"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mercredi 17 septembre 2014

Saules aveugles, femme endormie, Haruki Murakami


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Une femme endormie sous l'emprise de saules aveugles. Un fantôme surpris par un gardien de nuit. Un écrivain possédé par le personnage qu'il vient de créer. Sur le fil secret qui enlace le rêve à la réalité, les êtres de Murakami passent en funambules d'une nouvelle à l'autre, et nous emportent avec fièvre dans les abîmes hypnotiques de notre conscience. « Haruki Murakami confirme sa stature de géant nippon des lettres. [...] Ce recueil est un labyrinthe familier, un palais des glaces, ou le lecteur peut se perdre, et se reconnaître, avec délices. » David Fontaine, Le Canard enchaîné

(Ce recueil de nouvelles d'Haruki Murakami en contient 23, ce qui ne me permet pas d'écrire sur chacune des nouvelles. J'ai donc décidé d'en résumer deux, soit la deuxième du recueil "Le jour de ses vingt ans" et la treizième "Le septième homme".)

Le jour de ses vingt ans "Le 17 novembre, jour de son vingtième anniversaire, le travail avait commencé comme d'habitude." Cette phrase n'est pas l'incipit de la nouvelle mais aurait pu l'être. Elle est quelques pages plus loin, et nous apprenons qu'une femme raconte son histoire : la jeune femme qui avait 20 ans travaillait dans un restaurant italien huppé. C'est un travail exigeant avec une grande capacité de mémorisation requise. Elle est serveuse. Ce jour-là, le patron de la serveuse est conduit à l'hôpital pour des douleurs au ventre. Il lui donne une dernière mission avant de partir : livrer un diner à la chambre 604...au propriétaire. Une fois rendue à la chambre, le propriétaire, très aimable, veut lui parler. Elle lui avoue que c'est le jour de son anniversaire et le patron en profite pour lui offrir un verre. Il lui demande de faire un vœu. Ensuite, il fait un geste pour confirmer que son vœu sera exaucé. Mais il faudra lire la nouvelle pour savoir s'il sera bien réalisé et l'objet de son vœu...

Le septième homme Un petit groupe de personnes raconte chacun leur histoire. On n'en sait pas plus pour commencer. Le septième homme - du titre - est le septième à parler et c'est son histoire que l'on suivra dans cette nouvelle. Il la compare à une énorme vague. Il commence à nous présenter son ami d'enfance : K. Une lettre fréquemment utilisée par Murakami et d'autres grands auteurs en hommage au "K" de Kafka. "K. était un enfant plutôt frêle, au teint pâle et au visage délicat." Il a des problèmes de langage. Il a aussi des talents artistiques. Ensuite, le septième homme commence à raconter les préparatifs pour l'arrivée d'un gigantesque typhon. Une fois arrivé, il profite de l'œil du cyclone pour sortir dehors avec K. Mais le problème, c'est qu'une vague emporte K. (mais pas le septième homme). Ce dernier, plusieurs années plus tard, était allé à cette réunion pour expliquer l'histoire. Il explique aussi qu'une chose mystérieuse est arrivée lors de ce tragique événement : il a vu K. sur le dessus de la vague, qui le regardait et souriait...Voici une très belle nouvelle où Murakami rend hommage aux personnes disparues, à leurs proches et surtout, il se sert de cette histoire pour nous inciter à affronter nos peurs.

Dans l'ensemble, ces 23 nouvelles forment un tout intéressant à lire. La force de Murakami est surtout dans la longueur de la chose littéraire mais même ici il démontre de belles capacités de prosateur. Le hasard et la destinée se côtoient et la simplicité du message de Murakami, qui est en fait le «vivez» d'un philosophe, fait des étincelles lorsqu'il se frotte au message d'«équilibre» qu'il veut transmettre et à la «patience» orientale. La force de Murakami est d'installer son ambiance quelque peu mystérieuse avec une profusion de mots, qui eux, (comme le disait Bakhtine à propos de Dostoïevski), donnent l'impression qu'ils se regardent l'un et l'autre, qu'ils regardent celui placé à côté d'eux, du coin de l'œil, et cela conduit le lecteur à rester attaché au texte et ainsi, celui-ci a de la difficulté à reconnecter avec la réalité. Cela m'est arrivé avec "La ballade de l'impossible" et "1Q84", mais ici, comme je le disais, la brièveté de la forme estompe un peu cette impression.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire