"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mercredi 20 février 2013

L'homme sans qualités, Robert Musil



Ma note: 10/10

Voici la quatrième de couverture : tome 1 Ce livre étincelant, qui maintient de la façon la plus exquise le difficile équilibre entre l'essai et la comédie épique, n'est plus, Dieu soit loué, un “roman” au sens habituel du terme : il ne l'est plus parce que, comme l'a dit Goethe, “tout ce qui est parfait dans son genre transcende ce genre pour devenir quelque chose d'autre, d'incomparable. Son ironie, son intelligence, sa spiritualité relèvent du domaine le plus religieux, le plus enfantin, celui de la poésie. tome 2 Dans ce roman, qui comporte jusqu'ici 1800 pages, Musil a pour principe de choisir de minces coupes de vie qu'il modèle en profondeur et donne à sa description du monde une ampleur universelle. Le livre a été salué dès sa parution comme une des grandes oeuvres du roman européen. Sous prétexte de décrire la dernière année de l'Autriche, on soulève les questions essentielles de l'existence de l'homme moderne pour y répondre d'une manière absolument nouvelle, pleine à la fois de légèreté ironique et de profondeur philosophique. Narration et réflexion s'équilibrent parfaitement, de même que l'architecture de l'immense ensemble et la plénitude vivante des détails. Texte de présentation par Robet Musil en 1938.

Il n'est pas facile de critiquer un roman parfait, qui plus est, un classique. Je me suis fait un devoir (et surtout un plaisir) de lire ce volumineux livre de 1800 pages au complet. Sa structure paraît simple même si elle est d'une extrême complexité. L'intrigue est simple, l'histoire aussi, et ce qui ressort, ce sont les digressions. En fait, le récit se fond dans les digressions, le résultat devient donc très nuancé. De plus, le roman (et l'auteur) pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. En général, la première comparaison que je peux faire est celle avec l'oeuvre de Kundera. C'est même ce dernier qui m'a fait connaître Musil dans un de ses essais sur la littérature. Musil est le précurseur de Kundera. Les deux ont Nietzsche et Goethe comme source principale et les deux nous offrent des romans où la digression devient l'élément central de l'histoire. Par contre, Kundera use surtout de digressions à l'extérieur du récit (à l'intérieur de chapitres différents) en plaçant son histoire sur pause alors que Musil les intègre dans le texte, ce qui donne davantage de profondeur au récit (selon moi). Un autre rapprochement avec un auteur contemporain est celui avec Philippe Sollers et surtout avec son roman sur Nietzsche "Une vie divine". Il s'est grandement inspiré de Musil dans son rapprochement de Nietzsche avec le Christ. Il y a même des passages presque semblables.

Les thèmes de "L'homme sans qualités" sont variés et nombreux. Il y a la science qui prend une place prépondérante (il ne faut pas oublier que Robert Musil est avant tout un scientifique), la philosophie, le désir, l'âme, la psychanalyse, l'économie politique où le personnage d'Arnheim prend un rôle important. D'ailleurs ce personnage est inspiré de Walther Rathenau, un industriel partisan de la social-démocratie. Ce roman de Musil est aussi une analyse sociologique efficace sur son époque. C'est le livre parfait que je rêverais d'écrire. C'est un roman moderne, un pionnier même, bien meilleur que le "Ulysse" de Joyce. Il se lit comme une agonie, notamment parce que l'éditeur a placé les ébauches, les brouillons, les plans, etc., dans la deuxième moitié du dernier tome, et ainsi, on avance vers la fin en sachant que Musil approchait lui aussi de sa mort. C'est saisissant.

La plume de l'auteur est elle aussi parfaite. Son style, bien que froid et chirurgical, rend à la perfection le propos et les aventures des personnages principaux (peu nombreux). Je crois que le premier tome est meilleur que le deuxième parce que le roman est tellement long que notre surprise de découvrir un grand auteur est effacée lors de la lecture du dernier tome. Pour le contenu, je m'attendais à plus de Schopenhauer (son nom n'apparaît que deux fois) que de Nietzsche parce que Musil semble avoir une conscience plus proche de Schopenhauer. Il se dit influencé par Nietzsche et les personnages du roman ne cessent de le citer. Pourtant, ce genre de roman, un peu nihiliste et mélancolique, se prête en général mieux avec la philosophie de Schopenhauer. Aussi, Musil déconstruit la psychanalyse en s'attaquant à Freud comme le démontre très bien ce texte sur ces deux auteurs : Musil et la psychanalyse. En conclusion, je dirai que les auteurs autrichiens ne cessent de me surprendre, entre autres par leur qualité stylistique du roman, leur esthétique. Le trio Musil-Bernhard-Jelinek contient peut-être les trois meilleurs écrivains du 20e siècle.

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