vendredi 28 décembre 2012

Ulysse, James Joyce



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Une première traduction de l'Ulysse de James Joyce, de la plume d'Auguste Morel, assisté à des degrés divers par Stuart Gilbert, Valery Larbaud et l'auteur, a vu le jour en 1929 à La Maison des Amis des Livres d'Adrienne Monnier. Elle a donc dépassé "l'âge antédiluvien maximum de 70 ans", que James Joyce prend soin de rappeler dans son livre après avoir dûment établi l'étroite correspondance entre la littérature et l'existence humaine... La présente traduction s'adresse, elle, aux générations d'aujourd'hui, pour lesquelles la lecture, l'écriture, et leur intrication, constitutive de la tradition littéraire, introduisent à un univers autre, textuel, marqué par la diversité et la polyphonie. Ce parti explique le choix fait des traducteurs : un tiers de ces pages a été traduit par des écrivains, un autre par un traducteur littéraire, un troisième par des universitaires. La coordination et l'harmonisation de l'ensemble ont été assurées par Jacques Aubert.

Cette nouvelle traduction ne m'a pas impressionnée. Même si je ne peux comparer avec la traduction originale et le texte en anglais (que je n'ai pas lus), la présente traduction, écrite par plusieurs traducteurs, souffre d'un manque de cohérence et elle ne forme pas un tout, en ensemble, une totalité. Il y a même un traducteur qui utilise une quantité de "quoique et quoi que" et ainsi, par moments, la seule chose qui nous reste dans la tête c'est "quoique quoi que quoique quoi que"....

Cet "Ulysse" de James Joyce est décrit par Dany Laferrière comme le pire des classiques. Je n'irai peut-être pas jusque-là - notamment parce que "Le rouge et le noir" de Stendhal est d'une platitude rare - mais c'est qu'"Ulysse", qui fait 1200 pages et que je me suis fait un devoir de lire jusqu'au bout, n'est pas une oeuvre facile à lire. De plus, il n'est pas si bien écrit que sa réputation le laisse croire, ni aussi profond que les analystes littéraires veulent bien le dire.

C'est un exercice de style cet "Ulysse". Sur certains points il m'a fait penser à "Belle du seigneur" d'Albert Cohen (un autre classique à éviter selon moi). Il a aussi un certain côté de l'"Attrape coeur" de Salinger en ce sens que les deux romans tournent autour de personnages un peu déphasés et l'action des deux romans se déroulent sur une courte période (une journée pour "Ulysse" et trois jours pour "L'attrape coeur").

La construction du roman sauve, en quelque sorte, son manque d'imagination. Chaque partie à une construction différente. On se retrouve donc avec une prose classique à certains moments et moderne à d'autres. Une partie du roman est écrite sous forme de pièce de théâtre et une autre est entrecoupée de titres en référence à l'oeuvre d'Homère. Quelquefois on est dans le dialogue intérieur et d'autres fois, on est dans les descriptions typiques du roman. Bref, l'écriture coule, c'est une force de ce roman, et James Joyce allie l'écriture érudite à un modernisme très vingtième siècle.

En terminant, on doit reconnaître qu'"Ulysse" a influencé tout le restant du 20e siècle. Paulo Coelho dit qu'il a été dommageable pour la littérature, parce qu'il a épuré la bonne histoire du roman (en général). Il y a certainement une banalité (voulue) qui se dégage de cette oeuvre, mais je n'ai pas perdu mon temps non plus.

jeudi 20 décembre 2012

Le supplice du Santal, Mo Yan



Ma note : 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: En 1900, une révolte éclate sur le chantier de la voie ferrée construite par les Allemands à travers le Shangdong. Autour de Meiniang, la plus belle fille du canton de Gaomi, se nouent les destins de quatre hommes : son père, Sun Bing, chanteur d'opéra traditionnel à voix de chat et héros rebelle, son mari Petit-Jia, boucher stupide et rêveur, son amant le sous-préfet Qian Ding et son beau-père Zhao Jia, bourreau officiel, dignitaire de l'Empire. Le sous-préfet est contraint d'arrêter le chanteur rebelle et de le livrer à la plus cruelle des tortures, le supplice du santal. Parce qu'il considère cette mise à mort comme le couronnement de sa carrière, le bourreau, Zhao Jia, met tout son soin à la préparer, rappelant à son souvenir toutes les sentences qu'il a exécutées, mettant en scène le dernier spectacle. Bâti comme un opéra classique, lyrique et virtuose, ce livre des supplices dépeint les derniers feux de l'univers traditionnel chinois. La mort de l'empire Qing méritait ce traitement grandiose. Dans un savoureux mélange de violence et de tendresse, d'humour féroce, de truculence et de noirceur, se découvre à nouveau le goût prononcé de Mo Yan pour les jeux de contraste. Son art est renouvelé de plus belle, plus affirmé que jamais. Il allie, avec un brio extraordinaire, la profondeur d'une réflexion universelle et la modernité d'une forme littéraire surprenante.

Mo Yan écrit comme un dieu. Pourtant, j'avais peur ! Peur que le Nobel de littérature ait récompensé pour une des premières fois un romancier moins talentueux et qu'il voulait absolument le donner à un Chinois étant donné qu'il est le premier originaire et résident de la Chine à recevoir ce prestigieux prix. De plus, les critiques ont été sévères à son endroit lorsqu'il a reçu le prix, notamment celles d'Herta Müller. Elle l'accusait de plier face aux autorités chinoises. En fait elle semblait vouloir censurer un auteur qui vit dans un pays où la censure sévit.

Pour ma part, je ne me soucie pas de quelle censure un auteur peut être victime. Tout le monde est soumis à une certaine censure et comme le disait Mo Yan, la liberté d'expression n'est jamais totale. Un écrivain est bon ou ne l'est pas. Et Mo Yan en est un exceptionnel. Il ne limite pas son esthétique (du roman) à son style d'écriture, mais nous offre avec "Le supplice du Santal" un roman à la forme recherchée. Différents narrateurs nous sont présentés et au coeur du roman un narrateur omniscient - même si l'auteur lui-même affirme que ce n'est pas vraiment un narrateur omniscient mais davantage une voix orale et populaire - qui développe un drame social dans un univers, au début et à la fin, plus personnel et intime. On pourrait ainsi le rapprocher du "Résurrection" de Tolstoï qui lui, avait raconté une histoire intimiste au début de son roman et cela débouchait sur un récit social.

Ce roman est opéra, il se rapproche aussi un peu du réalisme magique de Garcia Marquez mais avec la saveur chinoise et comme l'écrivait le comité du Nobel, la littérature de Mo Yan nous offre un réalisme hallucinatoire. Le roman est écrit pour le peuple selon l'auteur lui-même, et personnellement, il est un des romans les plus imaginatifs et profonds que j'aie lus. Mais par-dessus tout, c'est sa plume qui marque. Les métaphores se rapportant aux animaux donnent une couleur rarement vue dans la littérature occidentale et Mo Yan réussit là où la plupart des auteurs échouent, c'est-à-dire à nous livrer un roman foisonnant et merveilleusement écrit. C'est du grand art !

mercredi 12 décembre 2012

Une vie divine, Philippe Sollers



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: «Ludi est une merveilleuse menteuse. C'est d'ailleurs la phrase que je me suis murmurée au bout de trois ou quatre rencontres : "merveilleuse menteuse". Mère en veilleuse, très bonne menteuse. Il suffit de la voir, là, bien blonde épanouie aux yeux noirs, cheveux courts, avec sa robe noire moulante, sur la terrasse de cet hôtel, en été. Elle est fraîche, bronzée, elle sait qu'elle se montre, elle laisse venir les regards vers elle, elle s'en enveloppe comme d'une soie. Oui, je sais, elle vous dira qu'elle a pris deux kilos et que c'est dramatique, mais non, justement, elle est parfaite comme ça, rebondie, ferme, ses seins, son ventre, ses cuisses évoquent aussitôt de grands lits ouverts. Ah, ce croisement de jambes, ses fesses lorsqu'elle va au bar, sa façon de sortir et de rentrer et de ressortir et de rerentrer son pied de son soulier gauche - la cheville, là, en éclair -, et puis de rester cinq secondes sur sa jambe droite, et de recommencer, rentrer-sortir, rentrer-sortir, comme pour dire j'ai trouvé chaussure à mon pied, et c'est moi, rien que moi, venez vous y frotter si vous croyez le contraire. Son corps se suffit à lui-même et elle n'a pas à s'en rendre compte. Il dit tout ce qu'il y a à dire, mais elle ne pourrait pas le parler.»

Le nom de Schopenhauer n'apparaît, pour la première fois, qu'à la moitié du roman. Il était temps ! Ce roman sur la vie de Nietzsche, mon préféré jusqu'à maintenant de Sollers, ne pouvait passer outre Schopenhauer. Pourtant, je crois que ce n'était pas l'envie qui manquait à Sollers de le rayer de son roman. Il est très critique du nihilisme, se venge contre Houellebecq, on sent bien la jalousie qu'il a d'avoir moins de talent que Michel, et il semble frustré de la grande influence qu'a eue Schopenhauer, et plus particulièrement sur Nietzsche. Il ne parle même pas que Nietzsche ne cessait de répéter que le seul philosophe qui l'a influencé, le seul à avoir un quelconque intérêt, c'est le maitre Arthur. Bien sûr qu'après il s'en est distancé pour fonder sa propre philosophie et par le fait même, il assassinait la métaphysique de Schopenhauer. On ne peut pas trouver une philosophie plus éloignée de celle de Schopenhauer que celle de Nietzsche. Schopenhauer détruit la vie, alors que Nietzsche la célèbre. La philosophie de Schopenhauer est basée sur la pitié, la compassion, alors que celle de Nietzsche a pour base le surhomme, la volonté de puissance. Vous aurez compris - ou pas - que je me range du côté de Schopenhauer alors que Sollers, et son roman, se range sur celui de Nietzsche. Il est parfois bon de confronter son opinion, ses intérêts, sa pensée.

Très bien écrite, surtout les cent premières pages qui sont parmi les meilleures pages que j'aie lues dans ma vie, cette biographie romancée sur Nietzsche est un incontournable, selon moi, pour qui s'intéresse au grand philosophe. Et c'est même davantage qu'une biographie romancée, parce que le narrateur - on pourrait même dire Philippe Sollers lui-même - entremêle sa propre vie avec Nietzsche et l'appelle M.N. pour Monsieur Nietzsche. Cela donne au roman une petite touche postmoderne. La première moitié de ce bouquin de plus de 500 pages est consacrée à tisser les liens de ces existences, celle de Nietzsche, du narrateur, de Sollers, et cela devient de plus en plus conséquent plus le roman avance, plus il prend forme.

Contrairement à mes lectures précédentes de cet écrivain - je parle du "Secret", "Les voyageurs du temps" et "La Fête à Venise" - ici il y a un fil conducteur à l'histoire (la vie de Nietzsche) et Sollers ne s'égare pas trop. Bien sûr qu'il parle de sujets plus ou moins rattachés à Nietzsche, ici et là, mais en général, il s'en tient à son sujet. Et pour le côté moins plaisant de notre lecture, Sollers continue à prendre son lecteur pour un imbécile en l'attaquant, en le prenant de haut, en étant tout simplement déplaisant.

dimanche 9 décembre 2012

La Fête à Venise, Philippe Sollers



Ma note: 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Que fait au juste Pierre Froissart, écrivain clandestin, l'été, dans un petit palais de Venise ? Pourquoi est-il accompagné de cette jeune physicienne américaine, Luz, avec laquelle il a l'air de si bien s'entendre ? Activités illégales ? Drogue ? Trafic d'œuvres d'art ? Mais quel est alors le réseau international qui l'emploie, lui et certains de ses anciens amis ? Et que représente au fond cette toile de Watteau qu'il doit acheminer vers son but secret ; cette peinture célèbre et recherchée qui donne son nom au roman et l'entraîne peu à peu, comme d'elle-même, dans une révélation de l'Histoire ?

Avant de m'embarquer dans la lecture de Sollers, j'avais déjà entendu qu'il écrivait sans cesse le même roman. Que l'on pouvait changer les titres mais que le contenu restait le même. Et après avoir lu trois livres, j'en ai la preuve. De plus, ce ne sont pas de véritables romans. L'aspect fiction disparaît derrière une suite sans fin de digressions. L'esthétique du roman est faible, l'histoire en tant que telle est mince et la personnalité déplaisante de l'auteur transparaît derrière sa prose prétentieuse. Certes, Sollers est érudit, mais avec un récit aussi mince, on ne peut pas dire que c'est de la grande littérature.

Lors de mes critiques de Sollers, je le comparais avec Kundera, du moins, il avait un peu le même genre de digressions. Par contre, je crois que Kundera sera encore lu dans cent ans, ce qui n'est pas le cas de Sollers. Sollers ne fait que parler des "autres", notamment dans "La fête à Venise", où il nous parle encore une fois de Nietzsche, de Freud, de Proust, de Kafka, de Stendhal, de Joyce, de Rimbaud. Et même de grands compositeurs comme Mozart. Mais comme pour "Les voyageurs du temps", ce sont les peintres qui prennent le haut du pavé et plus particulièrement Watteau. Il semble être la référence principale de Sollers. Et en plus de citer tous ces artistes, il nous parle sans cesse de leur biographie. Bref, cette fête à Venise n'aborde presque pas Venise mais bien les mêmes thèmes que ceux d'un autre roman de Sollers que j'avais lu, "Les voyageurs du temps".

Pour faire le lien entre l'artiste peintre, la fiction, le roman, etc., le "Manuel de peinture et de calligraphie" de José Saramago est de loin supérieur. Contrairement à Sollers, il a réussi à créer une ambiance romanesque entre l'artiste et le roman. Un nihilisme délectable se dégageait du roman de Saramago, alors qu'une prétention se dégage de celui de Sollers. C'est ce qui différencie un Nobel d'un Médicis.

Cependant, pour conclure, je dois dire que, personnellement, j'aime bien les bouquins de Sollers. J'aime lire sur l'art, tant littéraire, poétique, que dans le domaine des beaux-arts. Et cet écrivain en fait une obsession, ce qui n'est pas pour me déplaire. Ici, je croyais réellement qu'il allait nous entretenir sur la Ville de Venise, mais non, il poursuit sur sa lancée et il écrit sur des sujets qu'il affectionne.

samedi 1 décembre 2012

Les voyageurs du temps, Philippe Sollers



Ma note: 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur, tirée du roman: «Je viens du Centre de tir. Quelques bavures pour commencer (fatigue, souffle court), et puis précision. Je ne sais plus quel poète américain a écrit ces deux vers : "Paradis calme/Au-dessus du carnage". C'est mon état d'esprit à l'entraînement. En haut, si j'arrive à penser le moins possible, ciel bleu, calme lumineux. En bas, explosion et larmes. Je me concentre sur le mot "mot". Je le vois là-bas, dans la ligne de mire. Il respire un peu, il grandit, c'est lui que je vise, que je veux toucher et trouer. MOT. Avec une lettre de plus, c'est MORT. En anglais, ça ferait WORD et WORLD. Je tire sur la mort, je tire sur le monde. Petite plaisanterie, mais qui fait du bien. Ma voisine de stand, Viva, me félicite d'avoir mis dans le mille. Je ne sais rien de ses activités, ni elle des miennes. On se sourit, ça suffit.»

Après "Le Secret" de Philippe Sollers, je me lance dans un de ses romans les plus récents, "Les voyageurs du temps". Je me demandais bien qui ils étaient ces voyageurs du temps. Et encore une fois le parallèle avec l'oeuvre de Kundera est fort, notamment parce que ce dernier avait écrit un roman semblable, "L'immortalité". Un des meilleurs romans qu'il m'ait été donné de lire, alors ces voyageurs du temps avaient beaucoup à faire pour rivaliser avec celui de Kundera.

Et comme je m'y attendais, il n'arrive pas à la qualité du premier. Contrairement à "L'immortalité", ici l'histoire du roman est réduite à sa plus simple expression. J'avais dit du "Secret" qu'il était davantage un essai sur l'histoire des idées. Avec "Les voyageurs du temps" on est en présence d'un essai sur l'art en général et la littérature en particulier. Entre autres, l'écrivain Sollers nous parle, sous forme de petits paragraphes discontinus, des écrivains qui l'ont marqués et de quelques anecdotes de leur vie personnelle. Présenter ce livre comme un roman est de la fausse représentation. C'est un essai et rien d'autre. Et pour rester sur le cas Kundera, j'ai lu dernièrement ses essais sur la littérature et "Les voyageurs du temps" se rapprochent davantage de ceux-ci, notamment "Le rideau", "Une rencontre" et "Les Testaments trahis".

"Les voyageurs du temps" est un des derniers livres de Sollers et cela se voit. La plume de l'auteur est plus posée, sage, en retenue, en douceur de ce que j'avais lu avec "Le Secret". C'est donc un bouquin de la maturité où l'écrivain rend un certain hommage à ses modèles qui ont traversé le temps.

Sollers nous parle donc des écrivains qu'il admire. Proust, Kafka, Lacan, Nietzsche, Orwell, Dante, Rimbaud, Baudelaire et bien d'autres. Il nous parle aussi de peintres comme Watteau, qu'il considère comme un génie. Bref, pour terminer, ceux qui apprécient les essais, comme moi, sur la littérature et les arts, seront servis à souhait par un bon écrivain, érudit qui plus est. Mais ceux qui recherchent une bonne histoire, linéaire ou pas, devront s'en abstenir parce que ce bouquin leur tombera certainement des mains.

mardi 27 novembre 2012

Le Secret, Philippe Sollers



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: «Ce n'est pas tous les jours qu'on peut avoir entre les mains les confessions non trafiquées ou non réécrites d'un agent secret. Au contraire des fictions fantaisistes ou fantastiques qui sont données d'habitude en pâture à la crédulité du public, voici un livre de base, clair, simple, et qu'on espère aussi inquiétant qu'émouvant, aussi instructif que drôle. Le récit porte sur plusieurs points cruciaux de l'envers de l'histoire contemporaine : l'attentat, resté si mystérieux, contre le Pape, en 1981, à Rome ; les raisons profondes de la décomposition et de la recomposition de l'ancien équilibre du Mensonge et de la Terreur ; la redistribution, partout accélérée, des pouvoirs occultes ; la montée générale de la corruption, du crime organisé et du tout-marchandise (à commencer par le marché de la reproduction mécanique des corps humains). Un homme parle : on le voit dans sa vie intime sans cesse menacée ; affronté à ses supérieurs et souvent soupçonné par eux ; tentant de survivre dans la guerre implacable du Renseignement ; dévoilant enfin, avec une conviction étrange, les ressorts du monde violemment antinaturel dans lequel nous sommes désormais jetés.»

Cette quatrième de couverture a été écrite par Philippe Sollers lui-même et je ne crois pas que l'on pourrait faire mieux. Notamment parce qu'il n'y pas vraiment d'histoire dans ce roman et encore moins d'intrigues, donc un résumé est impossible à faire.

En littérature, une digression c'est le récit qui s'égare du sujet principal pour nous entretenir de sujets variés, intellectuels ou non. Ici, on ne peut pas appeler cela des digressions parce qu'il n'y a pas de sujet principal. Tout le roman est une digression et donc, on est davantage dans un flux de pensées, plus ou moins cohérent. Par moments, le bouquin m'a rappelé les romans d'Elfriede Jelinek, mais sans le début d'une histoire. Sollers est aussi beaucoup moins talentueux que la grande écrivaine qu'est Jelinek.

Alors, je ne pense pas qu'on soit dans l'art du roman avec ce livre. C'est plutôt, selon moi, un essai sur l'histoire des idées. Plusieurs thèmes sont abordés mais aucun n'est creusé. L'auteur nous montre sa grande érudition, sa très grande érudition même, mais les amateurs du roman-roman subiront une déception extrême. C'est à mille lieues du thriller et même du roman contemporain. Prenez les digressions dans les romans de Kundera, accordez-les bout à bout et vous aurez une meilleure idée de ce "Secret".

Je me demande si Sollers sera lu dans quelques décennies. Parce que ce roman date de 1993 et on sent déjà qu'il n'a pas très bien vieilli. Alors imaginer sa pertinence dans 20 ou 30 ans n'est pas chose facile ni évidente. J'ai trouvé son style d'écriture beaucoup trop charcuté, interrompu par une ponctuation trop lourde. À chaque deux ou trois mots il y a soit une virgule ou un point. Les énumérations sont nombreuses, c'est le moins qu'on puisse dire, et cela débouche sur un style lourd. Après une centaine de pages on s'y habitue sans être totalement convaincu. Bref, c'est une lecture qui laisse perplexe, et cela me prendra quelques semaines avant de savoir si "Le Secret" de Sollers en valait vraiment la peine, s'il m'en est resté quelque chose. Par contre, en terminant, je dois dire que, malgré tout, je n'ai pas détesté ma lecture et c'est même un bon livre dans l'ensemble. Ce qui explique ma note supérieure à sept sur dix.

jeudi 22 novembre 2012

Contre-jour, Thomas Pynchon



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Avec ce roman planétaire et foisonnant qui débute par l'Exposition universelle de Chicago, en 1893, pour s'achever au lendemain de la Première Guerre mondiale, à Paris, Pynchon réussir son oeuvre la plus ambitieuse et la plus émouvante. S'attachant à dépeindre aussi bien les luttes anarchistes dans l'Ouest américain que la Venise du tournant du siècle, les enjeux ferroviaires d'une Europe sur le point de basculer dans un conflit généralisé, les mystères de l'Orient mythique ou les frasques de la révolution mexicaine, l'auteur déploie une galerie de personnages de roman-feuilleton en perpétuelle expansion - jeunes aéronautes, espions fourbes, savants fous, prestidigitateurs, amateurs de drogues, etc. -, tous embringués dans des mésaventures dignes des Marx Brothers. Au coeur du livre, la famille Traverse : Webb, mineur et as de la dynamite, exécuté sur ordre du ploutocrate Scarsdale Vibe ; ses enfants, tous hantés par la mort de leur père, certains bien décidés à le venger, d'autres déjà avalés par les contradictions du siècle naissant. Et gravitant autour d'eux, tels des astres égarés, quelques figures hautes en couleur, qui toutes ont un compte à régler avec le pouvoir. Veillant sur ce « petit monde », quelque part dans les airs : les Casse-Cou, bande de joyeux aéronautes qui, avec le lecteur, suivent non sans Inquiétude la lente montée des périls. Empruntant avec jubilation à tous les genres - fantastique, espionnage, aventure, western, gaudriole -, rythmé par des Incursions dans des temps et des mondes parallèles, écrit dans une langue tour à tour drolatique et poignante, savante et gourmande, Contre-jour s'impose comme une épopée toute tendue vers la grâce.

Et cette grâce est rendue, en français, par un traducteur extraordinaire. Comme je l'écrivais lors de ma précédente critique - celle de "Vice caché" de ce même Pynchon - la traduction de cet auteur doit être extrêmement difficile à rendre dans une langue nuancée comme le français. Mais ici, avec Claro, ce traducteur que je ne connaissais pas et qui m'a ébloui, tout est parfait, à l'exception de quelques mots d'argot ici et là. Avec 1200 pages à traduire, on peut dire qu'il a fait un travail remarquable.

Ce qui me conduit à parler de l'auteur. Sa plume coule, elle est d'une fluidité digne d'un Dostoïevski mais avec la retenue d'un Tolstoï. Tout en métaphysique, comme Dostoïevski, il touche à plusieurs genres, un peu comme le "2666" de Roberto Bolaño. De plus, il partage plusieurs aspects de la forme de "2666", notamment les divisions de son corpus de même que sa voluminosité. Pynchon nous signe ici un chef-d'oeuvre qui pourrait nous divertir (et nous interroger) sur plusieurs lectures consécutives. Ce qui en fait un des bouquins les plus littéraires qu'il m'ait été donné de lire, avec ses nombreux angles possibles d'analyses.

Son côté historique ressort de l'ensemble de l'oeuvre et d'une lecture plus globale (comme je l'ai approché lors de cette première lecture). L'anarchisme traverse tout le bouquin et le fantastique est davantage présent de ce que j'aurais cru. Les fils conducteurs entre les parties sont tellement minces qu'ils nous échappent la plupart du temps. D'autres relectures s'imposent donc, pour y découvrir le sens de l'oeuvre, de même que ses détails.

C'est du grand art, mais je ne suis pas certain que le livre forme un tout. Le roman est d'une subtilité déstabilisante. Le New Age scientifique, mathématique, vient rajouter une complexité peut-être pas nécessaire. Je ne sais pas trop. Mais une chose est sûre, c'est que ce livre est d'une originalité que j'ai rarement lue et je le relirai certainement. L'histoire en tant que telle nous joue des tours, mais attendons avant de se prononcer pleinement sur le contenu de celle-ci. Oui, attendons.

mardi 6 novembre 2012

Nouvelles histoires du Wyoming, Annie Proulx



Ma note: 5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Une fois encore, Annie Proulx nous plonge au coeur de l'Ouest américain, âpre désert de beautés et de dangers, à la rencontre de personnages isolés, tourmentés, qui avancent coûte que coûte sur une route dont ils sont à la fois les héros et les prisonniers. C'est à un voyage jusqu'à l'ultime frontière d'un monde presque disparu, et jusqu'aux dernières franges de l'âme des hommes, qu'elle nous convie, elle qui sait comme personne conjuguer le réalisme et l'intime pour explorer le mythe américain, le confronter à ses contradictions et ses excès, ses violences et ses splendeurs. Annie Proulx est née en 1935 dans le Connecticut. Pour son premier roman, " Cartes postales " (1992), elle reçoit le PEN/Faulkner Award et l'année suivante, avec " Noeuds et dénouements " (Cahiers rouges, 2005), elle obtient le prestigieux prix Pulitzer et le National Book Award. Suivront " Les Crimes de l'accordéon " (Grasset, 2004), " Un as dans la manche " (Grasset, 2005) et la nouvelle " Brokeback Mountain " (Grasset, 2006), qui a inspiré le célèbre film d'Ang Lee. Considérée comme l'un des plus grands écrivains américains, Annie Proulx vit aujourd'hui dans le Wyoming.

Ce n'est certainement pas avec ce recueil que je me réconcilierai avec l'art de la nouvelle. J'ai une extrême difficulté à lire cette forme. C'est complètement différent d'un roman, notamment parce qu'on n'a pas le temps d'embarquer dans l'histoire, la chute arrive sans même nous laisser le temps de reprendre notre souffle. De plus, souvent, les grands écrivains changent quelque peu leur façon d'écrire pour rentrer dans un nombre de pages restreint.

Avec "Nouvelles histoires du Wyoming" c'est le même problème qu'on rencontre. Je venais de lire Annie Proulx pour la première fois avec "Un as dans la manche" et sa plume m'avait enchantée. Je la comparais aux plus grands tellement la fluidité de sa prose était marquante et le vocabulaire recherché. Mais ici, tout cela est effacé derrière cette forme littéraire, la nouvelle, qui enlève, selon moi, la substance des mots, des phrases, de la prose. Il y a Tolstoï qui s'en sort bien dans cet art, entre autres avec "La mort d'Ivan Ilitch" que j'avais adoré. Stephen King n'est pas mal non plus, dans le genre thriller-horreur.

Dans le présent recueil j'ai détesté plusieurs nouvelles et trouvé banal la plupart. Celle avec les Indiens, la deuxième ("Reconstitutions des guerres indiennes") offre de bons moments de lecture, surtout le passage du film disparu (celui de Buffalo Bill) et qu'un personnage dans le récit avait retrouvé plusieurs décennies plus tard. Proulx nous explique que ce fût un des premiers films et qu'il n'avait pas rencontré le succès. Il mettait en scène une reconstitution dans laquelle des Indiens d'Amérique y jouaient leur propre rôle et que certains d'entre eux avaient placé de vraies balles lors de la reconstitution pour se venger. Bref, un film du début du 20e siècle qui semblait magnifique mais qui avait disparu avec le temps.

Je n'ai pas remarqué de thèmes qui relient les histoires entre elles. Alors, le seul sujet qui les relie est l'état du Wyoming et la vie parfois difficile dans les grands espaces.

Enfin, je crois que l'on doit être un grand lecteur (et un passionné) des nouvelles littéraires pour bien apprécier ce recueil. Le style d'écriture se rapproche davantage du journalisme que du grand art lyrique. Et pour ma part, je crois que je prendrai une pause de quelques années avant de relire cette auteure, parce qu'après deux bouquins, cela n'a pas très bien débuté.

lundi 5 novembre 2012

Un as dans la manche, Annie Proulx



Ma note: 7/10

Voici la présentation de l'éditeur : Abandonné par ses parents partis en éclaireurs en Alaska pour n'en jamais revenir, Bob Dollar est élevé par l'oncle Tam, un brocanteur. A vingt-quatre ans, après de nombreux petits boulots, Bob est engagé par une porcherie industrielle, la " Mondiale de la Couenne ", qui l'envoie au fin fond du Texas pour repérer les terrains à racheter à des veuves désespérées par les odeurs pestilentielles, à des fermiers découragés par la pollution des nappes phréatiques, à des héritiers pressés de fuir l'aridité de ces immenses plaines. Face à ces enfants de pionniers, Bob va devoir jouer serré, tricher, amadouer cette Amérique profonde où la brutalité sauvage le dispute à la générosité. Dans un style imagé et puissant, Annie Proulx nous restitue une certaine Amérique menacée de disparition.

Malgré un nom très Québécois, Annie Proulx est bel et bien une Américaine, qui a par contre des origines québécoises. Elle a même fait une partie de ses études à Montréal et à l'instar de Jack Kerouac, elle semble attachée à ses racines. Habituée des prix littéraires américains, et non les moindres comme le National Book award (le plus prestigieux) et le Pulitzer. C'est la première fois que je lisais un de ses livres et elle est une incontournable pour qui s'intéresse à la littérature américaine. Notamment, elle est un des auteurs préférés de Stephen King et bien d'autres.

D'entrée de jeu, je pourrais la comparer à Philip Roth et Cormac McCarthy. Je crois qu'elle est un croisement entre les deux et ce roman est éloquent à ce sujet. Elle a une plume très recherchée, un peu comme McCarthy et elle aussi fait dans la littérature des grands territoires, de la campagne. Et dans une moindre mesure, on pourrait dire qu'elle retire de Roth les portraits qu'elle trace de ses personnages, la forme qu'elle emploie. Elle retrace leur origine un peu à la manière du grand Philip Roth.

Ensuite, à la lecture de ce roman, on pourrait dire que cela paraît qu'elle est une habituée des nouvelles littéraires. Les chapitres dans ce roman sont bien tranchés (presque écrits en "scènes" comme les classiques), et souvent, on a droit à des histoires différentes même si la toile de fond reste la même, avec Bob Dollar comme fil conducteur.

Et pour l'histoire en tant que telle, "Un as dans la manche" m'a rappelé "Les âmes mortes" de Gogol. Un étranger débarque dans une région pour trahir à peu près tout le monde. Sauf que celui de Gogol était beaucoup plus intéressant. Le personnage principal était une sorte de métaphore du diable. Ici, Bob Dollar (quel nom ringard en passant) est quelque peu idiot et le récit de Proulx est amené avec tellement de subtilité qu'on se demande où elle veut bien nous conduire. Elle cherche à traiter plusieurs thèmes sans en approfondir un seul. Par exemple, une critique du capitalisme s'en dégage mais sans réelle conviction, de même que sa prise de position en faveur des régions, du grand territoire.

Pour terminer, voici un roman bien écrit mais sans intérêt. L'histoire est souvent boiteuse, les personnages inintéressants et l'intrigue peine à prendre sa place. Il y a même un léger soupçon de thriller mais il est tellement effacé qu'on le remarque à peine (vers la fin). Par contre, le style de l'auteure est solide et la prose est fluide, ce qui n'en fait pas une lecture déplaisante.

vendredi 26 octobre 2012

Le rabaissement, Philip Roth



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Pour Simon Axler, le personnage principal du nouveau livre de Philip Roth, tout est fini. Il fut l'un des plus grands acteurs de sa génération. Il a maintenant soixante ans passés, et il a perdu son talent, sa magie, sa confiance en lui. Falstaff, Peer Gynt, Vania, ses plus grands rôles : il n'en reste rien, du vent. Quand il monte sur scène, il se sent incapable de jouer, d'entrer dans la peau d'un autre. Sa femme l'a quitté, son public aussi, son agent ne parvient pas à le convaincre de remonter sur les planches. Au milieu de cette crise terrible et inexplicable se produit un nouvel épisode qui traduit son besoin de compensation. Voici Simon Axler saisi d'un désir érotique violent, qui, loin de le conduire au réconfort espéré, va au contraire provoquer une fin inattendue et très noire. Au cours de ce voyage dans les ténèbres, raconté avec la maestria habituelle à Philip Roth, ce sont toutes nos illusions qui sont démolies, qu'elles touchent au talent, à l'amour, au sexe, à l'espoir ou à notre réputation en société. Le rabaissement est le trentième livre de Philip Roth.

Lors d'une entrevue pour La grande librairie de la télévision française, Philip Roth disait s'être inspiré des écrivains qui arrivent à la vieillesse, comme lui, et qui perdent leur force créatrice, leur talent, etc. Il disait aussi que cela ne l'avait pas atteint, de même que d'autres auteurs comme Joyce Carol Oates et qu'ils se considéraient tous chanceux. Certains critiques littéraires ont par contre affirmé que ce roman prouvait que la perte d'un certain talent avait touché l'écrivain Roth. Qu'il manquait quelque chose dans ce roman et surtout, que le Philip Roth de la belle époque était bel et bien disparu.

Pour ma part, je n'irai pas jusque-là. Il faut savoir que Philip Roth s'est aussi inspiré d'écrivains comme Dostoïevski et Tolstoï pour écrire le cycle "Némésis" dont "Le rabaissement" constitue le troisième et avant-dernier roman. Alors, on doit prendre ces courts romans comme ils sont. On ne doit pas s'attendre à de la très grande littérature, comme ses romans précédents, tout comme les romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï n'étaient pas aussi grandioses que "Guerre et paix" et "Les frères Karamazov". Et c'est en ce sens qu'il dit s'être inspiré de ces deux grands maîtres, en écrivant des romans qui graviteraient autour de son oeuvre principal. Il a par ailleurs avoué que le dernier de ce cycle, le roman "Némésis", serait son dernier à vie et qu'il avait dit tout ce qu'il avait à dire.

Et cela paraît quelque peu dans "Le rabaissement". On sent un léger essoufflement de l'auteur, ce qui me pousse à comparer celui-ci avec les derniers de Milan Kundera, sa période française, plutôt qu'aux romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï.

Pour terminer, il apparaît clairement que le thème central de ce cycle est celui de la perte. Et pour "Le rabaissement", c'est fait sans subtilité. Le personnage principal perd drastiquement son talent d'acteurs. S'ensuit une lecture pessimiste, noire, nihiliste. La chute du récit est impressionnante, et c'est toute la condition humaine qui est touchée. Même s'il n'aime pas la psychanalyse, l'auteur joue sans cesse dans ses plates-bandes et avec une force particulière. C'est un roman de fin de carrière, écrit par un bourgeois littéraire, qui semble essoufflé, qui a dit son dernier mot (avec "Némésis", le roman qui vient tout juste de sortir en français) mais qui nous prouve, malgré tout, que derrière chaque génie, il reste toujours un petit quelque chose de bon.

mardi 23 octobre 2012

Indignation, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Nous sommes en 1951, seconde année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix-neuf ans, intense et sérieux, d’origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il a quitté l’école de Newark, dans le New Jersey où habite sa famille. Il espère par ce changement échapper à la domination de son père, boucher de sa profession, un homme honnête et travailleur, mais qui est depuis quelque temps la proie d’une véritable paranoïa au sujet de son fils bien-aimé. Fierté et amour, telles sont les sources de cette peur panique. Marcus, en s’éloignant de ses parents, va tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue de lui, pleine d’embûches, de difficultés et de surprises. Indignation, le vingt-neuvième livre de Philip Roth, propose une forme de roman d’apprentissage : c’est une histoire de tâtonnements et d’erreurs, d’audace et de folie, de résistances et de révélations, tant sur le plan sexuel qu’intellectuel. Renonçant à sa description minutieuse de la vieillesse et de son cortège de maux, Roth poursuit avec l’énergie habituelle son analyse de l’histoire de l’Amérique – celle des années cinquante, des tabous et des frustrations sexuelles – et de son impact sur la vie d’un homme jeune, isolé, vulnérable.

Cela fait plusieurs romans de Philip Roth que je lis. Il utilise souvent le même procédé, dans l'écriture, pour sa prose, mais aussi pour la construction de son intrigue. En effet, il place un revirement - on pourrait même appeler cela une chute - dans le premier tiers de son récit. Cela nous fait perdre le souffle, nous surprend, en quelque sorte, mais étant donné qu'il place la chute avant le milieu du roman, on reprend notre air d'aller et la lecture qui suit est passionnante. Il l'avait utilisé entre autres pour "Pastorale américaine" et "La tache", deux romans que je vous recommande grandement. Ici, pour "Indignation", un autre roman que j'ai aimé, il utilise ce procédé et le coup est encore plus difficile à prendre. Mais pour le bien de votre lecture, je n'en dirai pas plus.

Je l'affirmais lors de précédentes critiques, je préfère les romans de Philip Roth qui ont au minimum 300 ou 400 pages. On a ainsi le temps de bien embarquer dans l'histoire. "Indignation" en fait moins de 200. Quoique ce soit 200 pages de grandes littératures, c'est court. Il fait partie du cycle "Némésis" qui compte quatre romans. Tous de courts romans. J'avais lu "Un homme" qui m'avait quelque peu déçu et je m'attendais donc à cette même déception cette fois-ci. Et bien non. L'histoire nous permet d'en découvrir un peu plus sur les États-Unis, d'une période que je connais peu, et ici on est dans le particulier qui nous explique, du mieux qu'il peut, le général. Les thèmes sont bien identifiés en quatrième de couverture et je parierais que l'auteur a demandé de l'aide à un professionnel pour la partie psychologique du récit, parce que le tout est très réaliste.

Pour terminer, sans être un grand roman - non plus le roman qui doit nous introduire à Philip Roth, parce que sur ce point je crois que "Pastorale américaine" est davantage à considérer - "Indignation" nous offre de belles pages de littérature et l'on sent le souffle de ce grand auteur américain. Encore une fois, on pourrait croire qu'il l'a écrit en un seul jet tellement il parvient à nous saisir et nous fait relâcher le livre qu'à la toute fin. Il a par contre des défauts. Et un particulièrement, que je retrouve dans plusieurs romans contemporains, est le léger manque d'inspiration qui est comblé par les interminables biographies de chaque personnage. Le roman est déjà une biographie fictive, une autre forme souvent utilisée par Roth, et comme plusieurs autres écrivains le font (notamment Paul Auster), il ne peut s'empêcher de raconter la vie de chaque personnage et cela en résulte en une sorte de remplissage. Mais bon, c'est sa prérogative et cela n'entache pas l'ensemble de l'oeuvre.

samedi 13 octobre 2012

Le Dieu manchot, José Saramago




Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: Roman épique, fresque truculente de la cour lusitanienne au XVllle siècle sous le règne de Joao V - dit le Magnanime - Le Dieu manchot nous conte les dernières heures de la splendeur du royaume portugais, juste avant le tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755. Le soldat manchot Sept-Soleils, le moine Bartolomeu de Gusmao, la sorcière voyante Blimunda, autant de personnages pittoresques évoluant autour d'un Roi malheureux de ne pouvoir assurer sa descendance... Que ne faudrait-il inventer pour qu'il échappe à cette terrible malédiction ? A mi-chemin entre la fable blasphématoire et le roman historique, ce récit trace le portrait d'un Portugal mythique, revisité par l'un des plus grands auteurs contemporains.

Voici un roman très difficile d'approche. L'écriture est dense, l'intrigue discontinue, les personnages difficilement saisissables, le genre historique charcuté et, en somme, l'auteur se joue de nous. Si l'on perd le moindrement le fil de l'histoire - comme cela m'est arrivé - on ne peut pas vraiment s'en sortir. Encore une fois, Saramago remplace la ponctuation typique du dialogue par une virgule et les sauts de paragraphes sont rares. Aussi, le vocabulaire de l'auteur est extraordinaire. Cela est habituellement une qualité, mais ici, rien n'est moins certain.

Tout ceci m'aurait convaincu si l'on était dans un roman fraîchement contemporain. Donc, où le bât blesse, c'est le genre historique de ce roman. Déjà que je ne suis pas le plus grand lecteur de ce genre, Saramago ajoute sa prose difficile d'approche et donc, je suis perdu. Par moments, il nous laisse entendre qu'il écrit - et que nous sommes - bien au 20e siècle, par de légers clins d'oeil amusants, mais cela ne rachète pas la complexité et surtout, la lourdeur de l'oeuvre.

J'ai rarement lu un roman qui se rapproche de celui-ci. Les comparaisons sont donc difficiles. Par contre, je sortais du "Voyage de l'éléphant" de ce même Saramago et les parallèles à faire sont nombreux. On est à peu près dans le même Portugal, la plume de l'auteur prend les mêmes procédés stylistiques, le genre historique prend le dessus sur tout et les deux romans sont difficiles d'approche. Par contre, j'ai préféré "Le Dieu Manchot", parce que l'auteur ne commet pas l'erreur d'effleurer son propos, mais plonge plutôt en profondeur dans une histoire plus étoffée, plus riche et plus épique. Bref, en terminant, je ne pourrais pas dire que ce roman m'a déplu, mais je ne vous le conseillerais pas. Et ce n'est surtout pas le chef-d'oeuvre que nous promettait Albin Michel sur la couverture. Mais bon, ce n'est que mon humble avis.