mardi 26 mars 2013

La princesse des glaces, Camilla Läckberg



Ma note: 5,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d’eau gelée. Impliquée malgré elle dans l’enquête (à moins qu’une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l’oeuvre), Erica se convainc très vite qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point – et sur beaucoup d’autres –, l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge dans les strates d’une petite société provinciale qu’elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d’autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d’un peintre clochard – autre mise en scène de suicide. Au-delà d’une maîtrise évidente des règles de l’enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et – tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol – disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu’on ne le pense. Camilla Läckberg, née le 30 août 1974, est à ce jour l’auteur de cinq polars ayant pour héroïne Erica Falck et dont l’intrigue se situe toujours à Fjällbacka, port de pêche de la côte ouest en Suède, qui eut son heure de gloire mais désormais végète. En Suède, tous ses ouvrages se sont classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années, au coude à coude avec Millénium de Stieg Larsson.

J'arrive avec ma critique cinq ans en retard sur à peu près tout le monde. Ce roman marqua fortement les palmarès de ventes, en français, en grande partie à cause de sa couverture, très belle, qui rappelait la série Millénium de Stieg Larsson. Par contre, je dois dire qu'il est, de loin, moins bon que ce dernier, moins bien écrit, avec une histoire beaucoup moins intéressante et globalement, Camilla Läckberg a moins de talents que Larsson, sans aucun doute. De plus, Millénium apportait quelque chose de nouveau au genre thriller-policier avec une sociologie des pays scandinaves très étoffée. Cela faisait de Millénium quasiment un roman littéraire à part entière, alors qu'ici, avec "La princesse des glaces", premier d'une série de plusieurs volumes, on est tout simplement dans le policier et rien d'autre.

J'ai trouvé le roman assez décevant, même si je ne m'attendais pas à grand-chose. La narration et l'action du récit se déroulent d'une façon linéaire, on peut même découvrir le plan de l'auteure en le lisant, ce qui est mauvais signe. De plus, il y a une saveur "Chick lit" (pour ne pas dire "Shit lit") qui me lève le coeur. Ses descriptions de mascara, de vêtements, etc., sont pénibles à lire. Ces nombreuses descriptions sont superficielles, n'apportent rien à l'histoire. Le roman est trop long, comme à peu près tous les policiers contemporains.

Cependant, l'originalité du bouquin repose sur "l'enquêteuse". En effet, le personnage principal est un biographe d'écrivaines suédoises et forcé d'admettre que sur ce point c'est réussi parce que cela permet au roman de sortir un peu des sentiers battus, lui qui en avait bien besoin. C'est ce qui le démarque des autres romans policiers sur le marché littéraire. Un autre point intéressant (et on le retrouve aussi dans Millénium) est le drame familial qui se dévoile petit à petit au cours de notre lecture.

En conclusion, la fin réchappe un roman ennuyant au possible. Elle est bien ficelée, le fond de l'enquête tient la route, mais là où j'en ai le plus à redire c'est sur la forme. La plume de l'auteure est très ordinaire, convenue, prévisible. Les longueurs sont légion, et la structure repose uniquement sur des clichés que l'on retrouve dans le genre du thriller. L'auteure n'est pas très intéressante dans ses propos, dans ses descriptions, dans ses métaphores, etc. Bref, voici un roman policier que l'on peut facilement éviter !

mardi 19 mars 2013

Toute une histoire, Günter Grass



Ma note : 5,5/10


Voici la présentation de l'éditeur: Berlin, de 1989 à 1991, au moment de la réunification, observée par un couple digne de Cervantès : le grand et maigre Fonty, le petit et trapu Hoftaller. Le premier est né en 1919, a fait la guerre dans l'aviation de Goering comme journaliste correspondant de guerre, ensuite Il a été instituteur, puis conférencier littéraire en RDA enfin appariteur dans les ministères : un témoin. Mais il est aussi la réincarnation de Theodor Fontane, le grand romancier né un siècle plus tôt, dont il connaît par coeur les romans, les chroniques et la vie, et auquel il s'identifie jusque dans les détails de son existence privée. Hoftaller son " vieux compagnons " qui l'espionne sans désemparer, est sans âge et aussi vieux que la police politique : il traquait déjà le jeune Marx, il a connu la révolution de 1848, l'unification de 1871. la république de Weimar, il a travaillé avec la Gestapo, avec la Stasi : toujours au service de l'ordre. Il " tient " Fonty-Fontane, dont le libéralisme gauchisant a été suspect à tous les régimes, et qui a quelques peccadilles à se reprocher. Ce vieux couple infernal de l'intellectuel et de l'espion permet une vision stéréoscopique de l'histoire, récente et moins récente : un tableau cocasse et effarant, mais aussi nuancé, poétique et profond. Avec sa verve prodigieuse, doublée d'une minutie acerbe, l'auteur du Tambour donne ici le livre monumental qu'on attendait sur le grand tournant de cette fin de siècle. Il a valu à Günter Grass un extraordinaire déchaînement de critiques haineuses. C'est qu'il ne s'agit pas seulement de la réunification allemande, mais de l'effondrement des " socialismes réels " et du triomphe mondial du capitalisme libéral. Toute une histoire ! Toute notre histoire évoquée par un romancier de génie.

C'est peut-être toute une histoire, mais le résultat est très décevant. Pourtant cette histoire avait tout pour me plaire, je n'avais jamais lu de livres sur la réunification des deux Allemagnes, le sujet m'intéresse et je sortais d'une autre lecture de Günter Grass, "Les années de chien", que j'avais bien apprécié. "Toute une histoire" est écrit dans un style un peu plus conservateur et classique que "Les années de chien", mais on retrouve la forme satirique que l'auteur semble souvent utiliser. C'est une farce, une dénonciation politico-économique et en apparence, le roman est simple alors qu'il est d'une complexité extrême. J'étais perdu dans les méandres des chapitres la plupart du temps.

Günter Grass est très critique du capitalisme et il le démontre bien ici. Il critique les marques, les idioties du capitalisme. Ce roman nous montre le triomphe du néolibéralisme sur le communisme. Par contre, on ne peut pas dire que Grass encense le communisme, bien au contraire, mais il est davantage nuancé que les essayistes de la question. Grass est de toute évidence à gauche du spectre politique mais il ne tombe pas dans les extrêmes.

Ce roman est étrange. Certains passages rappellent le genre du réalisme, mais rien ne semble vraiment sérieux, parce qu'il glisse constamment vers l'allégorie, la satire. Les personnages sont tout aussi étranges, avec Hoftaller qui n'existe pas réellement, parce qu'il est davantage un fantôme à moitié réel et moitié imaginaire (si l'on peut qualifier un fantôme de réel). Il est une sorte de double miniature du personnage principal, Fonty, et il se fond en lui, en plus de le surveiller, de le suivre. Ces personnages nous échappent, le roman en entier nous fuit. La narration est à la première personne mais on la confond souvent avec la narration plus classique, celle de la troisième personne du singulier. Dostoïevski emploie souvent ce genre de narration, où le narrateur est effacé derrière un voile de mystère. Au fur et à mesure que le récit avance, on perçoit un peu plus clairement ce narrateur. L'arrière-plan du récit est la réunification des deux Allemagnes mais l'écrivain choisit plutôt de se tenir un peu à l'écart du sujet, de compliquer notre lecture, etc. Certains passages font penser aux contes de Dickens.

Donc, en conclusion, ce livre m'a laissé de glace mais je me suis amusé avec le narrateur, en jouant avec lui, en essayant de le découvrir. C'est, selon moi, la plus grande force du bouquin. Pour le reste, c'est relativement raté.

mardi 12 mars 2013

Les années de chien, Günter Grass




Ma note: 8/10


Voici la présentation de l'éditeur: Il était une fois... un chien. Il s'appelait Perkun et appartenait à un compagnon meunier de Lituanie qui avait trouvé du travail à l'embouchure de la Vistule. Perkun survécut et engendra Senta. Senta engendra Harras. Harras couvrit la chienne Thekla qui engendra Prinz. Et Prinz, offert pour son anniversaire au Führer et Chancelier du Reich, parut aux actualités. Quand trois hommes, deux femmes, et une lignée de chiens survivent à une avant-guerre, une guerre et une après-guerre, la chronique de leurs expériences prend une allure d'épopée.

Günter Grass est le prix Nobel de littérature de 1999 entre José Saramago et Gao Xingjian. C'est la première fois que je le lisais, je découvre donc un grand écrivain admiré des plus grands. Sa plume m'a frappée tout de suite, dès les premières pages. Elle est foisonnante, hermétique, érudite, parfois poétique et aussi, cruelle pour le lecteur. Elle est dense comme la plupart des écrivains allemands, parce que, notamment, cela fait partie intrinsèque de la langue allemande. Une cascade de mots. Son style, bien qu'éloigné du réalisme magique, m'a fait penser à Gabriel Garcia Marquez. Son style éclaté, sa poésie. Et comme Garcia Marquez, ce livre de Günter Grass est extrêmement difficile d'approche.

En effet, c'est un des romans les plus difficiles à saisir que j'ai lu. Il est divisé en trois parties. Dans la première, la plus difficile à lire, l'auteur fait un emploi fréquent de métaphores. Elle traite d'épouvantails, de chiens. On est dans l'avant-guerre, on sent une tension monter, l'ambiance est inquiétante. Dans la deuxième partie, le roman devient beaucoup plus intéressant. Cette partie est écrite sous forme de lettres, pour la cousine Tulla, la prose commence à nous éclairer sur l'horreur du nazisme. Cette partie est la plus facile, la mieux écrite, surtout pour un lecteur contemporain. Dans la troisième partie, on est dans l'après-guerre et Grass revient avec une forme un peu plus classique au début pour ensuite recommencer à jouer avec elle, à se jouer de nous. Si l'on a lu sur cette époque et sur ce thème (l'histoire du nazisme, Hitler, etc.) on peut saisir un peu mieux le propos, qui lui, est enveloppé d'un voile littéraire difficilement pénétrable.

L'auteur semble avoir une obsession pour les animaux, il s'en sert pour les métaphores, les allégories, les analogies, etc. Prenant une place tellement importante, on croirait par moments qu'ils remplacent les humains. Et avec le thème du nazisme comme point central, cela s'imbrique tout seul, en toute logique. Et à la fin de tout cela, ce qui reste, c'est que le chien du Führer est plus important à ses yeux que son peuple. Normalement, l'épouvantail chasse les oiseaux, mais ici, c'est le nazisme qu'il semble éloigner.

En conclusion, malgré les grandes qualités de ce roman, l'auteur reste tellement en périphérie du sujet que l'on en vient par lâcher prise, ou à tout le moins par s'ennuyer pendant de longs moments. C'est un énorme défaut qui porte ombrage sur ses qualités indéniables. La deuxième partie est de loin, selon moi, supérieure aux deux autres. Elle constitue un bon roman à elle seule. De  plus, les points de repère historiques sont nombreux et l'on est en plein dans la Deuxième Guerre mondiale. Dans la troisième partie, la paix revient et avec elle, les questionnements sur la philosophie, la métaphysique, l'étant, l'être, le non-être et Heidegger. Finalement, dans l'ensemble, je peux dire que c'est un bon drame en trois actes, écrit sous une forme littéraire éclatée au possible.

lundi 4 mars 2013

Le ravin, Joyce Carol Oates



Ma note: 5,5/10


Voici la présentation de l'éditeur: Weymouth, New Jersey. Agent immobilier le jour et photographe la nuit, Matt McBride semble heureux. Qui se douterait qu'il n'a pas oublié le cadavre atrocement mutilé de Marcey Mason, découvert jadis dans un ravin ? Aujourd'hui encore, il est certain c ce meurtre aurait pu être évité s'il avait été moins indifférent au charme de la jeune fille. Aussi, quand il apprend que son amie Diana Zwolle a récemment disparu, impossible ne pas lier les deux affaires. A croire que Matt porte malheur et qu'il a raison de se sentir coupable. Même s'il est innocent. Ce qui n'est pas évident à prouver. Surtout à la police, qui le soupçonne d'être le tueur qu'elle recherche. Comme expliquer que culpabilité et innocence sont parfois affaire de nuances ?

Joyce Carol Oates est une auteure américaine très réputée qui a remporté nombre de prix littéraires parmi les plus prestigieux. Mais elle n'écrit pas que des romans "littéraires". Parfois, sous le nom de Rosamond Smith elle écrit des thrillers. Et pour mes premiers pas avec cette auteure, j'ai décidé de commencer par un de ces thrillers. Je crois avoir fait une erreur. Elle n'impressionne pas vraiment, non plus par sa qualité stylistique, même si "Le ravin" est quelque peu supérieur à la moyenne des thrillers sur ce point. Comme tous les romans de ce genre, elle place l'écriture au service de l'histoire et de la mécanique du thriller.

Mais comme je le disais, le style d'écriture est un peu supérieur à ce qui se fait dans le thriller. Son écriture est un peu recherchée, avec de fréquentes références au grand poète William Blake et le tout devient assez noir et ténébreux. L'objectif de Joyce Carol Oates semble être d'introduire la poésie dans le policier, mais ce n'est pas très réussi. C'est un "page-turner" sans réel substance. Il y a un grand nombre de clichés dans ce roman. Par exemple, le livre est entrecoupé de chapitres où l'on suit un mystérieux personnage qui a toute apparence du meurtrier. En plus, celui qui nous est présenté comme étant NOM INCONNU était la risée de sa classe et il a eu une enfance difficile. C'est un artiste raté, il considère les femmes comme des objets, etc. Bref, c'est du déjà vu en littérature.

Le roman fait parfois penser à un scénario de film. Un peu comme James Patterson le fait. Comme avec les romans de Patterson, les personnages sont d'une minceur certaine, le roman est superficiel, même si au début on croit lire un thriller psychologique profond, pour se rendre compte ensuite que l'histoire devient une enquête comme la plupart des autres policiers. Aussi, l'enquête est menée par celui qui est soupçonné au départ et cela n'est pas très original non plus.

En conclusion, je ne peux dire que c'est un mauvais roman. Il souffre seulement des mêmes défauts que la grande majorité des autres thrillers. Un bon roman nous permet de saisir la musicalité de la prose, son rythme, etc., mais ici, comme tous les thrillers (ou presque), c'est l'histoire qui prime et donc, le style a pour objectif de raconter une histoire sans la beauté pour elle-même, sans avoir une démarche a priori esthétique. Pour le contenu, la quatrième de couverture le décrit assez bien. Et la fin, est-elle surprenante? Eh bien, le méchant meurt et le bon survit. C'est américain, est-ce que je vous l'avais dit?

samedi 2 mars 2013

Molloy, Samuel Beckett




Ma note: 9/10


Voici la quatrième de couverture: " Je suis dans la chambre de ma mère ". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : " Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement " (Jean Blanzat, le Figaro littéraire). L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur, En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett.

"Watt" m'avait déçu mais il en fut tout autrement pour "Molloy". C'est un chef-d'oeuvre. L'intrigue est simple. Dans la première partie, un homme, Molloy, qui est d'un pessimisme sans égal, s'enfonce, cherche sa mère sans trop en savoir plus, et décide de partir en forêt, se cacher de l'humanité sur sa bicyclette. Et dans la deuxième partie, un autre homme, Moran, est chargé de le suivre, de le surveiller. Deux chapitres, deux parties, écrites à la première personne, avec deux personnages sombres, qui, bien qu'ayant des rôles différents, sont en même temps semblables.

Le début du roman a de fortes ressemblances avec "L'étranger" de Camus. Le narrateur est perdu, fait référence à sa mère, et semble être pris dans un maelstrom psychologique. Ensuite, cela devient beaucoup plus ténébreux que "L'étranger". Ayant un style d'écriture proche de Camus, avec de petites phrases sèches, Beckett installe un climat angoissant où l'on pénètre dans la tête de Molloy et après, dans celle de Moran. Et c'est la plus grande force du roman. Malgré un style minimaliste et difficile d'approche, le climat de terreur nous parvient au plus profond de notre être. C'est un tour de force et en plus, Beckett n'écrit même pas dans sa langue maternelle ("Molloy" est écrit en français). Ce n'est pas pour rien qu'il a gagné le Prix Nobel de littérature en 1969 et il était considéré comme le plus grand écrivain vivant par le Pr Harold Bloom (dans les années 80).

Écrit sous forme de flux de pensées, tout se défait dans ce roman. Tout tombe en morceaux, surtout le langage, et cela est un exercice de style souvent employé par Beckett. C'est rare qu'un auteur n'écrive pas dans sa langue maternelle. Kundera s'est essayé avec plus ou moins de succès et Cioran, le grand nihiliste, l'a fait avec brio. Quant à Beckett, c'est réussi sur toute la ligne. Ce "Molloy" est le livre le plus ténébreux que j'ai lu après "Enfants de morts" de Jelinek. Un des mieux écrit aussi. C'est un peu l'écrivain qui met en fiction "De l'inconvénient d'être né" de Cioran. Beckett s'inscrit dans le courant de l'absurde (surtout son théâtre) mais ici je dirais qu'il est bien ancré dans la mouvance "nihiliste" théorisée en philosophie par Schopenhauer comme l'a bien décrit Nancy Huston dans son "Professeurs de désespoir". Les derniers écrivains de ce courant sont Michel Houellebecq et Linda Lê. Mais pour débuter avec ce genre bien précis, je vous conseillerais plutôt "Molloy".

dimanche 24 février 2013

L'homme ralenti, J.M. Coetzee



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Vol plané au ralenti après le choc initial et retombée brutale sur le bitume d'un carrefour d'Adélaïde : mis à bas de son vélo par un jeune chauffard puis amputé d'une jambe, le sexagénaire Paul Rayment reprend connaissance d'un moi diminué sur son lit d'hôpital. Il refuse l'équilibre factice d'une prothèse, s'empêtre dans ses béquilles. Il lui faut désormais une auxiliaire de vie pour veiller au ménage et soigner le moignon. Marijana Jokic, l'immigrée croate, s'acquitte au mieux de sa tâche, mais ranime, à son corps défendant, le coeur en souffrance de Paul Rayment. Il va jusqu'à offrir de prendre tous les Jokic sous son aile. A la réalité inerte d'un membre artificiel, Paul substitue la chimère d'une famille fantôme qui prolongerait son monde rétréci. C'est alors qu'Elizabeth Costello frappe à sa porte. Prompt à le rappeler à l'ordre, ce double féminin bavard, intempestif et omniprésent s'acharne sans relâche à élaborer une fiction d'un homme amoindri et indûment épris qui aborde la vieillesse. La vie passée du jeune garçon transplanté d'Europe en Australie et le progrès difficile vers l'âge d'homme, entre deux langues et deux cultures, font place, dans la dignité précairement conservée et avec un humour résigné, à un questionnement sur le crépuscule qui nous attend.

Prix Nobel de littérature 2003, Coetzee est l'auteur sud-africain le plus reconnu dans le monde. Actuellement professeur de littérature dans une université américaine, cet écrivain, considéré comme génial par la plupart des critiques, traîne derrière lui nombre de cultures et ainsi, en plus de l'Afrique et des États-Unis, il y a en lui une culture australienne et anglaise. C'est un peu pour cette raison que l'on retrouve dans ce roman plusieurs cultures différentes à travers une foule de personnages très différents les uns des autres.

"L'homme ralenti" m'a rappelé, entre autres, des romans de Philip Roth ("Un homme" et "Exit le fantôme") et de Victor-Levy Beaulieu ("Bibi"). Comme ces derniers, c'est un roman sur la vieillesse, sur la perte de la santé, etc. Mais contrairement à eux, "L'homme ralenti" réserve quelques surprises, notamment un événement qui vient chambarder la vie du héros, et c'est à ce moment que l'on passe à la deuxième comparaison, soit celle avec "Le double" de Dostoïevski. En effet, comme pour le roman de Dostoïevski, un double du personnage principal arrive à l'improviste dans sa vie. Cela est amené d'une façon différente de Dostoïevski, mais il n'en demeure pas moins que cet événement impromptu bouleverse le réalisme du roman pour lui donner une touche ludique. On se demande d'où vient cette énergumène qui cherche à construire un récit à travers l'homme ralenti, Paul Rayment. Est-elle réelle ou est-elle tout droit sortie de l'imagination de Paul? Cela débouche sur une troisième analogie, soit celle avec Paul Auster. Eh oui, le postmodernisme vient faire une légère apparition dans le roman par le personnage de Costello, ce "double" à la recherche d'inspiration. Le roman nous offre par le fait même une leçon sur l'écriture, la fiction, l'imaginaire qui côtoie et s'imbrique même dans la réalité. Auster nous offre souvent l'hypothèse que l'écrivain doit s'enfermer pour écrire, pour trouver l'imagination, alors qu'ici, c'est un peu la thèse inverse, où Coetzee nous invite à réfléchir sur l'expérience de la vie qui donne matière à écrire.

En conclusion, j'ai trouvé le style de l'auteur correct mais sans plus. On n'est pas dans le grand lyrisme. Aussi, on le compare souvent à Philip Roth mais je préfère le souffle littéraire de Roth ainsi que le rythme qui parcourt ses romans. "L'homme ralenti" est un roman d'apprentissage pour adulte (je dirais même de réapprentissage) et la traduction rend mal un contenu qui avait tout pour plaire. Par moments, on croirait lire une pièce de théâtre parce que les personnages et l'action du récit semblent figés sur place. Et l'on en vient par se rendre compte que finalement, c'est un conte pour adultes, parfois bancal, parfois réussi, et qui devient plus complexe plus l'intrigue avance. Cependant il n'y a rien dans ce roman d'essentiel et de totalement intéressant.

mercredi 20 février 2013

L'homme sans qualités, Robert Musil



Ma note: 10/10

Voici la quatrième de couverture : tome 1 Ce livre étincelant, qui maintient de la façon la plus exquise le difficile équilibre entre l'essai et la comédie épique, n'est plus, Dieu soit loué, un “roman” au sens habituel du terme : il ne l'est plus parce que, comme l'a dit Goethe, “tout ce qui est parfait dans son genre transcende ce genre pour devenir quelque chose d'autre, d'incomparable. Son ironie, son intelligence, sa spiritualité relèvent du domaine le plus religieux, le plus enfantin, celui de la poésie. tome 2 Dans ce roman, qui comporte jusqu'ici 1800 pages, Musil a pour principe de choisir de minces coupes de vie qu'il modèle en profondeur et donne à sa description du monde une ampleur universelle. Le livre a été salué dès sa parution comme une des grandes oeuvres du roman européen. Sous prétexte de décrire la dernière année de l'Autriche, on soulève les questions essentielles de l'existence de l'homme moderne pour y répondre d'une manière absolument nouvelle, pleine à la fois de légèreté ironique et de profondeur philosophique. Narration et réflexion s'équilibrent parfaitement, de même que l'architecture de l'immense ensemble et la plénitude vivante des détails. Texte de présentation par Robet Musil en 1938.

Il n'est pas facile de critiquer un roman parfait, qui plus est, un classique. Je me suis fait un devoir (et surtout un plaisir) de lire ce volumineux livre de 1800 pages au complet. Sa structure paraît simple même si elle est d'une extrême complexité. L'intrigue est simple, l'histoire aussi, et ce qui ressort, ce sont les digressions. En fait, le récit se fond dans les digressions, le résultat devient donc très nuancé. De plus, le roman (et l'auteur) pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. En général, la première comparaison que je peux faire est celle avec l'oeuvre de Kundera. C'est même ce dernier qui m'a fait connaître Musil dans un de ses essais sur la littérature. Musil est le précurseur de Kundera. Les deux ont Nietzsche et Goethe comme source principale et les deux nous offrent des romans où la digression devient l'élément central de l'histoire. Par contre, Kundera use surtout de digressions à l'extérieur du récit (à l'intérieur de chapitres différents) en plaçant son histoire sur pause alors que Musil les intègre dans le texte, ce qui donne davantage de profondeur au récit (selon moi). Un autre rapprochement avec un auteur contemporain est celui avec Philippe Sollers et surtout avec son roman sur Nietzsche "Une vie divine". Il s'est grandement inspiré de Musil dans son rapprochement de Nietzsche avec le Christ. Il y a même des passages presque semblables.

Les thèmes de "L'homme sans qualités" sont variés et nombreux. Il y a la science qui prend une place prépondérante (il ne faut pas oublier que Robert Musil est avant tout un scientifique), la philosophie, le désir, l'âme, la psychanalyse, l'économie politique où le personnage d'Arnheim prend un rôle important. D'ailleurs ce personnage est inspiré de Walther Rathenau, un industriel partisan de la social-démocratie. Ce roman de Musil est aussi une analyse sociologique efficace sur son époque. C'est le livre parfait que je rêverais d'écrire. C'est un roman moderne, un pionnier même, bien meilleur que le "Ulysse" de Joyce. Il se lit comme une agonie, notamment parce que l'éditeur a placé les ébauches, les brouillons, les plans, etc., dans la deuxième moitié du dernier tome, et ainsi, on avance vers la fin en sachant que Musil approchait lui aussi de sa mort. C'est saisissant.

La plume de l'auteur est elle aussi parfaite. Son style, bien que froid et chirurgical, rend à la perfection le propos et les aventures des personnages principaux (peu nombreux). Je crois que le premier tome est meilleur que le deuxième parce que le roman est tellement long que notre surprise de découvrir un grand auteur est effacée lors de la lecture du dernier tome. Pour le contenu, je m'attendais à plus de Schopenhauer (son nom n'apparaît que deux fois) que de Nietzsche parce que Musil semble avoir une conscience plus proche de Schopenhauer. Il se dit influencé par Nietzsche et les personnages du roman ne cessent de le citer. Pourtant, ce genre de roman, un peu nihiliste et mélancolique, se prête en général mieux avec la philosophie de Schopenhauer. Aussi, Musil déconstruit la psychanalyse en s'attaquant à Freud comme le démontre très bien ce texte sur ces deux auteurs : Musil et la psychanalyse. En conclusion, je dirai que les auteurs autrichiens ne cessent de me surprendre, entre autres par leur qualité stylistique du roman, leur esthétique. Le trio Musil-Bernhard-Jelinek contient peut-être les trois meilleurs écrivains du 20e siècle.

mardi 12 février 2013

Mon nom est rouge, Orhan Pamuk



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Istanbul, en cet hiver 1591, est sous la neige. Mais un cadavre, le crâne fracassé, nous parle depuis le puits où il a été jeté. Il connaît son assassin, de même que les raisons du meurtre dont il a été victime : un complot contre l'Empire ottoman, sa culture, ses traditions et sa peinture. Car les miniaturistes de l'atelier du Sultan, dont il faisait partie, sont chargés d'illustrer un livre à la manière italienne... Mon nom est Rouge, roman polyphonique et foisonnant, nous plonge dans l'univers fascinant de l'Empire ottoman de la fin du XVIe siècle, et nous tient en haleine jusqu'à la dernière page par un extraordinaire suspense. Une subtile réflexion sur la confrontation entre Occident et Orient sous-tend cette trame policière, elle-même doublée d'une intrigue amoureuse, dans un récit parfaitement maîtrisé. Un roman d'une force et d'une qualité rares.

Et cette présentation de l'éditeur est tout à fait juste. Mais avant, parlons un peu des nobélisés. Je dois dire que j'ai lu une foule d'auteurs ayant reçu le prix Nobel de littérature et plus particulièrement ceux l'ayant reçu après les années 80. Et chaque récipiendaire le méritait pleinement. Bien sûr qu'il y a des oubliés, parce que c'est un prix tellement rare et difficile à remporter que le contraire serait invraisemblable. Sur les milliers d'auteurs (sinon les millions) dans le monde, il y a seulement un gagnant par année. Certains choix sont critiqués à cause de leur caractère politique. Pour ma part, ceux que j'ai lus sont tous excellents. Ainsi, pour moi, le comité du Nobel a toujours raison.

Orhan Pamuk, quant à lui, a reçu le prix en 2006 et encore une fois (et c'est la première fois que je le lisais) je découvre un auteur extraordinaire. Qui plus est, il me fait découvrir une culture qui m'est inconnue dans un siècle tout aussi rarement discuté dans les sources d'information de masse. Je pourrais passer la journée à vous dire tout le bien que j'ai pensé de ce roman mais parlons seulement de sa forme. C'est un roman historique, et ce qui frappe ici, c'est la structure de l'oeuvre. Elle est éclatée. Les chapitres sont cours (et donc très nombreux étant donné l'aspect volumineux du roman), écrits à la première personne et avec des narrateurs différents à chaque changement de chapitre où certains de ces narrateurs reviennent. En plus, ce n'est pas seulement des humains qui parlent, il y aussi une couleur (d'où le titre de l'ouvrage), un animal, la mort, le diable, un arbre, l'argent, etc. Dès le départ, les narrateurs s'adressent au lecteur sans "l'hypocrisie" littéraire.

C'est un roman contemporain écrit dans un style puissant. C'est aussi un roman policier où l'intrigue nous rappelle même un écrivain comme Agatha Christie. Il n'y a pas vraiment de défauts dans ce roman, tout est à peu près parfait et les rapprochements avec les grands auteurs peuvent être nombreux sans tomber dans l'esbroufe, dans le plagiat, etc. Par moments je pensais à Shakespeare mais dans l'ensemble, Pamuk a son propre style. Les personnages sont tous attachants, et il vient un moment où les bons et les méchants se fondent les uns dans les autres. La subtilité de l'oeuvre l'emporte sur tout et la beauté de l'écriture est éclairante. En fait, tout est là pour nous donner un grand roman !

dimanche 3 février 2013

L'ombre en fuite, Richard Powers




Ma note : 5,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Washington. Adie Klarpol, une jeune artiste désillusionnée, est engagée par une compagnie d'informatique pour travailler sur un système expérimental, " la Caverne ". Ce simulateur d'univers virtuels en 3D permet de revisiter, entre quatre murs, les chefs-d'œuvre de l'art. Beyrouth. Taimur Martin, professeur d'anglais, est pris en otage par des fondamentalistes islamistes. Seul dans un cachot, il n'a que sa mémoire et son imagination pour s'évader. Un simulateur d'univers virtuels, un cachot: deux pièces dissemblables, toutes deux ouvertes à toutes les transformations, l'une par la magie de l'informatique, l'autre par la ténacité de l'esprit humain. Deux univers a priori inconciliables dont Richard Powers, avec son sens renversant du romanesque, tire une polyphonie grandiose. Le romancier explore le destin de l'art à l'époque du virtuel, celui de la mémoire à l'époque de l'informatique et questionne une fois de plus les rapports entre science, histoire et imagination.

Il est très hasardeux d'écrire un roman sur l'univers de l'informatique en général. C'est un sujet qui vieillit mal, c'est le moins que l'on puisse dire, et en quelques années seulement, le roman peut devenir obsolète. La technologie change, de même que ses termes, ses références, son propos, etc. Ici, on fait face un peu à ce genre de problème. On est dans la réalité virtuelle.

Et c'est raté selon moi. Autant "La chambre aux échos" et "Le temps où nous chantions" frappaient dans le mille avec des sujets et des récits extraordinaires, autant "L'ombre en fuite" est d'une inutilité presque totale. On ne sait pas trop où l'auteur veut nous amener, et cela perdure tout le roman, hormis à la fin où un léger développement se pointe à l'horizon. Aussi, c'est un roman qui n'a pas vraiment d'ancrage de genre. C'est un thriller raté, un roman contemporain sans qualités littéraires et par moments, on se croirait dans le genre de la science-fiction.

L'écriture de Powers est aussi décevante que le reste (sinon plus). L'histoire en parallèle, la deuxième intrigue où l'on suit un otage dans un pays musulman, est écrite au "Vous" et cela donne un résultat plus qu'ordinaire. Je hais ce genre d'exercice stylistique écrit au "Tu", au "Nous" et comme dans le présent, au "Vous". L'esthétique qui s'en dégage est repoussante et la difficulté de notre lecture s'en retrouve augmentée sans rien apporter en retour.

En conclusion, d'une façon objective, je ne dirais pas que c'est le pire roman que j'ai lu (d'où ma note). Certains trouveront probablement leur compte, notamment, parce que je ne suis pas le meilleur chroniqueur pour ce genre de livre, étant donné que je deviens embarrassé assez rapidement dans ces univers virtuels. Pour un vrai un roman de science-fiction, avec de vraies chutes, de la grandiloquence simple et efficace, je vous conseille beaucoup plus Philip K. Dick et ses romans "Coulez mes larmes, dit le policier", "Ubik" et "Le temps désarticulé". Avec "L'ombre en fuite", on est peut-être davantage dans la science, le réel augmenté, mais l'aspect littéraire (dans son sens large) est plutôt......diminué !

dimanche 27 janvier 2013

La chambre aux échos, Richard Powers




Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture : Par une nuit d'hiver, sur une petite route du Nebraska, Mark Schluter est victime d'un grave accident de voiture. Sa soeur aînée, Karin, revient dans sa ville natale pour être à son chevet. Mais lorsque Mark sort du coma, il semble ne plus la reconnaître. Karin fait alors appel à Gerald Weber, un célèbre neurologue, spécialiste des troubles singuliers du cerveau. Alors que Weber étudie son cas, Mark essaye de reconstituer peu à peu ce qui s'est passé la fameuse nuit de son inexplicable accident et d'identifier le témoin anonyme qui lui a sauvé la vie avant de disparaître en laissant une étrange note. Ce qu'il va découvrir changera à jamais sa vie, celle de sa soeur et celle de Weber. Après le succès du Temps ou nous chantions, élu meilleur livre étranger 2006 par Lire, Richard Powers réussit le tour de force de nous donner avec La Chambre aux échos, National Book Award 2007, un roman qui aborde la question de l'identité et de la condition humaine, sans jamais se départir d'un remarquable sens du récit et de l'intrigue.

Je trouve quelque peu paresseux les écrivains qui ouvrent le DSM-xx (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), découvrent un syndrome quelconque et écrivent un roman qui tourne autour de ce problème psychologique. Ici, le point de départ est exactement sur ce modèle. Powers traite du syndrome de Capgras qui amène les patients à prendre leurs proches pour des sosies (sous forme d'extraterrestres, de simulacres, de robots, etc.) mais pas les étrangers. (Wikipedia décrit le syndrome en ces termes : "[...] le patient, tout en étant parfaitement capable d'identifier la physionomie des visages, affirme envers et contre tout que les personnes de son entourage ont été remplacées par des sosies qui leur ressemblent parfaitement.") C'est donc "l'Affect" qui est en jeu ici. Un jeune d'Angleterre a même déjà tué son père pour ensuite l'ouvrir pour démontrer qu'il était fait de fils, qu'il était un androïde, tellement convaincu que son père était en réalité une chose qui se faisait passer pour son parent. C'est de ce syndrome de Capgras que Richard Powers nous parlera pendant tout le récit, ou presque.

Ayant gagné le prestigieux National Book Award, je me demandais ce que ce prix avait à récompenser un thriller. Je me suis dit que peut-être ils voulaient racheter leur erreur de n'avoir pas récompensé cet écrivain pour son précédent roman "Le temps où nous chantions", une énorme saga familiale parfaitement réussie. Eh bien, je dois dire que "La chambre aux échos" réserve tout de même des surprises, quoique le genre "thriller" soit très présent tout au long du bouquin. En plus de ce genre, le postmodernisme vient appuyer le roman en général (et je dirais même le post-postmodernisme) et l'on pense tout de suite à un auteur comme Paul Auster. Dans une moindre mesure, il y a aussi un léger soupçon de Philip K. Dick et en plus, le tout est recouvert du voile de la théorie psychologique.

Mais surtout, ce qui m'a le plus enchanté, ce sont les connaissances scientifiques (et médicales) qui font partie intégrante du livre de Richard Powers. J'en ai rarement autant appris en lisant un roman. Il va au-delà du simple thriller. On navigue dans des eaux troubles, les questionnements sont nombreux et l'écriture de l'écrivain, son style, se prête mieux à ce genre de thriller qu'à une saga familiale comme "Le temps où nous chantions". Je ne sais pas s'il méritait ce genre de prix (très prestigieux), mais une chose est sûre, c'est que Powers amène le thriller dans des contrées trop peu exploitées, celles de l'intellectualité et des connaissances.

dimanche 20 janvier 2013

Le temps où nous chantions, Richard Powers



Ma note: 8/10

Voici la présentation de l'éditeur: En 1939, lors d'un concert de Marian Anderson, David Strom, un physicien juif allemand émigré aux États-Unis pour fuir les persécutions nazies, rencontre une jeune femme noire, Delia Daley. Ils se marient et élèvent leurs trois enfants dans le culte exclusif de la musique, de l'art, de la science et de l'amour universel, préférant ignorer la violence du monde autour d'eux. Cette éducation va avoir des conséquences diverses sur les trois enfants. Jonah devient un ténor de renommée mondiale, Ruth va rejeter les valeurs de sa famille pour adhérer au mouvement de Black Panthers, leur frère Joseph tentera de garder le cap entre l'aveuglement des uns et le débordement des autres, afin de préserver l'unité de sa famille en dépit des aléas de l'histoire. Avec des personnages d'une humanité rare, Richard Powers couvre dans cet éblouissant roman polyphonique un demi-siècle d'histoire américaine, nous offrant, au passage, des pages inoubliables sur la musique. Le Temps où nous chantions a été élu meilleur livre de l'année par The NewYork Times et TheWashington Post.

Je me joins au concert de critiques pour ennoblir ce roman. Mais en même temps, je ne serai pas aussi dithyrambique que la plupart de ces critiques. Oui, c'est un bon roman, pour ne pas dire excellent, mais je ne crois pas que ce soit le roman parfait comme semblait le dire le chroniqueur qui m'a amené à ce livre.

En effet, lors d'une émission culturelle, le chroniqueur (et écrivain et éditeur) Jean Barbe disait qu'il était le meilleur roman qu'il avait lu lors des dix dernières années (au moins). Étant donné que je suis souvent d'accord avec lui (même si je trouve qu'il est un écrivain très ordinaire) je plongeais dans "Le temps où nous chantions" avec beaucoup d'attente. J'ai découvert une histoire merveilleuse qui fait un peu la synthèse entre le roman sur l'identité (dans ce cas-ci les noirs américains de l'après-guerre), la révolution vers quoi tout converge et surtout, sur la musique (et le chant), qui elle, traverse tout le roman pour la plus grande joie de nos oreilles, de nos yeux, de notre imagination. Ceci est amené par le genre du roman familial américain.

Ce livre est arrivé quelques années seulement après "Pastorale américaine" et "La tache" de Philip Roth. On sent l'influence à plein nez. Non seulement reprend-il les mêmes thèmes que ces deux romans (à l'exception de la musique) mais il reprend aussi une forme de l'intrigue en ajoutant un revirement aux deux tiers de son corpus. Dans "Pastorale américaine" on apprenait l'extrémisme de la fille du Suédois, dans "La tache" on apprenait l'identité réelle de Coleman Sick alors qu'ici, les liens entre David (le père du narrateur) et la science nous serons dévoilés sous une forme qu'on ne s'attendait pas.

En plus du grand roman familial américain, on est en présence d'un roman du genre réaliste. La science y joue un grand rôle, notamment la relativité générale et la physique quantique. La structure est la force du bouquin, on passe à travers les années pour revenir en arrière, pour revenir dans le présent, pour retourner loin en arrière, etc., et ainsi, tout s'emmêle, tout se rejoint. C'est un roman du tout, de la complétude, du général et du particulier.

Aussi, un autre rapprochement que je pourrais faire est celui avec l'oeuvre de Jonathan Franzen. C'est le même genre de roman familial mais davantage historique. Powers a un peu le même style que Franzen, où l'action se déplace lentement et où les aphorismes sont rares. Je n'ai pas été happé par la plume de Powers, les métaphores sont souvent insipides de même que les dialogues. Mais par-dessus tout, ma plus grande déception c'est l'attente que j'avais. Sa réputation est gonflée par les nombreuses critiques élogieuses. Pour ma part, si cela était possible, je dirais que le roman est meilleur que son auteur...

vendredi 11 janvier 2013

Le rapport de Brodie, Jorge Luis Borges



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: « En 1885 Kipling avait commencé, à Lahore, une série de brefs récits, écrits de façon simple, dont il allait faire un recueil en 1890. Beaucoup d'entre eux - In the House of Sudhoo, Beyond the Pale, The gate of the Hundred Sorrows - sont de laconiques chefs-d'œuvre ; je me suis dit un jour que ce qu'avait imaginé et réussi un jeune homme de génie pouvait, sans outrecuidance, être imité par un homme au seuil de la vieillesse et qui a du métier. Cette pensée a eu pour résultat le présent volume que mes lecteurs jugeront. » J. L. Borges.

Petit recueil de 150 pages qui compte 11 nouvelles, "Le rapport de Brodie" est décevant, surtout si l'on a déjà lu Borges. Contrairement au "Livre de sable" et à "Fictions", entre autres, on est ici sur le terrain du réalisme. Selon moi, cela ne fait pas à Luis Borges, parce que sa force, à l'exception de son style impeccable, se situe plutôt dans l'imaginaire, le merveilleux, le fantastique. Dans le présent livre, il y a certes quelques nouvelles qui appellent au mystère, mais dans l'ensemble, le réalisme prend le dessus et les récits deviennent vite banals.

La plupart des nouvelles commencent avec une mise en abyme, un peu comme le fait Paul Auster pour ses romans. Le narrateur devient l'intermédiaire d'une histoire qu'il s'est fait raconter par une connaissance. La nouvelle qui m'a le plus marqué (et que j'ai aimé) est celle sur Bolivar, le Libertador de l'Amérique du sud. On y discute de lettres retrouvées et cela débouche sur une impressionnante discussion (et même une allégorie) sur le rôle de l'écrivain. La pensée de Schopenhauer vient y faire son tour, notamment sur le rôle de la volonté par opposition à celui de la dialectique. Borges est très influencé par le philosophe de Dantzig et son spectre traverse donc l'oeuvre de Borges au complet.

Une autre nouvelle intéressante est celle qui a pour titre "Histoire de Rosendo Juarez" et où Borges nous tend un piège, en ce sens qu'il nous force à nous questionner sur la lâcheté, son origine, sa définition, etc. Ainsi, il pose la question à savoir s'il vaut mieux affronter le grand danger quand il se présente ou plutôt, comme le fait le personnage principal de la nouvelle, plier bagage et partir.

Mais pour le reste du bouquin, je me suis ennuyé. Avec le réalisme, comme c'est le cas ici, je crois qu'un développement plus long s'impose. Souvent, les meilleurs livres de ce genre en particulier sont les plus longs (les romans-fleuves). Parce qu'il n'est pas facile de faire une peinture de la société, de ses citoyens, de ses histoires, etc., en seulement quelques pages.