"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mardi 25 novembre 2014

Open City, Teju Cole


Ma note: 4/10

Voici la quatrième de couverture: Jeune Nigérian interne en psychiatrie, hanté par une rupture, Julius trompe sa solitude en arpentant New York. De rencontres fortuites – professeur de lettres déclinant, cireur haïtien, patients –, en rêveries ou résonnent l'œuvre de Mahler et l'architecture de la ville, ses déambulations dessinent un paysage humain cosmopolite, à la fois déchiré et uni par la question de l'autre.

Il y a très peu de jeunes auteurs présentés sur ce blogue. Et pour cause ! Chaque fois que j'en lis un, je reste déçu pendant quelques jours. On vit à une époque où les « distractions » sont nombreuses et la technologie a polluée notre esprit, notre manière de penser. Les cerveaux ne fonctionnent plus de la même façon, ils changent parfois pour le meilleur, et en littérature, on pourrait dire pour le pire. Qu'on le veuille ou non, les écrivains contemporains n'ont plus le temps de se mettre au travail avec sérieux, comme Flaubert le faisait en prenant cinq ans pour écrire ses chefs-d'œuvre, et la technologie est la principale responsable. Avec les médias sociaux, c'est encore pire. Les écrivains « titanesques » sont donc rares. On peut compter là-dedans Don DeLillo, Cormac McCarthy, Philip Roth et quelques autres. Ainsi, ils sont tous vieux. La télé a commencé le travail de démolition des cerveaux littéraires au milieu du siècle, lorsque davantage de gens y avaient accès, et l'écran d'ordinateur (et autres petits écrans) a terminé le travail. Alors, mes attentes pour un écrivain de 39 ans comme Teju Cole étaient basses. Par contre, c'est encore pire que ce que je pensais. Le travail de démolition est rendu vraiment loin sachant que ce Cole est perçu comme une valeur sûre de sa génération. Il a gagné de prestigieux prix et Philip Roth en a même dit de bons mots. Mais il faut lui donner qu'il représente bien sa génération parce qu'il se sert des outils technologiques pour promouvoir son œuvre et sa personne. L'intelligentsia américaine new-yorkaise semble être en amour avec lui, il apparaît dans nombre de classements des écrivains les plus prometteurs. Teju Cole est né à Cleveland dans le Michigan en 1975, il a grandi en Afrique avant de revenir habiter aux États-Unis.

Avec « Open City », il nous ressort ce genre de roman sans réelle intrigue où le narrateur (c'est-à-dire l'auteur lui-même) se promène dans la grande ville : « Et donc, quand j'ai commencé ces marches le soir, l'automne dernier Morningside Heights m'est apparu comme un endroit pratique d'où partir dans la ville. » Après quelques lignes de descriptions sur New York, Cole poursuit avec un des plus grands clichés de l'histoire de la littérature, celui de l'errance sans but (ce qui, soit dit en passant, laisse présager le pire pour le reste du roman) : « Peu de temps avant que ne commence cette errance sans but, j'avais pris l'habitude d'observer les migrations des oiseaux depuis mon appartement et je me demande aujourd'hui si les deux sont liés. » Les « je, me, moi » sont très nombreux durant tout le roman (une autre facette de Cole qui représente bien sa génération d'écrivains). Marcher était pour lui sans but au commencement mais c'est en marchant qu'il trouva un intérêt à cette activité, en plus d'un effet thérapeutique. Le narrateur (à la différence de l'auteur) est médecin et l'on ne sent pas de talent d'écrivain dans sa prose (ce qui n'est certainement pas voulu). Après trente pages on se demande si ces errances auront une fin. J'apprécie généralement les romans « littéraires » sans intrigue, sans suspense, en autant qu'ils nous offrent une prose poétique originale. Ce qui n'est vraiment pas le cas ici. La poétique urbaine de Teju Cole ne fonctionne pas. À la page 31, le narrateur nous apprend qu'il n'y a pas de blancs à Harlem la nuit et que les blockbusters sont en train de disparaître, ce qui, au mieux, est complètement sans intérêt et démontre que les  Américains se croient supérieurs pour penser que les problèmes des clubs vidéo des États-Unis intéresseront les lecteurs étrangers.

Même lorsque le narrateur parle de ses lectures, il ne parvient pas à me happer, pourtant s'il y a un sujet qui m'intéresse c'est bien celui-là. Il fait quelques listes de livres qu'il lit à différentes périodes. En voici un exemple : « Cet automne-là je voletais de livre en livre : La chambre claire de Barthes, Télégrammes de l'âme de Peter Altenberg, Le dernier Ami de Tahar Ben Jelloun, entre autres. » Il n'y a pas vraiment d'intérêt à lire ce roman et comme je l'écrivais plus haut, il ne sait même pas pourquoi il commence ces marches. En fait, je crois qu'il les commence pour seulement écrire un roman. En tout cas, ces marches fatiguent le narrateur : « Je me suis trouvé plus fatigué, aussi, après avoir commencé ces marches. Un épuisement différent de tous ceux ressentis depuis le début de mon internat, trois ans plus tôt. » Et pour revenir à sa poésie urbaine, elle est souvent ratée, et c'est le moins que l'on puisse dire : « En surface, j'accompagnais des milliers d'autres gens dans leur solitude, mais dans le métro, debout près d'inconnus que je bousculais et qui me bousculaient pour un peu de place et une bouffée d'air, nous reproduisions des traumas non avoués et la solitude s'intensifiait. » En voici un exemple encore plus éloquent : « Les hommes exploraient les bacs de CD avec la patience d'animaux broutant et certains avaient des paniers rouges où ils déposaient ce qu'ils avaient choisi, tandis que d'autres serraient les boîtiers brillants et plastifiés contre leur poitrine. » C'est là qu'elle est rendue la littérature contemporaine ? Ses personnages sont des simulacres comme ceux des romans postmodernistes mais ici, cela n'a pas lieu d'être parce que ce n'est pas un roman postmoderniste. Avec le postmodernisme, par exemple avec les romans de Don DeLillo, ces personnages qui n'en sont pas, qui n'ont pas de profondeur, répondent à une certaine logique parce que l'auteur veut passer un message, il critique une époque, un système, les médias, etc. Teju Cole a écrit un semblant de roman réaliste, assez banal, et par moments tout simplement mal écrit. Malheureusement, on sent le travail derrière ce texte, on voit les ficelles. De plus, il reprend tous les travers des écrivains américains contemporains en citant une grande quantité de marques (Louis vuitton, entre autres) et en recyclant les clichés des médias de masse, en ayant peut-être comme but de critiquer la société mais sans jamais y parvenir. Il est extrêmement difficile d'écrire de la fiction et sans être le pire écrivain de sa génération, Teju Cole est du même niveau. Tout a été fait en littérature mais je reproche quand même à cet écrivain d'avoir choisi un des sujets les plus éculés. En plus d'apprécier davantage les écrivains de la génération précédente, je préfère les auteurs qui ont écrit tard dans leur vie comme Don DeLillo et José Saramago, deux véritables génies.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire