"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

jeudi 6 juin 2013

Le brigand, Robert Walser




Ma note : 9/10

Voici la présentation de l'éditeur: Retrouvé dans les manuscrits difficilement déchiffrables (les «microgrammes») laissés par l'auteur, ce «roman» écrit en quelques semaines pendant l'été 1925 résume tout l'art et toute la personnalité de Walser. Le «brigand» qui en est le héros n'est autre que l'auteur lui-même, ce marginal inoffensif sévèrement jugé par la société, et qu'un narrateur faussement naïf tente de voir de l'extérieur. Les amateurs de ses autres romans adoreront ce roman qui refuse d'en être un, et qui est sans doute la plus belle réussite de Robert Walser. Il est né en 1878, à Bienne, dans le canton de Berne. Il avait sept frères et sœurs. Il publie son premier roman, Les enfants Tanner, en 1907. Son deuxième roman, Le commis, paraît en 1908, et en 1909 L'Institut Benjamenta (Jakob von Gunten). Il écrit ensuite des poèmes et des nouvelles, dont La promenade, qui date de 1917. Son dernier livre, La rose, paraît en 1925. En 1929, il entre dans une clinique qu'il ne devait plus quitter. Il meurt en 1956, le jour de Noël.

Court roman de 200 pages, "Le brigand" de Robert Walser, lequel a été retrouvé longtemps après la mort de l'auteur, n'avait pas même un titre. Il a été écrit en 1925, et le nom "brigand" que l'on retrouve tout au long du récit, est en fait une métaphore du personnage principal. Avec ce livre, nous ne sommes vraiment pas dans le polar comme le titre le laisse présager.

Kafka est souvent vu - et avec raison - comme celui qui révolutionna le genre romanesque, en ajoutant, entre autres, un élément de suffocation au récit, une absurdité où l'imaginaire sans limite n'était dépassé que par l'impossibilité du héros de sortir de son piège (je parle particulièrement du "Procès"). Robert Walser va encore plus loin selon moi - et il le fait à la même époque que Kafka, ce qui démontre sa grande précocité - en jouant avec le narrateur. Ainsi, avec "Le brigand", le narrateur est extérieur au héros mais il voit le brigand de l'intérieur. Par moments, il se prend même pour lui, et malgré un ton où la certitude prédomine, ce "je" extérieur se confond avec le brigand qui lui, est le personnage principal de l'histoire. On peut donc dire que le narrateur est le brigand, mais aussi, par sa forte présence autobiographique, il est Walser lui-même. De plus, le narrateur est omniscient, et donc, il est dieu. Je ne crois pas qu'un auteur a joué autant avec le narrateur avant l'époque de Walser. C'est extraordinaire ce qu'il a fait subir au roman. Walser est le romancier préféré d'Elfriede Jelinek qui le compare à Thomas Bernhard et ce même Kafka. J'ai remarqué qu'avec Walser on a un peu le même flux de pensées que dans l'oeuvre de Jelinek, en plus ramassé et concis. On entend cette voix, cette oralité si difficile à atteindre en littérature.

Et pour "Le brigand" en particulier, nous ne sommes pas dans l'histoire linéaire qui a un début, un milieu et une fin (de toute façon on ne sait pas si Walser avait terminé son roman ou s'il l'avait même commencé à la bonne place). Le brigand, et le narrateur, et Walser, est un être désespéré qui vagabonde d'un endroit à l'autre, d'une pensée à l'autre. Les sujets abordés (et la mince intrigue pour ne pas dire l'intrigue inexistante) sont, selon moi, secondaires par rapport à ce que j'ai dit plus haut. On est dans le premier quart du vingtième siècle et avec ses romans, je crois que Robert Walser a complètement transformé la littérature. Pour reprendre Jelinek, je dirais qu'il n'est plus nécessaire d'écrire après lui. Il est le génie qui a donné une forme nouvelle au roman, une esthétique où l'on pénètre dans la tête du "je" extérieur, qui contient tous les "je" pour analyser par l'intérieur un être à part de la société qui n'a d'échappatoire que ses pensées. Cela est écrit d'une façon majestueuse et dès les premières lignes on est accroché jusqu'à la fin.

En terminant, "Le brigand" est le genre de roman que l'on aime ou pas. Il ne peut y avoir d'équivoque. Robert Walser est, selon moi, un grand de la littérature !

4 commentaires:

  1. C'est noté. Je ne connais pas du tout mais ce que tu en dis me convainc. Quant à savoir quand je le lirai, c'est une autre question.

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  2. J'ai hâte de voir si tu vas aimer. En tout cas j'irai laisser un commentaire sur ton blog si tu en parles.

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  3. Je vois que tu as dans tes prochaines lectures La contrevie de Roth que je suis actuellement en train de lire. Je suis tombée dessus complètement par hasard dans un rayonnage et je suis tout à fait curieuse de voir ce que tu auras à en dire !

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  4. Je vais probablement aimer parce que Philip Roth est un génie. ;-)

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