"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mercredi 11 décembre 2013

Ravelstein, Saul Bellow


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Abe Ravelstein est un brillant professeur de l'université de Chicago et un homme qui se targue d'avoir formé tout ce qui compte dans le monde politique. Il a vécu sur un grand pied, largement au-dessus de ses moyens. Son ami Chick, le narrateur, lui a suggéré d'exposer sa philosophie politique dans un livre destiné au grand public. A sa propre surprise, Ravelstein le fait et devient millionnaire. Durant un séjour à Paris destiné à célébrer ce succès, Ravelstein suggère à son tour à Chick d'écrire un livre sur lui et tous deux échangent des pensées sur la mort, la philosophie et l'histoire, les amours et les amis, et les anecdotes du passé. L'humeur s'assombrit à leur retour dans le Midwest et Ravelstein succombe au sida tandis que Chick lui-même frôle la mort de peu. Le dernier roman de Saul Bellow est un voyage, tantôt sombre, tantôt férocement drôle, à travers l'amour et la mémoire; c'est un hymne à l'amitié et à la vie.

Saul Bellow est l'influence principale de Philip Roth. Il est le Prix Nobel de littérature de 1976 et certainement l'un des plus grands écrivains du 20e siècle. Comme Roth, il est nord-américain. Cependant, il est né au Québec et a déménagé très tôt aux États-Unis. Il fait partie des écrivains juifs qui marquèrent profondément les lettres américaines. Malheureusement, il est peu édité en français, pour une raison qui m'échappe totalement.

La pire façon pour commencer à lire un auteur est de débuter par le dernier roman qu'il a écrit. Et c'est cela que je fais avec Saul Bellow. Mais d'entrée de jeu, je ne fus pas dépaysé. Il a le même style que Philip Roth, les sujets sont un peu les mêmes, la narration est structurée de la même façon, et il aborde des sujets marquants de l'histoire américaine. Ici il parle un peu du procès scopes (sur l'enseignement du darwinisme aux élèves américains) qui est évoqué au début du roman alors que, par exemple, Philip Roth aborde "l'affaire Lewinsky" dans "La tache" et le terrorisme anarchiste dans "Pastorale américaine". Un autre élément semblable entre "La tache" et "Ravelstein" est le narrateur et sa relation maître-élève avec le professeur. Nathan-Coleman pour "La tache" alors que nous avons Chick-Abe dans le présent roman. Chick est plus vieux que Abe mais ce dernier se meurt du sida. Une autre facette intéressante de "Ravelstein" est que l'intellectualisme ne quitte jamais le roman, il est présent un peu partout. On pourrait faire un rapprochement entre Ravelstein et Léo Strauss, le philosophe américain qui a influencé et enseigné aux faucons de Washington. Cependant, il semble que Bellow a plutôt tracé le portrait de son ami et professeur Allen Bloom qui est décédé du sida et qui cachait son homosexualité. Les thèmes abordés dans le roman sont très nombreux, surtout pour un livre qui fait à peine 300 pages : l'argent, l'amour, la mémoire, l'amitié, la vieillesse, la vitalité, l'enseignement, l'influence, la condition juive, l'écriture, la politique, la littérature, la philosophie, le sida, la mort, l'histoire, l'économie politique, la mythologie grecque, le nihilisme, la culture de masse, la maladie, l'élitisme, la bourgeoisie, le suicide. Ravelstein côtoie aussi bien la gauche que la droite mais comme tout ce beau monde fait partie intrinsèque du néolibéralisme, on ne peut dire de quoi il en retourne.

Encore une fois, j'ai eu de la difficulté avec la traduction très fanco-française. Contrairement aux romans de Philip Roth, celui-ci est mal traduit. C'est en fait la principale différence entre ces deux écrivains, lorsqu'on lit en français. Les mots d'argots français foisonnent pour notre plus grand malheur. Le personnage de Ralvestein est excentrique et frôle la caricature de l'universitaire qui n'en fait qu'à sa tête. Harold Bloom, mon mentor littéraire, préfère Philip Roth à Saul Bellow parce qu'il trouve ce dernier trop peu imaginatif dans la construction de ses personnages et lui reproche d'en faire des copies (ou des variantes) de sa propre personne, et ce, dans tous ses romans. Je ne serai pas aussi sévère. J'ai adoré ce roman mais comme je le disais, la traduction est vraiment atroce.

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