"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

jeudi 30 janvier 2014

La fonction du balai, David Foster Wallace


Ma note: 5/10

Voici la quatrième de couverture: La fonction du balai 1990, Cleveland, frontière du Grand Désert d'Ohio. Lenore Beadsman a des soucis : son petit ami et patron est un jaloux qui a plus de complexes que de cheveux, son arrière-grand-mère a disparu de sa maison de retraite avec vingt-cinq autres pensionnaires et sa perruche se met à débiter des inepties, devenant la star d'une chaîne de télévision chrétienne...Drôle et puissant, d'une liberté réjouissante, le premier roman d'une figure majeure de la littérature américaine enfin traduit. David Foster Wallace Né en 1962 dans l'Illinois, nouvelliste, auteur d'essais et d'un roman épique devenu culte, Infinite Jest (tous parus ou à paraître au Diable vauvert), D. F. Wallace s'est suicidé le 12 septembre 2008. Don DeLillo, Zadie Smith ou Jonathan Franzen ont salué un écrivain trop lucide et trop plein de compassion, l'un des plus influents de son temps...

****Paragraphe pour éviter de recevoir des insultes dans les commentaires**** Avant de débuter ma chronique, je dois dire que David Foster Wallace est un auteur culte, avec tout ce que cela implique. Premièrement, un mot à ses nombreux fans : vous n'avez pas besoin de m'insulter en commentaire parce que je connais votre immense amour, et surtout votre passion pour cet écrivain américain. Les fans de Wallace fouillent sur internet le moindre propos sur lui, qu'il soit bon ou mauvais. Tout ce qu'il a fait dans sa vie est recherché par ses fans et le site OpenCulture a même placé ses notes de cours sur leur site internet, celles qu'il avait pris dans un cours de comptabilité en vue d'écrire son roman "Le roi pâle". Quant à "La fonction du balai", il est seulement son premier roman et donc, c'est normal qu'il soit plus faible et aussi qu'il soit proche d'être tout simplement raté. C'est le premier roman de cet écrivain que je lisais, mais (pour ne pas brusquer ses fans), je suis persuadé que ce n'est pas son meilleur...

Alors, le roman débute en 1981 avec Lenore Beadsman, quinze ans, qui rend visite à Clarice, sa sœur. Elle est très intelligente Lenore. Elle saute des années et rentre à l'université sous peu. Elle rend visite à sa sœur pour visiter (un peu) l'université où elle compte étudier. Une discussion interminable entre elles et quelques autres jeunes filles s'engagent. Ensuite, nous plongeons en 1990 jusqu'à la fin du roman (à l'exception d'un chapitre en 1972). Lenore va voir son arrière-grand-mère, qui porte le même nom qu'elle, à la résidence pour personnes âgées qu'elle habite. Mais oh surprise elle a disparu avec 19 autres pensionnaires et 4 employés. Le père de Lenore est propriétaire du centre. Quant à cette grand-mère elle est une leader de nature. On saura plus tard que cette dernière les a entraîné dans "une quête de fonction ou de rejet symbolique de leur vie". Le titre du roman est d'ailleurs en lien avec cette "fonction". Ensuite, une partie écrite par le copain de Lenore nous apprend qu'ils se sont rencontrés dans la salle d'attente du thérapeute qu'ils consultent. Cette partie intéressante nous apprend aussi que l'arrière-grand-mère de Lenore suivit des cours de Wittgenstein, le plus grand philosophe du 20e siècle. Plus loin dans le roman nous avons différentes retranscriptions de la thérapie de ce couple.

Le roman change constamment de forme. Il devient un journal, une retranscription de thérapies, une conversation, des monologues, etc. Certaines parties sont écrites à la première personne, d'autres à la troisième, et on voit aussi des verbatim. C'est un roman satirique, ironique, drôle, mais d'une façon différente de ceux de Philip Roth ("Portnoy et son complexe" en particulier). L'influence de Thomas Pynchon se fait davantage sentir. Wallace pousse le postmodernisme plus loin en étant plus superficiel, plus satirique, plus ludique. Wallace s'intéresse aux détails de la vie quotidienne, le rythme de sa prose est rapide, impatiente. On retrouve une musicalité dans sa prose. Les dialogues, où Wallace se défend quand même bien, sont abondants. Traduire un tel roman doit être une tâche colossale et sur ce point, c'est plus ou moins réussi. Les personnages n'ont aucune profondeur, mais cela ne m'a pas causé de problème notamment parce que le postmodernisme ne fait pas grand cas du réalisme et de la profondeur des personnages. Quelque-uns de mes romans préférés ont des personnages sans vitalité : "Les détectives sauvages" de Roberto Bolaño et "L'année de la mort de Ricardo Reis" de Saramago. La superficialité des personnages ajoute parfois un élément intéressant d'analyse, de même qu'une certaine "étrangeté". Quant à mes déceptions, j'ai trouvé les thèmes inintéressants (celui des jeunes adultes américains est éculé, de même que "la marginalité"). De plus, le vocabulaire de David Foster Wallace est très faible et l'on se demande s'il écrit trop vite. L'humour plat m'a aussi désenchanté de même que les lieux communs utilisés par la grande majorité des écrivains américains (et leurs références à la culture de masse comme les talks shows de fin de soirée, les marques (Nike, Apple, etc.)). Bien que son but soit de critiquer tout cela, il tombe dans le piège de la facilité en ne travaillant pas assez son écriture pour y apporter une poésie comme le fait, entre autres, Don DeLillo. Il n'y a rien d'universel dans la prose de David Foster Wallace contrairement à celle de DeLillo.

L'auteur est très populaire sur les campus américains, encore plus que mon écrivain préféré, Roberto Bolaño. Bret Easton Ellis, que je critique souvent sévèrement, disait que David Foster Wallace était à la recherche d'une grandeur qu'il ne pouvait tout simplement pas atteindre. Ce premier roman semble lui donner raison, moi qui n'ai jamais lu ses autres livres, comme je vous le disais plus haut. Je crois que Wallace essaie de compliquer inutilement un sujet (et une intrigue) simple, et cela devient moins intéressant que son idée de départ. Ses longues phrases labyrinthiques ajoutent un élément déstabilisant mais le vocabulaire et le style qui en découle ne fait vibrer aucunement notre sensibilité. Il a tous les défauts d'un premier roman : le désir d'imiter (surtout Pynchon), l'intrigue qui manque de subtilité, il "dit" au lieu de "décrire" et ainsi, les ficelles deviennent envahissantes. Je ne suis pas surpris que ce soit surtout les jeunes universitaires qui aiment Wallace parce que sa prose est à mille lieues des classiques, sans poésie, avec une esthétique contemporaine, ce qui n'est pas une qualité à mes yeux. Cela devient simpliste et non travaillé.

Finalement, même si les écrivains préférés de David Foster Wallace sont Don DeLillo et Cormac McCarthy, je le rapproche beaucoup plus de Thomas Pynchon, un autre écrivain qui me donne de la difficulté bien que je reconnaisse son immense talent contrairement à Wallace. Harold Bloom, mon idole, dit que Wallace est incapable de penser et donc, qu'il n'est pas capable d'écrire. Il dit même que Stephen King, qu'il déteste aussi, est un Cervantes si on le compare à Wallace. Un jugement d'une extrême sévérité que je m'attendais à réfuter en lisant Wallace. Malheureusement, "La fonction du balai" prouve plutôt ses dires.

2 commentaires:

  1. J'aime beaucoup David Foster Wallace mais je ne vais pas t'insulter :-) Je n'ai pas lu la fonction du balai : j'ai commencé avec Infinite Jest, un pavé complexe qui permet à DFW d'expérimenter en matière d'écriture. J'ai aussi lu un recueil d'articles (Consider the lobster) qu'il avait écrit pour différents magazines. Ses articles sont beaucoup plus accessibles mais on y retrouve ce qui fait que la patte de Wallace est intéressante : des digressions à n'en plus finir pour élargir le sujet initial, une pensée complexe mais toujours pertinente...
    Ce qui me surprend le plus dans ce que tu écris c'est le vocabulaire pauvre de l'auteur alors qu'il est très riche, voire très littéraire dans ce que j'ai pu lire de lui.
    J'aime bien les ponts que tu fais avec De Lillo que j'aime beaucoup aussi et Pynchon que j'ai lu une fois et peu apprécié. J'ai encore quelques livres de De Lille qui m'attendent à la maison mais ta note me donne envie de me replonger dans les autres écrits de David Foster Wallace et de retenter l'expérience avec Pynchon.

    RépondreEffacer
  2. Salut,

    pour le vocabulaire, c'est peut-être parce qu'il est seulement son premier roman, je crois qu'il était très jeune lorsqu'il a écrit ce roman. Je viens de me commander Le roi pâle et je vais probablement le lire cette année, et pour Infinite Jest j'attends la traduction. Bref, je donne toujours plusieurs chances à un écrivain pour voir si je l'aime ou pas.

    RépondreEffacer