lundi 16 avril 2012

La guerre et la paix, Tolstoï



Ma note: 10/10

Je me vois mal écrire un résumé pour cet énorme roman de quelque 2000 pages. Alors, pour faire simple, je vous renvoie au résumé de Wikipédia juste ici .

Aussi, je pourrais faire une critique de 300 pages seulement pour ce livre magnifique. Mais comme vous le savez - peut-être - mon blog n'a pas pour but d'écrire une thèse de doctorat à chaque fois que je lis un roman. Je me limite à l'essentiel et j'écris seulement sur mes impressions post-lectures. Je crois que la littérature est une question d'opinion - et de goût - alors mon commentaire sur tel ou tel roman vaut celui des autres. Pour "La guerre et la paix", encore plus que les autres romans, je me limiterai au strict minimum et je ferai donc très court.

Même si le titre a été emprunté à Proudhon par Léon Tolstoï, le résultat est qu'il est judicieusement choisi et il représente bien l'ensemble de l'oeuvre. En effet, l'auteur alterne entre les discussions de salon, la paix entre quelques guerres et la guerre en tant que telle. On se retrouve avec un bouquin qui peut plaire au plus grand nombre parce qu'il contient un peu de tout. Les passionnés d'histoire y trouveront fort probablement leur compte, tout comme les littéraires, les sociologues, les psychologues, les philosophes, etc. Le thème des francs-maçons est même très présent dans l'histoire de même que les relations familiales, étatiques, amicales, etc. Bref il y a de tout pour tous les goûts.

Le début du récit est par contre très ennuyeux, ce qui rebutera plusieurs lecteurs, notamment à notre époque où l'instantanéité règne en roi et maître. Cela prend environ 300-400 pages avant que le livre prenne son air d'aller. La fin, quant à elle, nous expose à deux épilogues où Tolstoï écrit davantage sur les idées qui touchent l'intellect comme le ferait un philosophe politique. Entre ces deux opposés, le milieu est constitué de batailles où Napoléon y joue un rôle central (lors de son entrée en Russie).

Tolstoï est l'écrivain le plus complet. Sans avoir la plus belle plume, ni les histoires les plus intéressantes, ni les thèmes les plus forts, il excelle partout et ainsi, selon moi (mais en étant objectif), je crois qu'il est l'écrivain le plus puissant. Parmi le grand nombre d'écrivains de son époque, il est un des rares qui a traversé les décennies et qui est encore lu aujourd'hui. Il est maintenant considéré comme un classique. Je crois même qu'il sera lu pour plusieurs siècles encore, comme c'est le cas de Cervantès.

Mais pour terminer, je ne saurais dire si je vous conseille réellement cette oeuvre majeure de la littérature mondiale. On doit avoir beaucoup de temps devant soi pour ne pas étaler la lecture sur plusieurs mois. Pour ma part, je l'ai lu en 10 jours et il était temps que je finisse. Mais bon, c'était une relecture et je pouvais lire de grandes parties en vitesse. Et il reste l'un de mes romans préférés à vie.

vendredi 6 avril 2012

Et vive l'aspidistra, George Orwell



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: À travers l'histoire de la descente aux enfers de Gordon Comstock puis de sa rédemption, ce roman de l'auteur de 1984 est à la fois la satire du monde où l'argent a remplacé le divin et celle de la révolte individualiste et négative. Armé d'un humour corrosif, Orwell dénonce et ridiculise le conformisme de l'English Way of Life tel que le conçoit pour son salut un personnage qu'il traite pourtant avec tendresse. Car il s'agit pour l'auteur de sauver l'aspidistra, fleur symbole de l'Angleterre, c'est-à-dire la convivialité et l'humble désir de vivre. L'humanisme sans concession d'Orwell atteint ici le lecteur au plus profond de sa conscience.

Orwell n'est pas l'écrivain d'un seul livre. Même si "1984" est selon moi le plus grand chef-d'oeuvre du 20e siècle (et qu'Orwell est l'homme du 20e siècle, toujours selon moi), il a écrit un autre bijou avec "La ferme des animaux". Je ne connaissais pas les autres romans de ce grand écrivain et je découvre donc une autre de ses oeuvres avec "Et vive l'aspidistra". Et c'est excellent.

J'ai un parti pris certain pour ce roman parce que c'est comme si l'écriture d'Orwell s'adresse directement à moi. Un peu acide, mais pas trop, Orwell parvient à trouver le juste milieu dans toutes les facettes du style qu'un écrivain devrait avoir. Pour ce roman-ci en particulier, il commence son récit avec de très longues descriptions plus savoureuses les unes que les autres. Ensuite, on entre dans la vie du personnage principal et dans sa conscience. On croirait par moments lire une prose écrite à la première personne mais l'écrivain parvient à garder la troisième personne du singulier d'une façon que je m'explique mal. Ainsi, quand il redirige son action vers d'autres personnages que Gordon (le personnage principal), c'est comme s'il nous sortait de l'histoire et par le fait même, George Orwell parvient à nous déstabiliser. Ce qui est relativement rare en littérature.

Aussi, c'est le genre de livre que j'aime parce qu'entre autres, l'histoire, 80 ans plus tard, nous touche encore. Paul Auster avait écrit sur ce thème - du poète raté qui n'a pas assez d'argent pour survivre - avec son "Moon palace" mais d'une façon plus intimiste. Ici, avec "Et vive l'aspidistra", Orwell est davantage dans les dialogues que Paul Auster et la déchéance extérieure du personnage. Ses relations, son travail, son habitat, etc. Mais par-dessus tout, Orwell écrit un livre contre l'argent. Et sur ce point, ce n'est pas une réussite totale parce qu'il revient trop souvent sur le sujet de l'argent et ainsi, cela porte ombrage sur le reste de l'histoire.

La traduction est faible, très faible, et la plume de l'auteur n'est pas aussi mature que celle de "1984". Elle souffre d'un peu trop de désinvolture et certains passages ne sont plus d'actualité malgré un propos intemporel, ou presque. Mais si j'y vais avec mes goûts, je crois que c'est un chef-d'oeuvre. Parce que personnellement, je raffole de ce genre de roman et par moment, je croyais que l'auteur l'avait écrit pour moi.

mercredi 4 avril 2012

L'invention de la solitude, Paul Auster



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: "Paul Auster est devenu écrivain parce que son père, en mourant, lui a laissé un petit héritage qui l'a soustrait à la misère. Le décès du père n'a pas seulement libéré l'écriture, il a littéralement sauvé la vie du fils. Celui-ci n'en finira jamais de payer sa dette et de rembourser en bonne prose le terrifiant cadeau du trépassé." Là se trouve — Pascal Bruckner le note d'emblée dans sa lecture — la clef de voûte du système Auster. L'Invention de la solitude est le premier livre du jeune écrivain, c'est aussi le livre fondateur de son œuvre, son art poétique. Dans les deux parties — Portrait d'un homme invisible (le père) et le Livre de la mémoire —, Paul Auster interroge la mémoire familiale et met en place un univers que l'on retrouvera dans chacun de ses romans.

On pourrait comparer ce livre, certains passages à tout le moins, à "Les mots" de Jean-Paul Sartre et à "Une histoire d'amour et de ténèbres" d'Amos Oz. Ce n'est pas vraiment un roman. La première partie est consacrée à la vie de son père et de ses grands-parents paternels. Il commente sa situation familiale d'un oeil pour le moins critique. Et lors de la deuxième partie, Auster nous offre une autobiographie très dirigée sur la place de l'écriture dans sa vie.

Les références de Paul Auster sont les mêmes tout au long de sa carrière et ici, dans son premier livre, il mettait la table pour son oeuvre futur. Alors, Emily Dickinson, Freud, Proust, Hölderlin et Thoreau - et d'autres - viennent se greffer aux autres thèmes de l'auteur comme l'identité, la solitude et la création littéraire. De plus, cet écrivain a un certain attachement à la culture de masse, notamment en écrivant beaucoup sur le baseball.

J'avais lu tous les romans d'Auster et pour boucler la boucle, j'ai décidé de lire celui-ci même si l'auteur a débuté avec la publication de cet essai (je crois que le genre de l'essai est ce qui se rapproche le plus de ce livre difficile à catégoriser). J'ai bien aimé mon moment de lecture mais je comprends pourquoi plusieurs n'ont pas appréciés. Cependant, je crois qu'il est préférable de ne pas commencer par celui-ci et en plus, on doit aimer ce romancier au préalable, parce que ce livre est très personnel.

Pour terminer, je dois glisser un mot sur la traduction. La traductrice, Christine Le Boeuf, est habituellement excellente pour traduire les livres de Paul Auster, mais ici, avec "L'invention de la solitude", c'est raté. Plusieurs mots sont mal agencés, ce qui donne des phrases difficilement lisibles, surtout dans la deuxième partie. C'est peut-être l'auteur qui voulait être trop original, mais le style d'écriture du "Livre de la mémoire" n'est pas à la hauteur de Paul Auster après une première partie courte mais efficace.

lundi 2 avril 2012

La montagne de l'âme, Gao Xingjian



Ma note: 8,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Dans les années quatre-vingts, un homme s’embarque dans un long voyage pour fuir les troubles du Pékin communiste. Il suit la piste d’une mystérieuse montagne et traverse une Chine méconnue, infiniment riche, qu’il n’imaginait pas… À la recherche de lui-même, son voyage est aussi spirituel et philosophique. Un roman poétique, teinté d’autobiographie, considéré comme l’un des chefs d’oeuvre de la littérature du XXe siècle.

Il ne fait aucun doute pour moi que ce roman est bien ancré dans le courant littéraire post-moderne. Ce qui frappe d'emblée, ce sont les narrateurs. Même si l'on suit le même personnage tout au long du roman, celui-ci utilise le "Je", le "Tu", le "Il" et le "Elle". Mais surtout, jamais le "Nous" et il explique d'ailleurs pourquoi dans le roman. Comme Paul Auster (autre auteur du post-modernisme), l'identité devient la pierre angulaire du récit. Ces différentes voix nous rappellent aussi les théories psychanalytiques de Freud (Le "Ça", le "Moi" et le "Surmoi").

Habituellement, je n'aime pas la narration au "Tu". J'avais lu cette narration dans un très mauvais roman, le "Contre Dieu" de Patrick Senécal, et par moment, Paul Auster l'utilise, notamment dans "Invisible". Avec ce dernier, les parties les plus faibles, selon moi, étaient celles écrites au "Tu". Mais avec "La montagne de l'âme", l'écrivain chinois Gao Xingjian parvient à réaliser l'impensable et rendre ce genre de narration parfaitement agréable.

Prix Nobel de littérature en 2000, Gao Xingjian fut le premier Chinois à recevoir ce prestigieux prix. C'était la première fois que je lisais un écrivain de ce pays et il m'a rappelé la littérature asiatique que j'avais lue auparavant (en grande partie japonaise). Comme eux, cet écrivain chinois n'a pas une plume impatiente comme on en retrouve trop souvent en Occident. Il ne bouscule pas le lecteur, malgré un style et une histoire originale, et il prend le temps de bien décrire, de bien poser son histoire.

Énorme bouquin de quelque 600 pages, "La montagne de l'âme" est le roman parfait pour bien pénétrer dans la littérature asiatique. Encore une fois, le comité du Nobel a récompensé un auteur qui méritait entièrement le plus international des prix littéraires. Pour ce qui est de l'histoire en tant que telle, malgré qu'elle soit linéaire dans sa construction, l'écrivain parvient à rendre le tout très subtilement, avec même des passages purement philosophiques et conceptuels. C'est un roman sur l'attente, sur la conquête de soi. Il est un de mes préférés des dernières années.

mardi 27 mars 2012

Les exclus, Elfriede Jelinek



Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture: Comment trois lycéens plutôt doués et un jeune ouvrier ambitieux en viennent-ils à molester les passants pour les voler. Comment Rainer, le plus brillant, l'idéologue de la bande finira-t-il par assassiner toute sa famille. Avec une froideur qui renchérit sur celle de ses jeunes héros et une distance ironique qui reconstruit l'insoutenable, Elfriede Jelinek dénonce une nouvelle fois la difficulté de vivre sans étouffer dans l'Autriche d'après-guerre. A la détermination d'une société pressée d'oublier le passé et à qui la réussite sociale tient lieu de valeur suprême répondent le dégoût et la haine des quatre adolescents. Inspiré par un fait divers qui épouvanta Vienne, ce roman semble prémonitoire si l'on pense à plusieurs affaires récentes aussi douloureuses qu'inexplicables.

J'ai rencontré le nom Jelinek, pour la première fois, quand elle avait gagné le prix Nobel de littérature en 2004. Le comité du Nobel avait très bien décrit sa littérature en disant qu'il l'avait récompensé pour « le flot de voix et de contre-voix dans ses romans et ses drames qui dévoilent avec une exceptionnelle passion langagière l’absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux. » Quelque temps plus tard, j'ai revu le nom Jelinek en lisant "Professeur de désespoir" de Nancy Huston. Celle-ci la décrivait comme étant la plus nihiliste des nihilistes, la plus pessimiste en somme. J'ai donc lu un peu plus tard "Enfants des morts" et son talent m'avait sauté en plein visage. Je continue donc sur ma lancé avec, cette fois-ci, "Les exclus".

Encore une fois j'ai adoré, même s'il n'arrive pas tout à fait à la hauteur d'"Enfants des morts". La traduction est un peu plus faible que ce dernier et l'histoire est davantage sociologique. On est moins dans la métaphysique, dans le nihilisme philosophique mais davantage dans le nihilisme anarchique, au niveau des phénomènes (de la vie matérielle). "Les exclus", ce sont des vivants qui attaquent alors que dans "Enfants des morts" c'était des morts qui revenaient à la vie pour attaquer les vivants. Je considère qu'"Enfants des morts" sortait plus de l'ordinaire. Mais les deux romans sont très violents, parmi les plus crus que j'ai lus. Et certainement parmi les plus décontenançant. La voix de Jelinek est très originale. Elle part dans tous les sens, sans jamais vraiment s'arrêter, sans lâcher-prise. C'est littéralement une écrivaine de génie et elle est pour moi ce que j'ai lu de mieux depuis plusieurs années avec les Roberto Bolano, Cormac McCarthy et Herta Müller, entre autres.

L'auteur nous introduit aussi à Sartre et Camus, le temps de quelques passages délectables sur ces deux grands auteurs. (De Camus elle dit même qu'il est sur-nihiliste, en ce sens qu'il a une philosophie du néant dans le néant. Qu'il voit l'absurdité dans le néant alors que le message de Jelinek semble être de voir une certaine rationalité, un système dans le néant.)

Mais par-dessus tout, ce qui frappe dans le roman, ce sont les personnages. La facilité avec laquelle ils commettent leurs gestes ultra-violents. On ne sort pas indemne de cette lecture même si le roman n'est pas de la trempe d'"Enfants des morts".

jeudi 22 mars 2012

Ritournelle de la faim, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Ma mère, quand elle m’a raconté la première du Boléro, a dit son émotion, les cris, les bravos et les sifflets, le tumulte. Dans la même salle, quelque part, se trouvait un jeune homme qu’elle n’a jamais rencontré, Claude Lévi-Strauss. Comme lui, longtemps après, ma mère m’a confié que cette musique avait changé sa vie. Maintenant, je comprends pourquoi. Je sais ce que signifiait pour sa génération cette phrase répétée, serinée, imposée par le rythme et le crescendo. Le Boléro n’est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l’histoire d’une colère, d’une faim. Quand il s’achève dans la violence, le silence qui s’ensuit est terrible pour les survivants étourdis. J’ai écrit cette histoire en mémoire d’une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans.

Plusieurs auteurs que j'adore - et Le Clézio en fait partie - ont à peu près tous écrits des romans plus courts qui gravitent autour de leur immense oeuvre. Je pense à Dostoïevsky, Tolstoï, Victor Hugo et parmi les contemporains on peut citer Philip Roth, Paul Auster et Herta Müller. "Ritournelle de la faim" se veut un peu dans ce courant parce qu'il fait quelque 200 pages seulement. Mais comme c'est souvent le cas, notamment avec les auteurs cités plus haut, ce court roman n'était vraiment pas nécessaire.

La quatrième de couverture ne nous apprend pas grand chose sur l'histoire en tant que telle (c'est une citation de la dernière page du roman). Donc, pour résumer, l'histoire est assez disparate, entre autres parce que nous n'embarquons seulement qu'à la fin du roman. On suit Ethel, le personnage principal et mère de l'auteur. Née dans une famille bourgeoise et originaire de l'île Maurice, on assiste à la fameuse prise du contrôle (raciste) par Pétain, au temps de la guerre. Mais l'écrivain nous raconte cela par la petite histoire plus souvent que par la grande histoire. Je pourrais dire que le bouquin est rempli d'"Instant".

Mais somme toute, nous assistons à l'ennui littéraire. C'est le livre de Le Clézio le plus faible que j'ai lu jusqu'à présent. Il n'y a absolument rien de creusé et on sent presqu'un manque d'imagination de l'auteur du "Chercheur d'or". Il y a encore une fois une légèreté dans la prose, mais ici elle est plutôt mal venue. En tout cas, malgré sa brièveté et sa légèreté (pour un sujet sérieux), j'avais hâte de le terminer. Ce qui est habituellement mauvais signe...

mardi 20 mars 2012

Le chercheur d'or, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture : En 1892, sur la côte ouest de l''île Maurice, Alexis, le narrateur, et sa sœur Laure (huit et neuf ans) vivent heureux avec leurs parents dans le secret de l'Enfoncement du Boucan. Mais le père, doux rêveur, fait faillite tandis qu'un cyclone ravage la région. Plongée dans la misère, la famille émigre à Forest Side où, avant sa mort, le père a rassemblé des documents relatifs à l'or du Corsaire, toujours caché, croit-il, dans un ravin de l'Anse aux Anglais, à Rodrigues, une île volcanique perdue dans l'océan Indien. En 1910, sur le schooner Zeta, Alexis part pour Rodrigues y entreprendre une recherche qui, au fil des jours, devient de plus en plus chimérique. S'il ne sombre pas dans le désespoir et la solitude, c'est grâce à Ouma, la jeune «manaf» qui lui offre en silence son corps, son cœur et le soleil face à la mer. En 1915, répondant à l'appel de Lord Kitchener, Alexis s'engage dans l'armée anglaise et part pour le front en France, sur l'Ancre et sur la Somme. En 1922, la guerre finie, il rejoint Laure à Forest Side, assiste à la mort de Mam. Replié à Mananava, avec Ouma, il rêve du bonheur, mais Ouma se dérobe et disparaît. Alexis a mis beaucoup de temps pour comprendre que sa folle quête de l'or du Corsaire ne pouvait se résoudre qu'au fond de lui, dans sa passion de vivre. L'or vrai, c'est la mer et les étoiles. L'or, c'est l'amour. L'or, c'est son âme. Cet or-là ne se laisse enfin saisir qu'après un dur «journal de bord» où la paix de la beauté l'emporte sur l'amertume de l'expérience.

Le Clézio me déçoit rarement et en fait, c'est arrivé seulement qu'une fois, lors de ma dernière lecture, soit pour "La quarantaine". Pour celui-ci, "Le chercheur d'or", j'ai adoré. Un peu construit à la manière du "Poisson d'or" et de "Étoile errante", le présent roman s'inscrit donc dans la mouvance des romans initiatiques.

En plus, "Le chercheur d'or" contient plusieurs thèmes chers à cet écrivain. L'expédition, l'aventure, le dépaysement et la recherche de soi forment une bonne partie du roman. Mais par dessus tout, c'est un roman sur la mer. Cette mer est omniprésente non seulement comme sujet mais aussi comme moyen utilisé par l'auteur pour en arriver à ses fins. Par ceci, j'entends qu'il l'a décrit, il s'en sert abondamment pour ses descriptions, pour sa trame, pour son intrigue. On a donc sous nos yeux une plume tout en légèreté, en calme mais parfois aussi, en déchaînement. On retrouve avec ce bouquin un Le Clézio en pleine possession de ses moyens littéraires.

Écrit à la première personne, cette histoire nous transporte vers la mer, vers l'horizon. Elle n'a pas vraiment de défaut et ce qui me plaît en littérature se retrouve dans ce roman. Notamment, le fait que le récit se produit sur une longue période de temps nous permet de voir l'évolution du personnage comme le prescrit le récit initiatique. On retrouve aussi un aspect "biographique" de l'auteur, même si moins prononcé que dans "La quarantaine". L'île Maurice y joue encore une fois son rôle. Bref, un bon Le Clézio sans grande surprise cependant.

dimanche 18 mars 2012

La quarantaine, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 6,5/10

Voici la quatrième de couverture: "Que reste-t-il des émotions, des rêves, des désirs quand on disparaît ? L'homme d'Aden, l'empoisonneur de Harrar sont-ils les mêmes que l'adolescent furieux qui poussa une nuit la porte du café de la rue Madame, son regard sombre passant sur un enfant de neuf ans qui était mon grand-père ? Je marche dans toutes ces rues, j'entends le bruit de mes talons qui résonne dans la nuit, rue Victor-Cousin, rue Serpente, place Maubert, dans les rues de la Contrescarpe. Celui que je cherche n'a plus de nom. Il est moins qu'une trace moins qu'un fantôme.Il est en moi, comme une vibration, comme un désir, un élan de l'imagination, un rebond du coeur, pour mieux m'envoler. D'ailleurs je prends demain l'avion pour l'autre bout du monde. L'autre extrémité du temps."

Je termine cette lecture avec un avis pour le moins mitigé. Après une "Étoile errante" remarquable et de très bons romans comme "Onitsha" et "Poisson d'or", je commençais la lecture de "La quarantaine" en étant persuadé que j'apprécierais autant que ces trois bouquins. En plus, de ce que j'ai lu sur internet, "La quarantaine" avait eu d'excellente critique. La quatrième de couverture m'intriguait de même que le résumé qu'on peut trouver un peu partout. Et par dessus tout, ce roman était présenté comme une autobiographie de Le Clézio, à tout le moins comme un récit familial. Donc, je me jetais dans les bras de cette lecture avec enthousiasme.

Eh bien non. Ce fut une lecture ardue, parce qu'on ne sait plus trop où l'auteur veut nous emmener. Parfois, c'est lui qui parle, d'autres fois ce sont les journaux intimes des personnages. Grossièrement, c'est l'histoire de ses grands-parents (grand-père maternel, plus particulièrement) et de leur expédition vers l'île Maurice, lieu central dans la vie de cet écrivain. Ils atterriront finalement sur un îlot au large de l'île Maurice. Mais parce qu'il n'a pas vécu l'histoire qu'il nous raconte, j'ai senti un Le Clézio hésitant, moins habile qu'à l'habitude. Sa plume est elle aussi plus faible que ce qu'il nous a habitué et elle est moins poétique. Il maîtrise peut-être son sujet, mais le résultat n'est pas probant.

Aussi, on ne s'attache pas aux personnages. Il y a un trop plein de subtilité dans ce roman. Habituellement, cette subtilité nous donne de très bons livres, mais ici cette subtilité est mal employée. On lit des intrigues plus ou moins intéressantes. C'est souvent ennuyeux.

Par contre, cela reste du Le Clézio et ainsi, ce n'est pas tout à fait raté. Jusqu'à maintenant, c'est certainement le moins bon que j'ai lu de cet auteur. Mais trêve de bavardage, parce que je plonge dans le "Chercheur d'or" d'ici quelques minutes.

mercredi 14 mars 2012

Étoile errante, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 8,5/10

Voici la quatrième de couverture: Pendant l'été 1943, dans un petit village de l'arrière-pays niçois transformé en ghetto par les occupants italiens, Esther découvre ce que peut signifier être juif en temps de guerre : adolescente jusqu'alors sereine, elle va connaître la peur, l'humiliation, la fuite à travers les montagnes, la mort de son père. Une fois la guerre terminée, Esther décide avec sa mère de rejoindre le jeune État d'Israël. Au cours du voyage, sur un bateau surpeuplé, secoué par les tempêtes, harcelé par les autorités, elle découvrira la force de la prière et de la religion. Mais la Terre promise ne lui apportera pas la paix : c'est en arrivant qu'elle fait la rencontre, fugitive et brûlante comme un rêve, de Nejma, qui quitte son pays avec les colonnes de Palestiniens en direction des camps de réfugiés. Esther et Nejma, la Juive et la Palestinienne, ne se rencontreront plus. Elles n'auront échangé qu'un regard, et leurs noms. Mais, dans leurs exils respectifs, elles ne cesseront plus de penser l'une à l'autre. Séparées par la guerre, elles crient ensemble contre la guerre. Comme dans "Onitsha", avec lequel il forme un diptyque, on retrouve dans "Étoile errante" le récit d'un voyage vers la conscience de soi. Tant que le mal existera, tant que des enfants continueront d'être captifs de la guerre, tant que l'idée de la nécessité de la violence ne sera pas rejetée, Esther et Nejma resteront des étoiles errantes.

C'est le roman de Le Clézio que j'ai préféré, jusqu'à maintenant. J'apprends avec cette quatrième de couverture - très complète d'ailleurs - que "Étoile errante" forme un diptyque avec "Onitsha" que j'avais aussi adoré. C'est vrai que ces deux romans ont plusieurs points en communs, mais on peut les lire séparément sans problème. Ce ne sont pas les mêmes personnages, la même histoire, etc. Par contre, ils ont les mêmes thèmes de la fuite, de l'évasion forcée - ou presque - et du dépaysement. Mais je crois que "Étoile errante" est encore plus puissant que "Onitsha".

La quatrième de couverture passe rapidement sur la période de la guerre (1943 dans le roman). Mais cette partie couvre quasiment la moitié du récit. Ce que j'ai beaucoup aimé, parce que les descriptions de Le Clézio sont toutes en poésie. Ensuite - après cette partie - les différents chapitres du roman amènent une profondeur à la prose et à l'histoire en tant que telle. On peut passer d'une narration à la première personne à un narrateur omniscient. Lors des passages plus intimistes, à la première personne, j'ai cru remarquer que l'auteur change quelque peu son style pour faire des phrases plus courtes, plus concises et davantage crédibles pour une jeune fille (la narratrice et personnage principal). C'est réussi et je peux dire que tout est très bien écrit dans ce roman. Un de mes préférés des dernières années.

Pour terminer, ce qui m'a plu, en particulier, c'est la puissance de la poésie. Sur ce point, et sur bien d'autres, c'est de loin le meilleur de Le Clézio. En plus, chaque thème de ce roman me plaît et il situe même son action à Montréal, le temps de quelques pages. Cet auteur semble très attaché au Québec et après Montréal dans celui-ci, il nous parle de Rivière-du-Loup dans "Ourania".

Décidément, j'aime de plus en plus ce grand écrivain.

samedi 10 mars 2012

Poisson d'or, J.M.G. Le Clézio



Ma note: 7,5/10

Voici la quatrième de couverture: "Quem vel ximimati in ti teucucuitla michin"
Ce proverbe nahuatl pourrait se traduire ainsi ; "Oh poisson, petit poisson d'or, prends bien garde à toi ! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde". Le conte qu'on va lire suit les aventures d'un poisson d'or d'Afrique du Nord, la jeune Laïla, volée, battue et rendue à moitié sourde à l'âge de six ans, et vendue à Lalla Asma qui est pour elle à la fois sa grand-mère et sa maîtresse. À la mort de la vieille dame, huit ans plus tard, la grande porte de la maison du Mellah s'ouvre enfin, et Laïla doit affronter la vie, avec bonne humeur et détermination, pour réussir à aller jusqu'au bout du monde.

Je lisais dernièrement que le grand critique littéraire Harold Bloom n'aime pas Le Clézio. Il affirme même que ses romans sont illisibles. J'imagine qu'il entend par cela qu'il est ennuyeux, avec une plume médiocre, etc. Mais faut dire que Bloom est généralement très critique des prix Nobel de littérature. Le seul écrivain des dernières années qui en vaut la peine, selon lui, c'est José Saramago. Bloom a aussi une admiration pour Cormac McCarthy, Philip Roth et quelques autres. Donc, malgré le fait que j'aime aussi ces trois auteurs, je crois, contrairement à lui, que Le Clézio est un grand auteur. Il nous le prouve encore une fois avec "Poisson d'or".

C'est un roman rempli de poésie, une ode à la vie avec ses hauts et ses bas. Je croyais au départ, notamment avec un titre semblable, que "Poisson d'or" serait une allégorie initiatique. Eh bien non. C'est un roman initiatique en tant que tel, fait selon les règles, avec un personnage qui grandit sous nos yeux, au sens propre et figuré et qui termine son récit plus évolué qu'au départ. Écrit à la première personne, on suit une fillette volée qui parcourra le monde sous nos yeux. En seulement 250 pages, Le Clézio parvient à nous éblouir par moment, comme il parvient à nous faire réfléchir.

Par contre, je crois que "Poisson d'or" n'est pas son meilleur et qu'il est loin d'être un roman parfait. Il est trop près du roman jeunesse, genre littéraire que je ne lis jamais. Aussi, les aventures de la jeune Laïla (la narratrice et personnage principal) ne sont pas assez creusées, ce qui en fait un livre trop mince pour ses promesses. Bref, pour terminer, c'est une belle lecture mais sans surprise, surtout quand on a déjà lu Le CLézio. C'est un bon résumé de son oeuvre, mais sans plus.

mercredi 7 mars 2012

Jessie, Stephen King



Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: Par curiosité, par amusement, par amour peut-être, Jessie s'est longtemps prêtée aux bizarreries sexuelles de Gerald, son mari. Puis un jour, elle s'est rebellée. Débattue. Avec une violence qu'elle ne soupçonnait pas. Et à présent la voilà nue, enchaînée à un lit, dans une maison perdue, loin de tout. Un cadavre à ses pieds... Un mauvais rêve ? Non. L'horreur ne fait que commencer. Et jamais le maître de l'épouvante ne nous a encore emmenés aussi loin dans la terrifiante exploration de nos phobies et de nos cauchemars...

Je m'amuse souvent à dire que Stephen King est le meilleur des moins bons écrivains. Par ceci, j'entends que dans le thriller (au sens large), je crois qu'il est le plus digne représentant et qu'il sera encore lu dans plusieurs années, contrairement aux autres qui tomberont fort probablement dans l'oubli. Et je dois dire que j'adore Stephen King, j'ai lu tous ses livres et quelques-uns sont, selon moi, des chefs-d'oeuvre. Notamment "La tour sombre", "Ça", "Salem", "Chantier" et "Le fléau".

Quant à "Jessie", il avait reçu de mauvaises critiques à sa sortie et la première fois que je l'avais lu, je n'avais pas aimé. Sauf qu'aujourd'hui, lors d'une relecture, il m'a plutôt plu. L'intrigue est faible (on parle d'une fille menottée à un lit pendant plusieurs heures et seulement un chien et un visiteur inconnu viennent faire leur tour) mais plus le roman avance et plus l'intrigue psychologique devient vivante, poignante. On ne cesse de se demander si le personnage principal sombre dans la folie ou s'il ne veut que survivre. La tension psychologique est une des forces de Stephen King et particulièrement dans ce roman. Il n'y a pas d'action en tant que telle mais tout se passe dans la tête de Jessie, ou presque.

Par contre, ce n'est pas son meilleur huis clos "psychologique". Dans le même genre, j'ai beaucoup plus aimé "Misery" et "Chantier". Ici le tout est un peu boiteux, mais c'est compréhensif étant donné la difficulté que doit représenter le développement de ce genre d'histoire, avec une situation de départ plutôt faible pour un roman de plus de 400 pages. Pour une nouvelle, cela serait acceptable, mais pour un long roman, c'est plus hasardeux.

dimanche 4 mars 2012

Ourania, J.M.G. Le Clézio



Ma note : 8/10

Voici la quatrième de couverture: "Quand j'ai compris que Mario était mort, tous les détails me sont revenus. Les gens racontaient cela en long et en large à ma grand-mère. Mario traversait le champ, un peu plus haut, à la sortie du village. Il cachait la bombe dans un sac, il courait. Peut-être qu'il s'est pris les pieds dans une motte de terre, et il est tombé. La bombe a explosé. On n'a rien retrouvé de lui. C'était merveilleux. C'était comme si Mario s'était envolé vers un autre monde, vers Ourania. Puis les années ont passé, j'ai un peu oublié. Jusqu'à ce jour, vingt ans après, où le hasard m'a réuni avec le jeune homme le plus étrange que j'aie jamais rencontré." C'est ainsi que Daniel Sillitoe, géographe en mission au centre du Mexique, découvre, grâce à son guide Raphaël, la république idéale de Campos, en marge de la Vallée, capitale de la terre noire du Chernozem, le rêve humaniste de l'Emporio, la zone rouge qui retient prisonnière Lili de la lagune, et l'amour pour Dahlia.

Quelle surprise ce fut de voir que la ville de Rivière-du-Loup jouait un grand rôle dans ce roman. J'habite dans cette petite ville de 20 000 habitants et jamais je n'aurais cru qu'un prix Nobel de littérature comme Le Clézio, Français de surcroît, parlerait de ma petite ville québécoise dans un de ses romans. Je me demande s'il nous a déjà visité. Donc, première joie quant à ce roman.

Mais aussi, je dois admettre que c'est un très beau livre. Malgré le fait que Rivière-du-Loup est abordée, c'est avant tout un roman sur le Mexique (enfin, une partie seulement du Mexique). Constitué un peu à la manière d'"Onitsha" que j'avais aussi adoré (les deux romans racontent comment le personnage principal découvre un univers qui lui était inconnu), "Ourania" traite du paradis possible, de l'utopie réaliste, etc. C'est en fait un roman sur l'attente de l'utopie, sur le début et qui sait, peut-être débouchera-t-elle sur l'utopie globale?

J'adore ce genre d'histoire. Et pour terminer, je m'en voudrais de ne pas glisser quelques mots sur le style de l'auteur. C'est un style poétique, léger et qui est en symbiose avec l'histoire utopique, de la découverte, du voyage. Sans aucun doute, c'est une bonne et surtout une belle lecture.