vendredi 26 octobre 2012

Le rabaissement, Philip Roth



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Pour Simon Axler, le personnage principal du nouveau livre de Philip Roth, tout est fini. Il fut l'un des plus grands acteurs de sa génération. Il a maintenant soixante ans passés, et il a perdu son talent, sa magie, sa confiance en lui. Falstaff, Peer Gynt, Vania, ses plus grands rôles : il n'en reste rien, du vent. Quand il monte sur scène, il se sent incapable de jouer, d'entrer dans la peau d'un autre. Sa femme l'a quitté, son public aussi, son agent ne parvient pas à le convaincre de remonter sur les planches. Au milieu de cette crise terrible et inexplicable se produit un nouvel épisode qui traduit son besoin de compensation. Voici Simon Axler saisi d'un désir érotique violent, qui, loin de le conduire au réconfort espéré, va au contraire provoquer une fin inattendue et très noire. Au cours de ce voyage dans les ténèbres, raconté avec la maestria habituelle à Philip Roth, ce sont toutes nos illusions qui sont démolies, qu'elles touchent au talent, à l'amour, au sexe, à l'espoir ou à notre réputation en société. Le rabaissement est le trentième livre de Philip Roth.

Lors d'une entrevue pour La grande librairie de la télévision française, Philip Roth disait s'être inspiré des écrivains qui arrivent à la vieillesse, comme lui, et qui perdent leur force créatrice, leur talent, etc. Il disait aussi que cela ne l'avait pas atteint, de même que d'autres auteurs comme Joyce Carol Oates et qu'ils se considéraient tous chanceux. Certains critiques littéraires ont par contre affirmé que ce roman prouvait que la perte d'un certain talent avait touché l'écrivain Roth. Qu'il manquait quelque chose dans ce roman et surtout, que le Philip Roth de la belle époque était bel et bien disparu.

Pour ma part, je n'irai pas jusque-là. Il faut savoir que Philip Roth s'est aussi inspiré d'écrivains comme Dostoïevski et Tolstoï pour écrire le cycle "Némésis" dont "Le rabaissement" constitue le troisième et avant-dernier roman. Alors, on doit prendre ces courts romans comme ils sont. On ne doit pas s'attendre à de la très grande littérature, comme ses romans précédents, tout comme les romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï n'étaient pas aussi grandioses que "Guerre et paix" et "Les frères Karamazov". Et c'est en ce sens qu'il dit s'être inspiré de ces deux grands maîtres, en écrivant des romans qui graviteraient autour de son oeuvre principal. Il a par ailleurs avoué que le dernier de ce cycle, le roman "Némésis", serait son dernier à vie et qu'il avait dit tout ce qu'il avait à dire.

Et cela paraît quelque peu dans "Le rabaissement". On sent un léger essoufflement de l'auteur, ce qui me pousse à comparer celui-ci avec les derniers de Milan Kundera, sa période française, plutôt qu'aux romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï.

Pour terminer, il apparaît clairement que le thème central de ce cycle est celui de la perte. Et pour "Le rabaissement", c'est fait sans subtilité. Le personnage principal perd drastiquement son talent d'acteurs. S'ensuit une lecture pessimiste, noire, nihiliste. La chute du récit est impressionnante, et c'est toute la condition humaine qui est touchée. Même s'il n'aime pas la psychanalyse, l'auteur joue sans cesse dans ses plates-bandes et avec une force particulière. C'est un roman de fin de carrière, écrit par un bourgeois littéraire, qui semble essoufflé, qui a dit son dernier mot (avec "Némésis", le roman qui vient tout juste de sortir en français) mais qui nous prouve, malgré tout, que derrière chaque génie, il reste toujours un petit quelque chose de bon.

mardi 23 octobre 2012

Indignation, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Nous sommes en 1951, seconde année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix-neuf ans, intense et sérieux, d’origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il a quitté l’école de Newark, dans le New Jersey où habite sa famille. Il espère par ce changement échapper à la domination de son père, boucher de sa profession, un homme honnête et travailleur, mais qui est depuis quelque temps la proie d’une véritable paranoïa au sujet de son fils bien-aimé. Fierté et amour, telles sont les sources de cette peur panique. Marcus, en s’éloignant de ses parents, va tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue de lui, pleine d’embûches, de difficultés et de surprises. Indignation, le vingt-neuvième livre de Philip Roth, propose une forme de roman d’apprentissage : c’est une histoire de tâtonnements et d’erreurs, d’audace et de folie, de résistances et de révélations, tant sur le plan sexuel qu’intellectuel. Renonçant à sa description minutieuse de la vieillesse et de son cortège de maux, Roth poursuit avec l’énergie habituelle son analyse de l’histoire de l’Amérique – celle des années cinquante, des tabous et des frustrations sexuelles – et de son impact sur la vie d’un homme jeune, isolé, vulnérable.

Cela fait plusieurs romans de Philip Roth que je lis. Il utilise souvent le même procédé, dans l'écriture, pour sa prose, mais aussi pour la construction de son intrigue. En effet, il place un revirement - on pourrait même appeler cela une chute - dans le premier tiers de son récit. Cela nous fait perdre le souffle, nous surprend, en quelque sorte, mais étant donné qu'il place la chute avant le milieu du roman, on reprend notre air d'aller et la lecture qui suit est passionnante. Il l'avait utilisé entre autres pour "Pastorale américaine" et "La tache", deux romans que je vous recommande grandement. Ici, pour "Indignation", un autre roman que j'ai aimé, il utilise ce procédé et le coup est encore plus difficile à prendre. Mais pour le bien de votre lecture, je n'en dirai pas plus.

Je l'affirmais lors de précédentes critiques, je préfère les romans de Philip Roth qui ont au minimum 300 ou 400 pages. On a ainsi le temps de bien embarquer dans l'histoire. "Indignation" en fait moins de 200. Quoique ce soit 200 pages de grandes littératures, c'est court. Il fait partie du cycle "Némésis" qui compte quatre romans. Tous de courts romans. J'avais lu "Un homme" qui m'avait quelque peu déçu et je m'attendais donc à cette même déception cette fois-ci. Et bien non. L'histoire nous permet d'en découvrir un peu plus sur les États-Unis, d'une période que je connais peu, et ici on est dans le particulier qui nous explique, du mieux qu'il peut, le général. Les thèmes sont bien identifiés en quatrième de couverture et je parierais que l'auteur a demandé de l'aide à un professionnel pour la partie psychologique du récit, parce que le tout est très réaliste.

Pour terminer, sans être un grand roman - non plus le roman qui doit nous introduire à Philip Roth, parce que sur ce point je crois que "Pastorale américaine" est davantage à considérer - "Indignation" nous offre de belles pages de littérature et l'on sent le souffle de ce grand auteur américain. Encore une fois, on pourrait croire qu'il l'a écrit en un seul jet tellement il parvient à nous saisir et nous fait relâcher le livre qu'à la toute fin. Il a par contre des défauts. Et un particulièrement, que je retrouve dans plusieurs romans contemporains, est le léger manque d'inspiration qui est comblé par les interminables biographies de chaque personnage. Le roman est déjà une biographie fictive, une autre forme souvent utilisée par Roth, et comme plusieurs autres écrivains le font (notamment Paul Auster), il ne peut s'empêcher de raconter la vie de chaque personnage et cela en résulte en une sorte de remplissage. Mais bon, c'est sa prérogative et cela n'entache pas l'ensemble de l'oeuvre.

samedi 13 octobre 2012

Le Dieu manchot, José Saramago




Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: Roman épique, fresque truculente de la cour lusitanienne au XVllle siècle sous le règne de Joao V - dit le Magnanime - Le Dieu manchot nous conte les dernières heures de la splendeur du royaume portugais, juste avant le tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755. Le soldat manchot Sept-Soleils, le moine Bartolomeu de Gusmao, la sorcière voyante Blimunda, autant de personnages pittoresques évoluant autour d'un Roi malheureux de ne pouvoir assurer sa descendance... Que ne faudrait-il inventer pour qu'il échappe à cette terrible malédiction ? A mi-chemin entre la fable blasphématoire et le roman historique, ce récit trace le portrait d'un Portugal mythique, revisité par l'un des plus grands auteurs contemporains.

Voici un roman très difficile d'approche. L'écriture est dense, l'intrigue discontinue, les personnages difficilement saisissables, le genre historique charcuté et, en somme, l'auteur se joue de nous. Si l'on perd le moindrement le fil de l'histoire - comme cela m'est arrivé - on ne peut pas vraiment s'en sortir. Encore une fois, Saramago remplace la ponctuation typique du dialogue par une virgule et les sauts de paragraphes sont rares. Aussi, le vocabulaire de l'auteur est extraordinaire. Cela est habituellement une qualité, mais ici, rien n'est moins certain.

Tout ceci m'aurait convaincu si l'on était dans un roman fraîchement contemporain. Donc, où le bât blesse, c'est le genre historique de ce roman. Déjà que je ne suis pas le plus grand lecteur de ce genre, Saramago ajoute sa prose difficile d'approche et donc, je suis perdu. Par moments, il nous laisse entendre qu'il écrit - et que nous sommes - bien au 20e siècle, par de légers clins d'oeil amusants, mais cela ne rachète pas la complexité et surtout, la lourdeur de l'oeuvre.

J'ai rarement lu un roman qui se rapproche de celui-ci. Les comparaisons sont donc difficiles. Par contre, je sortais du "Voyage de l'éléphant" de ce même Saramago et les parallèles à faire sont nombreux. On est à peu près dans le même Portugal, la plume de l'auteur prend les mêmes procédés stylistiques, le genre historique prend le dessus sur tout et les deux romans sont difficiles d'approche. Par contre, j'ai préféré "Le Dieu Manchot", parce que l'auteur ne commet pas l'erreur d'effleurer son propos, mais plonge plutôt en profondeur dans une histoire plus étoffée, plus riche et plus épique. Bref, en terminant, je ne pourrais pas dire que ce roman m'a déplu, mais je ne vous le conseillerais pas. Et ce n'est surtout pas le chef-d'oeuvre que nous promettait Albin Michel sur la couverture. Mais bon, ce n'est que mon humble avis.

mardi 9 octobre 2012

Le voyage de l'éléphant, José Saramago



Ma note: 5,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: En 1551, le roi de Portugal Joâo III offre à l'archiduc Maximilien d'Autriche, gendre de Charles Quint, un éléphant d'Asie, Salomon, qui vit depuis deux ans à Belém avec son cornac Subhro. De Lisbonne à Vienne, en passant par les plateaux de la Castille, la Méditerranée, Gênes et la route des Alpes, Salomon, objet d'absurdes stratégies, traverse l'Europe au gré des caprices royaux, des querelles militaires et des intérêts ecclésiastiques, soulevant sur son passage l'enthousiasme des villageois émerveillés. Entrelacs de faits réels et inventés, Le Voyage de l'éléphant est un délicieux roman choral, une réflexion sur la vie et la condition humaine, où l'humour et l'ironie, armes de l'implacable lucidité de l'auteur, s'unissent à la compassion avec laquelle José Saramago observe les faiblesses des hommes.

Autant "Manuel de peinture et de calligraphie" tombait dans un genre littéraire que j'adore - notamment celui du roman psychologique - celui-ci, "Le voyage de l'éléphant" fait plutôt dans un genre qui me dérange plus souvent qu'autrement. En plus, c'est un court roman de 200 pages et cela ne lui convient pas du tout. Pour un roman historique - ou presque - sa brièveté ne permet pas à l'auteur de creuser - et surtout -  développer le sujet. Et cela en fait un roman ennuyeux et une déception pour moi.

En effet, avec Saramago on est souvent servi à souhait quand on est un grand lecteur de romans. Sa plume est grandiose - et l'on retrouve cela ici aussi - et cet écrivain nous amène toujours un petit quelque chose de plus. Mais pas ici. C'est seulement la richesse de la plume de Saramago qui sort et l'histoire est plutôt banale. C'est linéaire, il n'y a rien de bien consistant et on se fout éperdument de ce qui arrivera à cet éléphant.

De plus, malgré son aspect linéaire, il y a une sorte de cacophonie qui s'en dégage. On est souvent perdu dans l'histoire du Portugal du 16e siècle. Je ne connais à peu près rien du Portugal et surtout de son histoire, et cela m'a particulièrement nui. Et avec ce roman, le sujet historique est pointu alors que dans une situation comme la mienne, il vaut mieux commencer par connaître le pays et son histoire globalement avant de descendre dans les faits historiques comme le voyage de cet éléphant.

Pour terminer, malgré un roman à la symbolique forte, un style d'écriture digne d'un Nobel de littérature (ce qu'est José Saramago), une histoire de départ simple mais puissante, une originalité certaine (entre autres parce que je n'ai jamais lu ce genre d'histoire avant), le fait que le roman est trop court vient tout gâcher. Et par-dessus tout, je crois que ce livre s'adresse aux grands passionnés de romans historiques.

samedi 6 octobre 2012

Manuel de peinture et de calligraphie, José Saramago



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: H, peintre conventionnel et sans véritable talent est chargé de faire le portrait de S, directeur d'une grande entreprise. Conscient de ses limites, souffrant de la médiocrité de ses toiles et de la banalité de sa vie, H décide de s'interroger sur le sens de son existence et sur celui de son art. Pour cela, il commence à exécuter dans le secret de son atelier un second portrait de S et, parallèlement, décide d'écrire un journal. Peu à peu, il découvrira qu'en peignant un autre c'est lui-même qu'il peint et qu'en voulant mieux se connaître à travers l'écriture c'est vers l'art que celle-ci le conduit. Le journal de H, en rendant inséparable la vie d'un homme de son oeuvre dans un constant va-et-vient entre réalité et fiction, mensonge et vérité, nous offre un des plus beaux romans sur les rapports entre la vie et l'art, l'éthique et l'esthétique.

Lorsque je place une note pour un roman, j'essaie toujours de la donner, pour la moitié, objectivement, et l'autre moitié, subjectivement. Et ici, pour ce roman magnifique, je lui aurais donné une note parfaite si je l'avais fait uniquement en étant subjectif.

En effet, "Manuel de peinture et de calligraphie" (c'est bel et bien un roman malgré le titre trompeur) est le genre de récit que j'aime plus que tout autres. On est dans la tête du narrateur et peintre tout au long du bouquin, il nous parle de Marx et Goya, il y a une touche de nihilisme et de mélancolie qui s'en dégage, l'art est très présent, l'intrigue est effacée et pour le moins subtile ce qui laisse la place à la pensée, et finalement, c'est plus qu'un huis clos conventionnel, c'est un emprisonnement psychologique.

Contrairement à "L'aveuglement" et "Caïn" que j'avais lus dernièrement, celui-ci est davantage proche des autres grands écrivains (et romans) contemporains. J'y ai vu quelques ressemblances avec mes écrivains préférés dont Roberto Bolaño, Philip Roth, Paul Auster, Milan Kundera et Michel Houellebecq. La plume de Saramago est aussi davantage dans les règles de l'art du roman que ses romans plus récents. Le choix des virgules, les dialogues et la prose sont moins originaux. L'érudition de l'auteur est moins grande qu'avec "Caïn" et "l'aveuglement" et le choix des mots devient donc un peu plus terne. Mais cela ne porte pas ombrage au roman en tant que tel, qui lui est d'une force rare en littérature.

Et par-dessus tout, c'est le mélange des beaux-arts et de la littérature (l'écriture) qui m'a le plus convaincu. C'est fait avec une grande délicatesse et le tout s'imbrique dans un nihilisme de la vie ordinaire, du manque de talent, de la vie qui fuit et qui nous glisse entre les mains. Bref, je vous conseille grandement ce livre qui n'est sans doute pas parfait, mais que j'ai aimé au plus haut point.

mercredi 3 octobre 2012

Caïn, José Saramago



Ma note: 7/10

Voici la présentation de l'éditeur : Dernier livre de José Saramago, décédé peu après sa parution au Portugal et en Espagne. Caïn est sans doute le roman qui condense le mieux l'érudition, les inquiétudes, les convictions et le talent de conteur du grand écrivain portugais, prix Nobel de littérature. Résolument humaniste, furieusement anti religieux, d'un humour ravageur, Caïn est la reécriture libre d'une oeuvre -selon Saramago, de fiction-, la Bible, à partir de l'un de ses personnages les plus emblématiques du mal et premier meurtrier de l'histoire: Caïn. Qu’est-ce qui a poussé Caïn à tuer Abel ? L’envie, comme le disent les Écritures ? Non, répond Saramago : l’injustice de Dieu. Méprisé, rejeté, mal aimé du père céleste, Caïn le bon, le laboureur fidèle, s'est rebellé contre l'arbitraire et le favoritisme. Le coupable de la mort d'Abel, c’est Dieu. Condamné à errer sur la terre, Caïn, qui erre aussi dans le temps biblique, succombe aux charmes de Lilith, assiste et participe à des événements qui le révulsent et contre lesquels il s'insurge. Il arrête le bras d’Abraham, prêt à assassiner son propre fils, regarde épouvanté les enfants et les innocents périr dans le brasier de Sodome, assiste impuissant à la colère de Moïse passant au fil de l’épée les adorateurs du veau d’or, observe les massacres et les pillages perpétrés par les tribus d’Israel contre les Madianites, la prise de Jericho, les souffrances inutiles infligées à Job. Et lorsqu’avec Noé il monte dans l’arche supposée sauver l’espèce humaine, il prend une décision drastique qui mettra fin aux agissements inconsidérés de ce Dieu rancunier, cruel et corrompu. Caïn est, le roman de la lutte séculaire entre l'homme et Dieu, entre le créateur et sa créature.

Premier de cinq livres de Saramago que je lirai au cours des prochaines semaines, "Caïn" jouit d'une originalité sans bornes. Le seul livre de cet auteur que j'avais lu - et très apprécié - "L'aveuglement", était lui aussi original mais je ne sais pas si c'est habituel chez cet écrivain. Il semble que oui, et en plus d'un récit original, ces deux romans nous montrent la grande maîtrise stylistique de l'écrivain avec des sauts de paragraphes inexistants - ou presque - des dialogues intégrés dans la prose et précédés d'une virgule (accompagnés aussi d'une majuscule pour ne pas se perdre) et notre lecture est facilitée, avec une plume fluide, et un choix de mots vaste et judicieux. Il y aussi quelques aphorismes surprenants. Bref, José Saramago est un maître.

Ainsi, étant doté d'une capacité littéraire rare, il nous amène, avec "Caïn", dans des contrées littéraires que je n'avais jamais lues. On suit le fils d'Adam et Ève mais dans un monde où l'espace est vague et la temporalité préoccupante. La quatrième de couverture décrit bien ce récit qui est très différent de ceux dont nous a habitués la littérature et le roman. L'athéisme de Saramago fait surface à plus d'une occasion - même si cela est fait avec subtilité - et son pessimisme règne en roi et maître, notamment à la fin. C'est un court roman de moins de 200 pages, mais on a le temps d'être déçu par moments et enchanté par d'autres.

Cependant, pour terminer, ce qui a le plus nuit à ma lecture, est le manque de connaissances bibliques dont je souffre et cela m'a fait rater nombre de références qui semblaient intéressantes. Comme pour "L'aveuglement", ce "Caïn" est visiblement une allégorie sur notre monde mais moins puissante. Certes, il offre un agréable moment de lecture, cela se lit bien et rapidement, mais j'hésite à le classer parmi les très bons romans contemporains.

jeudi 27 septembre 2012

Avant d'aller dormir, S.J. Watson



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: À la suite d’un accident survenu une vingtaine d’années plus tôt, Christine est aujourd’hui affectée d’un cas très rare d’amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu’elle a en fait 47 ans et qu’elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu’elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé… et sur son présent.

Cela prenait un certain courage pour un auteur de thriller d'embarquer dans ce genre d'histoire, soit celle de je-me-souviens-de-rien-et-je-cherche-à-comprendre. Le dernier thriller que j'avais lu - ou un des derniers - traitait relativement du même sujet, "Le passager" de Jean-Christophe Grangé. Ce genre très pointu du thriller a été abordé trop souvent et notamment par le cinéma. Par contre, certains films et romans sont très réussis, comme "Memento". Et on pourra, selon moi, y inclure "Avant d'aller dormir" de S.J. Watson. C'est un très bon roman.

L'auteur ne fait pas l'erreur de commencer sur les chapeaux de roues. Il prend le temps de bien amener son histoire. Sa prose est sèche, sans fioritures et il ne précipite pas son écriture. Alors, il ne commet pas l'erreur des débutants, ou des mauvais romanciers. Ce livre est certainement un bon "page turner", il ne réinvente rien mais il est efficace au possible. Il y a peu de personnages, une autre qualité pour ce genre, et ainsi, cela nous permet de ne pas perdre le fil. Il y a par contre de petits défauts, comme le personnage principal qui écrit "Ne pas faire confiance à Ben" dans son journal intime alors que l'on retrouve la même phrase - ou presque - dans le film "Memento". En plus, pour les deux histoires, cela devient un enjeu majeur de l'intrigue. Aussi, le déroulement de l'histoire, et surtout la fin, ne sont pas tout à fait crédibles. Watson prend le temps de tout expliquer mais il y a un certain fouillis. En plus, ce qu'on apprend de nouveau à chaque chapitre - et le dénouement - n'est pas toujours si extraordinaire. Je suis donc un peu surpris de constater le succès immense de ce bouquin.

Pour terminer, je dois dire que S.J. Watson est de loin supérieur à la moyenne des écrivains de thrillers que l'on retrouve en librairie. Entre autres, la forme du roman est impressionnante pour un auteur de ce genre (thriller-psychologique dans ce cas-ci). L'écriture est très cinématographique et le récit alterne entre le roman à la première personne, écrit par le personnage principal, Christine, qui souffre d'amnésie, et son journal intime qu'elle lit sous nos yeux. Doublé d'une intrigue respectable et mystérieuse, "Avant d'aller dormir" offre un très beau moment de lecture.

lundi 10 septembre 2012

D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère



Ma note : 7/10

Voici la quatrième de couverture : À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire? C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère). Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai.

Après "Un roman russe" inégal et d'autres romans plus ou moins bons, Carrère décide d'écrire sur la vie de gens qu'il a côtoyés. Ce roman russe était une autobiographie et ici, avec "D'autres vies que la mienne", l'autobiographie est toujours très proche, parce qu'il se met en scène - comme dans plusieurs autres de ses romans - et cela commence par son passage en Thaïlande lors du tsunami de 2004.

Après quelques dizaines de pages on se demande bien ce que nous offrira ce livre et ce qu'il restera à dire à l'auteur sur ces vagues, la plage, la douleur, l'angoisse. Parce que, comme je le disais, le roman commence lors du tsunami. Et d'un coup, il prend une autre direction qui m'a surpris en racontant la vie de gens qui ont souffert de tous les maux et qui, indirectement, sont ses proches. Le cancer y passe - et d'une façon plus générale la maladie -, de même que les ennuis financiers, la perte, les tourments. Parfois il creuse trop en profondeur, notamment en nous expliquant de fond en comble le système financier français et d'autres fois, l'ennui est très présent. Par contre, par moments, le récit des différentes vies dont nous offre le bouquin devient très touchant et Emmanuel Carrère nous accompagne avec une plume agréable au possible.

Donc, pour terminer, je dois dire que j'ai eu une légère déception. C'est un roman sans grand intérêt et comme la quatrième de couverture en fait mention, tout est vrai. La façon de raconter les différentes biographies nous rappelle celle de Paul Auster mais avec le côté imaginatif et merveilleux en moins. Et pour cause, le présent roman est véridique alors qu'Auster donne davantage dans la fiction. Aussi, on pourrait dire que "D'autres vies que la mienne" a une facette qui m'a déplu, celle du banal de la chose (à l'exception des premières pages). Ainsi, je ne pense pas relire ce livre dans un proche ou moyen avenir, contrairement à un "Limonov" qui lui, m'avait convaincu.

lundi 3 septembre 2012

L'éducation sentimentale, Flaubert



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture : Un jeune provincial de dix-huit ans, plein de rêves et plutôt séduisant, vient faire ses études à Paris. De 1840 au soir du coup d'État de 1851, il fait l'apprentissage du monde dans une société en pleine convulsion. Sur son chemin, il rencontre le grand amour et les contingences du plaisir, la Révolution et ses faux apôtres, l'art, la puissance de l'argent et de la bêtise, la réversibilité des croyances, l'amitié fraternelle et la fatalité des trahisons, sans parvenir à s'engager pour une autre cause que celle de suivre la perte de ses illusions.

Flaubert est un rare classique que je n'avais pas encore lu. Souvent présenté comme un précurseur et comme le maître de Zola, qu'il influença, il est aimé par la critique mais lorsqu'il fait partie d'une lecture obligatoire dans les collèges, les étudiants le trouvent parfois ennuyeux. En plus, le titre de ce roman peut porter à confusion, notamment parce que ce n'est pas une lecture "fleur bleue" comme on pourrait le penser en lisant seulement le titre. J'ai donc choisi celui-ci pour pénétrer l'oeuvre de ce grand auteur et non "Madame Bovary", un autre de ses romans connus et reconnus.

Et je n'ai pas été déçu. Il est beaucoup plus facile à lire que ce que j'aurais cru et la forme du roman, son style, sa poésie, son côté linéaire, me font penser aux romans contemporains. Il y a de la grandeur dans ce roman, par son ancrage historique et il y a aussi une intimité qui s'en dégage (on suit le même personnage, fort attachant, du début à la fin). Le réalisme côtoie une mélancolie subtile. Et globalement, c'est un roman initiatique. Contrairement à Zola, Flaubert ne prend pas clairement position en faveur des thèses socialistes. Aussi, le réalisme du roman est moins présent que celui de Zola.

Ensuite, j'ai trouvé que Flaubert est un des auteurs classiques qui a le mieux vieilli. Ce roman, par son côté contemporain (et je parle de la forme seulement) est, avec les "Carnets du sous-sol" de Dostoïevsky, entre autres, un bouquin qui se lit bien même au 21e siècle.

Par contre, je peux comprendre que plusieurs s'ennuient lors de cette lecture. Il y a des longueurs et il n'y a pas vraiment de scènes marquantes comme dans les romans de Victor Hugo, Émile Zola et Fiodor Dostoïevsky. Il est le roman préféré de plusieurs écrivains de ma génération comme Bret Easton Ellis. Personnellement, c'est sûr que je vais relire Flaubert. J'ai adoré!

dimanche 26 août 2012

La transmigration de Timothy Archer, Philip K. Dick



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture : II y a des jours où le karma vous tombe dessus. C'est ce que se dit Angel Archer, la narratrice, alors qu'elle assiste à un séminaire sur le soufisme le jour même où John Lennon vient de se faire assassiner. Désormais, elle croit savoir pourquoi nous sommes sur terre. « C'est pour découvrir que ce que vous aimez vous sera enlevé, sans doute à cause d'une erreur en haut lieu plutôt qu'à titre délibéré. » Déjà, le soir où elle lisait La Divine Comédie tout en se saoulant au bourbon pour cause de rage de dents, elle avait compris que la douleur ouvre la voie de la connaissance. Elle avait traversé les apparences. Comme les a traversées Timothy Archer le jour où il s'est demandé si Jésus n'était pas un simple trafiquant de drogue...Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les plus déroutants romans de Dick, est sans cloute l'œuvre qui a fait de lui un auteur culte.

Ce roman est tellement différent des deux premiers tomes de la trilogie divine qu'on se demande qui a bien pu le placer comme troisième tome. Je ne sais pas si c'est l'auteur lui-même ou l'éditeur mais étant donné que Philip K. Dick est décédé juste après son écriture (et juste avant de voir son premier livre adapté au cinéma, en l'occurrence "Blade Runner") je pencherais sur le deuxième choix. L'histoire, la prose, la trame narrative et la forme se rapprochent davantage du prélude, soit "Radio libre Albemuth". Comme ce dernier, "La transmigration de Timothy Archer" est intimiste, contrairement aux deux autres tomes. C'est un croisement entre Albert Camus et Stephen King. On sent encore le manque d'inspiration des dernières années de l'écrivain, et sa maladie mentale semble de plus en plus préoccupante. Le roman en lui-même, et surtout la fin, sont éloquents à ce sujet. On navigue entre la réalité et la folie. Entre les univers parallèles et la schizophrénie.

Malgré quelques belles envolées littéraires et de bonnes idées ici et là, j'ai de sérieux problèmes avec ce roman (roman qui se suffit à lui-même et qui fait partie d'une trilogie d'une façon très subtile). L'intrigue est tellement mince que par moments elle est insuffisante pour que l'on puisse considérer ce livre comme une grande oeuvre de la science-fiction. La fin ne nous surprend pas, contrairement à une foule de romans de cet auteur, et on a même hâte que cela se termine. Aussi, on n'est pas plus avancé dans notre compréhension globale de cette dernière saga de K. Dick. C'est frustrant.

Pour terminer, le roman nous offre une facette qu'on connaissait moins de cet écrivain. Et c'est sa grande érudition dans le domaine de la philosophie et des religions. Il parle aussi bien de Heidegger, du christianisme, du bouddhisme. On voit qu'il est intéressé par la spiritualité New Age qui consiste à se faire sa propre vision spirituelle en prenant des concepts un peu partout dans les autres religions et même, dans le cas qui nous occupe, dans la philosophie. Donc, sur le plan de la profondeur philosophique-littéraire c'est réussi. Mais sinon, c'est un roman assez banal.

vendredi 24 août 2012

L'invasion Divine, Philip K. Dick


Ma note: 6/10

Voici la présentation de l'éditeur: « Ce monde présent, cette planète; tout ce qui la compose, tous ceux qui l'habitent... tout dort ici. » Voilà ce que déclare Emmanuel, un enfant entré en fraude sur la Terre. Il dit que notre univers est un simulacre, un rideau de fumée, une illusion. Que la Création a échappé à son Créateur, quel que soit le nom qu'on lui donne, Dieu ou Siva. Qu'elle est désormais régie par le mal. Il vous dit d'ouvrir les yeux, comme lui, sur cet univers parallèle que, peut-être, une vague intuition, des doutes, certaines incohérences dans votre vie quotidienne vous font pressentir déjà. Dormez-vous ? L'avant dernier roman de Dick et l'un des plus étonnants de sa période « mystique » : écrit par un prophète ou par un fou ?

Ce roman est le deuxième tome de la trilogie divine, si l'on fait exception du prélude, le très bon "Radio libre Albemuth". Avec "Siva", le premier tome "officiel", j'avais été déçu par ce qu'il représentait. Il était une vague copie du prélude, en moins original et les concepts de spiritualités me semblaient prendre trop de place. Avec celui-ci, "L'invasion Divine", non que la spiritualité prenne trop de place - elle prend une place davantage mesurée - mais le roman en lui-même n'est pas très brillant. K. Dick nous a habitués à beaucoup mieux et l'intrigue de "L'invasion Divine" m'a parfois paru incompréhensible ou simplement mauvaise.

"L'invasion Divine" est l'avant-dernier roman écrit par l'auteur, et je remarque qu'il manque d'inspiration dans ses oeuvres tardives. On est à des années-lumière d'un chef-d'oeuvre comme "Ubik" et même de "En attendant l'année dernière". C'est une suite sans saveur de "SIVA" qui lui, était déjà faible. À chaque roman de cette trilogie de Philip K. Dick, une nouvelle couche s'ajoute sur la dernière, un nouveau monde apparaît dans le même univers que le dernier mais en étant toujours un peu plus faible. Jusqu'à maintenant, les trois livres que j'aie lus de cette saga sont trop semblables et de plus en plus avantagés en superflu.

Par contre, certains fils conducteurs entre les récits restent forts. SIVA plane toujours dans l'ombre à la recherche d'un je-ne-sais-quoi, qui, je l'espère, nous sera dévoilé dans le dernier tome que je commence à l'instant. Mais cette étape devra être fort intéressante pour me faire apprécier cette oeuvre dans son ensemble. Il y a encore trop de questions sans réponses et je n'arrive pas à bien saisir cette fresque.

mercredi 22 août 2012

SIVA, Philip K. Dick



Ma note: 7/10

Voici la présentation de l'éditeur : C'est en 1974 qu'un faisceau de lumière rose communique à Horselover Fat des informations capitales concernant l'avenir de l'humanité. Cette force, qui a fait fondre la réalité de cet homme, c'est SIVA. Système Intelligent Vivant et Agissant. Mais qui se cache réellement derrière ces quatre lettres ? Dieu ? Un satellite ? Une race extraterrestre ? Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les œuvres les plus déroutantes de Dick, est sans doute celle qui a fait de lui un auteur culte.

C'est un sept sur dix pour le moins délicat que je donne à ce roman. Les lecteurs qui n'ont jamais lu Philip K. Dick ne devraient surtout pas commencer par "SIVA". De plus, je crois qu'il faut avoir lu au préalable "Radio libre Albemuth". Ce dernier met la table pour "SIVA" même si la table était déjà complète. On apprend rien de plus d'intéressant avec le présent bouquin, si ce n'est que quelques points spirituels.

En effet, presque tout le roman est composé de la vision de l'auteur sur la spiritualité et la cosmologie (en philosophie). Il y a un certain ennui qui se dégage de l'ensemble de l'oeuvre et contrairement à "Radio libre Albemuth", il n'y a presque pas d'intrigue, la forme est beaucoup moins original que le prélude de la trilogie divine (i.e. "Radio libre Albemuth") et la spiritualité New Age de K. Dick est davantage explicitée. Ainsi, si ce sujet ne vous intéresse aucunement, vous trouverez le temps long. Le roman nous permet d'approfondir ce qui avait été commencé lors du prélude. On comprend mieux ce prélude et "l'histoire dans l'histoire" en est encore augmentée. J'aurais cru que "SIVA" serait difficile à comprendre, mais en ayant tout lu ou presque de cet écrivain, je m'en suis bien sorti.

Par contre, je dois dire que c'est un des plus faibles de l'auteur, peut-être dû à l'état mental de K. Dick lors de son écriture. On sent cette espèce de paranoïa, à la limite de la schizophrénie, qui peut parfois donner de bons romans, mais ici c'est moins évident. Ne comptez pas sur moi pour expliquer le fond de l'histoire et du récit, parce qu'en moins de dix pages, c'est impossible.

Pour terminer, cet ouvrage ajoute une mince couche à l'oeuvre de l'auteur. Mais est-ce qu'il était nécessaire? Rien n'est moins certain.