"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

vendredi 31 mai 2013

Bruit de fond, Don Delillo



Ma note: 8,5/10

Voici la présentation de l'éditeur : Dans une ville américaine, Jack vit avec Babette, sa femme et la ribambelle d’enfants issus de leurs mariages respectifs. Il enseigne dans une petite université un sujet un peu particulier : Hitler. Sa vie ressemble pourtant à tant d’autres dans l’Amérique profonde, rythmée par le bruit de fond des automobiles, des machines à laver, des slogans publicitaires et des cris d’enfants qui jouent. La routine se trouve bouleversée lorsqu’un gaz toxique s’échappe d’un train accidenté, menaçant toute la population. Au fil des quelques semaines pendant lesquelles personne ne sait qui a été contaminé, Jack développe une angoisse de la mort qui s’immisce dans sa vie de couple jusqu’à devenir un nouveau bruit de fond… Par-delà l’analyse implacable et pleine d’humour des clichés, des obsessions et des phobies qui hantent la classe moyenne américaine, Don DeLillo pose la question essentielle —et à l’époque de la parution du roman, visionnaire- de la médiatisation à outrance.

DeLillo est peut-être l'auteur le plus réputé qu'il me restait à lire. Avec ce que j'avais entendu, j'imaginais un croisement entre Paul Auster et Philip Roth. Conséquemment, un écrivain postmoderniste comme Auster doublé d'un critique de la société américaine comme Roth.

Je dirais que pour "Bruit de fond" on est certainement dans la critique de la vie états-unienne mais aussi, le postmodernisme est présent avec comme toile de fond des médias omniprésents et des simulacres en lieu et place des humains. Et le titre de l'ouvrage est notamment tiré de ces bruits de fond propres aux médias. On le sait, ils produisent un bruit de fond au sens littéral et de plus, DeLillo explore le bruit de fond métaphorique. Quant à la critique sociale, elle est proche de celle de Bret Easton Ellis, à la différence que Don DeLillo sait écrire (bon je vais avoir encore une fois les fans d'Easton Ellis sur le dos). DeLillo est tellement supérieur à ce dernier, et ce, sur tous les plans. Le premier livre d'Ellis, "Moins que zéro" sortit la même année que "Bruit de fond", et il traite un peu des mêmes thèmes. En plus d'une écriture davantage soignée, DeLillo parvient à nous faire voir la société américaine des années 80 en profondeur contrairement à Easton Ellis qui restait en surface (c'est le moins qu'on puisse dire).

Le roman de DeLillo est écrit au présent (ce qui est rare en littérature). Le narrateur est Jack, en plus d'en être le héros. Il est le spécialiste d'Hitler en Amérique du Nord en étant le chef du département des études sur Hitler dans son université d'enseignement (on peut analyser cela comme une satire de l'université). Il a honte - avec raison - de ne pas pouvoir parler l'allemand alors que ses propres élèves en connaissent plus que lui sur cette langue. Bref, tout au long de notre lecture, on suit ce Jack, au présent, ce qui ajoute une touche d'empressement au récit, et Don DeLillo parvient à décrire d'une façon majestueuse cette Amérique perdue par ses certitudes où le bruit de fond fait toujours rage peu importe ce qui arrive. C'est une vision excessivement pessimiste que nous livre l'auteur, parce que non seulement il n'y a pas d'échappatoire, mais les gens semblent se plaire dans cet environnement abrutissant. DeLillo nous décrit la débilité de la vie américaine. La vacuité parcours donc tout le livre et sa prose est ponctuée par des pensées philosophiques, psychologiques, sociologiques, etc. Par moments il place même Elvis et Hitler en parallèle. Trotsky disait - pour y avoir séjourné - que les Américains étaient le peuple le plus peureux dans le monde et avec ce roman, DeLillo parvient, d'une main de maître, à démontrer la paranoïa de cette société. Le roman a été édité en 1985 mais il est criant d'actualité.

Pour terminer, je me dois, en étant d'actualité moi aussi, de faire un rapprochement entre ce roman et les romans ("Les corrections" et "Freedom") de Jonathan Franzen. Il n'y a pas de doutes pour moi que DeLillo est meilleur que Franzen. Par contre, les deux font une critique acide et judicieuse de la société américaine, et Franzen utilise davantage le réalisme (où l'on doit presque remonter à Tolstoï pour trouver l'équivalent) alors que DeLillo fait dans le postmodernisme. Et là où DeLillo est supérieur à tous les autres dans sa critique américaine, c'est qu'il parvient à intégrer dans l'histoire nombre d'éléments nouveaux à chaque page (ou presque). Habituellement, ces critiques des sociétés occidentales sont assez stériles et uniformes. Mais pas avec DeLillo. "Bruit de fond" est grande oeuvre d'art !

mercredi 22 mai 2013

Rome, Émile Zola



Ma note: 7/10


Voici la quatrième de couverture: Le deuxième roman de la suite des Trois Villes (Lourdes, Rome, Paris) parut en 1896. Après avoir écrit un livre où il résume son expérience très critique de la société, La Rome nouvelle, l'abbé Pierre Froment se rend à Rome pour défendre son livre qui risque d'être condamné. Il souhaite rencontrer le pape Léon XIII (cet entretien sera le sommet du livre). On assiste aux intrigues, aux rivalités du «monde noir». «Le clergé romain depuis les cardinaux jusqu'aux petits prêtres de campagne sont défiés», écrit Zola.L'intérêt de Rome réside non seulement dans l'itinéraire intellectuel et spirituel du héros, prêtre en proie au doute, mais dans la peinture psychologique et sociale des milieux du Vatican, sujet que très peu de romans ont abordé en France. Le christianisme peut-il se renouveler, proposer un remède aux malheurs de l'humanité ?

Le premier volume de cette série sur les grandes villes, "Lourdes", m'avait un peu déçu et avec ce second volume, c'est la même chose. Comme promis, on retrouve Pierre, le personnage intéressant que l'on suivait dans "Lourdes" et qui évoluait dans un roman qui me laissait froid, avec un sujet, celui des miracles de Lourdes, assez ennuyeux. Ce deuxième tome de plus de 900 pages nous arrive cette fois encore avec le thème du christianisme mais on est plus particulièrement au coeur de la religion catholique, dans le Vatican.

On en apprend un peu plus sur Pierre Froment, de nouvelles facettes de sa personnalité nous sont dévoilées. Il dit revenir de Lourdes le coeur défait de ce qu'il a vu, et sur ce point (sur plusieurs autres aussi) c'est Émile Zola lui-même qui parle. Ensuite, nous découvrons le socialisme de Pierre et il s'interroge sur son travail auprès des démunis. Par le prisme de son livre, il se demande si un filet social exercé par l'état est nécessaire (sa réponse est sans équivoque), et ici aussi, ce n'est pas vraiment Pierre qui parle mais bien Zola. Après cela, il parle de l'histoire du christianisme et du catholicisme dans une perspective socialiste. Ce cours d'histoire fort instructif découle du livre que Pierre vient présenter et défendre à Rome.

Par contre, la suite du roman (en fait la majeure partie du roman), nous présente le Vatican et ses intrigues internes. Et là, c'est beaucoup moins plaisant. Sur 800 pages, on rencontre une foule de prêtres, de cardinaux et même le pape. Le Vatican (et Rome) de l'époque de Zola est fouillé de fond en comble. Pierre, comme Zola auparavant, veut rencontrer le pape. Cela devient aussi lassant que "Lourdes". Même si le début du bouquin m'avait enchanté, j'ai eu peine à terminer ma lecture. Il est certainement beaucoup trop long, avec une suite de digressions banales sur Rome. À moins d'être un grand amateur de l'histoire de cette ville, je ne vous conseille pas ce livre, malgré la beauté de la prose de l'auteur. Vraisemblablement, la série des trois villes n'arrive pas à retrouver la puissance de la saga des Rougon-Macquart. Comme plusieurs écrivains, Zola a connu son apogée avec le milieu de son oeuvre mais la fin (cette série des villes et les quatre évangiles) avec des sujets aussi pointus et des romans répétitifs, est malheureusement à éviter. Je lui place une note respectable pour son style et sa critique sociale, mais pour le reste...    

mardi 14 mai 2013

Lourdes, Émile Zola


Ma note: 7/10


Voici la présentation de l'éditeur: À la fin des Rougon-Macquart, soulagé d'en avoir terminé avec sa «terrible série», Zola cherche du nouveau. En 1891, de passage à Lourdes, il est saisi par le spectacle de cette «cité mystique» née de la vision d'une enfant en plein siècle positiviste. Il voit là un «admirable sujet» pour lequel il s'enthousiasme. De retour à Lourdes l'année suivante, il s'est documenté longuement, curieux de tout, reçu partout. Il en a rapporté un témoignage incomparable sur le pèlerinage, les malades, les foules ferventes, les intérêts affrontés autour de la Grotte, qu'il a transposé en un grand roman de la douleur et de l'espérance humaines. Il a fait aussi de Lourdes un symbole éternel, celui de l'humanité souffrante assoiffée de miracle, et le théâtre d'une grande idéologie moderne, la lutte de l'esprit de croyance et de l'esprit de raison.

J'ai la chance d'avoir déjà lu au complet la saga des Rougon-Macquart. Je sais donc que Zola est inégal, à tout le moins selon mes goûts littéraires personnels. Avec "Lourdes", qui est le premier (de trois) volumes de la série des grandes villes (les autres étant "Rome" et "Paris"), je le situe dans ses romans faibles.

Dans cette série de romans, nous suivrons le même personnage, nommé Pierre, qui est en fait, à plusieurs points de vue, un alter ego de Zola. Comme Zola l'a réellement fait, Pierre part pour Lourdes étudier les cas de guérisons miracles. Parce que Lourdes c'est la ville des miracles, où Zola a enquêté pendant deux semaines, et dans le roman, cela est conséquemment le sujet principal. Si dans les Rougon-Macquart les forces sociales (plus souvent qu'autrement) amenaient la maladie et la pauvreté, ici, dans "Lourdes", Zola s'attarde à ces maladies en tant que telles, et les supposés miracles qui les guérissent. Zola n'était pas croyant et comme pour les Rougon-Macquart, il essaiera d'étudier le cas de Lourdes d'un oeil scientifique (à l'exception des dernières pages). Il se dégage du roman une atmosphère de presque folie, où l'inconscient collectif remonte à la surface sous de fumeuses croyances. Mais comme je le disais, le tout nous parvient assez objectivement, et Zola se garde de juger les malades et leurs proches.

Et pour le récit en lui-même, il débute dans le train à destination de Lourdes, où les malades parisiens se rendent pour trouver la guérison. On bascule ensuite dans la vie de Pierre, le personnage principal, où l'on découvre son parcours religieux. Et c'est à la suite de cela, vers la cinquantième page, que le récit débute réellement. Le train arrive à Lourdes et l'action commence, la recherche vers la guérison. Le roman est donc presque entièrement le fait de gens malades qui viennent à Lourdes pour trouver la voie miraculeuse. Une longue suite de maladies est décrite par Zola et c'est vraiment redondant. Déjà qu'au départ le sujet ne m'intéressait pas beaucoup, en plus, il en fait son intrigue, sa trame, son histoire.

Et pour finir, un petit mot sur le style d'écriture (et cette prose), que l'on retrouve aussi magnifique et recherché que dans ses romans antérieurs (la série des trois villes en est une du Zola âgé, elle est parue après le vingtième roman des Rougon-Macquart, "Le docteur Pascal"). Et "Lourdes" est une sorte de précurseur des romans où l'enquête journalistique a été effectué par l'écrivain avant la rédaction, on peut citer "De sang-froid" de Truman Capote comme successeur (bien qu'il soit de genre un peu différent). Aussi, "Lourdes" est un roman écrit par un auteur rendu à la maturité où l'on sent presque sa condition bourgeoise et confortable. C'est un roman intéressant, mais pour ma part, je n'ai pas aimé le sujet et surtout, la façon répétitive qu'il a été traité.

mercredi 8 mai 2013

HHhH, Laurent Binet



Ma note: 8/10

Voici la présentation de l'éditeur: A Prague, en 1942, deux hommes doivent en tuer un troisième. C'est l'opération " Anthropoïde " : deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d'assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, " le bourreau de Prague ", " la bête blonde ", " l'homme le plus dangereux du IIIe Reich ". Heydrich était le chef d'Eichmann et le bras droit d'Himmler, mais chez les SS, on disait : " HHhH ". Himmlers Hirn heisst Heydrich - le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Tous les personnages de ce livre ont existé ou existent encore. Tous les faits relatés sont authentiques. Mais derrière les préparatifs de l'attentat, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L'auteur, emporté par son sujet, doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, pourtant, mener l'histoire à son terme.

Je lis rarement les auteurs français contemporains. D'une part, ils se regardent trop le nombril, ce qui en résulte à des histoires fades et souvent superficielles. Et d'autre part, leur style d'écriture s'est détérioré au fil des décennies, et comme exemple, on peut dire que de passer de Victor Hugo à Christine Angot, la chute est brutale. De plus, les auteurs français semblent fonctionner en circuit fermé, parce qu'il est très difficile pour un lecteur nord-américain comme moi de bien comprendre toutes les subtilités de leur récit, contrairement aux grands auteurs américains de notre époque, où la résonance universelle (et le talent) sont beaucoup plus marqués. Avec Laurent Binet, l'auteur qui nous intéresse ici, ces nombreux défauts sont encore présents, mais il s'ouvre un peu plus à la littérature mondiale. Son histoire est notamment universelle (les nazis), d'une autre époque, et même s'il se met en scène là où l'action ne le demandait pas, on sent qu'il parvient à toucher à des lecteurs non-français, ce qui est une petite révolution dans le contexte. D'autres sont parvenus à le faire, comme Le Clézio, Houellebecq et Emmanuel Carrère.

Parlant de ce dernier, il semble avoir eu une forte influence sur l'oeuvre de Laurent Binet. Le modus operandi est un peu le même, parce que Binet raconte l'histoire du point de vue de sa propre personne et quelquefois de sa propre famille. Il mêle l'histoire d'Heydrich, du nazisme, des héros parachutistes à la sienne en racontant comment il écrit le roman que l'on est en train de lire. Il mélange l'intime avec l'histoire avec un grand H. Son style me fait aussi penser à celui de Carrère, il écrit très bien avec un rendu simple mais non simpliste. Il ne tombe pas dans le grand lyrisme inutile (pour ce genre d'histoire), et la forme qu'il prend est intéressante, parce que le genre romanesque lui permet d'intégrer les faits historiques, le récit familial, la fiction, l'autobiographie. Et c'est pourquoi le roman (en général) est un art supérieur aux autres (dans le domaine des lettres s'entend), selon moi, parce qu'il peut contenir toutes les formes et quand même fournir une imagination débridée comme le fait si bien Laurent Binet. Il en résulte donc dans "HHhH" une sorte de métafiction où l'autobiographie de l'auteur nous permet de voir les ficelles qu'il tisse. Bien que cela ait déjà été fait dans le passé (et souvent), dans le roman historique c'est plutôt rare.

L'auteur voue une passion pour les deux héros de ce roman (héros au sens premier), qui ont bel et bien existé, mais ils font de brèves et courtes apparitions dans le livre. La première moitié est consacrée à l'histoire de l'écrivain, du nazisme, de Reinhard Heydrich et les deux résistants arrivent dans la deuxième moitié où l'on assiste à leur complot pour l'assassinat du nazi Heydrich.

En terminant, je dois dire que c'est Bret Easton Ellis qui m'a amené à ce livre en écrivant qu'il était exceptionnel. Je ne sais pas si c'est le cas mais c'est à tout le moins un bon livre. On pourrait le résumé en disant qu'il est une biographie de Reinhard Heydrich sous une forme métafictionnelle. L'auteur ne nous cache rien, même ses erreurs de parcours sont dévoilées au grand jour, ce qui est rare en littérature et plutôt dispensable. Le nazisme, par la force des choses, est aussi un des thèmes principaux de l'ouvrage, et même si l'on connaît son histoire par coeur, Binet amène un petit quelque chose de plus. Quant à Reinhard Heydrich, le centre de ce roman, Laurent Binet le décrit comme il le mérite, comme le plus froid des monstres.

jeudi 2 mai 2013

Le Pendule de Foucault, Umberto Eco




Ma note : 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Après l'immense succès du Nom de la rose, voici le second grand roman d'un géant incontesté de la littérature mondiale. A Paris, au Conservatoire des Arts et Métiers où oscille le pendule de Foucault, Casaubon, le narrateur, attend le rendez-vous qui lui révélera pourquoi son ami Belbo se croit en danger de mort. A Milan, trois amis passionnés d'ésotérisme et d'occultisme ont imaginé par jeu un gigantesque complot ourdi au cours des siècles pour la domination mondiale. Et voici qu'apparaissent en chair et en os les chevaliers de la vengeance... Telles sont les données initiales de ce fabuleux thriller planétaire, incroyablement érudit et follement romanesque, regorgeant de passions et d'énigmes, qui est aussi une fascinante traversée de l'Histoire et de la culture occidentales, des parchemins aux computers, de Descartes aux nazis, de la kabbale à la science. Un de ces romans que l'on n'oublie plus jamais. Et assurément un classique.

"Le Pendule de Foucault" est mon roman préféré d'Umberto Eco, même si j'ai de grandes réserves quant à ses qualités. Après avoir lu "Le cimetière de Prague" et "Le nom de la rose", il a des thèmes qui m'ont davantage touché, et de plus, sa grande influence subséquente sur le thriller (ésotérique-religieux-conspirationniste) fera de lui une référence certaine. Le début du roman est un peu plus intimiste que ses autres romans, mais il débouche quand même sur une internationalité évidente avec les conspirations mondiales comme toile de fond. Ainsi, Eco nous parlera, sans jamais vraiment nous embarquer dans un suspense, des templiers, des rose-croix, de la franc-maçonnerie, du saint-graal, etc. Aussi, plusieurs sujets intellectuels seront abordés sous forme de digressions, comme les grands savants de l'histoire et leurs découvertes. Mais ce sont les complots dans leur ensemble qui deviennent rapidement le point central de l'histoire.

Ce dernier sujet semble passionner cet auteur. Il en fait le sujet principal dans ses autres romans (de même que les "faux") et ici, c'est encore plus vrai, parce que le complot fait partie intrinsèque de l'intrigue, bien que cette intrigue se cache profondément derrière une foule de connaissances que nous transmet l'écrivain par sa grande érudition. Le roman s'en va un peu dans tous les sens, ce qui ne facilite pas sa lecture. Cependant, le style d'écriture me convient mieux que celui de ses autres romans. Il est davantage contemporain et ses références sont connues.

J'aime comparer les auteurs que je critique sur ce blog avec d'autres auteurs du même genre mais avec Umberto Eco je suis plutôt embêté. C'est certain qu'il a influencé tout le courant des thrillers ésotériques que nous avons connu dans les dernières années, en première ligne Dan Brown et tous les autres épigones. Par contre, Umberto Eco a plus de valeurs littéraires, d'érudition, etc., ce qui en fait un écrivain à part dans le paysage de la littérature mondiale. Certains passages font tellement penser au "Da Vinci Code" que c'est évident que Dan Brown s'en est inspiré. Et dans le genre "conspirationniste", le meilleur roman, et de loin, c'est "La conspiration des ténèbres" de Theodor Roszak. Je vous conseille ce thriller fascinant sur un complot dans l'industrie du cinéma.

Avec "Le Pendule de Foucault", Eco ne se contente pas d'un complot en particulier mais il passe presque à travers tous les grands complots internationaux de l'histoire et ainsi, on croirait lire un livre jaune. Les amateurs de suspense seront déçus parce que le savoir passe ici avant l'intrigue. Et pour ma part, je me suis souvent ennuyé (comme pour chaque roman d'Umberto Eco) mais à d'autres moments, il y a des liens intéressants à faire avec notre époque et le monde dans lequel nous vivons.