"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

samedi 25 décembre 2010

L'homme inquiet, Henning Mankell



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Wallander a réalisé ses rêves : vivre à la campagne avec son chien. Et il est devenu grand-père d’une petite Klara. Sa fille Linda vit avec le père de l’enfant, incroyable mais vrai, un financier aristocrate. Le beau-père de Linda, ancien officier de marine haut gradé, disparaît après avoir évoqué avec Wallander la guerre froide et les sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises. Puis la belle-mère est retrouvée morte. Soupçons d’espionnage. Au profit de la Russie ? Des Etats-Unis ? Wallander mène une enquête parallèle à celle de la police de Stockholm et des services secrets.

Mankell est un très bon auteur de romans policiers(et autres). Avec "L'homme inquiet" il nous raconte la dernière enquête de son détective fétiche, Kurt Wallander. Par contre, il mêle ici l'enquête policière dont on est habitué et le roman d'espionnage.

C'est relativement réussi comme exercice. Henning Mankell s'en sort bien, comme toujours, avec une écriture efficace et sans fioriture. Il nous fait vivre le cheminement de Wallander depuis ses débuts avec de constants retours en arrière. Ça sent la recette du dernier roman (de la dernière enquête d'un détective) mais on embarque quand même dans l'aventure. On passe un agréable moment de lecture mais ce ne sera certainement pas un classique du genre. Le "Poirot quitte la scène" d'Agatha Christie est de beaucoup supérieur.

Finalement, Mankell ne nous livre pas l'enquête la plus intéressante de Wallander. Mais une fois qu'on a lu les précédentes enquêtes avec le détective Wallander, celle-ci prend tout son sens. Sans être en présence d'un chef-d'oeuvre, on ne regrette pas non plus notre lecture. Adieu Wallander!

vendredi 17 décembre 2010

Le troisième reich, Roberto Bolano



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : Udo Berger, vingt-cinq ans, est passionné par les jeux de guerre. En compagnie de sa fiancée, Ingeborg, il part quelques jours sur la Costa Brava, dans l'hôtel tenu par la belle Frau Else. Dans sa chambre, Ugo installe une grande table afin d'établir de nouvelles stratégies pour son jeu, "Le Troisième Reich ". La nuit venue, le couple rencontre deux autres Allemands, Charly et Hanna. Lorsqu'ils descendent sur la plage, l'imprévisible Charly leur présente certains locaux : le Loup et l'Agneau, deux personnages mystérieux, ou encore le Brûlé, un homme défiguré dont personne ne sait rien, même si le bruit court qu'il serait étranger et aurait été torturé dans son pays... Texte inédit écrit en 1989, Le Troisième Reich est un roman splendide des débuts de Roberto Bolaño. S'y trouvent certains thèmes chers à l'auteur - remaniés et amplifiés dans ses textes ultérieurs - comme les formes étranges que peut prendre le nazisme ou l'idée que la culture - les jeux ou la littérature - se confond avec la réalité.

Avant de commencer ma critique, j'aimerais vous citez les deux premières lignes du roman. Je ne le fais jamais mais Bolano a une très belle plume et cette première phrase du bouquin en est la preuve:

"Par la fenêtre pénètrent la rumeur de la mer mêlée aux rires des derniers noctambules [...]."

Avec Dostoievski, à égalité en fait, Roberto Bolano est mon auteur préféré. Quand on referme un livre de Bolano, on est tourmenté pour une longue période. Il est difficile à critiquer parce que ses romans ne sont jamais à quoi on s'attendait. En plus, ils sont souvent comme un tableau vague, brumeux, mais qui nous dévoile une grande oeuvre quand on s'y attarde.

Dans "Le troisième reich", c'est exactement cela, soit un roman à la profondeur sans borne. C'est bien écrit, mais étant donné que c'est seulement son deuxième roman, on voit très vite qu'il n'atteint pas le niveau de "2666" ou "Les détectives sauvages". Je m'attendais à une métaphore sur le nazisme, mais c'est plutôt un roman comme seul Roberto Bolano sait le faire que j'ai lu. Un roman qui décrit en fait le vide de l'existence. Essentiellement. Après avoir lu trois romans de ce génie des lettres, j'ai maintenant compris que Bolano écrit sur la condition humaine. Son vide. Ses tourments. Sa poésie.

Finalement, si vous n'avez jamais lu cet écrivain, je vous conseille de commencer par "2666" et non par "Le troisième reich". Par contre, ce dernier plaira aux grands fans de Bolano, dont je suis. Il ajoute une couche à l'oeuvre exceptionnelle de ce Dieu littéraire.

mardi 14 décembre 2010

Crime et châtiment, Dostoievski



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture : Crimes, prisons, décapitations, autant de thèmes qui parcourent en tous sens l'art depuis la Révolution française et ses premières tentatives d'abolir la peine de mort. Qu'il soit politique ou crapuleux, le crime de sang décuple par l'image sa puissance fantasmatique sur nous. Car la violence, même si elle n'est pas assortie de l'expression du plaisir, en apporte au spectateur, quelle que soit sa répulsion première. Des représentations littérales aux allégories de toutes sortes, la peinture confirme à foison cette ambiguïté fondamentale: des pendus de Victor Hugo à La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime de Pierre Paul Prud'hon. De nouveaux thèmes s'imposent à l'imaginaire, telle la femme criminelle. Stigmatisée par Jacques Louis David, réhabilitée par Paul Baudry puis noircie à nouveau par Edvard Munch, Charlotte Corday rejoint ainsi les figures du mythe. Se pose aussi la question des rapports entre folie, génie et crime, des prisonniers d'Eugène Delacroix à ceux d'Egon Schiele. Les plus grands artistes sont ceux chez qui la représentation exaspérée du crime ou de la peine capitale aboutit au saisissement maximum, de Francisco Goya et Théodore Géricault à Edgar Degas, Pablo Picasso, Otto Dix, George Grosz. Paria social, monstre conscient ou tueur irresponsable, le criminel a toujours fait débat. De même, son châtiment. Il n'est pas de meilleur miroir de l'homme et de l'art modernes.

Depuis un certain temps, Fedor Dostoievski est mon écrivain préféré. Il n'y a pas mieux que Dostoievski pour sonder l'âme humaine, comme l'a si bien décrit le Laroussse. En plus, cet auteur a une plume inégalable et est le pionnier des dialogues intérieurs, ce qu'on retrouve maintenant avec plusieurs écrivains.

Pour "Crime et châtiment", Dostoievski poursuit son oeuvre avec un roman très psychologique. Sans entrer dans les détails de l'intrigue, disons simplement qu'on a le droit à un questionnement fort intéressant d'un homme qui vient de commettre un meurtre atroce. Quasiment tout le bouquin tourne autour de ce questionnement. Bien sûr que plusieurs personnages viennent se greffer petit à petit dans cette histoire, mais le roman demeure très centré sur le personnage principal et ses tourments. C'est un roman psychologique au possible, beaucoup plus que ce que je m'attendais.

Finalement, voici donc une grande oeuvre. L'épilogue est une des plus belles qu'il m'ait été donné de lire. Écrit en seulement 3 mois(?!?) par Dostoievski, ce livre nous fait passer par toute la gamme des émotions. On en vient même à aimer l'assassin...

mercredi 8 décembre 2010

Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom



Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture : Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé somme le Dr Breuer de rencontrer Friedrich Nietzsche. Encore inconnu du grand public, le philosophe traverse une crise profonde due à ses relations orageuses avec Lou Salomé et à l’échec de leur ménage à trois avec Paul Rée. Friedrich Nietzsche ou le désespoir d’un philosophe. Le Dr Breuer, l’un des fondateurs de la psychanalyse. Un pacte secret, orchestré par Lou Salomé, sous le regard du jeune Sigmund Freud. Tout est là pour une magistrale partie d’échecs entre un patient extraordinaire et son talentueux médecin. Mais qui est le maître ? Qui est l’élève ? Qui soigne qui ? Et c’est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, intense, drôle et machiavélique, que nous convie Irvin Yalom.

Après avoir lu l'excellent roman "La méthode Schopenhauer" de cet auteur, j'ai maintenant complété la lecture de son premier roman publié, "Et Nietzsche a pleuré". Première impression : c'est un très bon roman!

En effet, j'ai adoré ce livre. Habituellement, le premier roman d'un auteur est moins bien écrit et l'histoire plus disparate. Pas ici. Et même, on peut dire que ce roman est mieux écrit que "La méthode Schopenhauer". Peut-être y a-t-il eu un long travail de réécriture et d'édition, mais j'ai trouvé le style d'écriture superbe.

L'histoire est elle aussi magnifique. Nietzsche est très bien mis en scène et sans artifice inutile. Même si c'est de la fiction, tout semble plausible. On en apprend beaucoup aussi à travers cette oeuvre. Il y a beaucoup de citations intéressantes de Nietzsche et pour ceux qui connaissent mal l'oeuvre de ce très grand philosophe, et bien, ils apprendront à la connaître. Personnellement, j'ai tout lu de Nietzsche et je peux donc affirmer que Yalom a fait un travail remarquable.

Au final, voici un roman qui devrait plaire à tous. Les débutants (de l'oeuvre de Nietzsche, de la psychologie, de la philosophie) comme les érudits. Le thème de la psychologie est abondamment présent et traité de manière juste. La philosophie aussi. Vous ne pouvez pas vous tromper avec ce bouquin. C'est vraiment un grand roman!

dimanche 5 décembre 2010

Lignes de faille, Nancy Huston



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n’est le sang. Pourtant, de l’arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente. Monstrueuses ou drôles, attachantes ou désespérées, les voix de Sol, Randall, Sadie et Kristina – des enfants de six ans dont chacun est le parent du précédent – racontent, au cours d’une marche à rebours vertigineuse, la violence du monde qui est le nôtre, de San Francisco à Munich, de Haïfa à Toronto et New York. Quel que soit le dieu vers lequel on se tourne, quelle que soit l’époque où l’on vit, l’homme a toujours le dernier mot, et avec lui la barbarie. C’est contre elle pourtant que s’élève ce roman éblouissant où, avec amour, avec rage, Nancy Huston célèbre la mémoire, la fidélité, la résistance et la musique comme alternatives au mensonge.

C'est le premier roman de Nancy Huston que je lis. Par contre, j'ai lu deux de ses essais il n'y a pas si longtemps. J'avais bien aimé. "Professeur de désespoir" fut le premier et "L'espèce fabulatrice" étant le deuxième. Quand je lisais ces deux essais, il m'est venu à l'esprit que Nancy Huston avait une plume toute désignée pour l'essai. Je doutais donc de sa capacité à faire de bons romans, mais surtout je doutais de sa plume. Un essai n'est jamais un roman, surtout pour le style d'écriture. Et bien, je ne me suis pas trompé de beaucoup. Bien que ce roman ne soit pas mauvais, on est loin du chef-d'oeuvre.

En effet, sa plume est trop "quelconque" selon moi pour le roman. Elle sait écrire mais là n'est pas la question. Je pense qu'elle ne sort pas assez des sentiers battus. Elle ne prend pas assez de risques. En tout cas pas assez pour devenir une très grande écrivaine, selon moi.

Le roman tient la route. Il livre la marchandise. Cependant, je ne peux pas dire que j'ai été envoûté par lui. En plus d'avoir une plume dans les standards, ce roman a quelques défauts dans son contenu, comme le fait qu'on suit les pensées de jeunes de 6 ans alors qu'au minimum ces jeunes devraient avoir 10 ans tellement leurs pensées sont profondes et développées. À chaque page ce constat me venait à l'esprit.

Les thèmes du roman sont par contre accrocheurs et bien traités. L'auteure évoque la guerre, la religion et la famille à des périodes différentes de l'histoire. C'est bien fait et on se questionne constamment. En plus, en traitant différentes générations, tout le monde ou à peu près y trouvera son compte.

Finalement, Nancy Huston ne m'a pas complètement conquis avec "Lignes de faille". C'est peut-être dû à mes dernières lectures qui furent remarquables. Je sais pas. Mais chose certaine, je vais probablement oublier ce roman aussi vite que je l'ai lu. Ce qui n'est habituellement pas bon signe pour revenir lire un écrivain.

mercredi 1 décembre 2010

Le voyage d'Anna Blume, Paul Auster



Ma note : 8,5/10

Voici la quatrième de couverture : In the Country of Last Things est le titre original du Voyage d'Anna Blume. De ce " pays des choses dernières " où elle tente de survivre au froid, aux prédations et au désespoir, Anna Blume - venue chercher son frère disparu, William - écrit une longue lettre dont on ne sait si elle trouvera jamais son destinataire : ses errances dans une ville aux rues éventrées, sa lutte pour subsister parmi les " chasseurs d'objets " et les " ramasseurs d'ordures ", la mort omniprésente, la difficulté de vivre des amours durables... revêtent ici une force symbolique d'une actualité étonnante. Et cette lettre, en même temps qu'elle éveille en lui un passé de terreurs et d'apocalypse, interroge d'insidieuse façon le lecteur sur son rapport au monde... et au langage.

J'aime beaucoup Paul Auster. Son style d'écriture est splendide et il est le maître de la "poupée russe" littéraire, soit des romans qui contiennent plusieurs illusions ou plusieurs autres romans en un seul. On croit lire un roman quelconque mais il revire la situation et on s'aperçoit qu'on ne lisait pas nécessairement ce qu'on pensait. Dans les romans de Paul Auster, il y a donc emboîtement d'histoires différentes, de narrateurs différents aussi. Le tout fait avec une main de maître pour notre plus grand plaisir.

Pour "Le voyage d'Anna Blume" la situation n'est pas différente. C'est un mystérieux personnage qui nous lit la lettre qu'il a trouvée, écrite par Anna Blume. Cette lettre étant écrite d'un endroit très différent du nôtre. Tout le roman repose sur la description de la cité où Anna Blume se trouve. Le coup de génie de Paul Auster avec ce roman est que cet endroit est très différent de notre monde mais quand on le lit comme une métaphore, - de notre monde, de nos villes (New york en particulier)- on peut y faire des liens. L'endroit où se trouve Anna Blume est très intéressant, c'est le moins que l'on puisse dire, et l'ambiance qu'a réussi à créer Paul Auster est magique. C'est un véritable coup de maître ce roman!

Finalement, j'aurais aimé mettre une note plus haute pour ce roman(je l'ai tellement aimé) mais comme à chaque fois que je lis Paul Auster il manque un petit je-ne-sais-quoi pour crier au chef-d'oeuvre. À chaque fois c'est la même chose. C'est difficile à expliquer, mais on finit la lecture en ayant le sentiment que l'auteur a passé à côté de quelque chose d'exceptionnelle. Ne vous méprenez pas, c'est très bon comme roman. C'est à lire absolument, mais il manque quelque chose. Un petit quelque chose...