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jeudi 21 juillet 2016

Quatrevingt-treize, Victor Hugo


Ma note: 8/10

 Voici la quatrième de couverture : 93 conclut le dialogue que Hugo a poursuivi toute sa vie avec la Révolution. 93, c'est la Convention, «assemblée qui a eu un duel avec la royauté comme Cromwell et un duel avec l'univers comme Annibal» et qui a «tranché le nœud gordien de l'histoire». Immense fresque épique, 93 est aussi l'histoire de trois hommes. Lantenac, l'homme du roi et de tout l'honneur de l'ancienne France. Cimourdain, le génie austère et implacable de la Révolution. Entre eux Gauvain, neveu de Lantenac et fils spirituel de Cimourdain, aristocrate passé au peuple, que Cimourdain fera guillotiner pour avoir permis la fuite de Lantenac et qu'il suit aussitôt dans la mort. «Au moment où la tête de Gauvain roulait dans le panier, Cimourdain se traversait le cœur d'une balle... Ces deux âmes s'envolèrent ensemble, l'ombre de l'une mêlée à la lumière de l'autre.»

 Comme introduction à ma chronique, voici ce que pense Harold Bloom de Victor Hugo : 

 « Confronted by the genius of Victor Hugo, a man who accurately believed himself to be Victor Hugo, a critic trying to apprehend genius hardly knows how or where to begin. Balzac's energetic assault upon literary immortality seems a rugged but auxiliary onrush when juxtaposed to Victor Hugo's, though Hugo, three years younger than Balzac, survived him by thirty-five years, so the comparison may be unjust. Given another third of a century, Balzac's Human Comedy would have at least doubled in size, so that we would have about one hundred and eighty linked novels, novellas, and stories. And yet Victor Hugo is virtually infinite : has anyone read all of him ? There are more than 155,000 lines of poetry, not counting verse dramas, and there are seven novels, twenty-one plays, and an astonishing amount of more-or-less fugitive prose, only now available. Hugo may have been the last of the universal authors, like Cervantes, Shakespeare, and Dickens. I can think of no twentieth-century equivalent and doubt that one will appear in the twenty-first century. Les Misérables, wich is to us a musical, was read by everyone in France who could read when it first appeared (1862). At seventy-one, I wonder what will not be made into a musical. Will we yet have Hamlet : A Musical or, still better, King Lear : A Musical Extravaganza ? Not that Victor Hugo would be other than delighted by his musical, since he wanted to touch as many fellow human beings (women in particular) as he could reach. »

 Comme Harold Bloom, je place la poésie de Hugo encore plus haut dans les sommets de l'esprit humain que ses romans (ceux-ci sont souvent classés dans le grotesque en littérature). Par contre, pour moi, sa contribution la plus importante au monde littéraire est son essai sur la littérature, qui m'a enchanté du début à la fin. Il porte le nom de William Shakespeare mais le titre du bouquin aurait pu ressembler à quelque chose de plus général, parce que ce texte renvoie surtout aux génies des lettres avec un fort penchant de Hugo pour Eschyle et Shakespeare. Dante et quelques autres en font aussi partie. De plus, Hugo semble insinuer qu'il fait partie lui-même de ce canon des lettres occidentales. Ainsi, j'en suis venu à voir les romans de Hugo comme quelque chose de presque secondaire, à tout le moins plus secondaire que son essai et sa poésie (celle-ci est "abondante"). Selon moi, Victor Hugo est le meilleur pour parler de littérature parce qu'il s'attarde au général et non aux détails. Contrairement à ce qui est enseigné dans les universités, je préfère les essais et les textes qui traitent de la littérature d'un point de vue globale, général, et qui ne se perdent pas inutilement dans les détails pendant des centaines de pages (les plus dignes descendants sur ce point sont Harold Bloom et George Steiner). Les commentateurs qui rentrent trop profondément dans les détails d'un texte (en expliquant des paragraphes, des phrases, sur de nombreuses pages) m'ennuient totalement.

 Contrairement à ce qu'on pourrait penser d'un premier abord, Hugo n'a pas beaucoup écrit de fiction basée sur des faits historiques. Ses romans comme Notre-dame de Paris et Les Misérables se déroulent dans des périodes fortes de l'histoire, mais ils ne sont pas complètement "historiques", ou très proche de l'histoire, la vraie, comme Quatrevingt-treize. Je crois que son style ne s'y prête guère. Même s'il est malgré tout un extraordinaire romancier, Victor Hugo est surtout un poète et cela se ressent dans sa prose romanesque. L'histoire avec un grand H n'est pas de la poésie et ainsi, il est périlleux de mélanger les deux. Je préfère lorsque les faits historiques servent d'arrière-plan comme dans Pastorale Américaine de Philip Roth. Globalement, Les Misérables sont un roman humaniste. On est quand même loin du roman historique en tant que tel. Même chose pour Notre-dame de Paris (gothique et grotesque), Les travailleurs de la mer (drame amoureux) et L'homme qui rit.

 Comme dans la plupart des romans historiques, Hugo commence ici par placer le décor, les dates, etc., avec l'incipit :

 « Dans les derniers jours de mai 1793, un des bataillons parisiens amenés en Bretagne par Santerre fouillait le redoutable bois de la Saudraie en Astillé. On n'était pas plus de trois cents, car le bataillon était décimé par cette rude guerre. C'était l'époque où, après l'Argonne, Jemmapes et Valmy, du premier bataillon de Paris, qui était de six cents volontaires, il restait vingt-sept hommes, du deuxième trente-trois, et du troisième cinquante-sept. Temps des luttes épiques. Les bataillons envoyés de Paris en Vendée comptaient neuf cent douze hommes. Chaque bataillon avait trois pièces de canon. Ils avaient été rapidement mis sur pied. Le 25 avril, Gohier étant ministre de la justice et Bouchotte étant ministre de la guerre, la section du BOn-Conseil avait proposé d'envoyer des bataillons de volontaires en Vendée ; le membre de la commune Lubin avait fait le rapport ; le 1er mai, Santerre était prêt à faire partir douze mille soldats, trente pièces de campagne et un bataillon de canonniers. Ces bataillons, faits si vite, furent si bien faits, qu'ils servent aujourd'hui de modèle ; c'est d'après leur mode de composition qu'on forme les compagnies de ligne ; ils ont changé l'ancienne proportion entre le nombre des soldats et le nombre des sous-officiers. Le 28 avril, la commune de Paris avait donné aux volontaires de Santerre cette consigne : Point de grâce, point de quartier. A la fin de mai, sur les douze mille partis de Paris, huit mille étaient morts. »

 Quatrevingt-treize est le dernier roman de Hugo, publié en 1874, 11 ans avant sa mort (Les Misérables avaient quant à eux paru en 1862 et Bug Jargal, son premier roman, en 1818). Dans Quatrevingt-treize, le dernier d'une trilogie amorcé avec L'homme qui rit mais dont le second volume n'a jamais été écrit, nous retrouvons l'histoire de la fin de la Révolution française et comme son titre l'indique, il se passe dans les environs de l'année 1793. On y voit Gauvin et les révolutionnaires affronter les contre-révolutionnaires de Vendée, ceux-ci étant les royalistes voulant (bien sûr) conserver la monarchie. (On sait que Hugo était à droite dans sa jeunesse mais qu'il a rapidement bifurqué à gauche (républicain)). Ce n'est pas un roman historique "à thèse" où Hugo critiquerait la partie adverse, les monarchistes. Il est autant critique de la révolte, des révolutionnaires. Et un aspect intéressant de ce roman est la figure de Cimourdain, un personnage aveuglé par la révolution et qui ne conçoit pas la concession d'un seul pouce de terrain à l'ennemi. Même si les descriptions que l'on retrouve dans ce roman sont de loin inférieures à celles de Notre-dame de Paris, la force des personnages rivalise avec ses autres romans. Hugo est le roi pour la construction de personnages immortels comme Jean Valjean. Le génie "énergique" de Victor Hugo lui permet d'avoir beaucoup écrit et de maintenir une qualité d'écriture exceptionnelle. Et cela se ressent même lorsque le sujet traité nous intéresse moins. Il est probablement l'auteur que je lis qui a le meilleur vocabulaire. Selon George Steiner celui de Shakespeare est de plus de 20 000 mots différents alors que selon le même Steiner, Racine n'a besoin que d'un peu plus de 2000 mots. Je ne connais pas celui de Hugo mais je suis persuadé qu'il est de loin supérieur à cela.

 On peut voir dans la prochaine citation le croisement que l'on retrouve dans ce roman entre le style poétique de Hugo et le genre du roman historique :

 « Le bois de la Saudraie était tragique. C'était dans ce taillis que, dès le mois de novembre 1792, la guerre civile avait commencé ses crimes ; Mousqueton, le boiteux féroce, était sorti de ces épaisseurs funestes ; la quantité de meurtres qui s'étaient commis là faisait dresser les cheveux. Pas de lieu plus épouvantable. Les soldats s'y enfonçaient avec précaution. Tout était plein de fleurs ; on avait autour de soi une tremblante muraille de branches d'où tombait la charmante fraîcheur des feuilles ; des rayons de soleil trouaient ça et là ces ténèbres vertes ; à terre, le glaïeul, la flambe des marais, le narcisse des prés, la gênotte, cette petite fleur qui annonce le beau temps, le safran printanier, brodaient et passementaient un profond tapis de végétation où fourmillaient toutes les formes de la mousse, depuis celle qui ressemble à la chenille jusqu'à celle qui ressemble à l'étoile. Les soldats avançaient pas à pas, en silence, en écartant doucement les broussailles. Les oiseaux gazouillaient au-dessus des bayonnettes. »

 Kundera a déjà dit que Guerre et paix de Tolstoï était supérieur, d'un point de vue esthétique, aux Misérables, et qu'il ne comprenait pas pourquoi les grands lecteurs francophones préféraient Les Misérables, si ce n'est que pour l'importance sociale qu'ils reflétaient dans la société française. Je crois qu'il sous-entendait que Tolstoï était un meilleur romancier que Hugo. Personnellement, je ne suis pas prêt à dire qu'il est tellement supérieur à Hugo. Kundera n'a pas le français comme langue maternelle (même s'il écrit maintenant ses romans directement en français) et cela explique peut-être son opinion du grand Victor. Je suis incapable de détester un écrit de Victor Hugo. Il est trop gigantesque. Flaubert, qui lui vouait une grande admiration (il l'a déjà rencontré et lui regardait seulement les mains, il ne pouvait faire autre chose) l'appelait "Le grand crocodile". Cela lui va bien parce qu'il est véritablement le "monstre" littéraire qu'il faut avoir (tout) lu. Parmi les grands génies des lettres il est peut-être celui qui a écrit le plus, et ainsi, il est le parfait opposé de Flaubert, qui avait un génie complètement différent.

 Quatrevingt-treize n'est certainement pas le meilleur de Victor Hugo mais comme tout ce qu'il touche, le voyage est aussi intéressant que la destination. 

 Pour finir, on peut admirer encore une fois le style de Hugo avec ces deux passages : 

 « On vivait en public, on mangeait sur des tables dressées devant les portes, les femmes assises sur les perrons des églises faisaient de la charpie en chantant la Marseillaise, le parc Monceaux et le Luxembourg étaient des champs de manoeuvre, il y avait dans tous les carrefours des armureries en plein travail, on fabriquait des fusils sous les yeux des passants qui battaient des mains ; on n'entendait que ce mot dans toutes les bouches : Patience. Nous sommes en révolution. On souriait héroïquement. On allait au spectacle comme à Athènes pendant la guerre du Péloponèse ; on voyait affichés au coin des rues : Le Siège de Thionville. - La mère de famille sauvée des flammes. - Le Club ses Sans-Soucis. - L'Aînée des papesses Jeanne. - Les philosophes soldats. - L'Art d'aimer au village. - Les Allemands étaient aux portes ; le bruit courait que le roi de Prusse avait fait retenir des loges à l'Opéra. Tout était effrayant et personne n'était effrayé. La ténébreuse loi des suspects, qui est le crime de Merlin de Douai, faisait la guillotine visible au-dessus de toutes les têtes. Un procureur, nommé Séran, dénoncé, attendait qu'on vînt l'arrêter, en robe de chambre et en pantoufles, et en jouant de la flûte à sa fenêtre. Personne ne semblait avoir le temps. Tout le monde se hâtait. Pas un chapeau qui n'eût une cocarde. Les femmes disaient : Nous sommes jolies sous le bonnet rouge. Paris semblait plein d'un déménagement. Les marchands de bric-à-brac étaient encombrés de couronnes, de mitres, de sceptres en bois doré et de fleurs de lys, défroques des maisons royales ; c'était la démolition de la monarchie qui passait. » 

 « Ces statues avaient pour piédestaux de simples dés, posés sur une longue corniche saillante qui faisait le tour de la salle et séparait le peuple de l'assemblée. Les spectateurs s'accoudaient à cette corniche. Le cadre de bois noir du placard des Droits de l'Homme montait jusqu'à la corniche et entamait le dessin de l'entablement, effraction de la ligne droite qui faisait murmurer Chabot. - C'est laid, disait-il à Vadier. Sur les têtes des statues, alternaient des couronnes de chêne et de laurier. Une draperie verte, où étaient peintes en vert plus foncé les mêmes couronnes, descendait à gros plis droits de la corniche de pourtour et tapissait tout le rez-de-chaussée de la salle occupée par l'assemblée. Au-dessus de cette draperie la muraille était blanche et froide. Dans cette muraille se creusaient, coupés comme à l'emporte-pièce, sans moulure ni rinceau, deux étages de tribunes publiques, les carrées en bas, les rondes en haut ; selon la règle, car Vitruve n'était pas détrôné, les archivoltes étaient superposées aux architraves. Il y avait dix tribune sur chacun des grands côtés de la salle, et à chacune des deux extrémités deux loges démesurées ; en tout vingt-quatre. Là s'entassaient les foules. Les spectateurs des tribunes inférieurs débordaient sur tous les plats-bords et se groupaient sur tous les reliefs de l'architecture. Une longue barre de fer, solidement scellée à hauteur d'appui, servait de garde-fou aux tribunes hautes, et garantissait les spectateurs contre la pression des cohues montant les escaliers. Une fois pourtant un homme fut précipité dans l'Assemblée, il tomba un peu sur Massieu, évêque de Beauvais, ne se tua pas, et dit : Tiens ! c'est donc bon à quelque chose, un évêque ! »

dimanche 25 mai 2014

Le dernier jour d'un condamné, Victor Hugo


Ma note: 8/10

Voici la présentation de l'éditeur: Cette oeuvre est absolument bouleversante. Sans artifice et sans grandiloquence, mais tout simplement, Victor Hugo, armé seulement de son talent, nous fait vivre intensément les derniers instants d'un être que la justice des hommes a condamné à mort. Espoirs et désespoirs, joies et souffrances, le séisme moral que subit cet homme, l'électrochoc de sa fin prochaine révoltent le lecteur. Ce livre est si fort, si intense, si éclatant, qu'au fond de notre âme quelque chose se fêle. Par cette fêlure, Hugo nous instille sa vérité et celle-ci enrobe notre conscience, la ronge de son horreur, nous montre l'ignominie de l'acte qui va être accompli ; et la fêlure devient fissure ; le flot de la verve hugolienne s'engouffre. Puis la fissure devient brèche, la vague de révolte émanant de ce texte nous submerge. A un certain moment de ce récit, l'intensité nous accule et, soit nous fermons le livre pour fuir notre responsabilité, soit quelque chose s'effondre et provoque un grand vide: le vide de la dureté, de la loi du talion. Avons-nous le droit de supprimer l'existence de quelqu'un en retour d'un quelconque crime, ou devons-nous nous faire un devoir de le sauver et d'aider à sa contrition ? Enfin, cet ouvrage de Victor Hugo nous interpelle sur une question toujours d'actualité à travers le monde : a-t-on le droit de supprimer un homme au nom de la loi ? Hugo y répond sans ambages.

L'incipit: "Condamné à mort! Voilà cinq semaines que j'habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids!" Le narrateur mourra dans les prochaines heures. Il était rempli de désir, comme tous et chacun, côtoyait le monde d'un regard amusé, son imagination n'avait de limites que ce que le monde pouvait lui apporter, sa liberté plus grande que toutes les prisons du monde. Mais plus maintenant, parce qu'il est captif. Il vit avec "l'idée" toujours présente, l'idée de la fatalité du meurtre contre sa personne. Du fond de son cachot, il repense à son procès, et il raconte en détail la journée du jugement : "L'air vif du matin me ranima. Je levai la tête. Le ciel était bleu, et les rayons chauds du soleil, découpés par les longues cheminées, traçaient de grands angles de lumière au faîte des murs hauts et sombres de la prison. Il faisait beau en effet." Il se souhaitait la mort plutôt que les travaux forcés à perpétuité. " [...] maintenant je distinguais clairement comme une clôture entre le monde et moi. " Cela fut son sentiment à la suite du prononcé de mort. Il ne le quittera plus, il sera coupé du monde. Les condamnés à mort deviennent aliénés de leur moi, et par-dessus tout de la vie. Nous apprenons aussi qu'il est en train d'écrire le journal de ses souffrances, un thème fort de cette novella.

On sent que plus l'histoire avance, plus il prend conscience de ce qui lui adviendra. Sa conscience se mêle à la nôtre. Un des buts conscients et inconscients de la littérature est de projeter le lecteur dans l'autre, en se coupant du monde le temps de la lecture et ainsi, on parvient mieux à comprendre l'autre qui est si différent de notre moi. En ce sens, "Le dernier jour d'un condamné" est le plus bel exemple qu'offre la littérature. C'est un roman à thèse, contre la peine de mort, où le message politique passe avant tout. Je n'ai jamais entendu Kundera parler de ce roman mais il a déjà dit que ce genre de roman, où le message de transformation de la société est plus important que la littérature en tant que telle, est la pire chose qui puisse arriver au roman. L'exemple qu'il donne est celui de "1984" de George Orwell, qui est un très mauvais roman selon lui. Ainsi, ces auteurs veulent faire passer leur message politique avant l'esthétique du roman, qui lui, doit primer sur tout. Mais il reste, selon moi, qu'Hugo développe sa novella dans un grand style et que le vocabulaire recherché, mais accessible, est une des clés de son esthétique. Même si l'on n'est pas dans le grand lyrisme de ses romans comme "Les misérables", "L'homme qui rit" et "Les travailleurs de la mer", il parvient à nous éblouir tout autant, en nous permettant de rentrer dans la tête d'un condamné à mort et en nous montrant que l'on meurt plusieurs fois lorsqu'on est condamné d'avance.

Contrairement à un Kafka, (pour qui la subtilité de ses nouvelles (et romans) fait partie intrinsèque de son œuvre et où il passe ses messages d'une façon allégorique), Hugo écrit presque toujours des récits non subtils, "évidents", avec une action lourde. Aussi, cette novella de Victor Hugo n'est pas aussi réaliste que "Souvenirs de la maison des morts" de Dostoïevski parce que ce dernier a déjà vécu le bagne et peut donc en parler en toute vérité. Par contre, pour terminer, la relecture de ce classique m'a été bénéfique parce que la première fois, il y a une dizaine d'années, il m'avait laissé froid. Cette fois-ci, j'ai vu l'ampleur du génie hugolien, comme il nous a habitués avec ses romans.

dimanche 13 mai 2012

Les Misérables, Victor Hugo


Ma note: 10/10

Voici la quatrième de couverture des deux volumes: Tant qu'il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. (Victor Hugo)
Ce livre est un livre de charité, c'est-à-dire un livre fait pour exciter, pour provoquer l'esprit de charité, c'est un livre d'une nature terrible et navrante, disant à la conscience du lecteur: " Eh bien? Qu'en pensez-vous ? Que concluez-vous ? " Les Misérables sont un étourdissant rappel à l'ordre d'une société trop amoureuse d'elle-même et trop peu soucieuse de l'immortelle loi de fraternité, un plaidoyer pour Les Misérables (ceux qui souffrent de la misère et que la misère déshonore), proféré par la bouche la plus éloquente de ce temps. Le nouveau livre de Victor Hugo doit être le Bienvenu (comme l'évêque dont il raconte la victorieuse charité), le livre à applaudir, le livre à remercier. N'est-il pas utile que de temps à autre le poète, le philosophe prennent un peu le Bonheur égoïste aux cheveux, et lui disent, en lui secouant le mufle dans le sang et l'ordure: " Vois ton œuvre et bois ton œuvre " ? (Charles Baudelaire)

Je replongeais dans ce gigantesque roman de 2000 pages pour la troisième fois, juste après en avoir lu plusieurs tout aussi longs, ou presque. J'avais lu "Freedom" de Jonathan Franzen, "Vie et destin" de Vassili Grossman et surtout "La guerre et la paix" de Tolstoï. Pour ce dernier, on peut faire plusieurs parallèles avec "Les misérables" d'Hugo. Ils ont tous les deux le même nombre de pages, ils ont été publié presqu'en même temps, et ces deux romans magnifiques du 19e siècle occupent une place centrale dans l'histoire de la littérature mondiale. Même si l'histoire de ces deux livres est très différentes, on sort transformé par ces lectures.

L'adaptation cinématographique que j'avais vue pour le présent roman mettait surtout l'accent sur la poursuite que Javert faisait de Jean Valjean. Quant au roman lui-même, il ne réserve pas une place si grande à cette intrigue en particulier. Je crois que tout est dans le début du roman, lorsque monseigneur Bienvenu aide Jean Valjean à se sortir de la misère. À lui donner un peu de bonté. Et le message d'Hugo est là, précisément là. Avec un peu de compassion, Jean Valjean se retrouvera changé et les répercussions sur les gens qu'il rencontrera se feront sentir. Et pour le mieux. "Les misérables" sont donc un roman socialiste, mais non communiste. Victor Hugo traite même de ce sujet d'un point de vue sociologique et philosophique dans le roman sans passer par la fiction du début jusqu'à la fin. En effet, le roman n'est pas linéaire, contrairement aux adaptations cinématographiques, théâtrales, etc. Plusieurs longues parties dans le corpus nous entretiennent de différents sujets et jamais notre intérêt n'est affaibli. Le tout est fait par un écrivain de génie, qui manie la langue d'une rare élégance. C'est surtout cela qui se dégage du roman "Les misérables". Une perfection dans la poésie de la prose.

Hugo est un grand poète! Et ce roman est sans contredit un de mes préférés à vie. C'est le meilleur livre français de tous les temps. C'est aussi une lecture plus qu'essentielle. C'est une lecture divinatoire.

mardi 3 janvier 2012

Les travailleurs de la mer, Victor Hugo



Ma note : 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: Pour pouvoir reconstruire un nouveau bateau à vapeur après le naufrage de La Durande, il faudrait sauver la précieuse machine du navire dont le constructeur est mort. Donc qu’un homme seul, matelot mais aussi forgeron, ait l’audace de se risquer plusieurs jours jusqu’aux rochers Douvres où repose l’épave – et d’affronter la mer. L’homme qui accepterait ce péril seraitplus qu’un héros. «Je l’épouserais», dit alors Déruchette, la nièce de l’armateur. Et parce qu’il s’est épris de la jeune fille, Gilliatt va tenter l’entreprise. Mais suffit-il d’une idylle pour construire un roman d’amour ? Celui-ci en tout cas ne saurait bien finir, car le cœur humain, dit Hugo, est une «fatalité intérieure». Les Travailleurs de la mer, dont l’action se déroule dans l’archipel de la Manche, est d’ailleurs aussi bien un roman d’aventures, à l’époque de la machine et de la révolution industrielle, que la fable épique d’un homme seul face aux éléments. Et bien avant de le faire paraître en 1866, Hugo n’avait pas sans raison choisi de l’intituler L’Abîme.

C'est une véritable leçon d'écriture que nous sert le grand Victor Hugo avec ce roman. Encore une fois, il ne montre pas, mais il décrit. Les descriptions sont prodigieuses et le vocabulaire est d'une richesse inégalée. À chaque page, plusieurs mots nous sont inconnus et parfois, ils ne sont même pas dans le dictionnaire. Aussi, à chaque page, il y a plusieurs phrases qui marquent, qui sont proches de la philosophie. Hugo veut écrire plus que de simples romans. Et il y arrive.

De son propre aveu, "Les travailleurs de la mer" est son roman sur la nature. Et cela paraît. Le véritable personnage principal est la nature elle-même. La plupart des descriptions ont pour cadres cette nature qui semble si chère à l'auteur. Il a écrit ce roman durant son exil et c'est ni plus ni moins qu'un hommage à sa terre d'adoption.

Par contre, j'ai eu quelque difficulté avec ce bouquin. Premièrement, il est difficile d'approche parce que des pans entiers nous sont incompréhensibles, ou presque. C'est certainement une des lectures les plus difficiles qu'il m'ait été donné de faire. Malgré de courts chapitres, le récit va un peu dans tous les sens et si ajoute à cela un vocabulaire difficile et une faible intrigue, le roman dans son ensemble n'est vraiment pas fait pour tous.

jeudi 6 mai 2010

L'homme qui rit, Victor Hugo



Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: L'Angleterre a connu, cent quarante ans avant la France, une révolution, un parlement régicide, une république et une restauration fertile en règlements de comptes. Victor Hugo a choisi ce dernier épisode pour brosser un tableau épique de l'aristocratie anglaise à travers la destinée extraordinaire de Gwynplaine, l'Homme qui Rit. A la fois roman d'aventures, exposé historique et social, drame injouable et poème visionnaire, ce roman est le plus fou de tous les romans de Hugo. C'est aussi le plus riche de toutes les obsessions de son auteur. On a cru pouvoir, à son propos, citer Freud et le surréalisme. Le bateau pris dans la tempête, la vision du pendu servant de vigie, la cabane-théâtre des saltimbanques, les tirades philosophiques d'Ursus, les machinations du traître Barkilphedro, la chirurgie monstrueuse d'Hardquanonne, le portrait de la princesse perverse, l'or des palais et le scandale à la chambre des lords sont, plus que des morceaux de bravoure, des morceaux d'anthologie.

Comment faire la critique d'un roman aussi éclaté? Comment évaluer un roman d'une telle richesse lyrique? Pour répondre à ces questions on doit avoir une connaissance littéraire hors norme mais surtout une connaissance de l'oeuvre de Hugo extraordinaire. Malheureusement je n'ai pas ces deux qualificatifs.

Ce que je sais, par contre, c'est que Victor Hugo est un pur génie. Homme de lettres, peintre, homme politique, etc, Hugo est un de ces rares écrivains qu'en le lisant, on veut se mettre à l'écriture tellement que cela semble facile. Hélas, on perd notre temps!! Hugo est seul sur son île et on a pas son talent!! On doit l'avouer!!

Donc, ce roman est une énorme fresque presque incompréhensible, si on compare aux autres romans de Hugo. Certains prétendent que c'est un roman philosophique, mais personnellement, je ne crois pas qu'il y ait autant de philosophie pour le caractériser comme tel. Je crois davantage que, pour ce qui est du genre littéraire, Hugo garde le cap des Misérables et on assiste plutôt à un roman engagé et d'une critique sociale comme seul notre cher Victor sait le faire.

Finalement, je ne vous conseille pas l'homme qui rit comme première approche de la littérature de Victor Hugo. Je vous recommande plutôt Les misérables ou Les travailleurs de la mer. Ils sont beaucoup plus facile d'accès à tout points de vue. Mais la vrai question qu'on doit se poser, à la lecture de tous ses romans, est la suivante: Est-ce que Hugo est le plus grand?

Une petite anecdote en terminant: L'homme qui rit est très implanté dans notre culture populaire. En effet, plusieurs créateurs s'en sont inspirés, comme par exemple, pour créer le personnage du Joker dans la BD Batman, on y retrouve donc un homme au sourire éternel dû à une blessure à la bouche.