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vendredi 18 juillet 2014

Enfance. Adolescence. Jeunesse, Tolstoï


Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Ce classique de la littérature de l'enfance a été écrit par un très jeune homme pour qui le souvenir n'est pas lié à la nostalgie, à l'attendrissement poétique, mais qui voit dans l'écriture le seul moyen de se libérer de ses chaînes et d'aborder l'âge d'homme. D'où le ton si particulier de ce livre, sa tension, son étrange et presque aveuglante vérité, son parfum de fraises sauvages. Enfance, Adolescence, Jeunesse est aussi un des tableaux les plus évocateurs qu'un écrivain nous ait laissés de la Russie du XIXe siècle : la campagne et la vie urbaine, Iasnaïa Poliana et les tavernes de Moscou, les nourrices, les précepteurs, les étudiants, les princes, les bals, le jeu, les maîtres et les esclaves.

Tolstoï s'est déjà inspiré de faits divers pour ses romans ("Anna Karénine" s'inspire de l'histoire d'une femme qui s'est jetée sous un train et que Tolstoï avait entendu parler) et de faits historiques ("Guerre et paix" est bien entendu inspiré par les guerres napoléoniennes en Russie). Arrivé à maturité, ce géant des lettres commença à écrire de plus courts récits, qui sont, selon les spécialistes, d'une perfection sans nom. Harold Bloom a comme préféré "Hadji-Mourat" alors que "La mort d'Ivan Ilitch" est souvent perçue comme une des meilleures histoires de la littérature mondiale, la plus grande histoire de la souffrance d'un homme. On entend moins souvent parler du présent livre, celui où Tolstoï retrace les premières années d'un jeune, que l'on peut supposer, en réalité, être nul autre que lui-même. J'ai déjà lu la grande biographie d'Henri Troyat sur Tolstoï, et même si ce bouquin critiquait Tolstoï durement en l'accusant de ne pas exercer ce qu'il prêche, (accusation injustifiée selon moi), et même s'il prenait position alors que le but de la biographie est de rester neutre, Troyat a quand même fait un travail titanesque en écrivant plus de 1000 pages sur le sujet. Personnellement, je considère Léon Tolstoï comme le plus grand humain à avoir foulé cette terre parce que non seulement était-il un grand écrivain et un grand intellectuel, mais il était un homme "total" en ayant des capacités autant physiques qu'intellectuels et si l'on rajoute à cela sa conscience sociale avec ses sympathies anarchistes, en plus de ses idées philosophiques et spirituelles, je ne vois pas qui pourrait rivaliser avec lui.

Aussi, je préfère les biographies directement écrites par le sujet principal (même lorsqu'elles sont très romancées comme ici) parce que peu importe si le risque d'idéalisation est grand (de toute façon ce risque est présent lorsqu'elle est écrite par une personne tierce), l'écrivain de sa propre biographie a vécu ce dont il parle, en a été témoin et est donc le mieux placé pour en parler. Dans "Enfance. Adolescence. Jeunesse", (trois récits parus séparément), Tolstoï, grand humaniste, parvient à restituer les tourments de l'enfance. Et le principal, c'est celui d'être jeune, petit, vulnérable : "C'est entendu, je suis petit, songeai-je, mais pourquoi vient-il m'inquiéter? Pourquoi ne chasse-t-il pas les mouches près du lit de Volodia?" On retrouve ce genre de questionnement dans ce livre. Il n'y a rien de compliqué, mais tout est juste. Lorsqu'on lit ce livre au premier niveau, tout se rapproche du romanesque avec ses personnages inventés, sa narration, sa forme, etc. Mais en réalité, plusieurs éléments sont les mêmes que ceux qu'on retrouve dans la vie de Tolstoï. On assiste à la formation d'un bourgeois, Tolstoï était comte, qui plus tard dans sa vie voudra libérer les masses, lui qui a été le premier propriétaire terrien de la Russie à se départir de ses terres au profit des moujiks. Je me rappelle avoir lu dans la biographie de Troyat que Lénine lui-même avait signé la lettre qui permettait à la famille de Tolstoï de quitter la Russie lors de la révolution bolchevique de 1917 (Tolstoï était déjà mort). Il est manifeste que Tolstoï a fait appel à ses souvenirs enfouis pour écrire ces trois livres et voici le résultat lorsque la narration se met à décrire la mère du héros : " Tant de souvenirs du passé surgissent lorsqu'on essaye de ressusciter en imagination les traits d'un être aimé qu'on voit ceux-ci confusément à travers ces souvenirs comme à travers des larmes. Ce sont...les larmes de l'imagination. Lorsque je m'efforce de me rappeler ma mère telle qu'elle était à cette époque, je vois seulement ses yeux marron, qui exprimaient toujours la même bonté et le même amour, un grain de beauté qu'elle avait sur le cou, un peu plus bas que l'endroit où bouclaient de petits cheveux, son étroit col blanc orné de broderies, sa main sèche et tendre qui me caressait si souvent, que si souvent je baisais ; mais l'expression d'ensemble m'échappe."

Le problème avec ces trois livres qui forment une trilogie, c'est qu'ils n'ont pas vraiment d'assise, de public, etc. Il y a parfois des passages qui se rapprochent du romantisme, mais la plupart du temps le réalisme que l'on connaît de Tolstoï triomphe. Ceux qui aiment les romans plus légers, les romans jeunesses s'ennuieront avec ce classique et les érudits y trouveront un Tolstoï moins habile, trop jeune, trop puéril, même s'il parle de Schelling, qu'il a déjà des questionnements philosophiques, etc. Pour ma part, j'ai quand même apprécié parce que j'avais tout lu de cet écrivain et ce livre vient compléter une partie de lui qui me manquait. Ses origines personnelles, mais surtout littéraires. Sous des dehors de fiction, je crois que ce livre nous dévoile le vrai Tolstoï comme jamais. Comme tous ses romans, celui-ci n'a pas de début, de milieu, de fin. Ses récits commencent toujours abruptement, et il découpe son histoire en scènes où l'on suit une partie seulement de la vie des protagonistes. Et la beauté de ce livre, c'est qu'on peut voir qu'à un jeune âge, il avait déjà son style d'écriture particulier, tout en retenue, sans la fougue de Dostoïevski, mais plutôt avec une maîtrise et des descriptions simples et justes. Si vous n'êtes pas un grand amateur, et connaisseur de Tolstoï, je ne vous recommande pas cet ouvrage parce que vous ne pourrez pas faire de liens entre la fiction et la vie réelle de ce génie.

lundi 16 avril 2012

La guerre et la paix, Tolstoï



Ma note: 10/10

Je me vois mal écrire un résumé pour cet énorme roman de quelque 2000 pages. Alors, pour faire simple, je vous renvoie au résumé de Wikipédia juste ici .

Aussi, je pourrais faire une critique de 300 pages seulement pour ce livre magnifique. Mais comme vous le savez - peut-être - mon blog n'a pas pour but d'écrire une thèse de doctorat à chaque fois que je lis un roman. Je me limite à l'essentiel et j'écris seulement sur mes impressions post-lectures. Je crois que la littérature est une question d'opinion - et de goût - alors mon commentaire sur tel ou tel roman vaut celui des autres. Pour "La guerre et la paix", encore plus que les autres romans, je me limiterai au strict minimum et je ferai donc très court.

Même si le titre a été emprunté à Proudhon par Léon Tolstoï, le résultat est qu'il est judicieusement choisi et il représente bien l'ensemble de l'oeuvre. En effet, l'auteur alterne entre les discussions de salon, la paix entre quelques guerres et la guerre en tant que telle. On se retrouve avec un bouquin qui peut plaire au plus grand nombre parce qu'il contient un peu de tout. Les passionnés d'histoire y trouveront fort probablement leur compte, tout comme les littéraires, les sociologues, les psychologues, les philosophes, etc. Le thème des francs-maçons est même très présent dans l'histoire de même que les relations familiales, étatiques, amicales, etc. Bref il y a de tout pour tous les goûts.

Le début du récit est par contre très ennuyeux, ce qui rebutera plusieurs lecteurs, notamment à notre époque où l'instantanéité règne en roi et maître. Cela prend environ 300-400 pages avant que le livre prenne son air d'aller. La fin, quant à elle, nous expose à deux épilogues où Tolstoï écrit davantage sur les idées qui touchent l'intellect comme le ferait un philosophe politique. Entre ces deux opposés, le milieu est constitué de batailles où Napoléon y joue un rôle central (lors de son entrée en Russie).

Tolstoï est l'écrivain le plus complet. Sans avoir la plus belle plume, ni les histoires les plus intéressantes, ni les thèmes les plus forts, il excelle partout et ainsi, selon moi (mais en étant objectif), je crois qu'il est l'écrivain le plus puissant. Parmi le grand nombre d'écrivains de son époque, il est un des rares qui a traversé les décennies et qui est encore lu aujourd'hui. Il est maintenant considéré comme un classique. Je crois même qu'il sera lu pour plusieurs siècles encore, comme c'est le cas de Cervantès.

Mais pour terminer, je ne saurais dire si je vous conseille réellement cette oeuvre majeure de la littérature mondiale. On doit avoir beaucoup de temps devant soi pour ne pas étaler la lecture sur plusieurs mois. Pour ma part, je l'ai lu en 10 jours et il était temps que je finisse. Mais bon, c'était une relecture et je pouvais lire de grandes parties en vitesse. Et il reste l'un de mes romans préférés à vie.

mardi 17 mai 2011

Résurrection, Tolstoï



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : Tolstoï entame une enquête immense, descend dans l'enfer putride des prisons, scrute les détenus, polémique avec les " idéologues " révolutionnaires, interroge le peuple. Résurrection se veut un roman total, mais cette fois-ci le Tolstoï millénariste refuse la durée et exige tout tout de suite : le salut total de la création. C'est peut-être ce qui fait de Résurrection, paru quand naissait le XXe siècle, un signe avant-coureur des grands soubresauts millénaristes de notre siècle à nous.

C'est certainement le roman de Tolstoï le plus facile à lire (c'est aussi son plus court) et contrairement à "Anna Karénine" ou "Guerre et paix", on ne se perd pas dans celui-ci. On suit, en général, qu'un seul personnage et sa quête pour rétablir une erreur de son passé. C'est donc un roman sur la rédemption, coûte que coûte et sur les conséquences que peuvent avoir nos gestes. Aussi bien nos actions conscientes qu'inconscientes.

On dit de "Résurrection" qu'il commence comme un récit privé, intime et qu'il finit comme une grande fresque sur la Russie, la chrétienneté et même sur le salut du monde. On dit qu'il commence microscopiquement pour finir avec une vue d'ensemble sur la société, sur la vie. Personnellement, je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce constat que lui prête la majorité des critiques littéraires du 20e siècle. Ce roman reste un récit intime. Même s'il semble se dresser en drame social à grand déploiement (au fil du récit), je crois qu'on est constamment sur les traces du personnage principal et de sa quête, sa rédemption. Ce que j'ai lu, tout au long du récit, est la relation de cette homme avec la femme qu'il essaie de sauver mais surtout, avec lui-même. Il essaie de se sauver lui-même et la fin est explicite sur ce sujet, en tout cas sur ce qu'il trouve comme salut.

Avec un style impeccable et des descriptions précises et justes, Tolstoï nous livre un grand roman de fin de siècle (1899). "Résurrection" a longtemps été jugé comme le plus faible de ses romans mais il est de plus en plus réhabilité. Et pour cause! C'est une histoire beaucoup plus puissante qu'elle ne paraît au premier abord et l'écriture est tout simplement parfaite. Sans être le chef-d'oeuvre de cet écrivain hors pair, on peut dire sans se tromper qu'il constitue une lecture essentielle, ne serait-ce que pour ajouter un peu plus d'humanité dans ce monde qui en a de moins en moins.

samedi 22 janvier 2011

Anna Karénine, Tolstoï



Ma note: 8/10

Voici "Anna Karénine" expliquée par Kundera : «Quand Tolstoï a esquissé la première variante d'Anna Karénine, Anna était une femme très antipathique et sa fin tragique n'était que justifiée et méritée. La version définitive du roman est bien différente, mais je ne crois pas que Tolstoï ait changé entre-temps ses idées morales, je dirais plutôt que, pendant l'écriture, il écoutait une autre voix que celle de sa conviction morale personnelle. Il écoutait ce que j'aimerais appeler la sagesse du roman. Tous les vrais romanciers sont à l'écoute de cette sagesse suprapersonnelle, ce qui explique que les grands romans sont toujours plus intelligents que leurs auteurs. Les romanciers qui sont plus intelligents que leurs œuvres devraient changer de métier.»

C'est probablement le plus classique des romans que j'ai lu. Par là, j'entends le style de l'écrivain, qui est d'une beauté et d'une précision sans faille. J'entends aussi son histoire, qui a su toucher toutes les critiques littéraires du xxe siècle. La longueur aussi du bouquin - qui est un point trop souvent sous-estimé selon moi par les critiques - qui compte 858 pages. C'est long à lire mais sans être excessif non plus. Donc, je conseillerais ce livre à quiconque veut lire un classique de la littérature. Sur ce point, on ne peut se tromper.

Par contre, ce texte a les défauts de ses qualités. Bien qu'il soit parfait, c'est justement là mon problème. Il est trop parfait selon moi. Il ne prend pas assez de risques, comme Dostoievski en a pris, par exemple, avec ses romans. Tout est parfait, les dialogues, la narration. Les mots choisis par l'auteur sont toujours justes. En creusant un peu, j'ai cru voir qu'il manque une âme à ce roman. Mais ça, c'est seulement mon opinion. Même si la prose de Tolstoï a bien vieilli, ça reste un classique et donc, il n'est pas toujours facile à suivre. Chaque chapitre est une scène de la vie courante sans avoir beaucoup de liens entre eux.

Avant de vous laisser, j'aimerais vous dire que les cent dernières pages sont à mon avis de beaucoup supérieures au reste. Elles m'ont renversé. À travers un personnage du roman (je vous laisse découvrir qui!) Tolstoï nous parle de ses interrogations philosophiques, spirituelles et en fait, métaphysiques. C'est de la grande écriture! Alors, voici un bon roman....presque trop parfait!!

mardi 11 janvier 2011

La mort d'Ivan illitch, Tolstoï



Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture : Trois nouvelles, six morts exemplaires, dont celle d'Ivan Illitch - l'agonie la plus célèbre de la littérature.La mort, la vie et son mensonge - soit qu'au dernier moment on s'accroche encore à ce mensonge, comme la vieille dame (Trois morts), soit qu'on s'en dépouille enfin, comme Ivan Illitch, soit qu'on meure, comme l'arbre, «paisiblement, honnêtement, en beauté». «À la grâce de Dieu. Nous y passerons tous un jour !»

Je ne lis pas souvent des nouvelles littéraires. C'est trop court. Je n'ai pas le temps de bien saisir l'histoire et selon moi, pour apprécier pleinement un court texte on se doit de le lire en une séance. Quand on est interrompu, c'est difficile de bien rentrer de nouveau dans l'histoire. Par contre, j'aime bien les nouvelles de Tolstoï. Les quelques-unes que j'ai lu à tout le moins.

Ce recueil de nouvelles de Tolstoï a comme thème principal la mort. Différentes morts sont traitées dans ce recueil. Mais celle qui a le plus retenu mon attention est la première nouvelle : "La mort d'Ivan illitch". Elle est très bien écrite et l'agonie du personnage principal nous prend aux trippes. La souffrance physique et mentale qui en découle est décrite d'une main de maître.

Donc, j'ai apprécié ce moment de lecture avec Tolstoï. Certes la première nouvelle est supérieure aux deux autres. Mais au final, ces trois courts textes nous font vivre de grandes émotions et l'humain nous est présenté dans toute sa douleur comme seul Tolstoï sait l'écrire. Pas surprenant que ce géant des lettres ait été un lecteur de Schopenhauer.