"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mercredi 18 septembre 2013

La lucidité, José Saramago



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Panique électorale : à l’heure du dépouillement, 83% de votes blancs sont comptabilisés. Le chaos s’installe, le Gouvernement crie à la conspiration et déclare l’état de siège, le pouvoir se lance dans une chasse aux sorcières et la presse se déchaîne contre les coupables désignés. Seul dans la panique, un commissaire affronte la troublante vérité…

"La lucidité" c'est la suite du plus grand succès de Saramago. Et ce succès, c'est "L'aveuglement", roman mondialement célèbre, porté au grand écran, dans lequel une mystérieuse épidémie rendait les gens aveugles (voyez l'allégorie). Il était excellent ce livre. Pour ces deux romans (et quelques autres), Saramago utilise comme point de départ, le "et si...", et si les gens devenaient tous aveugles, et si les gens commençaient à voter blanc massivement (il a même déjà écrit un roman avec la prémisse : et si les gens ne mouraient plus). Mais là où cet auteur se démarque des autres, c'est par sa grande polyvalence littéraire, parce que non content de se limiter à cela, il écrit aussi dans plusieurs genres littéraires, entre autres, le roman historique ("Le voyage de l'éléphant" et "Le Dieu manchot") et le roman "kafkaïen" ("Tous les noms"). Aussi, José Saramago semble être l'écrivain contemporain (entre 1970 et notre époque) le plus apprécié des critiques et théoriciens littéraires. Je crois qu'il est le seul à faire l'unanimité, en tout cas je n'ai jamais lu un critique professionnel le critiquer durement.

Donc, dans ce roman à l'idée de départ stupéfiante, nous assistons à un de mes rêves personnels, soit que la grande majorité des citoyens votent blancs. Le jour de l'élection en est un de "temps de chien" comme l'écrit Saramago. Cette scène de départ évolue à travers les représentants des partis politiques, tous plus insignifiants les uns que les autres. Ils attendent en vain les électeurs qui ne viennent pas voter à cause de la météo. Ils ne se rendent pas compte de l'ironie de la chose, que les gens considèrent que c'est pire de se faire arroser que de ne pas voter. Finalement, les électeurs commencent à sortir et la plupart voteront blancs......et c'est là que les choses se corsent. Le gouvernement, comme c'est à son habitude de ne rien comprendre et d'être à la remorque des idées qui émanent de la cité, paniquera et croira que les citoyens se sont écartés du droit chemin. L'État devient totalitaire. La société commence à se disloquer, les bombes sautent. Les anarchistes sont pointés du doigt. Le point de vue adopté par la narration est surtout celui du pouvoir. Dans la deuxième moitié du bouquin, nous découvrons le lien entre "L'aveuglement" et "La lucidité".

Je ne crois pas que l'on soit dans la dystopie, ni dans le roman d'anticipation. Pas plus que dans celui de la science-fiction, même si plusieurs idées proviennent de ce genre. Ce roman peut se lire sans avoir lu "L'aveuglement". José Saramago était communiste. Il a très bien compris que nos démocraties libérales sont ridicules. Ils servent de paravent à l'élite financière qui gouverne le monde à partir de Wall Street. Ce sont les agences de notations qui servent de bourreaux en imposant leur condition aux gouvernements et enlèvent par le fait même toute liberté aux politiciens. Le rôle des médias est immense dans cette vaste mascarade, et cela est très bien démontré dans ce livre. Nos ministres, premiers ministres, présidents, chefs d'État, etc., ne décident plus rien. Saramago se sert majestueusement bien de son talent d'écrivain pour nous écrire une allégorie sur la farce de nos systèmes politiques. De plus, et cela est remarquable, deux vastes allégories se croisent vers la fin du roman, quand l'auteur ramène le sujet de "L'aveuglement" dans cette histoire lorsque nous retrouvons le personnage principal, celle qui n'était pas devenue aveugle dans ce premier roman... 

1 commentaire:

  1. Je lis actuellement "L'autre comme moi" du même auteur. Original...
    Et,de cette lecture et après avoir lu vos commentaires, je pense connaître mes deux prochains livres !

    RépondreEffacer