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mercredi 8 octobre 2014

Némésis, Philip Roth


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Pendant l'été 1944, à Newark, Bucky Cantor, un jeune homme de vingt-trois ans, anime un terrain de jeu. Lanceur de javelot, haltérophile, il a honte de ne pas prendre part à la guerre en raison de sa mauvaise vue. Mais voici qu'une épidémie de polio provoque des ravages parmi les enfants qui jouent sur le terrain. Elle lui offre l'occasion d'éprouver son sens du devoir alors que l'incompréhension, la panique et la colère grandissent dans la petite communauté. Philip Roth décrit, avec tendresse mais aussi un cruel réalisme, nos réactions face aux tragédies, le jeu des circonstances sur nos vies.

Difficile d'arriver avec une critique de ce roman à cette date, parce qu'il est relativement récent et les autres blogueurs ont tous dit leurs mots avant moi. Ce livre est définitivement le dernier de l'auteur même s'il est encore vivant (81 ans quand même) parce que celui-ci a juré, en quelque sorte, de ne plus écrire. Il a dit qu'il n'avait plus rien à écrire et que son œuvre était bien assez complète. Il a dit qu'il a donné sa vie à la littérature. Il reprend les mots du boxeur Jos Louis: "J'ai fait du mieux que j'ai pu avec ce que j'avais." C'est la critique la plus juste de cet écrivain et elle est formulée par nul autre que lui-même. Philip Roth, selon moi, n'est pas le plus talentueux mais on sent le grand travail, le grand effort qu'il a mis pour nous produire une œuvre extraordinaire. C'est un lieu commun de l'affirmer, mais les romans de fin de carrière comme celui-ci sont rarement intéressants, rarement originaux. C'est un roman du crépuscule, et après avoir écrit "La bête qui meurt", le génie de Philip Roth a presque disparu. Mais même un Philip Roth moyen est au-dessus des romans publiés de nos jours. Et "Némésis" est le meilleur des romans du crépuscule de Roth. Ainsi, après avoir enchaîné quelques romans plus courts comme "Némésis", il prendra sa retraite.

Alors, ce livre de quelque 250 pages nous offre une narration proche des grands romans de Philip Roth où l'auteur écrit une biographie fictive, généralement celle d'un homme blanc américain avec un "moi" souvent déficient dans un environnement en déclin. Par la biographie fictive d'un personnage, donc par l'intime, Roth explique le général, l'Amérique. Il disait lors d'une entrevue qu'il aime "frotter" deux sujets ensemble pour en faire des étincelles. De plus, les récits de cet écrivain sont souvent sombres et avec "Némésis" il se dépasse sur ce point. Cette histoire est celle d'un homme qui a un talent athlétique, devenu professeur et animateur de terrain de jeu (1er sujet) mais qui sera confronté à une épidémie (2e sujet). Et le roman évoluera dans un environnement fictif (cette épidémie n'a pas eu lieu) alors qu'avec cet écrivain ce n'est pas toujours le cas (il se rapproche en ce sens du "Complot contre l'Amérique", lequel évoluait sous la présidence fictive de Charles Lindbergh). Pour "Némésis", le sujet est donné dès la première ligne : "Le premier cas de polio, cet été-là, se déclara début juin, tout de suite après Mémorial Day, dans un cartier italien pauvre à l'autre bout de la ville." Roth décrit les symptômes de la polio: "[...] tels que mal de tête, mal de gorge, nausées, torticolis, douleurs articulaires, ou fièvre." Dès les premières pages, et pour le reste du roman, l'inquiétude gronde, même si les médecins se montrent rassurants: "L'inquiétude concernant les conséquences dramatiques d'une attaque de polio sévère était renforcée par le fait qu'il n'existait aucun remède pour traiter la maladie ni aucun vaccin pour vous immuniser contre elle." On ressentira cette atmosphère étouffante tout au long du roman, ce qui en fait certainement l'un des plus sombres de Philip Roth. Et pour contrer l'épidémie et la peur qu'elle entraîne, Bucky Cantor agit comme la force de résistance aux yeux des parents: "[...] plongeant une dernière fois son regard dans leurs yeux inquiets, eux qui étaient là à le supplier comme s'il était quelque chose de bien plus puissant qu'un jeune directeur de terrain de jeu de vingt-trois ans."

La narration est au "je" et le narrateur est un ancien élève de Bucky Cantor, donc du personnage principal. Ce procédé est fréquemment utilisé par Philip Roth notamment dans le cycle de Nathan Zuckerman ("Pastorale américaine", "La tache" et "J'ai épousé un communiste" entre autres). Le narrateur devient un personnage très secondaire d'une histoire qu'il connaît parfaitement parce qu'il y a participé. Mais aussi, on s'imagine facilement que Bucky Cantor lui a raconté en détail certains éléments qu'il n'aurait pu savoir (ce qui sera confirmé par la suite). Donc, le personnage principal est bien Bucky Cantor, décrit de cette façon par le narrateur (et élève de Bucky): "Cet été-là, il avait vingt-trois ans ; il avait fait ses études à South Side, l'école secondaire de Newark, multiraciale et multiconfessionnelle, et à l'institut d'éducation physique et d'hygiène de Panzer, à East Orange. Il faisait un peu moins de un mètre soixante, et même s'il était un excellent gymnaste et très fort en sports de compétition, sa taille combinée avec sa mauvaise vue, l'avait empêché de jouer au football, au base-ball ou au basket-ball au niveau inter-universitaire, et avait limité ses activités sportives de compétition au lancer du javelot et à l'haltérophilie." Selon le narrateur "il était l'incarnation de la fermeté inébranlable". Ensuite, il nous dit que "Son but était d'enseigner l'éducation physique à Weequahic, le collège qui s'était ouvert à côté de Chancellor" et qu'il était "Un garçon qui avait perdu sa mère à la naissance et son père pour cause de prison, un garçon dont les parents ne jouaient aucun rôle dans ses premiers souvenirs, n'aurait pas pu hériter de meilleurs parents de substitution pour lui permettre de devenir fort à tout point de vue". Dans la première moitié du roman ce sont les Italiens qui servent de boucs émissaires pour avoir transmis la polio aux Juifs: "Étant donné que, jusque-là, c'était dans leur quartier qu'il y avait eu le plus grand nombre de cas de polio de Newark, et qu'il n'y en avait eu aucun dans le nôtre, on crut que, comme ils l'avaient promis, les Italiens avaient traversé la ville cet après-midi-là dans l'intention de transmettre la polio aux Juifs, et qu'ils avaient réussi." L'allégorie sur la seconde guerre mondiale est forte mais aussi celle sur la peur : "L'important c'est de ne pas transmettre aux enfants le virus de la peur." Le bouquin a quelques points en commun avec "La peste" de Camus. En plus de l'allégorie sur la guerre, nous sommes avec ce roman en pleine guerre mondiale, du côté de l'Amérique: "Mais après l'incident avec les Italiens, il devint un véritable héros, un grand frère protecteur, idolâtré, en particulier auprès de ceux d'entre nous dont les grands frères étaient à la guerre."

Je crois que Philip Roth est l'auteur de notre époque qui se rapproche le plus du roman polyphonique. Ce type de roman est décrit de cette façon par Bakhtine pour expliquer les romans de Dostoïevski: "Dostoïevski est le créateur du roman polyphonique. Il a élaboré un genre romanesque fondamentalement nouveau. (…) On voit apparaître, dans ses œuvres des héros dont la voix est, dans sa structure, identique à celle que nous trouvons normalement chez les auteurs. Le mot  du héros sur lui-même et sur le monde est aussi valable et entièrement signifiant que l'est généralement le mot de l'auteur ; il n'est pas aliéné par l'image objectivée du héros, comme formant l'une de ses caractéristiques, mais ne sert pas non plus de porte-voix à la philosophie de l'auteur. Il possède une indépendance exceptionnelle dans la structure de l'œuvre, résonne en quelque sorte à côté du mot de l'auteur, se combinant avec lui, ainsi qu'avec les voix tout aussi indépendantes et signifiantes des autres personnages, sur un mode tout à fait original." Dostoïevski est le maître du roman polyphonique qui n'a jamais été égalé, mais on pourrait selon moi placer Philip Roth dans cette catégorie. Et pour terminer, je dirai que "Némésis" est le roman de la fatalité, de la culpabilité qui clôt à merveille une œuvre remarquable d'un des plus grands génies de notre époque. Bravo !

mercredi 9 juillet 2014

Patrimoine, Philip Roth


Ma note : 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Ce récit, écrit à la première personne, raconte la lente maladie du père de l'auteur âgé de quatre-vingt-six ans, sa lutte obstinée pour vaincre la tumeur au cerveau qui finira par l'emporter. Dans ce combat contre le drame de la vieillesse, le fils guide et assiste le père jusqu'à s'identifier à lui. Patrimoine est une histoire vraie (comme le précise le sous-titre) dont Herman, le père, plus encore que le fils, est le barde. Une histoire cruelle et émouvante, que l'intégrité d'Herman, son refus de l'héroïque et de l'édifiant préservent pourtant de la complaisance et du sentimentalisme. Un récit qui proclame l'infinie complexité et la permanence de la vie, la nécessité de se souvenir, de ne rien oublier, car «être vivant, c'est être fait de mémoire. Si un homme n'est pas fait de mémoire, il n'est fait de rien». Une élégie d'horreur et de compassion, mais aussi d'amour.

Mes écrivains vivants préférés sont Elfriede Jelinek et Philip Roth. Alors que la Prix Nobel de littérature Jelinek a la sexualité et la violence comme thèmes principaux de l'ensemble de son œuvre, Philip Roth se permet d'écrire sur des sujets un peu plus légers, et vend donc davantage de romans, en ayant la sexualité et la littérature comme thèmes qu'il affectionne particulièrement, et presque tous ses romans placent en relation des personnages torturés par le sexe et la littérature. Le roman central à ces deux thèmes est "Professeur de désir". "Patrimoine" est différent même si l'auteur a déjà écrit sur ce sujet. Premièrement, il est un récit biographique qui est restreint dans le temps (il couvre globalement la fin de la vie du père de Philip Roth). Aussi, les deux thèmes préférés de l'auteur sont effacés derrière ce sujet qui n'y collait pas vraiment et le livre laisse donc la grande place à son père et la maladie qui l'assaille. Philip Roth sort un peu de son "moi", (mais pas tout à fait), ce "moi" qui devient une obsession dans ses autres livres. En fait, ses livres pourraient tous porter le titre d'un de ses romans : "Ma vie d'homme".

"Mon père qui, au seuil de sa quatre-vingt-sixième année, n'y voyait pratiquement plus de l'œil droit, mais par ailleurs jouissait d'une santé phénoménale pour un homme de son âge, fut alors frappé par ce que le médecin de Floride diagnostiqua, à tort, comme la maladie de Bell, une infection virale entraînant la paralysie, généralement temporaire, de l'un des côtés du visage." Après cette phrase sévère, on commence à reconnaître l'ironie de Roth : "À l'aéroport de West Palm, il s'était senti tellement en forme qu'il n'avait même pas pris la peine de recourir aux services d'un porteur (d'ailleurs, il aurait dû le gratifier d'un pourboire) [...]" Le père de Roth est un vrai pingre. Il a été directeur de compagnie d'assurance une bonne partie de sa vie. Et il est paralysé son père. Le grand-père avait déjà eu ce problème. Philip Roth lui-même aura un infarctus à 56 ans, et ce sera suivi d'un quintuple pontage coronarien, mais il se porte encore à merveille, aujourd'hui octogénaire. Sa mère est décédé d'un infarctus au début des années 80. Son père devient sourd de l'oreille droite. Lui qui avait déjà l'œil droit déficient. Il a de la difficulté à boire, à parler. Il a deux cataractes et ne voit presque plus. Les médecins finissent par découvrir le pire, ce qui cause tous ces maux : "Mon père avait une tumeur au cerveau, une «tumeur massive» [...] Harold fut catégorique : «De toute façon, ces tumeurs finissent par tuer»". À travers ces horreurs, on retrouve un peu de la grande culture littéraire de Philip Roth, ancien professeur de littérature à l'université : "Il me semble qu'en se recueillant sur une tombe, on a des pensées plus ou moins analogues aux pensées de tout le monde et qui, l'éloquence mise à part, ne diffèrent guère de celles de Hamlet perdu dans la contemplation du crâne de Yorick." Comme quoi, même lorsqu'il écrit dans une forme et sur un sujet éloignés de ses habitudes, il ne peut échapper à la littérature.

Malgré l'originalité de ce livre quand on le place dans l'œuvre de Philip Roth, il est quand même proche de son roman "Exit le fantôme", lequel avait son alter ego littéraire comme personnage principal au crépuscule de sa vie, vieux et malade, et qui avait eu une dernière pulsion de vie, de plaisir, et avait donc redécouvert ces plaisirs depuis longtemps disparus. Ici, l'histoire est plus sombre. Le père de l'écrivain est trop vieux et trop malade pour tout cela, et Roth se concentre ainsi sur ses symptômes, sa souffrance. Philip Roth se permet quand même de parler un peu de sa vie pendant le déroulement de la longue agonie, alors qu'il était en relation avec Claire Bloom, l'actrice britannique qui le condamna publiquement quelques années plus tard en le dépeignant comme un pauvre type.

Certains disent qu'un écrivain n'écrit réellement qu'un seul livre dans sa carrière. Et j'endosse totalement cela. L'important c'est qu'il soit bon. Je parlais d'Elfriede Jelinek au début de ma chronique parce qu'elle est, avec Philip Roth, une des seules écrivaines à rentrer dans cette catégorie de l'écrivain d'un seul écrit, mais d'un excellent et je pense que ces deux auteurs seront encore lus dans deux cents ans. Quant à Martin Amis, il disait que la littérature est une guerre contre les clichés. Je n'ai jamais lu Amis, et je ne suis pas certain que je vais le faire, mais je crois que Philip Roth, à travers son œuvre, a bien compris ce message. Même lorsqu'il décrit une histoire vraie, il va au-delà des lieux communs qu'on entend sur la maladie.

En terminant, j'ai trouvé ce livre exceptionnel, mais selon moi, on doit avoir lu l'ensemble de son œuvre avant de s'y attaquer. Je conseillerais de le lire en dernier comme je l'ai fait. Roth est un maître de la biographie (fictionnelle, romancée, etc.) et même s'il exploite ici un genre différent (celui du fait, du réel) on reconnaît sa maîtrise et sa précision du détail que les autres écrivains ne peuvent qu'admirer sans pouvoir l'atteindre. Il est déjà un classique !

mardi 9 juillet 2013

Opération Shylock, Philip Roth



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: En face de Philip Roth, personnage central de cette confession, un deuxième Philip Roth, un homonyme, un imposteur. Et ce sosie parfait, ce double monstrueux, s'est mis en tête de faire retourner «chez eux» - en Pologne, en Ukraine, en Allemagne - les Juifs venus d'Europe vivant en Israël.Tout se noue en quelques jours à Jérusalem, pendant le procès de John Demjanjuk, un Ukrainien alors suspecté d'être le «bourreau de Treblinka». Ajoutons que Philip Roth relève d'une profonde dépression, qu'il se fait passer pour le Philip Roth qu'il n'est pas, et que le Mossad s'en mêle...Opération Shylock est un livre pétillant d'intelligence et d'humour. C'est aussi l'émouvant bilan d'un homme entièrement investi dans son œuvre.

Selon moi, c'est le roman de Philip Roth le moins intéressant (et le moins bon aussi). Il reprend un peu la même forme et surtout les mêmes thèmes que "La contrevie", que je venais tout juste de lire. On croirait, et Roth en fait mention dans le bouquin, qu'il est un chapitre de "La contrevie", même s'il s'étire sur 600 pages. Et c'est là son plus grand défaut.

Commençant avec une fausse préface où l'auteur essaie d'ajouter un élément de réel à toute cette histoire (en plus d'avoir ajouté "Une confession" au titre de l'ouvrage), on devine dès le début que tout ceci est absurde. Le double est une invention de Roth lui-même, le vrai, pour montrer la possibilité qu'apporte le pouvoir de la création (comme dans "La contrevie" où cette fois-là, Roth utilisait les mises en abymes et son alter ego littéraire Nathan Zukerman). Et contrairement à la plupart de ses autres romans, "Opération Shylock" a une résonance universelle où la politique est omniprésente, de même que les complots qui en dérivent. Mais l'histoire commence avec un Philip Roth (le vrai?) en dépression, souffrant d'anxiété, suicidaire, perdant ses points de repère avec la réalité, ce qui explique peut-être (et je dis bien peut-être) l'apparition de son double. Roth cherche à se soigner, et peu après, reçoit un appel l'informant de l'existence de son double. Il doit donc partir à sa recherche pour rétablir cet imbroglio à Jérusalem. Il assiste ainsi au procès d'un bourreau, nous raconte l'horreur des camps de concentration. Ensuite, il rencontre son double, et se met à imaginer toutes les maladies dont pourrait souffrir son double ou bien toutes les hypothèses de cette situation plus qu'absurde. S'ensuit presqu'un cours d'histoire sur les Juifs, Israël, Jérusalem (là où se déroule l'action), etc. Il tourne ensuite autour du débat sur la diaspora juive (est-ce le salut juif tant espéré?) et revient pendant de nombreuses pages sur sa relation avec son double qui lui, n'est peut-être pas si menteur que cela. Et ensuite, dans la deuxième moitié, l'histoire devient un peu n'importe quoi.

Dans ce roman-ci, on retrouve les thèmes que sont le sionisme, la judaïcité, l'antisémitisme, avec un mélange de l'autobiographie de Philip Roth. C'est une sorte de suite métafictionnelle de "La contrevie" qui lui aussi était métafictionnel. Philip Roth est un grand lecteur de Dostoïevski et il est donc facile d'imaginer qu'il se soit inspiré du roman "Le double" pour écrire "Opération Shylock". De plus, le narrateur souffre un peu des mêmes tourments existentiels. Dostoïevski est même cité dans le roman, par sa plus belle réplique de "Crime et châtiment".

Roth est un excellent romancier et bien que je sois très déçu de ce roman, il ne peut pas vraiment écrire de mauvais livres. Après celui-ci, il écrira quatre chefs-d'oeuvre, coup sur coup, ses quatre meilleurs romans, avec "Le théâtre de Sabbath", "Pastorale américaine", "J'ai épousé un communiste" et "La tache". C'est, pour moi, et de loin, la période faste de Philip Roth (il avait entre 62 et 67 ans) que l'on pourrait comparer aux années miraculeuses de Dostoïevski qui écrivit "Crime et châtiment", "Le joueur", "L'idiot", "L'éternel mari" et "Les possédés" entre 1866 et 1871. Avec Philip Roth, le plus grand plaisir que j'éprouve est de relire continuellement ses livres, mais ici, je crois que l'on est en face de son pire roman.

mardi 2 juillet 2013

La contrevie, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: La contrevie est le roman d'hommes et de femmes qui réalisent leur rêve de prendre un nouveau départ et d'échapper au cours censément irréversible de la destinée - parfois au péril de leur vie. Où qu'ils se trouvent, ces personnages se laissent tenter par la perspective d'une existence de rechange, à rebours de la voie tracée. La conscience du romancier Nathan Zuckerman éclaire ces vies en transit et nous fait visiter les paysages du livre, familiers ou lointains mais toujours riches de sens. Sa vision d'ensemble, son intelligence sceptique évaluent le prix à payer pour qui veut réécrire son destin personnel ou infléchir l'histoire, que ce soit dans le cabinet dentaire d'une banlieue résidentielle du New Jersey, un village ancestral du Gloucestershire, une église du West End à Londres, ou une minuscule colonie israélienne en Cisjordanie.

Selon moi, "La contrevie" est un roman plutôt moyen de Philip Roth. Le roman commence de cette façon : Nathan Zuckerman, écrivain et personnage récurrent chez Roth, doit écrire l'éloge funèbre de son frère décédé. Mais il n'y parvient pas. L'écrivain Zuckerman est davantage tenté, comme chaque auteur, de raconter cette vie de façon autofictionnelle. Et la vie d'Henry, le frère de Nathan, c'est Philip Roth qui commence à nous la raconter dans les premières pages du récit, avec un chapitre écrit à la troisième personne, entrecoupé d'un récit découvert parmi un vieux journal intime qu'il tenait sur Henry. Ensuite, on assiste à la rencontre de Nathan, au moment des funérailles, avec des connaissances d'Henry. (C'est le talent de Roth d'esquisser une peinture de la vie américaine par le truchement de la biographie des personnages). Le deuxième chapitre est écrit à la première personne, par Nathan Zuckerman, qui se retrouve en Israël (il y rencontre même le Premier ministre). Zuckerman (Roth?) parle de sa condition de juif, et aussi, de la condition mondiale des Juifs. Nathan est en fait sur les traces de son frère dentiste (le même Henry) avant qu'il ne meurt. Roth en profite pour critiquer les Juifs au passage comme il le fait souvent dans ses romans (il est lui-même juif soit dit en passant). Il retrouve un frère complètement changé après avoir eu des problèmes cardiaques. Nathan reprend ensuite l'avion pour écrire à Henry.

Je ne peux m'aventurer plus loin dans l'histoire parce que j'en dirais trop. Ce roman offre quelques surprises. Disons simplement qu'il est question d'attentats terroristes, le thème du judaïsme (et du sionisme) et d'Israël revient plusieurs fois, des relations de Nathan et d'Henry (une sorte de rivalité s'installe) et pour la forme, on y retrouve différentes narrations (avec différents narrateurs), de la métafiction (des mises en abyme), les rôles des personnages changent (et pas à peu près), etc. On est presque dans le recueil de nouvelles. Et aussi, je dirais que c'est le roman de Philip Roth (j'en ai lu une vingtaine) qui se rapproche le plus de l'oeuvre de Paul Auster. Mais contrairement à lui, Roth n'a pas réécrit sans cesse le même roman comme Auster l'a fait. La plupart des critiques s'entendent ainsi pour dire que Philip Roth est un meilleur écrivain.

Nathan Zuckerman est selon moi le personnage de Roth le plus intéressant (ce qui inclut Mickey Sabbath). C'est l'alter ego littéraire de Roth qui lui ressemble le plus. Par contre, pour "La contrevie", l'auteur n'a pas une idée forte comme pour "La tache" (l'identité) et "Pastorale américaine" (le terrorisme et sa relation avec la famille stéréotypée américaine). Ici, il n'y a rien de vraiment intéressant qui solidifie le socle du roman. Parce qu'au fond, quel est le thème dominant de "La contrevie" ? Le pouvoir de la création ? Le judaïsme ? La vie de quotidienne des Zuckerman (de Philip Roth) ? Les thèmes de Roth sont souvent accrocheurs, mais pour le présent roman, ils m'ont ennuyé.

  Pour conclure, attardons-nous un peu sur le style d'écriture de cet auteur (qui lui, est toujours réussi). Avec Philip Roth, ce n'est pas la beauté de la prose qui se démarque, qui nous enchante. C'est davantage l'ensemble de l'oeuvre ; il a un souffle, sa plume est rythmée, etc. Ainsi, par ses romans, Philip Roth ne réussit peut-être pas à nous toucher par la beauté de l'art romanesque, mais il parvient certainement à toucher notre esprit. Malgré un roman avec plusieurs défauts, c'est quand même une bonne lecture.

vendredi 26 octobre 2012

Le rabaissement, Philip Roth



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Pour Simon Axler, le personnage principal du nouveau livre de Philip Roth, tout est fini. Il fut l'un des plus grands acteurs de sa génération. Il a maintenant soixante ans passés, et il a perdu son talent, sa magie, sa confiance en lui. Falstaff, Peer Gynt, Vania, ses plus grands rôles : il n'en reste rien, du vent. Quand il monte sur scène, il se sent incapable de jouer, d'entrer dans la peau d'un autre. Sa femme l'a quitté, son public aussi, son agent ne parvient pas à le convaincre de remonter sur les planches. Au milieu de cette crise terrible et inexplicable se produit un nouvel épisode qui traduit son besoin de compensation. Voici Simon Axler saisi d'un désir érotique violent, qui, loin de le conduire au réconfort espéré, va au contraire provoquer une fin inattendue et très noire. Au cours de ce voyage dans les ténèbres, raconté avec la maestria habituelle à Philip Roth, ce sont toutes nos illusions qui sont démolies, qu'elles touchent au talent, à l'amour, au sexe, à l'espoir ou à notre réputation en société. Le rabaissement est le trentième livre de Philip Roth.

Lors d'une entrevue pour La grande librairie de la télévision française, Philip Roth disait s'être inspiré des écrivains qui arrivent à la vieillesse, comme lui, et qui perdent leur force créatrice, leur talent, etc. Il disait aussi que cela ne l'avait pas atteint, de même que d'autres auteurs comme Joyce Carol Oates et qu'ils se considéraient tous chanceux. Certains critiques littéraires ont par contre affirmé que ce roman prouvait que la perte d'un certain talent avait touché l'écrivain Roth. Qu'il manquait quelque chose dans ce roman et surtout, que le Philip Roth de la belle époque était bel et bien disparu.

Pour ma part, je n'irai pas jusque-là. Il faut savoir que Philip Roth s'est aussi inspiré d'écrivains comme Dostoïevski et Tolstoï pour écrire le cycle "Némésis" dont "Le rabaissement" constitue le troisième et avant-dernier roman. Alors, on doit prendre ces courts romans comme ils sont. On ne doit pas s'attendre à de la très grande littérature, comme ses romans précédents, tout comme les romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï n'étaient pas aussi grandioses que "Guerre et paix" et "Les frères Karamazov". Et c'est en ce sens qu'il dit s'être inspiré de ces deux grands maîtres, en écrivant des romans qui graviteraient autour de son oeuvre principal. Il a par ailleurs avoué que le dernier de ce cycle, le roman "Némésis", serait son dernier à vie et qu'il avait dit tout ce qu'il avait à dire.

Et cela paraît quelque peu dans "Le rabaissement". On sent un léger essoufflement de l'auteur, ce qui me pousse à comparer celui-ci avec les derniers de Milan Kundera, sa période française, plutôt qu'aux romans plus courts de Dostoïevski et Tolstoï.

Pour terminer, il apparaît clairement que le thème central de ce cycle est celui de la perte. Et pour "Le rabaissement", c'est fait sans subtilité. Le personnage principal perd drastiquement son talent d'acteurs. S'ensuit une lecture pessimiste, noire, nihiliste. La chute du récit est impressionnante, et c'est toute la condition humaine qui est touchée. Même s'il n'aime pas la psychanalyse, l'auteur joue sans cesse dans ses plates-bandes et avec une force particulière. C'est un roman de fin de carrière, écrit par un bourgeois littéraire, qui semble essoufflé, qui a dit son dernier mot (avec "Némésis", le roman qui vient tout juste de sortir en français) mais qui nous prouve, malgré tout, que derrière chaque génie, il reste toujours un petit quelque chose de bon.

mardi 23 octobre 2012

Indignation, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Nous sommes en 1951, seconde année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix-neuf ans, intense et sérieux, d’origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il a quitté l’école de Newark, dans le New Jersey où habite sa famille. Il espère par ce changement échapper à la domination de son père, boucher de sa profession, un homme honnête et travailleur, mais qui est depuis quelque temps la proie d’une véritable paranoïa au sujet de son fils bien-aimé. Fierté et amour, telles sont les sources de cette peur panique. Marcus, en s’éloignant de ses parents, va tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue de lui, pleine d’embûches, de difficultés et de surprises. Indignation, le vingt-neuvième livre de Philip Roth, propose une forme de roman d’apprentissage : c’est une histoire de tâtonnements et d’erreurs, d’audace et de folie, de résistances et de révélations, tant sur le plan sexuel qu’intellectuel. Renonçant à sa description minutieuse de la vieillesse et de son cortège de maux, Roth poursuit avec l’énergie habituelle son analyse de l’histoire de l’Amérique – celle des années cinquante, des tabous et des frustrations sexuelles – et de son impact sur la vie d’un homme jeune, isolé, vulnérable.

Cela fait plusieurs romans de Philip Roth que je lis. Il utilise souvent le même procédé, dans l'écriture, pour sa prose, mais aussi pour la construction de son intrigue. En effet, il place un revirement - on pourrait même appeler cela une chute - dans le premier tiers de son récit. Cela nous fait perdre le souffle, nous surprend, en quelque sorte, mais étant donné qu'il place la chute avant le milieu du roman, on reprend notre air d'aller et la lecture qui suit est passionnante. Il l'avait utilisé entre autres pour "Pastorale américaine" et "La tache", deux romans que je vous recommande grandement. Ici, pour "Indignation", un autre roman que j'ai aimé, il utilise ce procédé et le coup est encore plus difficile à prendre. Mais pour le bien de votre lecture, je n'en dirai pas plus.

Je l'affirmais lors de précédentes critiques, je préfère les romans de Philip Roth qui ont au minimum 300 ou 400 pages. On a ainsi le temps de bien embarquer dans l'histoire. "Indignation" en fait moins de 200. Quoique ce soit 200 pages de grandes littératures, c'est court. Il fait partie du cycle "Némésis" qui compte quatre romans. Tous de courts romans. J'avais lu "Un homme" qui m'avait quelque peu déçu et je m'attendais donc à cette même déception cette fois-ci. Et bien non. L'histoire nous permet d'en découvrir un peu plus sur les États-Unis, d'une période que je connais peu, et ici on est dans le particulier qui nous explique, du mieux qu'il peut, le général. Les thèmes sont bien identifiés en quatrième de couverture et je parierais que l'auteur a demandé de l'aide à un professionnel pour la partie psychologique du récit, parce que le tout est très réaliste.

Pour terminer, sans être un grand roman - non plus le roman qui doit nous introduire à Philip Roth, parce que sur ce point je crois que "Pastorale américaine" est davantage à considérer - "Indignation" nous offre de belles pages de littérature et l'on sent le souffle de ce grand auteur américain. Encore une fois, on pourrait croire qu'il l'a écrit en un seul jet tellement il parvient à nous saisir et nous fait relâcher le livre qu'à la toute fin. Il a par contre des défauts. Et un particulièrement, que je retrouve dans plusieurs romans contemporains, est le léger manque d'inspiration qui est comblé par les interminables biographies de chaque personnage. Le roman est déjà une biographie fictive, une autre forme souvent utilisée par Roth, et comme plusieurs autres écrivains le font (notamment Paul Auster), il ne peut s'empêcher de raconter la vie de chaque personnage et cela en résulte en une sorte de remplissage. Mais bon, c'est sa prérogative et cela n'entache pas l'ensemble de l'oeuvre.

samedi 19 novembre 2011

Exit le fantôme, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture : Exit le fantôme Après onze ans de réclusion volontaire dans la campagne du Massachusetts, Zuckerman remet les pieds à New York, pour une intervention bénigne mais qui le renvoie à sa déchéance physique. Dans la ville accablée par la réélection inattendue de George W. Bush, trois rencontres vont bouleverser ses plans : Amy Bellette, vieillie et presque mourante, elle qui fut la muse de E. I. Lonoff, son mentor ; Richard Kliman, jeune arriviste insupportable qui veut révéler les secrets de Lonoff ; et, surtout, un jeune couple d'écrivains avec qui il envisage un échange de maisons. Et voilà Zuckerman, qui se croyait immunisé, en proie à un dernier coup de foudre. Pour Jamie, la très charmante jeune femme du couple. Va-t-il passer à l'acte ? Ou se servir de ce dernier amour pour écrire encore - traduire dans une fiction les fantasmes qu'il lui inspire ? Meilleur roman étranger 2009 selon le magazine Lire.

Ce n'est certainement pas le meilleur roman de Philip Roth, mais pour ceux qui ont lu auparavant la série de bouquins mettant en vedette Zuckerman (le double littéraire de l'auteur) devront lire celui-ci.

Encore une fois, à l'instar de Paul Auster, Philip Roth utilise la mise en abyme (l'histoire dans l'histoire, l'emboîtement de récits en quelque sorte) mais plus modérément que son confrère du post-modernisme.

Avec "Exit le fantôme", l'auteur traite de la vieillesse, de la maladie mais aussi du retour en ville du héros, Nathan Zuckerman. Celui-ci était parti vivre à la campagne loin de tous pendant de nombreuses années. Cela permet à Roth de nous entretenir sur la résurrection possible du désir et métaphoriquement, de la vie en tant que telle.

Ce n'est pas un livre aussi puissant que "La tache", "Pastorale américaine" ou même "J'ai épousé un communiste", mais on peut dire que la boucle est bouclée quant à son alter ego littéraire. Philip Roth a un don certain pour l'écriture (de roman en particulier) et il nous en fait encore une fois la démonstration ici. L'écriture est d'une fluidité exemplaire, les thèmes abordés sont non seulement importants mais aussi très intéressants. C'est un auteur à lire, il n'y a pas de doutes.

dimanche 25 juillet 2010

J'ai épousé un communiste, Philip Roth



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Le maccarthysme a beau déferler sur l'Amérique au tournant des années cinquante, Ira Ringold se croit à l'abri de la chasse aux sorcières. Non seulement parce que son appartenance au parti communiste est ignorée même de ses amis, mais surtout parce que l'enfant des quartiers pauvres de Newark, l'ancien terrassier au lourd passé, s'est réinventé en Iron Rinn, vedette de la radio, idéale réincarnation de Lincoln, et heureux époux de Eve Frame, ex-star du muet. Mais c'est compter sans la pression du pouvoir, sans les aléas du désir et de la jalousie, sans la part d'ombre que cachent les êtres les plus chers. Car si Ira a changé d'identité, Eve elle-même a quelque chose à cacher. Et lorsqu'une politique dévoyée contamine jusqu'à la sphère intime, les masques tombent et la trahison affecte, au-delà d'un couple, une société tout entière. Ne reste alors aux témoins impuissants, le frère d'Ira et son disciple fervent, le jeune Nathan Zuckerman, qu'à garder en mémoire ces trajectoires brisées, avant enfin, au soir de leur vie, de faire toute la lumière sur une page infâme de l'Amérique. Un roman qui rend justice à ces individus détruits par la tourmente des événements et qui décrit avec une rare puissance comment l'Histoire ébranle la trame même de nos existences.

Ce roman de Philip Roth est une merveille selon moi. Encore une fois, le narrateur est Nathan Zuckerman, l'alter ego littéraire de Roth, et le roman se dévore tout aussi bien que La tache de ce même Roth. Il est aussi puissant, aussi intense et dévoile une face sombre des États-Unis, soit la chasse aux communistes à l'époque de Joe McCarthy. Pour ma part, je préfère ce sujet à celui de La tache, ce qui en fait un bien meilleur roman d'un point de vue subjectif et personnel, mais pour rester objectif je dois dire que ces deux romans sont sur un même pied d'égalité et sont tous deux magnifiques. Deux (presque) chefs-d'oeuvre de Philip Roth et écrit coup sur coup. Ce n'est pas rien!

On peut faire un rapprochement entre ce roman et 1984 de Orwell, dont la police de la pensée. À l'époque de McCarthy on était jugé si on entretenait des sympathies avec le communisme. Véritable police de la pensée, ces enquêtes publiques sont fortement dénoncées dans ce bouquin et M. Roth a romancé le tout pour notre plus grand bonheur. C'est un véritable tour de force littéraire qu'il a accompli.

En terminant, J'ai épousé un communiste est un roman presque parfait. J'hésitais entre la note de 9 et 8,5 et j'ai finalement choisi cette dernière pour ne pas porter ombrage à la note que j'avais donné à La tache et ainsi être objectif dans ma critique. Avec ce roman, l'auteur fait usage de son procédé habituel d'écriture, soit une biographie de fiction avec un style d'écriture très efficace, accrocheur et débordant de talent. C'est très bon. Alors, n'hésitez pas!!

lundi 17 mai 2010

La tache, Philip Roth



Ma note: 8,5/10

Voici le résumé: Portrait d'une Amérique à la fois profonde et proche. Voilà le dessein de Philip Roth. Un portrait brossé sans mise à quatre épingles et à travers la figure centrale d'un professeur d'université, Coleman Silk, juif et noir à la peau claire, âgé de soixante et onze ans, accusé à tort de racisme puis à qui l'on reproche d'entretenir une relation avec une femme de trente-quatre ans, illettrée et agent d'entretien. De quoi faire tache dans la bonne conscience américaine, dans les Berkshires, où "il reste des gens, des péquenots comme des universitaires, qui n'auront jamais le bon goût de renoncer à leurs vieilles valeurs pour se mettre au pas de la révolution sexuelle. Des pratiquants étriqués, des maniaques des convenances." L'existence de Coleman, son destin et les êtres gravitant autour de lui ont valeur d'illustration, rapportée par une présence omnisciente, jugeant ci et là les personnages. Pour ce faire, Philip Roth se crée un double, Nathan Zuckerman, qu'il n'épargne pas d'impuissance sexuelle ni d'un cancer de la prostate... Jouant sur le présent, revenant au passé pour conter la jeunesse de Coleman, multipliant les regards, en saute-mouton de narrateur, Philip Roth passe en revue l'enlisement de la guerre du Vietnam et ses horreurs, la pêche à la ligne sur les lacs glacés, les arcanes de l'art noble (jab, droite, gauche, crochet et uppercut), la bouffonnerie du hasard, les cuistreries philologiques, bibliographiques et archéologiques des universitaires, jusqu'au scandale éclaboussant la Maison Blanche, émue et excitée par Monica Lewinsky, dite "Gorge profonde", "pompant généreusement le sexe" de Bill Clinton.

Un excellent roman signé Philip Roth. Il est presque parfait. L'écriture est splendide, accrocheuse et il se lit très bien. On reste accroché avec ce Roth, il n'y a pas de doute. Même si j'avais écouté le film préalablement, ma lecture n'a pas été heurté. Le style est trop accrocheur et original. En plus, personnellement, j'adore un roman qui met en scène des intellectuels, par opposition aux ouvriers qu'on retrouve trop souvent depuis le succès de Zola ou aux rois et reines insignifiants de la littérature du 19e siècle. Non, ici on est bien ancré dans la fin du 20e siècle avec des personnages cultivés comme Philip Roth semble l'être. C'est un délice à lire et en plus, il y a différents thèmes intéressants traités en génie par Roth.

Par contre, ce roman n'est pas très facile d'approche. Sans être ardue, il demande tout de même une bonne concentration à la lecture. Même si j'avais vu le film, je devais être attentif, du moins plus que ce que je m'attendais.

Finalement, n'hésitez surtout pas à dévorer ce très grand roman de Philip Roth. On est pas loin du chef-d'oeuvre et le milieu universitaire est décrit avec ses forces et ses faiblesses. L'auteur n'épargne pas l'Amérique au passage. En fait, toutes les critiques sociales qu'on retrouve dans ce bouquin sont judicieuses. Tout est très bon. Donc allez-y!

samedi 27 février 2010

Le complot contre l'Amérique, Philip Roth



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Lorsque le célèbre aviateur Charles Lindbergh battit le président Roosevelt aux élections présidentielles de 1940, la peur s'empara des Juifs américains.
Non seulement Lindbergh avait, dans son discours radiophonique à la nation, reproché aux juifs de pousser l'Amérique à entreprendre une guerre inutile avec l'Allemagne nazie, mais, en devenant trente-troisième président des Etats-Unis, il s'empressa de signer un pacte de non-agression avec Hitler. Alors la terreur pénétra dans les foyers juifs, notamment dans celui de la famille Roth. Ce contexte sert de décor historique au Complot contre l'Amérique, un roman où Philip Roth, qui avait sept ans à l'époque, raconte ce que vécut et ressentit sa famille, et des millions de familles semblables dans tout le pays, lors des lourdes années où s'exerça la présidence de Lindbergh, quand les citoyens américains qui étaient aussi des juifs avaient de bonnes raisons de craindre le pire.

Philip Roth est définitivement meilleur avec des romans plus long que 200 pages comme celui-ci. En effet, sans être un chef-d'oeuvre, ce roman permet de ressentir de fortes émotions et nous aides à comprendre la tradition juive, les familles juives et surtout celles qui ont été soumises. Ce roman anachronique de Roth est quasiment un livre d'histoire(très bien écrit cependant) de ce à quoi le monde aurait pu être confronté si Franklin Roosevelt n'aurait pas été président des États-Unis au temps de la deuxième guerre mondiale.

Philip Roth est considéré avec Cormac McCarthy comme le meilleur écrivain américain de notre époque. Le prix nobel de littérature lui échappe presque à chaque année à cause de l'anti-américanisme de ses décideurs. C'est dommage que lui et McCarthy ne peuvent y penser, à ce prix nobel, parce que tous les deux le mérite pour des raisons différentes. Quant à Roth, il a construit, selon moi, une grande fresque de l'Amérique, et nous aide à comprendre, entre autres, la religion et ses travers, principalement le judaïsme, la maladie, les injustices, etc.

Cet écrivain a aussi une écriture très « universitaire » et c'est comprenable, parce qu'il a été longtemps professeur universitaire, en lettres. Du côté de l'anecdote, il écrit debout devant son ordinateur à cause de ses maux de dos.....

Finalement, voici un livre très intéressant. Par contre ne vous attendez surtout à un thriller du style de Tom Clancy ou autres. C'est très loin de ce genre. On est davantage dans le genre de Roth, soit des romans très « universitaires » et donc dans la littérature au sens classique et pur du terme.