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"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

samedi 17 août 2013

L'obscurité du dehors, Cormac McCarthy


Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Frère et sœur, Culla et Rinthy Holme vivent dans une cahute délabrée au cœur des Appalaches. De leur relation incestueuse naît un enfant, vite abandonné par son père dans la forêt. Rinthy, ivre de chagrin, part sur les routes à la recherche de son bébé… Une fable terrifiante sur le bien et le mal qui met en scène, avec une incroyable virtuosité, la misère du vieux sud américain.

Ce roman de Cormac McCarthy, son deuxième, rejoint tous les thèmes chers à cet auteur (et c'est ce qui est intéressant en revenant aux sources d'un auteur, à ses débuts, parce qu'on découvre que tout ce qu'il a dit par la suite était déjà en gestation plus tôt). D'ailleurs, cet écrivain écrit souvent sur les mêmes thèmes. Le plus récurrent : la mort. Mais il y a aussi la contrée sauvage, les grands paysages, le mal à l'état brut, la solitude ou du moins le petit groupe de deux ou trois, le décor d'apocalypse, la quête extérieure ou intérieure perdue d'avance, la religion en général et le christianisme en particulier. Quant à elle, la langue, et les dialogues, prennent toujours la même forme : peu de ponctuation, une prose minimaliste combinée avec une forte inspiration de Faulkner, un vocabulaire très recherché et on sent toujours cette saleté qui se dégage du sud américain. La vie à l'état sauvage est merveilleusement décrite par McCarthy. Et ainsi, "L'obscurité du dehors" est un peu le roman qui rejoint tous les thèmes de McCarthy et en plus, il se rapproche d'"Un enfant de Dieu", un roman à part dans l'oeuvre de McCarthy, en abordant la maladie mentale. Ici, c'est Culla le malade alors qu'"Un enfant de Dieu" nous présentait un tueur en série. Donc, dans le présent roman, on assiste au "tout" McCarthy avec un roman qui déterminera la production littéraire ultérieure de ce géant américain (j'ai tout lu de Cormac McCarthy).

Le roman commence de la même façon que "Suttree", avec un prologue où la prose poétique de l'auteur montre une obscurité peu commune. Dans sa trilogie des confins, les personnages principaux partaient à la poursuite du sud. Ici, c'est plus humain, plus intime. La soeur de Culla part à la recherche de son enfant. Après le prologue, le roman commence par la visite d'un colporteur, un vendeur, où vivent les Holme, et qui essaie de leur vendre des biens essentiels, ce qui nous permet de constater l'ampleur de la pauvreté de Culla et Rinthy (il y aurait une analyse marxiste à faire concernant cette pauvreté extrême que l'on retrouve dans les romans de McCarthy). Leur analphabétisme, leur misère nous sont montrés par le passage de ce colporteur qui hantera par la suite un récit basé essentiellement sur le frère et la soeur. Par contre, le roman ne tombe pas dans le misérabilisme non plus. Il est d'une froideur extrême. L'angoisse de l'accouchement se fait sentir (il doit être fait en secret) et conséquemment, nous tombons au coeur du roman, l'enfant incestueux à naître. Culla le déclare mort à sa soeur, mais celle-ci n'en croit rien et part à sa recherche, ce qui séparera les deux personnages principaux jusqu'à la fin du roman. Entretemps, le colporteur du début prend l'enfant dans les bois, et la mère, la soeur, le poursuit et le mystère pour le lecteur s'épaissit parce que nous ne savons pas vraiment comment la mère a fait pour savoir que le colporteur avait son enfant. Et pendant ce temps, le roman évolue en parallèle, entre le frère et la soeur, Culla cherche du boulot, le roman devient de plus en plus inquiétant, les sombres histoires autour de Culla s'accumulent, l'obscurité devient de plus en plus écrasante.

Cormac McCarthy a déjà dit que la mort était le seul thème sur lequel il était capable d'écrire. Avec "L'obscurité du dehors" cette mort est davantage reflétée par une noirceur dans l'écriture, dans l'ambiance en général. C'est un excellent roman. Par contre, le problème que j'ai rencontré revient à ce que je disais plus tôt, soit que les mêmes thèmes reviennent d'un roman à l'autre et cela devient ennuyeux. De plus, son style difficile d'accès qui lui aussi est répétitif ne fait qu'amplifier les choses. Selon moi, on pourrait se contenter de lire "Suttree", un chef-d'oeuvre absolu, et l'on pourrait ensuite passer outre Cormac McCarthy. Ici, on sent une certaine réticence de l'auteur à se lancer dans le grand lyrisme comme dans "Suttree", et il semble être un peu moins habile qu'avec ses romans subséquents. Bref, voici une bonne lecture qui n'arrive cependant pas à nous épater autant qu'à l'habitude.

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