"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

dimanche 29 juillet 2012

Blade Runner, Philip K. Dick


Ma note: 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Philip K. Dick a obtenu en 1962 le Prix Hugo. Il est resté jusqu'à sa mort en 1982 au premier rang des auteurs de S-F avec Loterie solaire, Dr Bloodmoney, L'oeil dans le ciel, etc. Un blade runner, c'est un tueur chargé d'exterminer les androïdes qui s'infiltrent sur Terre. Et Rick est le meilleur blade runner de la Côte Ouest. Ce qui ne l'empêche pas d'être un tendre : il rêve de remplacer un jour son simulacre (électrique) de mouton par un vrai ! Hors de prix sur une planète où s'éteint la vie animale ! Aussi quand on lui propose une somme fabuleuse pour éliminer de dangereux Nexus 6 signalés en Californie, il fonce... Mais, face à lui, surgit la très belle Rachel. Femme ou androïde ? L'aime-t-il ? Peut-il l'aimer ?

Je retrouve Philip K. Dick, un de mes auteurs préférés, dans la plus grande joie possible. L'univers qu'il a créé est incroyablement riche et l'ambiance futuriste de ses romans est inégalée. Malgré un style d'écriture particulièrement simple, il réussi à s'infiltrer dans notre inconscient et pendant longtemps, ses récits nous restent gravés. Avec celui-ci, "Blade Runner", on a droit à un roman un peu plus linéaire que les autres mais aussi riche en idées et en thèmes.

Parlant du thème, celui qui marque le plus dans ce bouquin est l'identité et celui-ci est amené sous l'angle de l'androïde contre l'humain. La science évolue tellement vite que ce genre de questionnement fera surface un jour ou l'autre comme semble le prédire K. Dick dans ce livre. Il nous amène à nous demander ce qui fait qu'un humain est un humain et si l'androïde devra être traité en humain ou en objet, en machine. En plus, il incorpore d'une façon judicieuse et originale ce questionnement avec les animaux. S'ils doivent être traités comme les humains, à quel degré comparativement aux humains, aux androides, etc.? J'aimais beaucoup plus le titre original, qui était : "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?". En plus de son originalité, il saisissait mieux l'essence du roman. L'histoire entourant les "Blade Runner" n'est, selon moi, qu'un prétexte au questionnement métaphysique de l'auteur pour ne pas dire mystique.

En terminant, je dois affirmer que j'ai aimé ma lecture mais cela est peut-être dû au fait que cet auteur me manquait. Parce qu'objectivement il est peut-être un peu plus faible que les autres. Il a été le premier mis en scène parce que l'action est foisonnante et davantage cinématographique. Et cela en fait un très bon film qui n'a pas à pâlir devant son oeuvre original, le roman. Par contre, il réserve moins de surprises et il est moins complet, si l'on regarde l'ensemble de l'oeuvre.

lundi 23 juillet 2012

Les catilinaires, Amélie Nothomb


Ma note: 6/10

Voici la quatrième de couverture: La solitude à deux, tel était le rêve d'Émile et de Juliette. Une maison au fond des bois pour y finir leurs jours, l'un près de l'autre. Étrangement, cette parfaite thébaïde comportait un voisin. Un nommé Palamède Bernardin, qui d'abord est venu se présenter, puis a pris l'habitude de s'incruster chez eux chaque après-midi, de quatre à six heures. Sans dire un mot, ou presque. Et cette présence absurde va peu à peu devenir plus dérangeante pour le couple que toutes les foules du monde... C'est une comédie très noire, d'une lucidité tour à tour drôle et dévastatrice, que nous offre ici l'auteur d'Hygiène de l'assassin et de Stupeur et tremblements.

Ce roman - plutôt moyen - démarre comme bien d'autres livres de cette écrivaine belge. Un des rares personnages de l'histoire narre son existence, sa vie, et un dialogue s'entame entre deux (et ici c'est trois) "ennemis" ou à tout le moins deux protagonistes différents. Cela crée une dichotomie ou un manichéisme. La première moitié de la novella se déroule donc dans cette atmosphère typique chez Nothomb. On la retrouve notamment dans "Hygiène de l'assassin", "Cosmétique de l'ennemi" et "Le fait du prince". Plus on lit de romans de cette auteure et plus cela devient redondant. Ce manichéisme (particulièrement dans la conversation) est partout dans son oeuvre.

Ensuite, en deuxième moitié, d'autres personnages s'ajoutent à ceux d'Émile, sa femme Juliette et Palamède. Dans cette seconde moitié, les longueurs sont plus rares mais ce qui est embêtant c'est l'espèce de manque d'imagination de Nothomb. Elle semble avoir ajouté deux personnages, par manque d'idées, et surtout pour faire plus long en nombre de pages. Dans un roman qui est lui-même pas très long, cela devient vite insipide.

En fait, pour terminer, c'est un récit absurde (dans le bon et le mauvais sens du terme), parfois grotesque, souvent impossible et ridicule. L'esbroufe règne en roi et maître, tout comme la désinvolture dans les mots et l'histoire. Ce n'est certainement pas un grand Nothomb mais malgré tous ses défauts, il se lit quand même bien (comme le reste de son oeuvre). On retiendra la comédie de l'oeuvre mais pas le drame. Bref, si vous plongez, ne vous attendez pas à grand-chose à l'exception d'être quelque peu divertis mais rarement satisfait.

lundi 16 juillet 2012

Le fait du prince, Amélie Nothomb


Ma note: 5,5/10

La présentation de l'éditeur nous offre seulement ce court paragraphe : « Le fait du prince » Un homme vole l’identité d’un inconnu. « Il y a un instant, entre la 15ème et la 16eme gorgée de champagne où tout homme est un aristocrate ».

En fait, c'est l'histoire, ou plutôt le conte, d'un homme qui se fait suggérer de ne jamais rapporter à la police le décès de quelqu'un, si jamais cela devait se produire dans sa demeure. Et comble de malchance, dès le lendemain, un étranger rentre chez lui pour faire un appel et est victime d'un infarctus. Alors l'homme décide de prendre l'identité de celui qui est décédé et finit par entretenir une relation avec la conjointe de ce dernier. S'ensuit une conversation entre la vraie victime, selon moi, (celui toujours en vie) et sa vraie fausse conjointe. Bref, encore une fois, Nothomb nous offre un récit abracadabrant, pour le moins étrange, où le merveilleux côtoie tant bien que mal le réel.

D'après moi, "Le fait du prince" est le Amélie Nothomb le moins réussi. La couverture laissait présager le pire et c'est ce qu'on a. Sans être un conte enfantin comme on aurait pu le supposer au départ, ce roman nous dévoile une Nothomb sur le pilote automatique avec le même humour que par le passé mais en moins croustillant. L'intrigue est d'une minceur ridicule et l'allégorie que voulait créer l'auteure n'est pas crédible. Ou plutôt, on ne sait trop ce qu'a voulu dire Nothomb avec "Le fait du prince". En plus, ce roman m'a fait réaliser à quel point certains critiques avaient raison quand ils disaient que cette écrivaine se répète. On peut avoir lu ce roman sans vraiment l'avoir lu. Le thème (global) du bouquin avait été utilisé maintes et maintes fois par Nothomb auparavant, et ce thème est l'espèce de manichéisme entre deux entités. Et ici ces deux entités, ces deux personnages (appelez ça comme vous voulez) c'est le Olaf d'avant de mourir et le nouveau qui prend sa place, pour peut-être la troisième fois. L'auteur oppose deux âmes comme elle l'avait fait sensiblement de la même manière avec "Cosmétique de l'ennemi" et d'autres (en fait presque tous les romans que j'ai lus d'Amélie Nothomb ont ce manichéisme en fond de toile).

Pour terminer, une grande qualité de ce roman est qu'il est très court. On le referme avec un léger sourire parce que l'on a hâte de passer au suivant. Non que ce soit la pire lecture que j'ai fait dans ma vie, mais je m'attendais à mieux. Ou peut-être pas, ce qui n'est pas une bonne nouvelle...

lundi 9 juillet 2012

Les combustibles, Amélie Nothomb


Ma note : 7,5/10

Voici la présentation de l'éditeur : La ville est assiégée. Dans l'appartement du Professeur, où se sont réfugiés son assistant et Marina, l'étudiante, un seul combustible permet de lutter contre le froid : les livres. Tout le monde a répondu une fois dans sa vie à la question : quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? Dans ce huis clos cerné par les bombes et les tirs des snipers, l'étincelante romancière du Sabotage amoureux pose à ses personnages une question autrement perverse : quel livre, quelle phrase de quel livre vaut qu'on lui sacrifie un instant, un seul instant de chaleur physique ? Humour, ironie et désespoir s'entre-tissent subtilement dans cette parabole aux résonances singulièrement actuelles.

De mon souvenir, c'est la première fois que je critique une pièce de théâtre sur ce blog. Ou peut-être la deuxième, mais peu importe, cette pièce de Nothomb est écrite un peu dans le même style que quelques autres de ses romans. Notamment "Hygiène de l'assassin", que j'avais adoré et "Cosmétique de l'ennemi" que j'avais aussi bien aimé. Pour "Les combustibles", l'auteure met en scène seulement trois personnages mais qui ont une profondeur insoupçonnée pour un livre de 88 pages. Elle joue très bien avec eux et même si je n'ai jamais vu cette pièce, l'effet est bien rendu sur papier.

Mais avant tout, c'est l'histoire qui est intéressante. Très originale bien qu'un peu inspirée par "Fahrenheit 451" de Bradbury (Nothomb fait même un clin d'oeil à ce roman) "Les combustibles" sont une allégorie sur l'importance des livres et de la chaleur qu'ils peuvent apporter. Et de plus, le thème devient même davantage étendu en s'attaquant au sujet des études universitaires (et surtout leurs livres analysés), à la relation maître-élève, aux lectures de divertissements, à celles plus sérieuses, etc.

Bien sûr, le thème qui frappe le plus fortement est l'importance des livres. Sont-ils plus importants que la vie elle-même? Peuvent-ils nous épargner la guerre, la souffrance? Doit-on les conserver à tout prix? Et sans répondre directement à ces questions, et d'autres aussi, Amélie Nothomb nous incite, par l'art, à nous interroger sur la lecture, mais surtout sur la vie elle-même. Bref, elle agit un peu en philosophe dans cette pièce de théâtre où les questions sont plus nombreuses que les réponses.

En terminant, bien que le bouquin comporte sa part de défauts, comme par exemple les situations un peu trop stéréotypées et la brièveté de l'action, Amélie Nothomb réussit son pari en nous livrant une pièce aussi intéressante qu'un bon roman.

lundi 2 juillet 2012

Acide sulfurique, Amélie Nothomb


Ma note: 6,5/10

Voici la présentation de l'éditeur: Concentration : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme… Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l’audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l’horreur dénoncée. Étudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l’aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi. Quand les organisateurs du jeu, pour stimuler encore l’audience, décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, un tollé médiatique s’élève mais personne ne s’abstient de voter et Pannonique joue sa vie… Les jeux du cirque modernes : téléréalité, voyeurisme, ignominie, bonne conscience, dénonciation moralisante y ont partie liée. Un monde de bêtise et de cruauté, d’hypocrisie bien-pensante où l’individu a perdu toute liberté d’agir puisque tout est récupéré, où même la dénonciation du système appartient au système. Et cependant qui dit victime dit désir de sauver sa peau. En premier chef de reconquérir la faculté de nommer, le début de l’humanité selon Nothomb…

Malheureusement pour Amélie Nothomb, ce genre d'histoire (c'est une dystopie) demande plus que 100 pages. Cela demande une profondeur qui est inatteignable en si peu de pages. Ainsi, avec "Acide sulfurique", l'auteure ne parvient pas à développer assez le récit et l'intrigue en souffre grandement. Les personnages sont eux aussi très peu développés, même si par moment ils sont attachants, mais cela, on l'a à chaque roman de l'auteure.

Pour ceux qui ne l'ont pas lu, je conseillerais plutôt "1984" d'Orwell et même "Le meilleur des mondes" d'Huxley, dans une moindre mesure. Nothomb pousse la logique malsaine des téléréalités à sa limite et le roman devient une allégorie de notre monde, mais aussi de la télévision et même des camps de concentration nazis. Cela en fait beaucoup trop pour un court roman comme celui-là.

Je doute que cette écrivaine puisse écrire des romans plus volumineux. Son style semble conçu uniquement pour des novellas, et donc, ses meilleures histoires sont plus intimistes et se déroulent sur une courte période. Non que "Acide sulfurique" soit raté (j'ai quand même apprécié ma lecture), mais en écrivant pour le divertissement, pour la légèreté et d'une façon concise, Amélie Nothomb se tire parfois dans le pied. Et ici, je crois que cela est un bon exemple.