"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

samedi 6 août 2011

La bascule du souffle, Herta Müller



Ma note: 8,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Nous sommes en Roumanie, en janvier 1945 : la population germanophone de Transylvanie vit dans la peur de la déportation. Cette mesure, exigée par le nouvel allié soviétique de Bucarest, vise une population soupçonnée d'avoir soutenu l'Allemagne nazie pendant la guerre. Le jeune Léopold sait qu'il est sur la liste. II prépare sa petite valise, des affaires chaudes, quelques livres, puis, quand la police roumaine vient le chercher, à trois heures du matin, par moins quinze, il reçoit les mots de sa grand-mère " Je sais que tu reviendras " comme un viatique. L'usine de charbon, la tuilerie, la cimenterie, des baraquements élémentaires, une ration de pain et deux rations de soupe par jour, les diarrhées et les poux : tel sera le quotidien de Léopold pendant cinq ans. La bascule du souffle nous invite à lire la chronique terrifiante de ces années de froid, de faim et de découragement qui tuent dans un camp de travail en Russie. Mais la singularité du livre de Herta Müller réside dans sa faculté incomparable de transcender le réel, de l'illuminer de l'intérieur. Sous sa plume, le camp devient un conte cruel, une fable sur la condition humaine. Ici les arbres parlent, le ciment boit, la pendule a mal à son ressort cassé, la faim voyage dans le corps d'un ange, et le coeur, dans une pelle. Herta Müller souhaitait écrire ce livre à quatre mains avec le poète germano-roumain Oskar Pastior - le modèle de Léopold - mais ce projet fut interrompu par la mort de Pastior. La prose de Herta Müller, poétique et maîtrisée, sèche et puissante, toujours surprenante, lui rend hommage de la plus belle manière qui soit. Certes, La bascule du souffle aborde un tabou historique, mais s'impose surtout comme une oeuvre de portée universelle. Un événement bouleversant.

Prix Nobel de littérature de 2009, Herta Müller est une découverte extraordinaire pour moi. Quoique je ne suis pas le seul. En effet, quand elle a gagné son Nobel, amplement mérité soit-dit en passant, les francophones l'ont découverte à peu près tous en même temps.

Son style d'écriture est parfait. Poétique, il nous transporte avec allégresse et émerveillement tout au long de notre lecture. Même si le propos est lourd, difficile émotionnellement et très réaliste, le génie des lettres qu'est Müller arrive à une telle perfection dans son écriture (surtout pour notre époque) que l'histoire nous semble moins laide qu'elle ne l'est en réalité.

Très peu abordé dans le passé, ce récit des expatriés roumains d'origine allemande nous aide à mieux comprendre l'ampleur du drame qu'ils ont vécu. Le bouquin m'a rappelé le roman "Souvenirs de la maison des morts" de Dostoievski où l'auteur raconte son passage dans les cruels bagnes de sibérie. Sauf qu'avec "La bascule du souffle", Herta Müller devient le porte-voix de son entourage qui a vécu les travaux forcés sous Staline.

Donc, voici un roman à lire et à relire (pour son côté poétique). Le seul petit défaut que j'ai noté est que la deuxième moitié devient un peu redondante étant donné la prose poétique et une intrigue plus ou moins importante. Mais j'ai rarement lu une écriture semblable avec les auteurs contemporains. Cette prose parcours le livre pour le plus grand bonheur de nos yeux. C'est cela que j'aime en littérature. La poésie de la prose...

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