lundi 23 juillet 2012

Les catilinaires, Amélie Nothomb


Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: La solitude à deux, tel était le rêve d'Émile et de Juliette. Une maison au fond des bois pour y finir leurs jours, l'un près de l'autre. Étrangement, cette parfaite thébaïde comportait un voisin. Un nommé Palamède Bernardin, qui d'abord est venu se présenter, puis a pris l'habitude de s'incruster chez eux chaque après-midi, de quatre à six heures. Sans dire un mot, ou presque. Et cette présence absurde va peu à peu devenir plus dérangeante pour le couple que toutes les foules du monde... C'est une comédie très noire, d'une lucidité tour à tour drôle et dévastatrice, que nous offre ici l'auteur d'Hygiène de l'assassin et de Stupeur et tremblements.

Ce roman - plutôt moyen - démarre comme bien d'autres livres de cette écrivaine belge. Un des rares personnages de l'histoire narre son existence, sa vie, et un dialogue s'entame entre deux (et ici c'est trois) "ennemis" ou à tout le moins deux protagonistes différents. Cela crée une dichotomie ou un manichéisme. La première moitié de la novella se déroule donc dans cette atmosphère typique chez Nothomb. On la retrouve notamment dans "Hygiène de l'assassin", "Cosmétique de l'ennemi" et "Le fait du prince". Plus on lit de romans de cette auteure et plus cela devient redondant. Ce manichéisme (particulièrement dans la conversation) est partout dans son oeuvre.

Ensuite, en deuxième moitié, d'autres personnages s'ajoutent à ceux d'Émile, sa femme Juliette et Palamède. Dans cette seconde moitié, les longueurs sont plus rares mais ce qui est embêtant c'est l'espèce de manque d'imagination de Nothomb. Elle semble avoir ajouté deux personnages, par manque d'idées, et surtout pour faire plus long en nombre de pages. Dans un roman qui est lui-même pas très long, cela devient vite insipide.

En fait, pour terminer, c'est un récit absurde (dans le bon et le mauvais sens du terme), parfois grotesque, souvent impossible et ridicule. L'esbroufe règne en roi et maître, tout comme la désinvolture dans les mots et l'histoire. Ce n'est certainement pas un grand Nothomb mais malgré tous ses défauts, il se lit quand même bien (comme le reste de son oeuvre). On retiendra la comédie de l'oeuvre mais pas le drame. Bref, si vous plongez, ne vous attendez pas à grand-chose à l'exception d'être quelque peu divertis mais rarement satisfait.

lundi 16 juillet 2012

Le fait du prince, Amélie Nothomb


Ma note: 5,5/10

La présentation de l'éditeur nous offre seulement ce court paragraphe : « Le fait du prince » Un homme vole l’identité d’un inconnu. « Il y a un instant, entre la 15ème et la 16eme gorgée de champagne où tout homme est un aristocrate ».

En fait, c'est l'histoire, ou plutôt le conte, d'un homme qui se fait suggérer de ne jamais rapporter à la police le décès de quelqu'un, si jamais cela devait se produire dans sa demeure. Et comble de malchance, dès le lendemain, un étranger rentre chez lui pour faire un appel et est victime d'un infarctus. Alors l'homme décide de prendre l'identité de celui qui est décédé et finit par entretenir une relation avec la conjointe de ce dernier. S'ensuit une conversation entre la vraie victime, selon moi, (celui toujours en vie) et sa vraie fausse conjointe. Bref, encore une fois, Nothomb nous offre un récit abracadabrant, pour le moins étrange, où le merveilleux côtoie tant bien que mal le réel.

D'après moi, "Le fait du prince" est le Amélie Nothomb le moins réussi. La couverture laissait présager le pire et c'est ce qu'on a. Sans être un conte enfantin comme on aurait pu le supposer au départ, ce roman nous dévoile une Nothomb sur le pilote automatique avec le même humour que par le passé mais en moins croustillant. L'intrigue est d'une minceur ridicule et l'allégorie que voulait créer l'auteure n'est pas crédible. Ou plutôt, on ne sait trop ce qu'a voulu dire Nothomb avec "Le fait du prince". En plus, ce roman m'a fait réaliser à quel point certains critiques avaient raison quand ils disaient que cette écrivaine se répète. On peut avoir lu ce roman sans vraiment l'avoir lu. Le thème (global) du bouquin avait été utilisé maintes et maintes fois par Nothomb auparavant, et ce thème est l'espèce de manichéisme entre deux entités. Et ici ces deux entités, ces deux personnages (appelez ça comme vous voulez) c'est le Olaf d'avant de mourir et le nouveau qui prend sa place, pour peut-être la troisième fois. L'auteur oppose deux âmes comme elle l'avait fait sensiblement de la même manière avec "Cosmétique de l'ennemi" et d'autres (en fait presque tous les romans que j'ai lus d'Amélie Nothomb ont ce manichéisme en fond de toile).

Pour terminer, une grande qualité de ce roman est qu'il est très court. On le referme avec un léger sourire parce que l'on a hâte de passer au suivant. Non que ce soit la pire lecture que j'ai fait dans ma vie, mais je m'attendais à mieux. Ou peut-être pas, ce qui n'est pas une bonne nouvelle...

lundi 9 juillet 2012

Les combustibles, Amélie Nothomb


Ma note : 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur : La ville est assiégée. Dans l'appartement du Professeur, où se sont réfugiés son assistant et Marina, l'étudiante, un seul combustible permet de lutter contre le froid : les livres. Tout le monde a répondu une fois dans sa vie à la question : quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? Dans ce huis clos cerné par les bombes et les tirs des snipers, l'étincelante romancière du Sabotage amoureux pose à ses personnages une question autrement perverse : quel livre, quelle phrase de quel livre vaut qu'on lui sacrifie un instant, un seul instant de chaleur physique ? Humour, ironie et désespoir s'entre-tissent subtilement dans cette parabole aux résonances singulièrement actuelles.

De mon souvenir, c'est la première fois que je critique une pièce de théâtre sur ce blog. Ou peut-être la deuxième, mais peu importe, cette pièce de Nothomb est écrite un peu dans le même style que quelques autres de ses romans. Notamment "Hygiène de l'assassin", que j'avais adoré et "Cosmétique de l'ennemi" que j'avais aussi bien aimé. Pour "Les combustibles", l'auteure met en scène seulement trois personnages mais qui ont une profondeur insoupçonnée pour un livre de 88 pages. Elle joue très bien avec eux et même si je n'ai jamais vu cette pièce, l'effet est bien rendu sur papier.

Mais avant tout, c'est l'histoire qui est intéressante. Très originale bien qu'un peu inspirée par "Fahrenheit 451" de Bradbury (Nothomb fait même un clin d'oeil à ce roman) "Les combustibles" sont une allégorie sur l'importance des livres et de la chaleur qu'ils peuvent apporter. Et de plus, le thème devient même davantage étendu en s'attaquant au sujet des études universitaires (et surtout leurs livres analysés), à la relation maître-élève, aux lectures de divertissements, à celles plus sérieuses, etc.

Bien sûr, le thème qui frappe le plus fortement est l'importance des livres. Sont-ils plus importants que la vie elle-même? Peuvent-ils nous épargner la guerre, la souffrance? Doit-on les conserver à tout prix? Et sans répondre directement à ces questions, et d'autres aussi, Amélie Nothomb nous incite, par l'art, à nous interroger sur la lecture, mais surtout sur la vie elle-même. Bref, elle agit un peu en philosophe dans cette pièce de théâtre où les questions sont plus nombreuses que les réponses.

En terminant, bien que le bouquin comporte sa part de défauts, comme par exemple les situations un peu trop stéréotypées et la brièveté de l'action, Amélie Nothomb réussit son pari en nous livrant une pièce aussi intéressante qu'un bon roman.

lundi 2 juillet 2012

Acide sulfurique, Amélie Nothomb


Ma note: 6,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Concentration : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme… Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l’audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l’horreur dénoncée. Étudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l’aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi. Quand les organisateurs du jeu, pour stimuler encore l’audience, décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, un tollé médiatique s’élève mais personne ne s’abstient de voter et Pannonique joue sa vie… Les jeux du cirque modernes : téléréalité, voyeurisme, ignominie, bonne conscience, dénonciation moralisante y ont partie liée. Un monde de bêtise et de cruauté, d’hypocrisie bien-pensante où l’individu a perdu toute liberté d’agir puisque tout est récupéré, où même la dénonciation du système appartient au système. Et cependant qui dit victime dit désir de sauver sa peau. En premier chef de reconquérir la faculté de nommer, le début de l’humanité selon Nothomb…

Malheureusement pour Amélie Nothomb, ce genre d'histoire (c'est une dystopie) demande plus que 100 pages. Cela demande une profondeur qui est inatteignable en si peu de pages. Ainsi, avec "Acide sulfurique", l'auteure ne parvient pas à développer assez le récit et l'intrigue en souffre grandement. Les personnages sont eux aussi très peu développés, même si par moment ils sont attachants, mais cela, on l'a à chaque roman de l'auteure.

Pour ceux qui ne l'ont pas lu, je conseillerais plutôt "1984" d'Orwell et même "Le meilleur des mondes" d'Huxley, dans une moindre mesure. Nothomb pousse la logique malsaine des téléréalités à sa limite et le roman devient une allégorie de notre monde, mais aussi de la télévision et même des camps de concentration nazis. Cela en fait beaucoup trop pour un court roman comme celui-là.

Je doute que cette écrivaine puisse écrire des romans plus volumineux. Son style semble conçu uniquement pour des novellas, et donc, ses meilleures histoires sont plus intimistes et se déroulent sur une courte période. Non que "Acide sulfurique" soit raté (j'ai quand même apprécié ma lecture), mais en écrivant pour le divertissement, pour la légèreté et d'une façon concise, Amélie Nothomb se tire parfois dans le pied. Et ici, je crois que cela est un bon exemple.

mercredi 13 juin 2012

Cosmétique de l'ennemi, Amélie Nothomb


Ma note: 7,5/10

Voici le résumé : Coincé dans un aéroport alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Barcelone, l'homme d'affaires Jérôme Angust se voit contraint de supporter, en plus du retard de son avion, la logorrhée d'un étrange individu, bien décidé à lui imposer le récit de sa vie. Qui est donc ce Textor Texel qui le harcèle ? Pourquoi ce raseur a-t-il jeté son dévolu sur lui ? Le dialogue s'engage pourtant entre l'importun et sa victime, vif, alerte, ponctué de réparties cinglantes, prenant les allures d'une joute de haute tenue, et dévoile la passé trouble de Textor, en même temps que le malaise croissant de Jérôme. Car il se sent cerné, l'homme d'affaires irréprochable, par cet étranger qui semble si bien connaître les tréfonds de sa conscience et dont les crimes font douloureusement écho à un passé qu'il croyait enterré. Étranger, cet ennemi ? Pas tant que ça ! Et si, finalement, cette rencontre n'était pas tant le fruit du hasard que l'objet d'une préméditation diabolique destinée à l'anéantir ?

Je suis surpris de ne pas avoir rencontré le nom de Carl Jung lors de ma lecture. Notamment parce que ce roman d'Amélie Nothomb traite, tant bien que mal, de l'"ombre" de Jung. L'"ombre" est un concept psychologique qui réfère à un être différent de nous, aux extrémités même, et qui se cache à l'intérieur de notre être (pour faire court). Nothomb joue avec cela tout au long du roman lors d'un entretien entre deux hommes dans un aéroport. Il y en a un qui veut absolument parler à l'autre tandis que ce dernier refuse, pour finalement entretenir une confrontation avec l'agresseur verbal.

Comme pour son "Hygiène de l'assassin" - les titres se ressemblent en plus - le bouquin est essentiellement composé de dialogues, ce qui serait facilement transposable en pièce de théâtre. Étant donné que le présent roman est très court, cela passe bien et somme toute, j'ai aimé faire la lecture de ce livre. Cela prend seulement quelques heures. Par contre, ce genre de récit psychologique a été écrit et filmé maintes et maintes fois. Il n'y a plus vraiment de surprise quand on rencontre ce genre d'histoire et pour celui-ci j'avais même prédit le dénouement final lors des premières pages. Ce type de récit psychologique a souvent été exploité dans le roman et le film d'horreur (entre autres par Patrick Senécal, Stephen King et Dean Koontz) et ayant fait mes armes de lecteur avec ce genre en particulier, celui du thriller-horreur-psychologique, je n'ai pas été renversé par "Cosmétique de l'ennemi", comme certains ont pu l'être.

Pour terminer, je peux comprendre que cette auteure déçoit souvent les lecteurs. Elle en sort un à chaque automne et ainsi, l'attente est souvent synonyme de déception. Pour ma part je commence tout juste à lire ses livres, un à la suite de l'autre et donc, je ne suis pas vraiment déçu par les novellas de Nothom. De plus, c'est tellement facile et rapide à lire que le plaisir en est relevé quand on n'a pas à supporter l'attente.

dimanche 10 juin 2012

Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb



Ma note: 7/10

Voici le résumé : "Il existe des êtres qui ne subissent pas la loi de l'évolution. Ce sont les légumes cliniques", ou des tubes par où circule seule la nourriture. Ces tubes ne sont pas pour autant sans cervelle puisqu'il arrive que celle-ci, suite à un "accident fatal", se réveille soudain, et déclenche la vie. C'est exactement ce qu'a vécu la (très) jeune narratrice de Métaphysique des tubes durant les deux premières années de sa vie qui furent muettes, immobiles, végétatives, bref divines. Au sens propre, car ce singulier bébé n'ignore pas qu'il est Dieu lui-même, méditant sur ce monde qu'il hésite à rejoindre. Sous forme de monologues intérieurs, considérations philosophico-drolatiques, on déguste le récit de ces trois premières années d'une vie française au Japon, pays merveilleux où de la naissance à la maternelle, l'enfant est un dieu.

Avec "Métaphysique des tubes" Nothomb nous signe un autre très beau roman (somme toute assez court). Il n'est peut-être pas mon préféré de cette écrivaine belge, mais il est certainement le mieux écrit que j'ai lu de cette auteure. Surtout la première moitié qui nous montre une Amélie Nothomb davantage profonde dans son écriture que ce qu'elle nous a habitué. Lors de cette première moitié, elle décrit sa vie entre 0 et 2 ans. Cela sera suivi par sa "véritable" naissance à 2 ans 1/2 et un peu plus loin dans le roman elle bouclera ce très bon petit roman avec son troisième anniversaire. Certains affirment que tout est autobiographique dans ce livre. C'est impossible. Les souvenirs en très bas âge sont rares - et même exceptionnelles - et on les retrouve chez les enfants qui ont subi des traumatismes sévères.

Par contre, le bouquin est quand même crédible et c'est ce qui fait le charme du roman en général, soit de côtoyer la réalité et la fiction. Dans ce cas-ci, la mission dangereuse que l'auteure entreprenait est réussie. Plusieurs thèmes ressortent de cette lecture - malgré la brièveté de l'oeuvre - comme les relations de l'enfant avec son entourage immédiat, l'arrivée dans un nouveau pays (et dans ce cas-ci la naissance dans un pays étranger), la différence chez certains enfants, mais c'est surtout les thèmes de la mort et celui du néant qui nous accrochent le plus.

Globalement, la définition première de "métaphysique" c'est l'être en tant qu'être. Nothomb semble pencher davantage sur la définition de Dieu quand elle parle de métaphysique. Mais le résultat est le même, parce qu'elle décrit bien l'être en tant qu'être (dans la peau d'un bébé) tout au long du roman. Et ainsi, cet état est comparé à un "tube", d'où le titre de l'ouvrage.

Alors, pour terminer, et sans vous dévoiler la fin, qui est passablement intrigante, je dois dire que c'est un récit qui laisse songeur (dans le bon sens du terme). C'est court, c'est précis et il n'y a pas un mot de trop. Par contre, je peux comprendre que plusieurs n'ont pas aimé parce qu'il n'y a pas vraiment d'intrigue. Sans être un roman parfait (j'en conviens), j'ai bien apprécié ma lecture.

mardi 29 mai 2012

Tuer le père, Amélie Nothomb


Ma note: 7/10

Voici le peu d'information que l'on retrouve en quatrième de couverture: « Allez savoir ce qui se passe dans la tête d’un joueur. » Amélie Nothomb est née à Kobé en 1967. Dès son premier roman Hygiène de l’assassin paru en 1992, elle s’est imposée comme un écrivain singulier. En 1999, elle obtient avec Stupeur et tremblements le Grand Prix de l’Académie française. Tuer le père est son 20e roman.

Je commence la lecture d'une série de romans d'Amélie Nothomb avec "Tuer le père". J'en ai lu quelques-uns de cette écrivaine - qui peut se vanter d'avoir une armée de fans - et sans crier au génie, j'avais bien aimé. Ce sont de très courts romans - en fait ce sont des novellas - et son style est accrocheur, tout comme ses histoires, sa façon de raconter. Pour celui-ci, c'est exactement ce qu'on a. Et comme les autres, il se lit rapidement, en quelques heures seulement.

Je ne m'étais pas documenté sur l'histoire avant de le lire et je n'avais surtout pas fait l'erreur de lire les critiques (je ne l'ai toujours pas fait au moment d'écrire ces lignes). Le titre est assez révélateur de l'histoire. Aussi, l'auteure raconte son histoire et dans celle-ci elle raconte l'histoire qu'elle s'est fait raconter, celle de deux adversaires, et recule donc plusieurs années avant. On commence le bouquin avec une mise en abyme plutôt réussi, qui n'a rien à envier à un Paul Auster, par exemple. Quant à l'histoire qu'elle nous raconte, le tout est très intéressant et bien ficelé. Globalement, on pourrait dire qu'elle aborde un thème original, soit le complexe d'oedipe mais avec une relation père et fils spirituelles. Je ne vous en dis pas plus.

Alors, pour terminer, je ne peux lui donner une meilleure note parce qu'il est tellement court, que chaque thème est effleuré mais sans plus. Nothomb, même si je ne suis pas son plus grand fan, à un don certain pour les courtes histoires et elle est une excellente conteuse. Sa force - comme sa faiblesse aussi - est de faire court. Sur certains points, cela est plaisant mais ses livres restent un divertissement. Ce n'est certainement pas de la grande littérature mais on s'amuse et l'on se questionne, malgré tout. Par contre, je crois qu'on a vite oublié - et qu'on passe à autre chose - après avoir lu ses romans.

Lors de mes prochaines critiques je pourrai comparer si "Tuer le père" fait partie de ses meilleurs ou de ses pires.

vendredi 25 mai 2012

Le chuchoteur, Donato Carrisi

Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d’enlèvement. Dans le huis clos d’un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs. Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure…

Chose rare pour moi, cela fait deux romans policiers que je lis dans la même semaine. Comme je le disais dans ma précédente critique, ce genre est maintenant rendu à un point où chaque roman se ressemble et où aucun auteur n'a su dépasser la reine du genre, j'ai nommé Agatha Christie. Pour celui-ci, "Le chuchoteur" on est encore une fois dans les mêmes eaux, où la plume aseptisée rencontre les nombreux clichés. Même si le roman en lui-même m'a plu (surtout la fin de l'histoire), je dois dire qu'il s'adresse, comme les autres romans du genre, aux grands lecteurs de romans policiers.

Avec Donato Carrisi - que je lisais pour la première fois - on est en plein dans le roman noir, le polar à son plus ténébreux. Il n'y a pas vraiment de détective en particulier qui ressort du lot (contrairement à plusieurs autres romans policiers où un inspecteur, le plus souvent, prend le contrôle de l'enquête jusqu'à son dénouement final et où il nous explique sa découverte). Et bien non. Ici, c'est un travail d'équipe où l'enquête débute dès les premières pages et où les revirements seront légions.

Une critique que je pourrais faire à ce roman est son absence de territoire en ce sens qu'il n'habite aucune région en particulier, en tout cas pas au point de nous transporter vers une région (Européenne?) que nous, Américains du nord, connaissons moins. Un peu comme le font à merveille les polars scandinaves. Bien sûr que le tout est très italien mais l'auteur ne la décrit pas assez cette région. Dans ce roman, c'est surtout l'enquête qui importe et le reste, ce qui fait le charme des néo-polars, (comme la critique sociologique, l'environnement où évolue l'enquête et la force des personnages principaux (leur psychologie, leurs tourments, leur profondeur)) sont pour le moins effacés.

Alors, pour terminer, la force de ce bouquin est l'enquête bien ficelée, même s'il y a facilement 100 pages de trop (dans le milieu du récit) et ce qu'on apprend sur une facette des tueurs en série (l'auteur est bien documenté). Par contre, en général, on a droit à un autre roman policier très semblable à ce qui se publie sur le marché. Pour cela, c'est raté.

dimanche 20 mai 2012

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas


Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture : Qui glisse des annonces incompréhensibles dans la boîte à messages du Crieur de la place Edgar- Quinet ? Est-ce l’oeuvre d’un fou ? D’un maniaque ? Ou encore d’un pervers impuissant qui cherche à établir son pouvoir en enfonçant l’homme de la rue dans son inculture crasse ? Un retraité lettré, “conseiller en choses de la vie”, et le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg trouvent ces messages souterrains, putrides et dangereux. Et pour cause. Ce sont des annonces de mort, de destruction générale, de catastrophe : elles annoncent la peste. Lorsque d’étranges signes tracés à la peinture noire font leur apparition sur des portes d’appartements, le dispositif est en place. Le cauchemar peut commencer. Personnages sortis de nulle part, intrigue passionnante, dialogues jubilatoires… Auteure inspirée, Fred Vargas ne se rattache décidément à aucun courant et détourne avec brio les conventions du genre.

Cela faisait longtemps que je n'avais lu un roman policier. Ma principale critique vis-à-vis ce genre en particulier, c'est que chaque roman se ressemble trop, peu importe l'auteur, peu importe le genre de policier. J'avais bien aimé Stieg Larsson et ses Millennium parce qu'ils sortaient un peu du lot avec une véritable critique sociologique et psychologique. Ici, avec "Pars vite et reviens tard", on est en face d'un roman plutôt conforme aux règles du policier - contrairement à Stieg Larsson - et sur ce point il est décevant.

Par contre, ce n'est pas du tout un mauvais polar. L'histoire de départ est intéressante et le fait que l'assassin transmet la peste à ses victimes est fort original. Fred Vargas n'a pas inutilement rallongé son récit comme plusieurs auteurs de ce genre ont tendances à faire. Elle reste à l'essentiel et l'intrigue tient la route, à l'exception peut-être de la fin qui ne m'a pas du tout convaincu. L'incongruité de la chute m'a déçu et l'on sort de l'histoire sans être attaché aux personnages. Mais ce qui me tracasse le plus avec ce genre de roman policier c'est que leurs auteurs sont à peu près tous sur le pilote automatique. Le seul auteur avec un réel talent de conteur c'est Agatha Christie. Depuis ce temps, personne ne l'a égalé et le genre tourne en rond. Il n'y a plus de surprise et les écrivains semblent avoir de la difficulté à bien ficeler leur intrigue. La reine Christie est imbattable.

Pour terminer, je ne crois pas que Vargas ait un style d'écriture qui sort de l'ordinaire. Elle n'est ni pire ni meilleure que les autres. Mais personnellement je préfère les polars scandinaves. Ils sont souvent traduits en français international alors que Fred Vargas écrit comme la plupart des autres écrivains français, soit en français très fanco-France, ce qui est difficile d'embarquer pour un Québécois comme moi. Aussi, les Scandinaves sont meilleurs pour recréer l'ambiance inquiétante qui est de mise pour un thriller-policier. Bref, Fred Vargas n'est certainement pas mon écrivain de policier préféré, même si tout n'est pas raté dans "Pars vite et reviens tard".

dimanche 13 mai 2012

Les Misérables, Victor Hugo


Ma note: 10/10

Voici la quatrième de couverture des deux volumes: Tant qu'il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. (Victor Hugo)
Ce livre est un livre de charité, c'est-à-dire un livre fait pour exciter, pour provoquer l'esprit de charité, c'est un livre d'une nature terrible et navrante, disant à la conscience du lecteur: " Eh bien? Qu'en pensez-vous ? Que concluez-vous ? " Les Misérables sont un étourdissant rappel à l'ordre d'une société trop amoureuse d'elle-même et trop peu soucieuse de l'immortelle loi de fraternité, un plaidoyer pour Les Misérables (ceux qui souffrent de la misère et que la misère déshonore), proféré par la bouche la plus éloquente de ce temps. Le nouveau livre de Victor Hugo doit être le Bienvenu (comme l'évêque dont il raconte la victorieuse charité), le livre à applaudir, le livre à remercier. N'est-il pas utile que de temps à autre le poète, le philosophe prennent un peu le Bonheur égoïste aux cheveux, et lui disent, en lui secouant le mufle dans le sang et l'ordure: " Vois ton œuvre et bois ton œuvre " ? (Charles Baudelaire)

Je replongeais dans ce gigantesque roman de 2000 pages pour la troisième fois, juste après en avoir lu plusieurs tout aussi longs, ou presque. J'avais lu "Freedom" de Jonathan Franzen, "Vie et destin" de Vassili Grossman et surtout "La guerre et la paix" de Tolstoï. Pour ce dernier, on peut faire plusieurs parallèles avec "Les misérables" d'Hugo. Ils ont tous les deux le même nombre de pages, ils ont été publié presqu'en même temps, et ces deux romans magnifiques du 19e siècle occupent une place centrale dans l'histoire de la littérature mondiale. Même si l'histoire de ces deux livres est très différentes, on sort transformé par ces lectures.

L'adaptation cinématographique que j'avais vue pour le présent roman mettait surtout l'accent sur la poursuite que Javert faisait de Jean Valjean. Quant au roman lui-même, il ne réserve pas une place si grande à cette intrigue en particulier. Je crois que tout est dans le début du roman, lorsque monseigneur Bienvenu aide Jean Valjean à se sortir de la misère. À lui donner un peu de bonté. Et le message d'Hugo est là, précisément là. Avec un peu de compassion, Jean Valjean se retrouvera changé et les répercussions sur les gens qu'il rencontrera se feront sentir. Et pour le mieux. "Les misérables" sont donc un roman socialiste, mais non communiste. Victor Hugo traite même de ce sujet d'un point de vue sociologique et philosophique dans le roman sans passer par la fiction du début jusqu'à la fin. En effet, le roman n'est pas linéaire, contrairement aux adaptations cinématographiques, théâtrales, etc. Plusieurs longues parties dans le corpus nous entretiennent de différents sujets et jamais notre intérêt n'est affaibli. Le tout est fait par un écrivain de génie, qui manie la langue d'une rare élégance. C'est surtout cela qui se dégage du roman "Les misérables". Une perfection dans la poésie de la prose.

Hugo est un grand poète! Et ce roman est sans contredit un de mes préférés à vie. C'est le meilleur livre français de tous les temps. C'est aussi une lecture plus qu'essentielle. C'est une lecture divinatoire.

mardi 1 mai 2012

Vie et destin, Vassili Grossman


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : Dans ce roman-fresque, composé dans les années 1950, à la façon de Guerre et paix, Vassili Grossman (1905-1964) fait revivre l'URSS en guerre à travers le destin d'une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Stalingrad assiégée, dans les laboratoires de recherche scientifique, dans la vie ordinaire du peuple russe, et jusqu'à Treblinka sur les pas de l'Armée rouge. Au-delà de ces destins souvent tragiques, il s'interroge sur la terrifiante convergence des systèmes nazi et communiste alors même qu'ils s'affrontent sans merci. Radicalement iconoclaste en son temps - le manuscrit fut confisqué par le KGB, tandis qu'une copie parvenait clandestinement en Occident -, ce livre pose sur l'histoire du XXe siècle une question que philosophes et historiens n'ont cessé d'explorer depuis lors. Il le fait sous la forme d'une grande œuvre littéraire, imprégnée de vie et d'humanité, qui transcende le documentaire et la polémique pour atteindre à une vision puissante, métaphysique, de la lutte éternelle du bien contre le mal.

Quelle fût ma surprise - désagréable - de découvrir, dans la préface, que ce roman est en fait la suite d'un précédent roman que je n'avais point lu. Par contre, comme il est fait mention dans cette préface, il n'est pas du tout requis de lire la première partie. Entre autres, parce que "Vie et destin" est construit différemment de la plupart des romans du 20e siècle. On voit rapidement que Grossman s'inspire des classiques du 19e siècle où les "scènes" prenaient une place importante dans la narration et surtout dans la forme d'un roman. Les auteurs pensaient en "scènes", ce que fait Vassili Grossman et plus particulièrement, on voit qu'il s'inspire de Tolstoï en ce sens qu'il n'y a pas vraiment de commencement ni de fin au roman. Aussi, il ajoute quelque touche de philosophie (au sens classique (et large) du terme) par des passages très intéressants. L'histoire des idées semble importante pour cet auteur.

Énorme bouquin de plus de 1000 pages, "Vie et destin" n'offre pas vraiment de longueur. Cependant, les personnages sont trop nombreux et cela m'a quelque peu dérangé parce que l'on peine à s'identifier à eux. Là où Tolstoï excellait en créant son Pierre de "Guerre et paix" (à la perfection), Grossman est moins habile en tant que romancier et on se retrouve donc avec une histoire très crédible sur le plan historique (l'auteur est allé au front en tant que journaliste lors de la 2e guerre mondiale) mais avec un tout plutôt moyen. La raison en est peut-être qu'il y a trop d'action et l'on a du mal à reprendre notre souffle lors des courts moments de philosophie.

Alors, en conclusion, malgré de grandes ressemblances avec "Guerre et paix", je ne crois pas que "Vie et destin" aura tenu ses promesses avec toutes les critiques dithyrambiques que j'avais lues à son sujet. J'ai bien aimé mon moment de lecture, mais je crois qu'un livre d'histoire sur Stalingrad, la deuxième guerre mondiale et sur les bolcheviks aurait fait le travail aussi. Mais bon, la forme et la narration romanesque sont toujours plus faciles à lire qu'un livre d'histoire et sur ce point, voilà un roman qui pourra plaire à un grand nombre de lecteurs.

lundi 23 avril 2012

Freedom, Jonathan Franzen


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : La liberté, n’est-ce pas la valeur emblématique de notre époque ? Du moins si on vit aux États-Unis au tournant du XXIe siècle et qu’on a assez d’argent et de matière grise pour se lancer à la poursuite de son bonheur ? Libéré des carcans de la morale traditionnelle, de la religion, des soucis d’argent, chacun n'a-t-il pas le droit de se réaliser pleinement — ou de gâcher sa vie ? C’est le cas de la famille Berglund, Patty, Walter et leurs rejetons, Jessica et Joey. Les enfants sont libres de quitter la maison et de choisir le domaine d’études, le partenaire sexuel ou l’allégeance politique qui leur plaît. Après leur départ, leurs parents sont libres de poursuivre leurs rêves. Sauver une espèce d’oiseau menacée de disparition dans le cas de Walter. Sauver ce qui peut l’être de sa passion de jeunesse dans le cas de Patty. Avec une éblouissante virtuosité, un humour dévastateur, un art du personnage qui nous ramène à l’âge d’or du roman (songez à Tolstoï), Jonathan Franzen nous livre un portrait au vitriol de la société occidentale contemporaine, où l’écologie tient lieu de conscience, où la vertu s’appelle épanouissement personnel et où les seules valeurs « spirituelles » qui aient encore cours se résument par sex, drugs and rock ’n roll.

  Belle ironie que de lire cet auteur, tout à fait par hasard, après avoir lu Tolstoï, étant donné que plusieurs critiques le considèrent comme le Tolstoï de notre époque. De plus, "Guerre et paix", que je venais de lire, est discuté dans le roman. Ainsi, Franzen compare, par moments, les personnages de son roman à celui de Tolstoï et le personnage principal fait la lecture de "Guerre et paix" sous nos yeux. Bref, les références littéraires crédibles de Franzen apportent une touche de profondeur à son roman et à son propos. Par contre, de là à le comparer au géant russe, je ne ferai pas cette faute. Je ne crois pas que Jonathan Franzen traversera les siècles comme le "vrai" Tolstoï. Il y a un certain vide qui se dégage de ses romans, une certaine légèreté qui est difficilement explicable.

Par contre, j'ai bien aimé "Freedom", même si plusieurs choses m'ont frappé (dans le mauvais sens du terme) en le lisant et particulièrement sur son auteur. Franzen a une belle plume, qui se lit bien (malgré une traduction catastrophique comme l'était celle "Des corrections") et il ne brusque pas son lecteur avec des phrases trop percutantes, ce qui lui permet d'écrire 800 pages sans problème. Par contre, il n'a pas le souffle littéraire des autres Américains talentueux. Par là, j'entends Philip Roth, Paul Auster et Cormac McCarthy, entre autres. Il est peut-être l'écrivain de sa génération (même si je ne peux en être sûr parce que j'en ai lu trop peu) mais il n'atteint pas le niveau des auteurs américains de la génération précédente.

Pour ce qui est de "Freedom" en tant que tel, il est construit exactement de la même façon que "Les corrections" (à part quelques chapitres, notamment l'autobiographie d'un personnage central du bouquin). Ce sont deux romans très similaires, même dans le propos. Deux romans familiaux qui placent la fin du rêve américain en fond d'écran. Et c'est ce qui fait la force de ces deux livres. Ils ont une intrigue très subtile, une profondeur mais sans lourdeur et caché derrière tout cela, l'auteur tient un discours engagé (pour l'environnement, contre les patterns familiaux, contre l'hypocrisie des gens et de son pays, etc.) En fait, voici un bon auteur mais où le chef-d'oeuvre promis se fait encore attendre. Peut-être pour le prochain ?