"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

lundi 2 juin 2014

Claude Gueux, Victor Hugo



Ma note: 8/10

Voici la présentation de l'éditeur : Claude Gueux est un voleur récidiviste condamné à une lourde peine. Le 7 novembre 1831, il tue le directeur des ateliers de sa prison. Ce crime le conduit à l'échafaud : il est guillotiné en juin 1832. De ce fait divers Hugo retient le caractère exemplaire : la misère et la souffrance ont transformé un individu pacifique et «philanthrope» en meurtrier ; la justice, aveugle et implacable, l'a condamné à la peine capitale. Ce texte, s'il confirme l'engagement de l'écrivain contre la peine de mort, dénonce aussi violemment une société dont le système judiciaire et pénal est contraire à toute idée de progrès social. Le dossier de l'édition permet d'approfondir la lecture de l'oeuvre en proposant des éclairages historiques sur la peine de mort. Il présente également des extraits d'autres textes de Victor Hugo (Le Dernier Jour d'un condamné, «Aux journaux») témoignant du long combat de l'écrivain contre la peine capitale.

Claude Gueux est un ouvrier. Il vit à Paris. Il a 36 ans mais en paraît de 50. D'entrée de jeu, Victor Hugo nous dit les choses telles qu'elles sont. Il évacue toute censure. Il nous dit que Claude Gueux avait avec lui une fille, que cette fille était sa maîtresse, et qu'un enfant était né de cette union. L'ouvrier Claude Gueux, comme plusieurs de sa classe sociale, est analphabète mais très intelligent. "Un hiver, l'ouvrage manqua. Pas de feu, ni de pain dans le galetas. L'homme, la fille et l'enfant eurent froid et faim. L'homme vola. Je ne sais ce qu'il vola, je ne sais où il vola. Ce que je sais, c'est que de ce vol il résultat trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l'enfant, et cinq ans de prison pour l'homme". Il est envoyé à la maison centrale de Clairvaux. Claude Gueux avait déjà souffert dans sa vie et cela sera amplifié lorsqu'il tombera aux mains de l'état. Le fonctionnaire qui est en charge de lui est décrit comme homme froid par l'écrivain et dans sa description, on croirait y voir un Adolf Eichmann du 19e siècle : " C'était un de ces hommes qui n'ont rien de vibrant ni d'élastique, qui sont composés de molécules inertes, qui ne résonnent au choc d'aucune idée, au contact d'aucun sentiment [...]" Claude Gueux finit par s'adapter à la prison. Il devient un leader, dû à sa grande intelligence. Mais par le fait même, il est détesté des gardiens de prison. Il commence à fraterniser avec Albin, un autre prisonnier. Le directeur décide donc de le séparer d'Albin. La vie en prison, pour tous, commença donc à tourner autour de la personne de Claude Gueux. Les mauvaises actions comme les bonnes. Pendant ce temps, il veut ravoir absolument Albin proche de lui, le directeur ne veut pas, les choses s'enveniment et Claude Gueux, après avoir longuement mûri sa décision et l'avoir expliqué aux autres prisonniers, décide de tuer le directeur. Il fixe une date, une heure, et comme tous les autres prisonniers, le lecteur attend religieusement ce moment, le meurtre du directeur devient donc une sorte d'allégorie de l'attente du messie. Alors que Raskolnikov de Dostoïevski allait tuer sa logeuse en étant torturé de l'intérieur, en le vivant intérieurement avec tous les bouillonnements que cela comporte, Claude Gueux le vit plus extérieurement, avec les prisonniers comme témoins.

Victor Hugo prend une position claire, il blâme la société pour le malheur individuel de Claude Gueux, contrairement à nos idiots de la droite qui persistent à blâmer l'individu pour la mauvaise fortune. (Par contre, Hugo n'était pas communiste, croyant qu'il fallait créer la richesse avant de la répartir. Il se disait socialiste.) "Claude Gueux était une belle tête. On va voir ce que la société en a fait." nous dit-il dès les premières pages. La nouvelle, très complète d'ailleurs, se termine par un plaidoyer sur la justice sociale, sur l'éducation pour tous, sur l'humanisme. En plus d'être un grand écrivain, Hugo était un grand homme. Cela manque en 2014. Il était l'écrivain de son époque le plus reconnu, le mieux payé aussi. Pour "Les Misérables", il avait reçu 1 680 000 euros (en argent d'aujourd'hui), une somme que même un Flaubert ne pouvait espérer. Hugo, l'homme de lettres, a régné sur son époque (plus de 2 millions de personnes pour ses funérailles).

Donc, en terminant, voici une courte nouvelle de 30 pages qui fait plus que remplir ses promesses. Aussi, elle sert de satellite au sublime "Le dernier jour d'un condamné" et pourrait lui servir de prologue, parce que malgré sa brièveté, elle situe l'action avant "Le dernier jour d'un condamné" qui lui, avec le narrateur condamné, situait l'action la veille de l'exécution. Contrairement à ce dernier, l'histoire de Claude Gueux nous apprend comment et pourquoi le prisonnier s'est retrouvé en prison. Elle est moins psychologique tout en étant plus complète, plus traditionnelle, plus classique. Cet excellent complément au "Dernier jour d'un condamné" m'a fait découvrir un Hugo que je ne connaissais pas, celui de la courte nouvelle littéraire. Même si je préfère cet écrivain en poésie plutôt qu'en prose, ses histoires criantes d'humanismes réussissent toujours à me convaincre même si la subtilité littéraire, qui est généralement un gage de qualité, en est absente.

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