"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mardi 27 mars 2012

Les exclus, Elfriede Jelinek



Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture: Comment trois lycéens plutôt doués et un jeune ouvrier ambitieux en viennent-ils à molester les passants pour les voler. Comment Rainer, le plus brillant, l'idéologue de la bande finira-t-il par assassiner toute sa famille. Avec une froideur qui renchérit sur celle de ses jeunes héros et une distance ironique qui reconstruit l'insoutenable, Elfriede Jelinek dénonce une nouvelle fois la difficulté de vivre sans étouffer dans l'Autriche d'après-guerre. A la détermination d'une société pressée d'oublier le passé et à qui la réussite sociale tient lieu de valeur suprême répondent le dégoût et la haine des quatre adolescents. Inspiré par un fait divers qui épouvanta Vienne, ce roman semble prémonitoire si l'on pense à plusieurs affaires récentes aussi douloureuses qu'inexplicables.

J'ai rencontré le nom Jelinek, pour la première fois, quand elle avait gagné le prix Nobel de littérature en 2004. Le comité du Nobel avait très bien décrit sa littérature en disant qu'il l'avait récompensé pour « le flot de voix et de contre-voix dans ses romans et ses drames qui dévoilent avec une exceptionnelle passion langagière l’absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux. » Quelque temps plus tard, j'ai revu le nom Jelinek en lisant "Professeur de désespoir" de Nancy Huston. Celle-ci la décrivait comme étant la plus nihiliste des nihilistes, la plus pessimiste en somme. J'ai donc lu un peu plus tard "Enfants des morts" et son talent m'avait sauté en plein visage. Je continue donc sur ma lancé avec, cette fois-ci, "Les exclus".

Encore une fois j'ai adoré, même s'il n'arrive pas tout à fait à la hauteur d'"Enfants des morts". La traduction est un peu plus faible que ce dernier et l'histoire est davantage sociologique. On est moins dans la métaphysique, dans le nihilisme philosophique mais davantage dans le nihilisme anarchique, au niveau des phénomènes (de la vie matérielle). "Les exclus", ce sont des vivants qui attaquent alors que dans "Enfants des morts" c'était des morts qui revenaient à la vie pour attaquer les vivants. Je considère qu'"Enfants des morts" sortait plus de l'ordinaire. Mais les deux romans sont très violents, parmi les plus crus que j'ai lus. Et certainement parmi les plus décontenançant. La voix de Jelinek est très originale. Elle part dans tous les sens, sans jamais vraiment s'arrêter, sans lâcher-prise. C'est littéralement une écrivaine de génie et elle est pour moi ce que j'ai lu de mieux depuis plusieurs années avec les Roberto Bolano, Cormac McCarthy et Herta Müller, entre autres.

L'auteur nous introduit aussi à Sartre et Camus, le temps de quelques passages délectables sur ces deux grands auteurs. (De Camus elle dit même qu'il est sur-nihiliste, en ce sens qu'il a une philosophie du néant dans le néant. Qu'il voit l'absurdité dans le néant alors que le message de Jelinek semble être de voir une certaine rationalité, un système dans le néant.)

Mais par-dessus tout, ce qui frappe dans le roman, ce sont les personnages. La facilité avec laquelle ils commettent leurs gestes ultra-violents. On ne sort pas indemne de cette lecture même si le roman n'est pas de la trempe d'"Enfants des morts".

jeudi 22 mars 2012

Ritournelle de la faim, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Ma mère, quand elle m’a raconté la première du Boléro, a dit son émotion, les cris, les bravos et les sifflets, le tumulte. Dans la même salle, quelque part, se trouvait un jeune homme qu’elle n’a jamais rencontré, Claude Lévi-Strauss. Comme lui, longtemps après, ma mère m’a confié que cette musique avait changé sa vie. Maintenant, je comprends pourquoi. Je sais ce que signifiait pour sa génération cette phrase répétée, serinée, imposée par le rythme et le crescendo. Le Boléro n’est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l’histoire d’une colère, d’une faim. Quand il s’achève dans la violence, le silence qui s’ensuit est terrible pour les survivants étourdis. J’ai écrit cette histoire en mémoire d’une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans.

Plusieurs auteurs que j'adore - et Le Clézio en fait partie - ont à peu près tous écrits des romans plus courts qui gravitent autour de leur immense oeuvre. Je pense à Dostoïevsky, Tolstoï, Victor Hugo et parmi les contemporains on peut citer Philip Roth, Paul Auster et Herta Müller. "Ritournelle de la faim" se veut un peu dans ce courant parce qu'il fait quelque 200 pages seulement. Mais comme c'est souvent le cas, notamment avec les auteurs cités plus haut, ce court roman n'était vraiment pas nécessaire.

La quatrième de couverture ne nous apprend pas grand chose sur l'histoire en tant que telle (c'est une citation de la dernière page du roman). Donc, pour résumer, l'histoire est assez disparate, entre autres parce que nous n'embarquons seulement qu'à la fin du roman. On suit Ethel, le personnage principal et mère de l'auteur. Née dans une famille bourgeoise et originaire de l'île Maurice, on assiste à la fameuse prise du contrôle (raciste) par Pétain, au temps de la guerre. Mais l'écrivain nous raconte cela par la petite histoire plus souvent que par la grande histoire. Je pourrais dire que le bouquin est rempli d'"Instant".

Mais somme toute, nous assistons à l'ennui littéraire. C'est le livre de Le Clézio le plus faible que j'ai lu jusqu'à présent. Il n'y a absolument rien de creusé et on sent presqu'un manque d'imagination de l'auteur du "Chercheur d'or". Il y a encore une fois une légèreté dans la prose, mais ici elle est plutôt mal venue. En tout cas, malgré sa brièveté et sa légèreté (pour un sujet sérieux), j'avais hâte de le terminer. Ce qui est habituellement mauvais signe...

mardi 20 mars 2012

Le chercheur d'or, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : En 1892, sur la côte ouest de l''île Maurice, Alexis, le narrateur, et sa sœur Laure (huit et neuf ans) vivent heureux avec leurs parents dans le secret de l'Enfoncement du Boucan. Mais le père, doux rêveur, fait faillite tandis qu'un cyclone ravage la région. Plongée dans la misère, la famille émigre à Forest Side où, avant sa mort, le père a rassemblé des documents relatifs à l'or du Corsaire, toujours caché, croit-il, dans un ravin de l'Anse aux Anglais, à Rodrigues, une île volcanique perdue dans l'océan Indien. En 1910, sur le schooner Zeta, Alexis part pour Rodrigues y entreprendre une recherche qui, au fil des jours, devient de plus en plus chimérique. S'il ne sombre pas dans le désespoir et la solitude, c'est grâce à Ouma, la jeune «manaf» qui lui offre en silence son corps, son cœur et le soleil face à la mer. En 1915, répondant à l'appel de Lord Kitchener, Alexis s'engage dans l'armée anglaise et part pour le front en France, sur l'Ancre et sur la Somme. En 1922, la guerre finie, il rejoint Laure à Forest Side, assiste à la mort de Mam. Replié à Mananava, avec Ouma, il rêve du bonheur, mais Ouma se dérobe et disparaît. Alexis a mis beaucoup de temps pour comprendre que sa folle quête de l'or du Corsaire ne pouvait se résoudre qu'au fond de lui, dans sa passion de vivre. L'or vrai, c'est la mer et les étoiles. L'or, c'est l'amour. L'or, c'est son âme. Cet or-là ne se laisse enfin saisir qu'après un dur «journal de bord» où la paix de la beauté l'emporte sur l'amertume de l'expérience.

Le Clézio me déçoit rarement et en fait, c'est arrivé seulement qu'une fois, lors de ma dernière lecture, soit pour "La quarantaine". Pour celui-ci, "Le chercheur d'or", j'ai adoré. Un peu construit à la manière du "Poisson d'or" et de "Étoile errante", le présent roman s'inscrit donc dans la mouvance des romans initiatiques.

En plus, "Le chercheur d'or" contient plusieurs thèmes chers à cet écrivain. L'expédition, l'aventure, le dépaysement et la recherche de soi forment une bonne partie du roman. Mais par dessus tout, c'est un roman sur la mer. Cette mer est omniprésente non seulement comme sujet mais aussi comme moyen utilisé par l'auteur pour en arriver à ses fins. Par ceci, j'entends qu'il l'a décrit, il s'en sert abondamment pour ses descriptions, pour sa trame, pour son intrigue. On a donc sous nos yeux une plume tout en légèreté, en calme mais parfois aussi, en déchaînement. On retrouve avec ce bouquin un Le Clézio en pleine possession de ses moyens littéraires.

Écrit à la première personne, cette histoire nous transporte vers la mer, vers l'horizon. Elle n'a pas vraiment de défaut et ce qui me plaît en littérature se retrouve dans ce roman. Notamment, le fait que le récit se produit sur une longue période de temps nous permet de voir l'évolution du personnage comme le prescrit le récit initiatique. On retrouve aussi un aspect "biographique" de l'auteur, même si moins prononcé que dans "La quarantaine". L'île Maurice y joue encore une fois son rôle. Bref, un bon Le Clézio sans grande surprise cependant.

dimanche 18 mars 2012

La quarantaine, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: "Que reste-t-il des émotions, des rêves, des désirs quand on disparaît ? L'homme d'Aden, l'empoisonneur de Harrar sont-ils les mêmes que l'adolescent furieux qui poussa une nuit la porte du café de la rue Madame, son regard sombre passant sur un enfant de neuf ans qui était mon grand-père ? Je marche dans toutes ces rues, j'entends le bruit de mes talons qui résonne dans la nuit, rue Victor-Cousin, rue Serpente, place Maubert, dans les rues de la Contrescarpe. Celui que je cherche n'a plus de nom. Il est moins qu'une trace moins qu'un fantôme.Il est en moi, comme une vibration, comme un désir, un élan de l'imagination, un rebond du coeur, pour mieux m'envoler. D'ailleurs je prends demain l'avion pour l'autre bout du monde. L'autre extrémité du temps."

Je termine cette lecture avec un avis pour le moins mitigé. Après une "Étoile errante" remarquable et de très bons romans comme "Onitsha" et "Poisson d'or", je commençais la lecture de "La quarantaine" en étant persuadé que j'apprécierais autant que ces trois bouquins. En plus, de ce que j'ai lu sur internet, "La quarantaine" avait eu d'excellente critique. La quatrième de couverture m'intriguait de même que le résumé qu'on peut trouver un peu partout. Et par dessus tout, ce roman était présenté comme une autobiographie de Le Clézio, à tout le moins comme un récit familial. Donc, je me jetais dans les bras de cette lecture avec enthousiasme.

Eh bien non. Ce fut une lecture ardue, parce qu'on ne sait plus trop où l'auteur veut nous emmener. Parfois, c'est lui qui parle, d'autres fois ce sont les journaux intimes des personnages. Grossièrement, c'est l'histoire de ses grands-parents (grand-père maternel, plus particulièrement) et de leur expédition vers l'île Maurice, lieu central dans la vie de cet écrivain. Ils atterriront finalement sur un îlot au large de l'île Maurice. Mais parce qu'il n'a pas vécu l'histoire qu'il nous raconte, j'ai senti un Le Clézio hésitant, moins habile qu'à l'habitude. Sa plume est elle aussi plus faible que ce qu'il nous a habitué et elle est moins poétique. Il maîtrise peut-être son sujet, mais le résultat n'est pas probant.

Aussi, on ne s'attache pas aux personnages. Il y a un trop plein de subtilité dans ce roman. Habituellement, cette subtilité nous donne de très bons livres, mais ici cette subtilité est mal employée. On lit des intrigues plus ou moins intéressantes. C'est souvent ennuyeux.

Par contre, cela reste du Le Clézio et ainsi, ce n'est pas tout à fait raté. Jusqu'à maintenant, c'est certainement le moins bon que j'ai lu de cet auteur. Mais trêve de bavardage, parce que je plonge dans le "Chercheur d'or" d'ici quelques minutes.

mercredi 14 mars 2012

Étoile errante, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Pendant l'été 1943, dans un petit village de l'arrière-pays niçois transformé en ghetto par les occupants italiens, Esther découvre ce que peut signifier être juif en temps de guerre : adolescente jusqu'alors sereine, elle va connaître la peur, l'humiliation, la fuite à travers les montagnes, la mort de son père. Une fois la guerre terminée, Esther décide avec sa mère de rejoindre le jeune État d'Israël. Au cours du voyage, sur un bateau surpeuplé, secoué par les tempêtes, harcelé par les autorités, elle découvrira la force de la prière et de la religion. Mais la Terre promise ne lui apportera pas la paix : c'est en arrivant qu'elle fait la rencontre, fugitive et brûlante comme un rêve, de Nejma, qui quitte son pays avec les colonnes de Palestiniens en direction des camps de réfugiés. Esther et Nejma, la Juive et la Palestinienne, ne se rencontreront plus. Elles n'auront échangé qu'un regard, et leurs noms. Mais, dans leurs exils respectifs, elles ne cesseront plus de penser l'une à l'autre. Séparées par la guerre, elles crient ensemble contre la guerre. Comme dans "Onitsha", avec lequel il forme un diptyque, on retrouve dans "Étoile errante" le récit d'un voyage vers la conscience de soi. Tant que le mal existera, tant que des enfants continueront d'être captifs de la guerre, tant que l'idée de la nécessité de la violence ne sera pas rejetée, Esther et Nejma resteront des étoiles errantes.

C'est le roman de Le Clézio que j'ai préféré, jusqu'à maintenant. J'apprends avec cette quatrième de couverture - très complète d'ailleurs - que "Étoile errante" forme un diptyque avec "Onitsha" que j'avais aussi adoré. C'est vrai que ces deux romans ont plusieurs points en communs, mais on peut les lire séparément sans problème. Ce ne sont pas les mêmes personnages, la même histoire, etc. Par contre, ils ont les mêmes thèmes de la fuite, de l'évasion forcée - ou presque - et du dépaysement. Mais je crois que "Étoile errante" est encore plus puissant que "Onitsha".

La quatrième de couverture passe rapidement sur la période de la guerre (1943 dans le roman). Mais cette partie couvre quasiment la moitié du récit. Ce que j'ai beaucoup aimé, parce que les descriptions de Le Clézio sont toutes en poésie. Ensuite - après cette partie - les différents chapitres du roman amènent une profondeur à la prose et à l'histoire en tant que telle. On peut passer d'une narration à la première personne à un narrateur omniscient. Lors des passages plus intimistes, à la première personne, j'ai cru remarquer que l'auteur change quelque peu son style pour faire des phrases plus courtes, plus concises et davantage crédibles pour une jeune fille (la narratrice et personnage principal). C'est réussi et je peux dire que tout est très bien écrit dans ce roman. Un de mes préférés des dernières années.

Pour terminer, ce qui m'a plu, en particulier, c'est la puissance de la poésie. Sur ce point, et sur bien d'autres, c'est de loin le meilleur de Le Clézio. En plus, chaque thème de ce roman me plaît et il situe même son action à Montréal, le temps de quelques pages. Cet auteur semble très attaché au Québec et après Montréal dans celui-ci, il nous parle de Rivière-du-Loup dans "Ourania".

Décidément, j'aime de plus en plus ce grand écrivain.

samedi 10 mars 2012

Poisson d'or, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: "Quem vel ximimati in ti teucucuitla michin"
Ce proverbe nahuatl pourrait se traduire ainsi ; "Oh poisson, petit poisson d'or, prends bien garde à toi ! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde". Le conte qu'on va lire suit les aventures d'un poisson d'or d'Afrique du Nord, la jeune Laïla, volée, battue et rendue à moitié sourde à l'âge de six ans, et vendue à Lalla Asma qui est pour elle à la fois sa grand-mère et sa maîtresse. À la mort de la vieille dame, huit ans plus tard, la grande porte de la maison du Mellah s'ouvre enfin, et Laïla doit affronter la vie, avec bonne humeur et détermination, pour réussir à aller jusqu'au bout du monde.

Je lisais dernièrement que le grand critique littéraire Harold Bloom n'aime pas Le Clézio. Il affirme même que ses romans sont illisibles. J'imagine qu'il entend par cela qu'il est ennuyeux, avec une plume médiocre, etc. Mais faut dire que Bloom est généralement très critique des prix Nobel de littérature. Le seul écrivain des dernières années qui en vaut la peine, selon lui, c'est José Saramago. Bloom a aussi une admiration pour Cormac McCarthy, Philip Roth et quelques autres. Donc, malgré le fait que j'aime aussi ces trois auteurs, je crois, contrairement à lui, que Le Clézio est un grand auteur. Il nous le prouve encore une fois avec "Poisson d'or".

C'est un roman rempli de poésie, une ode à la vie avec ses hauts et ses bas. Je croyais au départ, notamment avec un titre semblable, que "Poisson d'or" serait une allégorie initiatique. Eh bien non. C'est un roman initiatique en tant que tel, fait selon les règles, avec un personnage qui grandit sous nos yeux, au sens propre et figuré et qui termine son récit plus évolué qu'au départ. Écrit à la première personne, on suit une fillette volée qui parcourra le monde sous nos yeux. En seulement 250 pages, Le Clézio parvient à nous éblouir par moment, comme il parvient à nous faire réfléchir.

Par contre, je crois que "Poisson d'or" n'est pas son meilleur et qu'il est loin d'être un roman parfait. Il est trop près du roman jeunesse, genre littéraire que je ne lis jamais. Aussi, les aventures de la jeune Laïla (la narratrice et personnage principal) ne sont pas assez creusées, ce qui en fait un livre trop mince pour ses promesses. Bref, pour terminer, c'est une belle lecture mais sans surprise, surtout quand on a déjà lu Le CLézio. C'est un bon résumé de son oeuvre, mais sans plus.

mercredi 7 mars 2012

Jessie, Stephen King



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Par curiosité, par amusement, par amour peut-être, Jessie s'est longtemps prêtée aux bizarreries sexuelles de Gerald, son mari. Puis un jour, elle s'est rebellée. Débattue. Avec une violence qu'elle ne soupçonnait pas. Et à présent la voilà nue, enchaînée à un lit, dans une maison perdue, loin de tout. Un cadavre à ses pieds... Un mauvais rêve ? Non. L'horreur ne fait que commencer. Et jamais le maître de l'épouvante ne nous a encore emmenés aussi loin dans la terrifiante exploration de nos phobies et de nos cauchemars...

Je m'amuse souvent à dire que Stephen King est le meilleur des moins bons écrivains. Par ceci, j'entends que dans le thriller (au sens large), je crois qu'il est le plus digne représentant et qu'il sera encore lu dans plusieurs années, contrairement aux autres qui tomberont fort probablement dans l'oubli. Et je dois dire que j'adore Stephen King, j'ai lu tous ses livres et quelques-uns sont, selon moi, des chefs-d'oeuvre. Notamment "La tour sombre", "Ça", "Salem", "Chantier" et "Le fléau".

Quant à "Jessie", il avait reçu de mauvaises critiques à sa sortie et la première fois que je l'avais lu, je n'avais pas aimé. Sauf qu'aujourd'hui, lors d'une relecture, il m'a plutôt plu. L'intrigue est faible (on parle d'une fille menottée à un lit pendant plusieurs heures et seulement un chien et un visiteur inconnu viennent faire leur tour) mais plus le roman avance et plus l'intrigue psychologique devient vivante, poignante. On ne cesse de se demander si le personnage principal sombre dans la folie ou s'il ne veut que survivre. La tension psychologique est une des forces de Stephen King et particulièrement dans ce roman. Il n'y a pas d'action en tant que telle mais tout se passe dans la tête de Jessie, ou presque.

Par contre, ce n'est pas son meilleur huis clos "psychologique". Dans le même genre, j'ai beaucoup plus aimé "Misery" et "Chantier". Ici le tout est un peu boiteux, mais c'est compréhensif étant donné la difficulté que doit représenter le développement de ce genre d'histoire, avec une situation de départ plutôt faible pour un roman de plus de 400 pages. Pour une nouvelle, cela serait acceptable, mais pour un long roman, c'est plus hasardeux.

dimanche 4 mars 2012

Ourania, J.M.G. Le Clézio



Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture: "Quand j'ai compris que Mario était mort, tous les détails me sont revenus. Les gens racontaient cela en long et en large à ma grand-mère. Mario traversait le champ, un peu plus haut, à la sortie du village. Il cachait la bombe dans un sac, il courait. Peut-être qu'il s'est pris les pieds dans une motte de terre, et il est tombé. La bombe a explosé. On n'a rien retrouvé de lui. C'était merveilleux. C'était comme si Mario s'était envolé vers un autre monde, vers Ourania. Puis les années ont passé, j'ai un peu oublié. Jusqu'à ce jour, vingt ans après, où le hasard m'a réuni avec le jeune homme le plus étrange que j'aie jamais rencontré." C'est ainsi que Daniel Sillitoe, géographe en mission au centre du Mexique, découvre, grâce à son guide Raphaël, la république idéale de Campos, en marge de la Vallée, capitale de la terre noire du Chernozem, le rêve humaniste de l'Emporio, la zone rouge qui retient prisonnière Lili de la lagune, et l'amour pour Dahlia.

Quelle surprise ce fut de voir que la ville de Rivière-du-Loup jouait un grand rôle dans ce roman. J'habite dans cette petite ville de 20 000 habitants et jamais je n'aurais cru qu'un prix Nobel de littérature comme Le Clézio, Français de surcroît, parlerait de ma petite ville québécoise dans un de ses romans. Je me demande s'il nous a déjà visité. Donc, première joie quant à ce roman.

Mais aussi, je dois admettre que c'est un très beau livre. Malgré le fait que Rivière-du-Loup est abordée, c'est avant tout un roman sur le Mexique (enfin, une partie seulement du Mexique). Constitué un peu à la manière d'"Onitsha" que j'avais aussi adoré (les deux romans racontent comment le personnage principal découvre un univers qui lui était inconnu), "Ourania" traite du paradis possible, de l'utopie réaliste, etc. C'est en fait un roman sur l'attente de l'utopie, sur le début et qui sait, peut-être débouchera-t-elle sur l'utopie globale?

J'adore ce genre d'histoire. Et pour terminer, je m'en voudrais de ne pas glisser quelques mots sur le style de l'auteur. C'est un style poétique, léger et qui est en symbiose avec l'histoire utopique, de la découverte, du voyage. Sans aucun doute, c'est une bonne et surtout une belle lecture.

vendredi 2 mars 2012

Tempête sur la ville, Maxime Gorki



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Okouroff est une petite ville de 7000 habitants, dans l'immensité de l'empire tsariste, endormie au bord d'une rivière. Sur une rive, vivent les commerçants et les notables. Sur l'autre, il y a le faubourg où s'entassent les pauvres et où l'on trouve le Paradis, le bordel de la ville. Deux rives, deux mondes antagonistes. Jacques Tiounoff, le borgne, est revenu dans la ville après une longue absence. Il tient des propos étranges qui inquiètent. Il parle de réformes, de liberté, d'un monde qui change, de révolution...Les policiers s'inquiètent, les esprits s'échauffent. Un meurtre est commis un soir au "Paradis" et on se bat dans les rues de la ville, en principe entre les partisans et les adversaires du meurtrier. En réalité, parce que réellement, deux mondes s'affrontent. Le tonnelier infatigable travaille quelque part et ses coups sonnent à intervalles réguliers. Boum-boum-boum. Comme tous les jours dans la petite ville. Et c'est un glas qui annonce d'autres tempêtes.

Au cours des dernières années, j'ai lu le plus possible les classiques russes, notamment Dostoïevsky, Tolstoï, Gogol et Boulgakov. En étudiant davantage l'histoire russe, un nom revenait sans cesse et c'était Gorki. Celui-ci était relié au réalisme socialiste et il était ami avec les bolcheviks de Lénine et ensuite de Staline. Je voulais commencer avec une de ses oeuvres majeures, "La mère", mais j'ai seulement déniché ce très court roman qu'est "Tempête sur la ville".

Tout d'abord, le style de Maxime Gorki m'a plu dès les premières pages. Il représente bien le style à mi-chemin des classiques et du roman contemporain. Par contre, ce n'est pas le plus original qu'on puisse trouver. Il est assez conformiste. Ensuite, le réalisme socialiste est bien ancré dans cette histoire où la révolution qui suivra n'est pas très loin (Gorki l'a écrit en 1910 et nous savons que la révolution russe, bolchevik, eut lieu en 1917). Marx est même évoqué dans le roman ainsi que Tolstoï (que Gorki a déjà rencontré soit dit en passant). Alors, tous les éléments pour en faire une histoire socialiste sont réunis.

Tout cela est bien beau, mais j'arrive maintenant au plus grand défaut de ce récit. Et c'est la brièveté du roman lui-même. Avec seulement 180 pages, l'auteur n'a pas le temps de bien développer son histoire. En plus, contrairement aux contemporains, les auteurs classiques prennent plus de temps pour les descriptions et pour placer l'intrigue, les personnages, etc. Ce qui en résulte en une sorte de bâclage, vers la fin. J'ai resté sur ma faim littéraire.

Alors pour terminer, est-ce que je peux dire que Gorki a sa place parmi les grands auteurs russes (mes préférés à l'international)? Fort probablement. Mais je reviens au défaut de ce roman. Je n'ai pas eu assez de temps avec l'auteur pour l'affirmer hors de tout doute. En plus, il est mal édité en français et donc, très difficile à trouver.