"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

dimanche 24 février 2013

L'homme ralenti, J.M. Coetzee



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Vol plané au ralenti après le choc initial et retombée brutale sur le bitume d'un carrefour d'Adélaïde : mis à bas de son vélo par un jeune chauffard puis amputé d'une jambe, le sexagénaire Paul Rayment reprend connaissance d'un moi diminué sur son lit d'hôpital. Il refuse l'équilibre factice d'une prothèse, s'empêtre dans ses béquilles. Il lui faut désormais une auxiliaire de vie pour veiller au ménage et soigner le moignon. Marijana Jokic, l'immigrée croate, s'acquitte au mieux de sa tâche, mais ranime, à son corps défendant, le coeur en souffrance de Paul Rayment. Il va jusqu'à offrir de prendre tous les Jokic sous son aile. A la réalité inerte d'un membre artificiel, Paul substitue la chimère d'une famille fantôme qui prolongerait son monde rétréci. C'est alors qu'Elizabeth Costello frappe à sa porte. Prompt à le rappeler à l'ordre, ce double féminin bavard, intempestif et omniprésent s'acharne sans relâche à élaborer une fiction d'un homme amoindri et indûment épris qui aborde la vieillesse. La vie passée du jeune garçon transplanté d'Europe en Australie et le progrès difficile vers l'âge d'homme, entre deux langues et deux cultures, font place, dans la dignité précairement conservée et avec un humour résigné, à un questionnement sur le crépuscule qui nous attend.

Prix Nobel de littérature 2003, Coetzee est l'auteur sud-africain le plus reconnu dans le monde. Actuellement professeur de littérature dans une université américaine, cet écrivain, considéré comme génial par la plupart des critiques, traîne derrière lui nombre de cultures et ainsi, en plus de l'Afrique et des États-Unis, il y a en lui une culture australienne et anglaise. C'est un peu pour cette raison que l'on retrouve dans ce roman plusieurs cultures différentes à travers une foule de personnages très différents les uns des autres.

"L'homme ralenti" m'a rappelé, entre autres, des romans de Philip Roth ("Un homme" et "Exit le fantôme") et de Victor-Levy Beaulieu ("Bibi"). Comme ces derniers, c'est un roman sur la vieillesse, sur la perte de la santé, etc. Mais contrairement à eux, "L'homme ralenti" réserve quelques surprises, notamment un événement qui vient chambarder la vie du héros, et c'est à ce moment que l'on passe à la deuxième comparaison, soit celle avec "Le double" de Dostoïevski. En effet, comme pour le roman de Dostoïevski, un double du personnage principal arrive à l'improviste dans sa vie. Cela est amené d'une façon différente de Dostoïevski, mais il n'en demeure pas moins que cet événement impromptu bouleverse le réalisme du roman pour lui donner une touche ludique. On se demande d'où vient cette énergumène qui cherche à construire un récit à travers l'homme ralenti, Paul Rayment. Est-elle réelle ou est-elle tout droit sortie de l'imagination de Paul? Cela débouche sur une troisième analogie, soit celle avec Paul Auster. Eh oui, le postmodernisme vient faire une légère apparition dans le roman par le personnage de Costello, ce "double" à la recherche d'inspiration. Le roman nous offre par le fait même une leçon sur l'écriture, la fiction, l'imaginaire qui côtoie et s'imbrique même dans la réalité. Auster nous offre souvent l'hypothèse que l'écrivain doit s'enfermer pour écrire, pour trouver l'imagination, alors qu'ici, c'est un peu la thèse inverse, où Coetzee nous invite à réfléchir sur l'expérience de la vie qui donne matière à écrire.

En conclusion, j'ai trouvé le style de l'auteur correct mais sans plus. On n'est pas dans le grand lyrisme. Aussi, on le compare souvent à Philip Roth mais je préfère le souffle littéraire de Roth ainsi que le rythme qui parcourt ses romans. "L'homme ralenti" est un roman d'apprentissage pour adulte (je dirais même de réapprentissage) et la traduction rend mal un contenu qui avait tout pour plaire. Par moments, on croirait lire une pièce de théâtre parce que les personnages et l'action du récit semblent figés sur place. Et l'on en vient par se rendre compte que finalement, c'est un conte pour adultes, parfois bancal, parfois réussi, et qui devient plus complexe plus l'intrigue avance. Cependant il n'y a rien dans ce roman d'essentiel et de totalement intéressant.

2 commentaires:

  1. Ce serait dommage de s'arrêter à cette impression mitigée... Ce roman ne m'a pas séduite non plus. Je l'ai lu après "Au cœur de ce pays", du même auteur, que je te conseille fortement (et il est à mille lieux de celui-là, c'est un roman assez ardu mais très puissant).
    J'avais aussi aimé "En attendant les barbares", dans lequel j'avais trouvé des similitudes avec Le désert des tartares de Buzzati.
    D'un texte à l'autre, Coetzee fait des choses vraiment différentes.
    Tu m'as convaincue de donner une deuxième chance à Mo Yan, j'espère que tu en feras autant avec Coetzee !!

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  2. Oui j'avais l'intention de relire Coetzee un jour. Par contre j'ai une liste de lecture pour les 12 prochains mois et Coetzee n'est pas là pcq je viens juste de le découvrir.

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