistant d’aumonier militaire...), il est capturé par les allemands et fait prisonnier dans un camp à Dresde. Démobilisé en 1945, il devient opticien, passe une petite dépression nerveuse dans un hôpital militaire, puis se marie, a bientôt deux enfants et fait fortune. De retour d’un congrès d’opticien il est victime d’un accident d’avion, tous les passagers périssent sauf lui. Pendant qu’il est à la clinique, sa femme meurt. Il ne reprend pas son activité en sortant de l’hôpital mais va tout droit à New York. Là, il participe à une émission de radio où il révèle avoir été enlevé par une soucoupe volante en 1967 et amené de force sur la planète Tralfamadore. Objet de spectacle, montré nu dans un zoo, les trafalmadoriens le feront s’accoupler avec une terrienne, ancienne actrice de cinéma, elle-même kidnapée, avant de le relâcher. De retour sur terre, il comprend que les années qu’il a passé sur Trafalmadore n’ont été chez lui que quelques secondes. Bien sûr, Billy ayant atteint l’âge de quatre-vingt six ans, tout le monde est persuadé qu’il a définitivement perdu le sens des réalités et que la sénilité avance à grands pas. Mais Billy insiste pour remonter dans le passé et raconter son histoire, notamment sa vie de soldat et, ce faisant, il ne va plus cesser alors d’effectuer des sauts dans le temps, évoluant et vieillissant, ou régressant vers son enfance. Ce sont ces différents épisodes, et principalement celui de la seconde guerre, de l’emprisonnement et du bombardement de Dresde qui font la trame quelque peu décousue, ironique et pleine d’humour de ce roman étonnant où les saynètes se multiplient et s’enchevêtrent. Dans ce livre, Kurt Vonnegut utilise les méthodes de la Science-fiction pour permettre les continuels flash-back du personnage, mais aussi pour ouvrir une faille, une sorte de décalage narratif dans le récit principal, sous-titrés « La croisade des enfants », et qui est peut-être avant tout une formidable dénonciation des tueries organisées par les hommes, et le plus souvent par des appelés de dix-huit ans à peine... Un des plus étonnants chefs-d’œuvre de la littérature de guerre américaine. Vonnegut emprunte la liberté de mettre en scène des épisodes merveilleux (proches de la Science-fiction) qui viennent contrebalancer l’errance misérable d’un « brave soldat » yankee, que le vent imbécile des tueries modernes ratatine de froid et de peur au fond d’un abattoir de Dresde, sous une pluie de bombes...

Je ne sais trop quoi penser de cette lecture. Déception peut s'approcher d'un bon terme en ce qui a trait à mon état d'esprit. En effet, "Abattoir 5" est vu par plusieurs comme un chef-d'oeuvre absolu de la littérature de science-fiction, mais aussi, de la littérature de la seconde guerre mondiale. Probablement que la force de ce bouquin est d'avoir rallié les amateurs d'histoire et de l'imaginaire, et plus particulièrement de la science-fiction. Pour ma part, je ne crois pas que ce livre soit si exceptionnel. Voici pourquoi.

Le défaut que j'ai à lui reprocher est sa brièveté. Pour toutes ses idées, le roman aurait dû être beaucoup plus long. Il n'a que 210 pages et on est constamment perdu au cours de notre lecture. Au moins une relecture s'imposerait (en tout cas pour moi). Il y a plusieurs endroits (et temps) visités par le personnage principal et chacun d'eux n'est pas assez approfondi. Vonnegut écrit bien, le style passe le test sans problème, mais il n'a pas la capacité de faire court comme un Philip K. Dick, par exemple. Il essaie d'aller à l'essentiel mais n'y parvient pas et je croyais lire un résumé du roman, par moment.

Par contre, pour terminer, il y a quelques passages réussis, comme par exemple les dernières pages. La phrase "C'est la vie" revient tout au long de notre lecture, et cet exercice de style, en particulier, est réussi. Il y a une profondeur qui se dégage quelque peu de l'oeuvre dans son ensemble mais je crois qu'il aurait mérité plusieurs centaines de pages de plus, pour bien pénétrer dans l'histoire et comprendre où l'auteur voulait réellement nous amener. Selon moi, c'est cela qui manque dans ce bouquin.

samedi 20 août 2011

Les chaînes de l'avenir, Philip K. Dick



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Jones prévoyait l'avenir. Non pas à la façon vague d'un diseur de bonne aventure, mais de manière précise, dans tous ses détails. Il se souvenait de l'avenir. L'ennui, c'était que son don était limité à une année. Et le drame, c'était qu'il ne pouvait rien changer à ce futur certain. Il savait ce qui allait lui arriver. Et ce qui allait arriver à toute l'humanité en un temps où d'étranges créatures, les dériveurs tombaient de l'espace interstellaire sur toutes les planètes du système solaire, y compris la Terre. De quoi devenir un Prophète, un Messie, bouleverser l'ordre déjà ébranlé d'une Terre mal en point et la charger des chaînes de l'avenir. Pour l'Éternité ?

Voici donc le deuxième roman de Philip K. Dick à être édité. Il vient tout de suite après "Loterie solaire" et il semble souffrir des mêmes défauts, même s'il n'est pas mal du tout. Par contre, la plupart de ses oeuvres subséquentes seront mieux.

Alors, bien que l'histoire de base soit intéressante, "Les chaînes de l'avenir" a quelque peu de difficulté à prendre son air d'aller. Le tout se développe tant bien que mal et l'histoire ne parvient jamais vraiment à se former en un tout cohérent. On voit très rapidement que ce roman est dans les premiers que K. Dick a écrit. C'était le début, la formation d'un écrivain qui allait devenir un incontournable de la littérature de science-fiction.

Comme pour "Loterie solaire", on est dans un monde totalitaire. Mais contrairement à ce dernier, ce n'est pas une société régie par le hasard dont nous invite Dick mais plutôt basée sur le Relativisme. C'est donc un système politique où chaque citoyen peut aimer ou faire ce qu'il veut mais ne peut l'imposer aux autres. D'où le nom "relativisme" où tout est relatif à chaque personne. Au premier abord, cela semble être la perfection sociale mais dans le monde des "chaînes de l'avenir", les gens sont donnés en pâture aux travaux forcés pour un rien. Ils ne peuvent rien dire ou presque parce qu’ils ne peuvent imposer leurs goûts. Ainsi, par exemple, ils ne peuvent dire que Bach est le meilleur compositeur (cet exemple n'est pas dans le roman, c'est seulement pour vous expliquer le Relativisme). Ils ne peuvent encore moins fonder une religion, une nouvelle manière de penser, etc. Le monde devient une vaste prison à ciel ouvert où chacun doit s'en tenir à soi-même.

Avec de bonnes idées comme cela, "Les chaînes de l'avenir" auraient pu devenir un chef-d'oeuvre. Mais la construction du récit a des failles, tout comme la plume encore immature de l'auteur.

Finalement, pour résumer brièvement, on peut dire que c'est un bon livre. Mais certainement pas dans les bons de Philip K. Dick. Malheureusement.

jeudi 18 août 2011

99 F, Frédéric Beigbeder



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Octave est le maître du monde. Octave exerce en effet la profession lucrative de rédacteur publicitaire : il décide aujourd'hui ce que vous allez vouloir demain. Octave est un mort-vivant, couvert d'argent, de filles et de cocaïne. Un jour, il se rebelle. Le doué Octave déjante. La cliente idéale ? " Une mongolienne de moins de cinquante ans. " Les nababs de la publicité ? " Ils mènent la troisième guerre mondiale. " De l'île de la Jatte où négocient les patrons d'agence à Miami où l'on tourne un spot sous amphétamines, d'un séminaire en Afrique à Saint-Germain-des-Prés, de l'enfer du sexe à la pureté perdue, Frédéric Beigbeder, entre fiction et pamphlet, écrit la confession d'un enfant du millénaire. En riant, il dénonce le mercantilisme universel. En quelque sorte, un livre moral. Pour 99 francs, seulement.

Je dois avouer que c'est la première fois que je lis Beigbeder. En France, il est très connu (et reconnu, (par certains)) mais ici, au Québec, c'est un écrivain comme les autres et donc, pas très connu (le Québécois moyen ne lit pas). J'aime bien le personnage qu'il est dans les médias et quelqu'un qui cite Schopenhauer, comme je l'ai déjà entendu le faire a, du coup, une place particulière dans ma conscience. Je devais le lire.

Comme le rapporte les critiques littéraires, il est en effet très inspiré par Bret Easton Ellis. L'écriture est semblable, quoique un peu mieux selon moi. Les thèmes de "99F" sont aussi très proches de ce que fait Easton Ellis. Pour faire court, c'est la société de consommation qui est passée au crible, les marques sont dénoncées, les abrutis qui gravitent autour de nous, le culte de la personnalité, etc. Par contre, ici c'est plus le monde du travail (de la publicité en particulier) qui sert d'approche à cette critique virulente.

Une autre influence de Beigbeder que j'ai perçu (et qui est nommée dans le bouquin) est le roman "Extension du domaine de la lutte" de Michel Houellebecq. Mais ce dernier est davantage profond dans sa critique (et son nihilisme). En somme, Beigbeder s'attaque à la société tandis que Houellebecq s'attaque à la vie en tant que telle.

La plume de l'auteur est excessivement agréable à lire. Le roman se lit vite. On reste accroché.

Par contre, seul défaut du récit (quasiment autobiographique de l'écrivain) est qu'il n'y a rien de subtile avec sa prose, son histoire, sa pensée. Dès le début on sent que le personnage plongera dans un désespoir et cela paraîtra sur sa prose, plus le roman avance. Le style d'écriture se transforme et le trou qu'il se creuse s'ouvre de plus en plus grand. Le problème, c'est que tout cela est prévisible dès les premiers instants.

En terminant, bien qu'il date d'une décennie, le propos est encore fortement d'actualité (et même plus qu'avant). Je recommande sans aucun doute cette lecture. Oui, il est inspiré de l'écrivain américain Bret Easton Ellis, mais c'est un peu plus réussi. Je me suis davantage reconnu dans ce roman que dans la plupart de mes autres lectures.

lundi 15 août 2011

Le joueur d'échecs, Stefan Zweig



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Prisonnier des nazis, Monsieur B., en dérobant un manuel d'échecs, a pu, à travers ce qui est devenu littéralement une folle passion, découvrir le moyen d'échapper à ses bourreaux. Libéré, il se retrouve plus tard sur un bateau où il est amené à disputer une ultime partie contre le champion Czentovic. Une partie à la fois envoûtante et dérisoire... Quand ce texte paraît à Stockholm en 1943, Stefan Zweig, désespéré par la montée et les victoires du nazisme, s'est donné la mort l'année précédente au Brésil, en compagnie de sa femme. La catastrophe des années quarante lui apparaissait comme la négation de tout son travail d'homme et d'écrivain. Le joueur d'échecs est une confession à peine déguisée de cette désespérance.

Anton Tchekhov disait que ce n'est pas le style d'un auteur qui fait la qualité de son écriture mais sa manière de penser. Je suis d'accord avec lui et cette explication de Tchekhov démontre ce que j'ai ressenti à la lecture de cette novella (même s'il est écrit roman sur la couverture, il ne fait que 110 pages). On embarque rapidement dans l'histoire et l'écriture de Zweig est agréable à lire. Cet auteur, qui a côtoyé les plus grands personnages de son époque, devait être quelqu'un de très intéressant à fréquenter.

Pour le fond de l'histoire, malgré sa brièveté, le livre aborde une foule de thèmes. Entre autres, la maladie mentale (l'obsession), l'enfermement dans un espace restreint qui peut ouvrir la conscience vers l'immensité et l'infini, la dureté du régime nazi, l'adversité, etc. On aurait aimé en avoir plus long à lire, parce que tous ces thèmes se côtoient en peu de pages et combiné à l'excellence de l'écriture de Zweig, cela en résulte quasiment à une frustration de notre part. Frustration de ne pouvoir lire 500 pages.

En terminant, voici une novella qui se rapproche de la perfection pour un court récit. C'est la première fois que je lisais cet écrivain, mais certainement pas la dernière. Il m'a convaincu dès le début de son talent littéraire. Le bouquin se lit en une seule lecture et on ne s'ennuie pas. Une belle découverte!

samedi 13 août 2011

Mr. Vertigo, Paul Auster



Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: " J'avais douze ans la première fois que j'ai marché sur l'eau. L'homme aux habits noirs m'avait appris à le faire, et je ne prétendrai pas avoir pigé ce truc du jour au lendemain. Quand maître Yehudi m'avait découvert, petit orphelin mendiant dans les rues de Saint Louis, je n'avais que neuf ans, et avant de me laisser m'exhiber en public, il avait travaillé avec moi sans relâche pendant trois ans. C'était en 1927, l'année de Babe Ruth et de Charles Lindbergh, l'année même où la nuit a commencé à envahir le monde pour toujours. J'ai continué jusqu'à la veille de la Grande Crise, et ce que j'ai accompli est plus grand que tout ce dont auraient pu rêver ces deux cracks. J'ai fait ce qu'aucun Américain n'avait fait avant moi, ce que personne n'a fait depuis. " Précipité par ce premier paragraphe dans un récit d'une prodigieuse virtuosité narrative - les modèles d'Auster furent Grimm et Andersen - le lecteur découvre, du Ku Klux Klan au gangstérisme, quelques facettes étranges de cette Amérique que l'écrivain n'a pas fini de nous révéler.

Je termine cette lecture avec une déception certaine. C'est la première fois que Paul Auster me déçoit. Comme c'est souvent le cas avec les récits initiatiques (récemment j'avais abordé ce point avec le "Kafka sur le rivage" de Murakami), l'auteur a voulu ratisser trop large quant à l'âge des lecteurs, ce qui donne un roman pour adolescents pour le moins banal. Je ne crois pas que les adultes y trouveront leur compte avec ce bouquin. La première moitié on a droit à un récit plus que fade où le personnage principal apprend à voler dans les airs. Ensuite, c'est un peu mieux mais il n'y a rien d'extraordinaire non plus.

Ce roman est, selon moi, une métaphore. Paul Auster a voulu nous expliquer qu'un enfant doit apprendre à voler avant tout. Il doit apprendre les leçons de la vie avant de la vivre et l'auteur s'adresse ainsi aux adultes, parce que la plupart d'entre eux n'ont rien appris. C'est aussi une critique de la société américaine et occidentale. Le culte de la célébrité qui conduit au désastre est bien représenté par cet enfant qui parcourt les scènes pour leur démontrer qu'il sait voler.

Tout n'est pas raté. Mais la déception est tellement grande dans mon cas que même la plume d'Auster (qui est toujours judicieuse) est ici un peu éteinte. L'imaginaire de l'auteur ressort un peu, mais dans la mauvaise direction. Par chance que le roman n'est pas long (quelque 300 pages) parce que sinon, je ne pense pas que j'aurais tenu le coup. J'aime mieux un Paul Auster plus adulte où les thèmes de la solitude, de l'identité, de l'imaginaire (entre autres), sont traités par un sage, pour des lecteurs aggueris. Ce n'est pas le cas ici.

mercredi 10 août 2011

Pietr le Letton, Simenon



Ma note: 7/10

Voici la présentation de l'éditeur: " Le commissaire Maigret, de la 1re Brigade mobile, leva la tête, eut l'impression que le ronflement du poêle de fonte planté au milieu de son bureau et relié au plafond par un gros tuyau noir faiblissait. Il repoussa le télégramme, se leva pesamment, régla la clef et jeta trois pelletées de charbon dans le foyer. Après quoi, debout, le dos au feu, il bourra une pipe, tirailla son faux col, qui, quoique très bas, le gênait. Il regarda sa montre, qui marquait quatre heures. Son veston pendait à un crochet planté derrière la porte. Il évolua lentement vers son bureau, relut le télégramme et traduisit à mi-voix : " Commission internationale de Police criminelle à Sûreté générale, Paris : Police Cracovie signale passage et départ pour Brême de Pietr le Letton. "

Il y a longtemps, quand je commençais à lire Agatha Christie, il y a un certain George Simenon qui était toujours sur le même présentoir que la Dame Christie. En édition du masque, comme elle. Sauf que je croyais que ce Simenon était un sous-produit et donc, jamais je ne l'ai lu. J'attendais.

Et là, j'ai sauté, j'ai enfin lu cet auteur qui a écrit quelque 200 romans dans sa vie.

Premièrement, sa plume est assez particulière pour un auteur de policier (entre autres parce qu'il a écrit sous d'autres genres aussi et même, "Pietr le Letton" se rapproche d'un roman d'espionnage). Il y a une fluidité dans son style et le souffle de cet auteur est vite repéré (après quelques pages seulement). Par contre, cette même plume donne aussi l'impression d'une désinvolture (voulu ou pas, je ne sais pas) et quelque peu brouillonne par moment. L'histoire est menée dans les standards du genre (Simenon semble avoir eu une grande influence sur les auteurs d'aujourd'hui. Davantage qu'Agatha Christie selon moi) et vers la fin, il y a une cassure pour nous éclairer comme on mérite de l'être. Mais au cours de notre lecture, on est confus par moment dans une histoire moins complexe qu'elle en a l'air.

En général, et pour une première enquête du commissaire Maigret, on peut dire sans se tromper que c'est une réussite. Je ne sais pas ce que nous réservent les livres subséquents de Simenon mais ils devront être encore meilleurs pour en arriver au même niveau que ceux où Hercule Poirot est la vedette. Pour ne pas être considérés comme un sous-produit de la Dame...

lundi 8 août 2011

Fahrenheit 451, Ray Bradbury



Ma note : 9/10

Voici la quatrième de couverture: 451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Selon Wikipédia, une dystopie — ou contre-utopie — "est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur et contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur." Voilà pour le genre qu'est "Fahrenheit 451". Cette définition explique très bien l'ambiance du bouquin, son but et ses visés.

Mais là où ce livre est particulièrement réussi, selon moi, c'est dans l'actualité du propos. Même s'il a été écrit en 1951, il est actuel comme pas un. Plus que "1984" d'Orwell (que j'ai adoré) et "Brave new World" de Huxley. Dans "Fahrenheit 451" on brûle les livres et cela conduit à une société très proche de la nôtre. Une société d'abrutis, d'insignifiants et qui, pour la plupart (en tout cas au Québec), ne lisent jamais de livres. Ils ne font que des choses soi-disant "utiles". Ils travaillent et ils s'amusent. Voilà ce qu'ils font. Mais comme dans ce roman, cela résulte en des conversations entres ces mêmes abrutis dénués de fondement, d'âme (oh voilà un mot qu'ils ne connaissent pas!) et de profondeur. Une phrase de ce bouquin m'a particulièrement marquée. Le contexte : une jeune fille rencontre le personnage principal et celle-ci voit un peu plus loin que les autres. Elle se met à écouter les gens dans le métro et un peu partout. Et elle lui dit : "Les gens ne parlent de rien". Elle lui raconte ensuite que les gens ne parlent que de leurs piscines, de leurs beaux vêtements qu'ils se sont achetés. En fait, elle a raison, les gens ne parlent de rien. Cela représente très bien notre époque, un enfer de débilité. Comme dans le roman, les gens dans notre société sont ridicules.

Bradbury dit qu'il y a plusieurs façons de brûler les livres. Je crois que la meilleure est de ne pas les lire.

Ensuite, la fin de ce roman est grandiose et elle est réussie sur toute la ligne. Mais je ne vous la dévoilerai pas.

En terminant, c'est la première fois que je lisais Bradbury et son écriture m'a laissé pantois. En effet, les métaphores sont légions, un peu trop même, et il diffère donc des autres écrivains de science-fiction. Cela peut devenir lassant sur le long terme mais par chance, le roman est court. Donc, il n'y a pas d'inquiétude à y avoir de ce côté. Et pour l'ensemble du roman? Une réussite!

samedi 6 août 2011

La bascule du souffle, Herta Müller



Ma note: 8,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Nous sommes en Roumanie, en janvier 1945 : la population germanophone de Transylvanie vit dans la peur de la déportation. Cette mesure, exigée par le nouvel allié soviétique de Bucarest, vise une population soupçonnée d'avoir soutenu l'Allemagne nazie pendant la guerre. Le jeune Léopold sait qu'il est sur la liste. II prépare sa petite valise, des affaires chaudes, quelques livres, puis, quand la police roumaine vient le chercher, à trois heures du matin, par moins quinze, il reçoit les mots de sa grand-mère " Je sais que tu reviendras " comme un viatique. L'usine de charbon, la tuilerie, la cimenterie, des baraquements élémentaires, une ration de pain et deux rations de soupe par jour, les diarrhées et les poux : tel sera le quotidien de Léopold pendant cinq ans. La bascule du souffle nous invite à lire la chronique terrifiante de ces années de froid, de faim et de découragement qui tuent dans un camp de travail en Russie. Mais la singularité du livre de Herta Müller réside dans sa faculté incomparable de transcender le réel, de l'illuminer de l'intérieur. Sous sa plume, le camp devient un conte cruel, une fable sur la condition humaine. Ici les arbres parlent, le ciment boit, la pendule a mal à son ressort cassé, la faim voyage dans le corps d'un ange, et le coeur, dans une pelle. Herta Müller souhaitait écrire ce livre à quatre mains avec le poète germano-roumain Oskar Pastior - le modèle de Léopold - mais ce projet fut interrompu par la mort de Pastior. La prose de Herta Müller, poétique et maîtrisée, sèche et puissante, toujours surprenante, lui rend hommage de la plus belle manière qui soit. Certes, La bascule du souffle aborde un tabou historique, mais s'impose surtout comme une oeuvre de portée universelle. Un événement bouleversant.

Prix Nobel de littérature de 2009, Herta Müller est une découverte extraordinaire pour moi. Quoique je ne suis pas le seul. En effet, quand elle a gagné son Nobel, amplement mérité soit-dit en passant, les francophones l'ont découverte à peu près tous en même temps.

Son style d'écriture est parfait. Poétique, il nous transporte avec allégresse et émerveillement tout au long de notre lecture. Même si le propos est lourd, difficile émotionnellement et très réaliste, le génie des lettres qu'est Müller arrive à une telle perfection dans son écriture (surtout pour notre époque) que l'histoire nous semble moins laide qu'elle ne l'est en réalité.

Très peu abordé dans le passé, ce récit des expatriés roumains d'origine allemande nous aide à mieux comprendre l'ampleur du drame qu'ils ont vécu. Le bouquin m'a rappelé le roman "Souvenirs de la maison des morts" de Dostoievski où l'auteur raconte son passage dans les cruels bagnes de sibérie. Sauf qu'avec "La bascule du souffle", Herta Müller devient le porte-voix de son entourage qui a vécu les travaux forcés sous Staline.

Donc, voici un roman à lire et à relire (pour son côté poétique). Le seul petit défaut que j'ai noté est que la deuxième moitié devient un peu redondante étant donné la prose poétique et une intrigue plus ou moins importante. Mais j'ai rarement lu une écriture semblable avec les auteurs contemporains. Cette prose parcours le livre pour le plus grand bonheur de nos yeux. C'est cela que j'aime en littérature. La poésie de la prose...

mercredi 3 août 2011

L'oeil dans le ciel, Philip K. Dick



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture : Ils sont huit à avoir été précipités dans un faisceau de protons. Huit miraculés qui s'étonnent de revenir à la vie normale. Normale ? L'est-elle vraiment ? Jack et Marsha, sa femme, ressentent une sorte de gêne indéfinissable, comme si tout, autour d'eux, était bizarre, irréel. La réalité semble se fissurer, le quotidien se craqueler. Comment un essaim de sauterelles peut-il surgir de nulle part ? Pourquoi attaque-t-il Jack ? Mais surtout, pourquoi le visage et le corps de Marsha se déforment-ils monstrueusement ? Les rescapés sont-ils encore des hommes ou des simulacres ? La réalité n'a-t-elle pas fait place à un délirant monde de cauchemars, où les règles de notre univers n'ont plus cours, où tout est possible, même, dans le ciel, la présence de l'œil de Dieu qui surveille
Philip Dick vit près de San Francisco. Le caractère violent de ses romans avait fait d'abord qualifier de « noir » son type de science-fiction. En 1962, le Prix Hugo le mit en vedette. Il est aujourd'hui au premier rang des auteurs de S-F avec Ubik, Loterie solaire, etc.

Voici un roman qui représente parfaitement l'univers dickien. Premièrement, c'est une réussite totale, comme la plupart de ses livres. L'écriture est bien rendue mais sans être exceptionnelle non plus. La science-fiction est présente mais un profane saura s'y retrouver. Les personnages ne sont décrits qu'en surface mais plus l'action avance et plus on sent bien leurs caractères, attitudes et ainsi, la profondeur de leur être nous est dévoilée. L'histoire regorge d'idées pour le moins originales (surtout pour les années 50) et bref, l'imagination infinie de Philip K. Dick est encore une fois bien présente dans ce merveilleux roman.

Le début m'avait pourtant laissé de glace. Je ne comprenais pas bien l'intrigue mais au fil des pages, tout est devenu clair. En résumé - et sans vous en dévoiler trop - les personnages deviennent prisonniers du psychisme de leurs collègues. Alors, chaque monde dans lequel ils basculent sont façonnés par la conscience (et l'inconscient) du personnage dans laquelle ils se retrouvent (le film Inception a repris en partie cette idée). Bien que cela semble compliqué, K. Dick nous rend le tout très simplement et c'est là la force de cet auteur. En plus d'être un écrivain de génie, il est un vulgarisateur hors pair.

Par contre, j'ai quelques petites réserves. Ainsi, j'ai déploré l'absence d'un peu plus d'explications quant à la scientificité de la chose. Le roman est trop court (moins de 300 pages) et donc, au moment où l'on embarque vraiment dans l'histoire, le bouquin se termine en un rien de temps. Je crois que 100 pages supplémentaires auraient été de mise. Et finalement, ce roman est très proche de "Coulez mes larmes, dit le policier", ce qui enlève un peu d'authenticité à cette oeuvre. Mais en général, on n'est pas loin d'un véritable chef-d'oeuvre et dieu sait la rareté que cela représente en littérature.

lundi 1 août 2011

Le dossier Holmes-Dracula, Fred Saberhagen



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture : Il était impossible que leurs chemins ne se croisent pas, mais qui aurait pu prévoir l'étrange relation qui allait se tisser entre eux... Sherlock Holmes se trouve confronté à deux problèmes apparemment insolubles : d'une part, les activités de maîtres chanteurs qui menacent de lâcher sur Londres des milliers de rats porteurs de la peste et, d'autre part, un étrange tueur qui laisse derrière lui des cadavres entièrement vidés de leur sang. Dracula détient la clef des deux énigmes. Revenu à Londres pour raisons personnelles, le comte se trouve rapidement pris dans un piège diabolique face auquel même ses pouvoirs surnaturels risquent de se révéler impuissants. Mais les grands esprits finissent toujours par se rencontrer. Surtout connu comme auteur de science-fiction pour son étonnante saga des « Berserkers », Fred Saberhagen est aussi l'auteur de toute une série de romans consacrés à Dracula, dont « Un vieil ami de la famille ». Et ce n'est pas par hasard si Francis Ford Coppola a fait appel à lui pour écrire la novélisation de son film.

"Diantre ! Comment peut-on réunir deux intouchables de la littérature en un seul roman et du même coup copier deux auteurs." C'est ce que je me suis dis en lisant le titre de ce roman du genre fantastique. Je n'ai même pas osé lire la quatrième de couverture et j'ai commencé la lecture du roman à l'instant. Je m'attendais au pire avec un titre aussi loufoque. Mais oh! surprise, j'ai bien aimé.

Faut dire cependant que je n'ai jamais lu les romans de Conan Doyle. J'ai donc découvert un Sherlock Holmes beaucoup plus étoffé que dans les films le mettant en vedette. Quant à "Dracula" de Bram Stoker, je l'avais lu et Fred Saberhagen conserve, tant bien que mal, un peu de l'ambiance somptueuse de la littérature gothique dont est issu "Dracula".

Je crois que pour bien apprécier ce roman on doit aimer les romans policiers et fantastiques. Parce que sinon, on n'embarque pas. Pour ma part, ce sont deux genres qui me sont familiers.

La plume de l'auteur y est pour beaucoup aussi, parce qu'à vue de nez, il est rempli de talent. Par contre, il y avait tellement de choses à dire que le bouquin est un peu trop court. Aussi, l'intrigue est bien superficielle si on compare aux nombreux classiques du genre policier. Donc, pour terminer, voici un roman à lire selon moi. On sourit par moment, étant donné l'absurdité de la situation mais l'auteur, par sa plume efficace, parvient toujours à nous réchapper. Et le dernier dialogue entre Watson et Holmes est succulent. Bien que cette édition soit épuisée, faites un effort pour la retrouver, c'est un bon divertissement.