"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

lundi 18 novembre 2013

Cosmopolis, Don DeLillo


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: New York, avril 2000. Bloqué dans la somptueuse limousine par un embouteillage géant qui paralyse Manhattan, Eric Packer, Golden boy de vingt-huit ans, assiste au crépuscule du système qui a porté sa compagnie au firmament de la galaxie Wall Street. Les yeux rivés sur les cours d'un monnaie dont il a parié la chute et qui remonte contre toute attente, tétanisé par l'irruption dans son monde virtuel d'un réel ensauvagé qui embrase les rues de la ville, Packer accède, en vingt-quatre heures d'une initiation spectaculaire, aux codes qui détiennent le secret de son assassinat annoncé. Concentrant dans un espace littéraire superbement inédit tous les langages où se profère l'inquiétant scénario global du monde contemporain, "Cosmopolis" fait du présent une fable, du futur une histoire et de l'archaïque, peut-être, notre étrange avenir.

Le personnage principal de ce roman époustouflant aime la poésie. Déjà là, pour un homme d'affaires, financier, ce n'est pas commun. Don DeLillo, grand écrivain, réussit où Bret Easton Ellis, écrivain moyen doté d'un faible talent, échoue. DeLillo, contrairement à l'autre, pour ce genre de roman, ne tombe pas dans la facilité en nous lançant quantité de marques en plein visage (Nike, Tommy Hilfiger, etc.) mais travaille plutôt ses romans en employant un vaste vocabulaire, entre autres, ce qui en fait un des meilleurs écrivains de notre époque. Donc, le personnage principal aime la poésie très brève, comme si la paresse intellectuelle était devenu reine, mais ce n'est pas le point central du roman. Ce qui est important c'est qu'il est un bourgeois capitaliste américain. Il est davantage cultivé que les gens et le monde qui l'entoure même s'il continue à vivre sa vie de capitaliste où l'argent prend le dessus sur l'art, où le déterminisme social combiné au néolibéralisme agi comme un rouleau compresseur. Il est prisonnier du système. Et dans le roman, il est prisonnier de sa limousine, même s'il sort à quelques occasions, et cette prison, du moins au début, fût construite parce qu'il voulait une coupe de cheveux, rien de moins ! Ensuite, il pariera contre le yen et perdra une fortune, assistera à un meurtre télévisé, sera le témoin d'une étrange révolution, affrontera des anarchistes, un entarteur aussi, il visitera les lieux d'un tournage de films, d'un techno rave, etc.

Le roman reçut des critiques pour la plupart négatives. Pour ma part, j'ai adoré. C'est une vaste allégorie sur le néolibéralisme postmoderne. Le roman passe à travers les phases du capitalisme. La création de la richesse, la spéculation, la chute des marchés financiers, les contestations, la tentation de son antithèse (le marxisme), la destruction créatrice, les écarts de richesses, etc. Dans sa limousine, Éric Packer passera à travers cette route sinueuse, celle qui mène au néolibéralisme, à l'implacabilité du capitalisme dans toutes les sphères de la société. La sécurité du personnage (caméras partout, antivirus web, etc.) renvoie à la sécurité paranoïaque des États-Unis et à la phobie de ses puissants de perdre le pouvoir. J'ai trouvé cela original, l'histoire de cet homme immobilisé dans sa voiture mais qui assiste quand même au déclin de la civilisation.

C'est le premier roman de DeLillo qui servit pour le cinéma alors qu'il est le roman le moins cinématographique de l'auteur et surtout le plus difficile à filmer alors qu'une grande partie de l'action se passe dans une limousine et que celle-ci devient vite un personnage.

Pour finir, il ne fait aucun doute que ses romans "post-Outremonde" (et celui-ci en fait partie) sont moins réussis que le reste de son œuvre, mais n'empêche, un roman moyen de Don DeLillo est tout de même au-dessus de la moyenne des romans contemporains. Les romans comme "Cosmopolis" sont difficiles à développer parce qu'ils ont des contraintes d'espace et de temps (il se déroule en moins de 24 heures) et ici particulièrement parce que ce n'est pas un thriller vide de sens mais en même temps on n'est pas dans le grand "littéraire", dans le grand lyrisme. De plus, le lecteur doit en faire la lecture au second degré, ce que plusieurs critiques ont manifestement eu de la difficulté à faire. Le roman explore aussi la mondialisation, cette oligarchie capitaliste-financière que les riches ont implantée après la Seconde Guerre mondiale, notamment avec le FMI et les accords de Bretton Woods. Bref, voici un roman divertissant avec une énorme portée sociale.

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