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mardi 9 juillet 2013

Opération Shylock, Philip Roth



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: En face de Philip Roth, personnage central de cette confession, un deuxième Philip Roth, un homonyme, un imposteur. Et ce sosie parfait, ce double monstrueux, s'est mis en tête de faire retourner «chez eux» - en Pologne, en Ukraine, en Allemagne - les Juifs venus d'Europe vivant en Israël.Tout se noue en quelques jours à Jérusalem, pendant le procès de John Demjanjuk, un Ukrainien alors suspecté d'être le «bourreau de Treblinka». Ajoutons que Philip Roth relève d'une profonde dépression, qu'il se fait passer pour le Philip Roth qu'il n'est pas, et que le Mossad s'en mêle...Opération Shylock est un livre pétillant d'intelligence et d'humour. C'est aussi l'émouvant bilan d'un homme entièrement investi dans son œuvre.

Selon moi, c'est le roman de Philip Roth le moins intéressant (et le moins bon aussi). Il reprend un peu la même forme et surtout les mêmes thèmes que "La contrevie", que je venais tout juste de lire. On croirait, et Roth en fait mention dans le bouquin, qu'il est un chapitre de "La contrevie", même s'il s'étire sur 600 pages. Et c'est là son plus grand défaut.

Commençant avec une fausse préface où l'auteur essaie d'ajouter un élément de réel à toute cette histoire (en plus d'avoir ajouté "Une confession" au titre de l'ouvrage), on devine dès le début que tout ceci est absurde. Le double est une invention de Roth lui-même, le vrai, pour montrer la possibilité qu'apporte le pouvoir de la création (comme dans "La contrevie" où cette fois-là, Roth utilisait les mises en abymes et son alter ego littéraire Nathan Zukerman). Et contrairement à la plupart de ses autres romans, "Opération Shylock" a une résonance universelle où la politique est omniprésente, de même que les complots qui en dérivent. Mais l'histoire commence avec un Philip Roth (le vrai?) en dépression, souffrant d'anxiété, suicidaire, perdant ses points de repère avec la réalité, ce qui explique peut-être (et je dis bien peut-être) l'apparition de son double. Roth cherche à se soigner, et peu après, reçoit un appel l'informant de l'existence de son double. Il doit donc partir à sa recherche pour rétablir cet imbroglio à Jérusalem. Il assiste ainsi au procès d'un bourreau, nous raconte l'horreur des camps de concentration. Ensuite, il rencontre son double, et se met à imaginer toutes les maladies dont pourrait souffrir son double ou bien toutes les hypothèses de cette situation plus qu'absurde. S'ensuit presqu'un cours d'histoire sur les Juifs, Israël, Jérusalem (là où se déroule l'action), etc. Il tourne ensuite autour du débat sur la diaspora juive (est-ce le salut juif tant espéré?) et revient pendant de nombreuses pages sur sa relation avec son double qui lui, n'est peut-être pas si menteur que cela. Et ensuite, dans la deuxième moitié, l'histoire devient un peu n'importe quoi.

Dans ce roman-ci, on retrouve les thèmes que sont le sionisme, la judaïcité, l'antisémitisme, avec un mélange de l'autobiographie de Philip Roth. C'est une sorte de suite métafictionnelle de "La contrevie" qui lui aussi était métafictionnel. Philip Roth est un grand lecteur de Dostoïevski et il est donc facile d'imaginer qu'il se soit inspiré du roman "Le double" pour écrire "Opération Shylock". De plus, le narrateur souffre un peu des mêmes tourments existentiels. Dostoïevski est même cité dans le roman, par sa plus belle réplique de "Crime et châtiment".

Roth est un excellent romancier et bien que je sois très déçu de ce roman, il ne peut pas vraiment écrire de mauvais livres. Après celui-ci, il écrira quatre chefs-d'oeuvre, coup sur coup, ses quatre meilleurs romans, avec "Le théâtre de Sabbath", "Pastorale américaine", "J'ai épousé un communiste" et "La tache". C'est, pour moi, et de loin, la période faste de Philip Roth (il avait entre 62 et 67 ans) que l'on pourrait comparer aux années miraculeuses de Dostoïevski qui écrivit "Crime et châtiment", "Le joueur", "L'idiot", "L'éternel mari" et "Les possédés" entre 1866 et 1871. Avec Philip Roth, le plus grand plaisir que j'éprouve est de relire continuellement ses livres, mais ici, je crois que l'on est en face de son pire roman.

4 commentaires:

  1. Je te trouve un peu sévère, quand tu parles de "pire roman", mais je n'ai pas lu assez de ses titres pour en juger moi-même.
    Ceci dit, j'avais bien aimé celui-là, que j'ai trouvé à la fois divertissant et intelligent.

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  2. Je parle de "pire roman" parce que j'ai tellement aimé les autres (à part "La contrevie" "Un homme" et "Le complot contre l'Amérique" qui sont plutôt moyens.

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  3. Je viens de programmer un article sur "Un homme", que j'ai lu récemment. J'ai aimé, contrairement à toi, mais peut-être que je manque d'objectivité quand il s'agit de Roth !!
    J'ai trouvé qu'avec très peu de moyens, l'auteur y disait beaucoup de choses..

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  4. Oui j'avais vu que tu lisais Un homme. C'est vrai que c'est épuré dans ce livre, il faudrait que je le relise pcq ça fait longtemps !

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