"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

lundi 15 août 2011

Le joueur d'échecs, Stefan Zweig



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Prisonnier des nazis, Monsieur B., en dérobant un manuel d'échecs, a pu, à travers ce qui est devenu littéralement une folle passion, découvrir le moyen d'échapper à ses bourreaux. Libéré, il se retrouve plus tard sur un bateau où il est amené à disputer une ultime partie contre le champion Czentovic. Une partie à la fois envoûtante et dérisoire... Quand ce texte paraît à Stockholm en 1943, Stefan Zweig, désespéré par la montée et les victoires du nazisme, s'est donné la mort l'année précédente au Brésil, en compagnie de sa femme. La catastrophe des années quarante lui apparaissait comme la négation de tout son travail d'homme et d'écrivain. Le joueur d'échecs est une confession à peine déguisée de cette désespérance.

Anton Tchekhov disait que ce n'est pas le style d'un auteur qui fait la qualité de son écriture mais sa manière de penser. Je suis d'accord avec lui et cette explication de Tchekhov démontre ce que j'ai ressenti à la lecture de cette novella (même s'il est écrit roman sur la couverture, il ne fait que 110 pages). On embarque rapidement dans l'histoire et l'écriture de Zweig est agréable à lire. Cet auteur, qui a côtoyé les plus grands personnages de son époque, devait être quelqu'un de très intéressant à fréquenter.

Pour le fond de l'histoire, malgré sa brièveté, le livre aborde une foule de thèmes. Entre autres, la maladie mentale (l'obsession), l'enfermement dans un espace restreint qui peut ouvrir la conscience vers l'immensité et l'infini, la dureté du régime nazi, l'adversité, etc. On aurait aimé en avoir plus long à lire, parce que tous ces thèmes se côtoient en peu de pages et combiné à l'excellence de l'écriture de Zweig, cela en résulte quasiment à une frustration de notre part. Frustration de ne pouvoir lire 500 pages.

En terminant, voici une novella qui se rapproche de la perfection pour un court récit. C'est la première fois que je lisais cet écrivain, mais certainement pas la dernière. Il m'a convaincu dès le début de son talent littéraire. Le bouquin se lit en une seule lecture et on ne s'ennuie pas. Une belle découverte!

3 commentaires:

  1. Un pur régal de lecture. Tant de thèmes évoqués en si peu de pages, c'est impressionnant. L'écriture est agréable et l'ensemble est passionnant, bref une réussite totale.

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  2. Zweig est un remarquable nouvelliste. Le recueil de nouvelles qui contient "Amok" est de la même qualité (voire meilleur) que "Le joueur d'échecs".

    http://litterature-critiques-romans.blogspot.com/2012/03/amok-suivi-de-lettre-dune-inconnue.html

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  3. Si "Le joueur d'échecs" mérite 8/10, je crois que "La confusion des sentiments" mérite 10/10. Les deux œuvres sont puissantes par leur analyse psychologique mais "La confusion des sentiments" (voyez: http://www.litte-ratures.fr/la-confusion-des-sentiments-stefan-zweig/) est d'une richesse plus grande, plus étoffée que la nouvelle de Zweig mentionnée ici. Je vous la recommande, c'est une expérience de lecture qui allie finesse d'analyse et profondeur des désirs, comme souvent chez Zweig. Bonne lecture !

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