"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mardi 19 mars 2013

Toute une histoire, Günter Grass



Ma note : 5,5/10


Voici la présentation de l'éditeur: Berlin, de 1989 à 1991, au moment de la réunification, observée par un couple digne de Cervantès : le grand et maigre Fonty, le petit et trapu Hoftaller. Le premier est né en 1919, a fait la guerre dans l'aviation de Goering comme journaliste correspondant de guerre, ensuite Il a été instituteur, puis conférencier littéraire en RDA enfin appariteur dans les ministères : un témoin. Mais il est aussi la réincarnation de Theodor Fontane, le grand romancier né un siècle plus tôt, dont il connaît par coeur les romans, les chroniques et la vie, et auquel il s'identifie jusque dans les détails de son existence privée. Hoftaller son " vieux compagnons " qui l'espionne sans désemparer, est sans âge et aussi vieux que la police politique : il traquait déjà le jeune Marx, il a connu la révolution de 1848, l'unification de 1871. la république de Weimar, il a travaillé avec la Gestapo, avec la Stasi : toujours au service de l'ordre. Il " tient " Fonty-Fontane, dont le libéralisme gauchisant a été suspect à tous les régimes, et qui a quelques peccadilles à se reprocher. Ce vieux couple infernal de l'intellectuel et de l'espion permet une vision stéréoscopique de l'histoire, récente et moins récente : un tableau cocasse et effarant, mais aussi nuancé, poétique et profond. Avec sa verve prodigieuse, doublée d'une minutie acerbe, l'auteur du Tambour donne ici le livre monumental qu'on attendait sur le grand tournant de cette fin de siècle. Il a valu à Günter Grass un extraordinaire déchaînement de critiques haineuses. C'est qu'il ne s'agit pas seulement de la réunification allemande, mais de l'effondrement des " socialismes réels " et du triomphe mondial du capitalisme libéral. Toute une histoire ! Toute notre histoire évoquée par un romancier de génie.

C'est peut-être toute une histoire, mais le résultat est très décevant. Pourtant cette histoire avait tout pour me plaire, je n'avais jamais lu de livres sur la réunification des deux Allemagnes, le sujet m'intéresse et je sortais d'une autre lecture de Günter Grass, "Les années de chien", que j'avais bien apprécié. "Toute une histoire" est écrit dans un style un peu plus conservateur et classique que "Les années de chien", mais on retrouve la forme satirique que l'auteur semble souvent utiliser. C'est une farce, une dénonciation politico-économique et en apparence, le roman est simple alors qu'il est d'une complexité extrême. J'étais perdu dans les méandres des chapitres la plupart du temps.

Günter Grass est très critique du capitalisme et il le démontre bien ici. Il critique les marques, les idioties du capitalisme. Ce roman nous montre le triomphe du néolibéralisme sur le communisme. Par contre, on ne peut pas dire que Grass encense le communisme, bien au contraire, mais il est davantage nuancé que les essayistes de la question. Grass est de toute évidence à gauche du spectre politique mais il ne tombe pas dans les extrêmes.

Ce roman est étrange. Certains passages rappellent le genre du réalisme, mais rien ne semble vraiment sérieux, parce qu'il glisse constamment vers l'allégorie, la satire. Les personnages sont tout aussi étranges, avec Hoftaller qui n'existe pas réellement, parce qu'il est davantage un fantôme à moitié réel et moitié imaginaire (si l'on peut qualifier un fantôme de réel). Il est une sorte de double miniature du personnage principal, Fonty, et il se fond en lui, en plus de le surveiller, de le suivre. Ces personnages nous échappent, le roman en entier nous fuit. La narration est à la première personne mais on la confond souvent avec la narration plus classique, celle de la troisième personne du singulier. Dostoïevski emploie souvent ce genre de narration, où le narrateur est effacé derrière un voile de mystère. Au fur et à mesure que le récit avance, on perçoit un peu plus clairement ce narrateur. L'arrière-plan du récit est la réunification des deux Allemagnes mais l'écrivain choisit plutôt de se tenir un peu à l'écart du sujet, de compliquer notre lecture, etc. Certains passages font penser aux contes de Dickens.

Donc, en conclusion, ce livre m'a laissé de glace mais je me suis amusé avec le narrateur, en jouant avec lui, en essayant de le découvrir. C'est, selon moi, la plus grande force du bouquin. Pour le reste, c'est relativement raté.

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