"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

dimanche 3 novembre 2013

Mao II, Don DeLillo


Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Moon, Khomeiny, Mao – vu par Andy Warhol –, le terrorisme et le fanatisme, l’écrivain et son éditeur, une photographe, une téléphage, un archiviste monomane : Mao II prend thèmes et personnages au piège d’une illusion romanesque impitoyable, où la fin du XXe siècle peut se contempler, fascinée et inquiète. Avec la virtuosité qu’on lui connaît, DeLillo métamorphose en une fiction vertigineuse des problématiques aussi fondatrices que la politique à l’échelle internationale, le rôle des médias, la prégnance de l’image, son statut et sa multiplication dans les sociétés contemporaines.

Le début de "Mao II" m'a laissé perplexe parce que la première partie se déroule au Yankees Stadium et comme j'avais lu "Outremonde" dernièrement, j'ai retrouvé la même sensation et de plus, l'ambiance de cette scène est exactement la même, à un point tel où l'on croit relire "Outremonde". Par contre, on s'aperçoit rapidement que ce n'est pas la même chose parce qu'ici, ce n'est pas un match de baseball qui se joue, mais un mariage de masse, pour certains sectaires. Et cette scène du début commence à rappeler quelque peu la scène totalitaire de "1984" où les gens criaient leur haine à l'ennemi, même si les deux événements ont des buts opposés. DeLillo réussit à recréer l'angoisse des célébrations de masses où l'unification devient la monstruosité, la barbarie. Cette scène religieuse renvoie au piège de la foi aveugle où de nombreux croyants sont emprisonnés. Ensuite dans la deuxième partie (appelée "partie 1" dans le roman) le roman commence réellement. On est dans une librairie à New York, et nous découvrons le personnage de Scott Martineau et surtout de Brita, une photographe d'écrivains, qui s'est concentrée sur ces écrivains depuis son dégoût de photographier New York. Sur ce point, DeLillo a peut-être voulu montrer l'obsession de l'image, en prenant comme modèle des figures de l'écrit, en faisant d'eux des images immortalisées. Une autre facette du totalitarisme de la surface ! Et cette fois-ci elle veut prendre Bill Gray en photo, et Scott la conduira à Bill, qui lui, est le J.D. Salinger du roman. Comme lui, il se cache en haut d'une montagne. Aussi, la mariée du Yankees Stadium réapparaît dans cette partie. (Le roman est séparé en 4 parties). La troisième partie traitera d'un écrivain qui est fait prisonnier de terroristes mais reprendra surtout le récit de la deuxième partie, celui de Bill, Karen, Scott et Brita. Et finalement, la dernière partie nous conduira à Beyrouth.

On retrouve dans ce roman, et avec le plus grand des bonheurs, la poésie dans la prose de Don DeLillo qu'il avait abandonné dans "Libra". De plus, "Mao II" contient des dialogues extraordinairement biens écrits et les conversations ont souvent pour sujets les éléments perturbateurs de la société, ce qui gangrène le politique. Il est fascinant de lire DeLillo et de constater à quel point il est un écrivain de talent.

Alors, pour conclure, il est important de mentionner que "Mao II" est un livre sur l'écrivain et son rapport à la célébrité, sur l'art et son rapport à la réalité. C'est aussi un livre sur le danger de l'écriture qui aboutira sur un sujet stupéfiant, celui de la relation entre le terrorisme et l'art. C'est un peu la thèse de Roberto Bolaño qui est prouvée dans ce roman, thèse selon laquelle l'écriture consiste à se jeter dans le vide, à vivre dangereusement. On pourrait dire que "Mao II" est une pratique pour "Outremonde", son réel chef-d'oeuvre. "Mao II" est de beaucoup plus court (275 pages), les personnages sont plus attachants, plus humains, et les récits sont construits de la même façon, et certains thèmes sont les mêmes.

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