"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

vendredi 22 juin 2012

Stupeur et tremblements, Amélie Nothomb


Ma note: 7/10

Voici la quatrième de couverture: Stupeur et tremblements Au début des années 90, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l’implacable rigueur de l’autorité d’entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant. D’erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière. Une course absurde vers l’abîme – image de la vie -, où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne. Entre le rire et l’angoisse, cette satire des nouveaux despotismes aux échos kafkaïens a conquis un immense public et valu à l’auteur d’Hygiène de l’assassin le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.

L'anarcho-syndicalisme est un concept que j'adore. Inspiré de l'anarchisme (autre philosophie que j'aime) il a pour but de faire travailler les gens sur un pied d'égalité en ce sens que les décisions industrielles, notamment, sont prises en démocratie directe. L'anarchisme a pour formule "Ni Dieu ni maître" et l'anarcho-syndicalisme est surtout conçu pour le "Ni maître". La hiérarchie est inexistante dans ce projet de société et les salaires également répartis. Ces mesures progressistes ont pour but l'émancipation de l'Homme, et plus particulièrement celle des travailleurs. Pourquoi dis-je cela? Et bien parce que dans "Stupeur et tremblements", Nothomb expose l'exact opposé de cela, en traitant de la culture d'entreprise du Japon. Et à cet endroit, de la hiérarchie, il y en a. Et même assez pour en vomir.

En une centaine de pages, Amélie Nothomb se concentre uniquement sur son passage dans l'entreprise japonaise, ce qui nous permet de bien saisir l'enfer de cette société. À peu près tout est à l'opposé de mes convictions personnelles avec les décideurs japonais. En plus de la hiérarchie étouffante, le monde du travail japonais offre les longues heures de travail qui conduisent inéluctablement à l'aliénation de l'individu, à l'esclavage salarié et finalement, au mal-être généralisé de la société. Aussi, l'orgueil démesuré des Japonais et la peur de "perdre la face" me sont tout à fait étrangers et c'est tant mieux ainsi. Je sais que certain aspect de leur société pourrait me plaire, mais en général, ce n'est pas très attrayant.

Écrit par une auteure très efficace et avec l'humour qu'on lui connaît, "Stupeur et tremblements" n'est cependant pas le meilleur de l'auteure. De plus, les médias en avaient tellement parlé, qu'en faire la lecture ne m'a pas beaucoup plus avancé. Encore une fois, Nothomb nous garde un petit quelque chose d'original pour la fin même si la chute en décevra plusieurs. Alors pour terminer, voici un court roman qui tient ses promesses, mais sans plus.

Je conclurai sur une citation de Nietzsche qui explique en partie la société japonaise (selon moi), du moins celle qui nous est parvenue avec les livres qui traitent du Japon :

"Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Aussi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême ..."

mercredi 13 juin 2012

Cosmétique de l'ennemi, Amélie Nothomb


Ma note: 7,5/10

Voici le résumé : Coincé dans un aéroport alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Barcelone, l'homme d'affaires Jérôme Angust se voit contraint de supporter, en plus du retard de son avion, la logorrhée d'un étrange individu, bien décidé à lui imposer le récit de sa vie. Qui est donc ce Textor Texel qui le harcèle ? Pourquoi ce raseur a-t-il jeté son dévolu sur lui ? Le dialogue s'engage pourtant entre l'importun et sa victime, vif, alerte, ponctué de réparties cinglantes, prenant les allures d'une joute de haute tenue, et dévoile la passé trouble de Textor, en même temps que le malaise croissant de Jérôme. Car il se sent cerné, l'homme d'affaires irréprochable, par cet étranger qui semble si bien connaître les tréfonds de sa conscience et dont les crimes font douloureusement écho à un passé qu'il croyait enterré. Étranger, cet ennemi ? Pas tant que ça ! Et si, finalement, cette rencontre n'était pas tant le fruit du hasard que l'objet d'une préméditation diabolique destinée à l'anéantir ?

Je suis surpris de ne pas avoir rencontré le nom de Carl Jung lors de ma lecture. Notamment parce que ce roman d'Amélie Nothomb traite, tant bien que mal, de l'"ombre" de Jung. L'"ombre" est un concept psychologique qui réfère à un être différent de nous, aux extrémités même, et qui se cache à l'intérieur de notre être (pour faire court). Nothomb joue avec cela tout au long du roman lors d'un entretien entre deux hommes dans un aéroport. Il y en a un qui veut absolument parler à l'autre tandis que ce dernier refuse, pour finalement entretenir une confrontation avec l'agresseur verbal.

Comme pour son "Hygiène de l'assassin" - les titres se ressemblent en plus - le bouquin est essentiellement composé de dialogues, ce qui serait facilement transposable en pièce de théâtre. Étant donné que le présent roman est très court, cela passe bien et somme toute, j'ai aimé faire la lecture de ce livre. Cela prend seulement quelques heures. Par contre, ce genre de récit psychologique a été écrit et filmé maintes et maintes fois. Il n'y a plus vraiment de surprise quand on rencontre ce genre d'histoire et pour celui-ci j'avais même prédit le dénouement final lors des premières pages. Ce type de récit psychologique a souvent été exploité dans le roman et le film d'horreur (entre autres par Patrick Senécal, Stephen King et Dean Koontz) et ayant fait mes armes de lecteur avec ce genre en particulier, celui du thriller-horreur-psychologique, je n'ai pas été renversé par "Cosmétique de l'ennemi", comme certains ont pu l'être.

Pour terminer, je peux comprendre que cette auteure déçoit souvent les lecteurs. Elle en sort un à chaque automne et ainsi, l'attente est souvent synonyme de déception. Pour ma part je commence tout juste à lire ses livres, un à la suite de l'autre et donc, je ne suis pas vraiment déçu par les novellas de Nothom. De plus, c'est tellement facile et rapide à lire que le plaisir en est relevé quand on n'a pas à supporter l'attente.

dimanche 10 juin 2012

Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb



Ma note: 7/10

Voici le résumé : "Il existe des êtres qui ne subissent pas la loi de l'évolution. Ce sont les légumes cliniques", ou des tubes par où circule seule la nourriture. Ces tubes ne sont pas pour autant sans cervelle puisqu'il arrive que celle-ci, suite à un "accident fatal", se réveille soudain, et déclenche la vie. C'est exactement ce qu'a vécu la (très) jeune narratrice de Métaphysique des tubes durant les deux premières années de sa vie qui furent muettes, immobiles, végétatives, bref divines. Au sens propre, car ce singulier bébé n'ignore pas qu'il est Dieu lui-même, méditant sur ce monde qu'il hésite à rejoindre. Sous forme de monologues intérieurs, considérations philosophico-drolatiques, on déguste le récit de ces trois premières années d'une vie française au Japon, pays merveilleux où de la naissance à la maternelle, l'enfant est un dieu.

Avec "Métaphysique des tubes" Nothomb nous signe un autre très beau roman (somme toute assez court). Il n'est peut-être pas mon préféré de cette écrivaine belge, mais il est certainement le mieux écrit que j'ai lu de cette auteure. Surtout la première moitié qui nous montre une Amélie Nothomb davantage profonde dans son écriture que ce qu'elle nous a habitué. Lors de cette première moitié, elle décrit sa vie entre 0 et 2 ans. Cela sera suivi par sa "véritable" naissance à 2 ans 1/2 et un peu plus loin dans le roman elle bouclera ce très bon petit roman avec son troisième anniversaire. Certains affirment que tout est autobiographique dans ce livre. C'est impossible. Les souvenirs en très bas âge sont rares - et même exceptionnelles - et on les retrouve chez les enfants qui ont subi des traumatismes sévères.

Par contre, le bouquin est quand même crédible et c'est ce qui fait le charme du roman en général, soit de côtoyer la réalité et la fiction. Dans ce cas-ci, la mission dangereuse que l'auteure entreprenait est réussie. Plusieurs thèmes ressortent de cette lecture - malgré la brièveté de l'oeuvre - comme les relations de l'enfant avec son entourage immédiat, l'arrivée dans un nouveau pays (et dans ce cas-ci la naissance dans un pays étranger), la différence chez certains enfants, mais c'est surtout les thèmes de la mort et celui du néant qui nous accrochent le plus.

Globalement, la définition première de "métaphysique" c'est l'être en tant qu'être. Nothomb semble pencher davantage sur la définition de Dieu quand elle parle de métaphysique. Mais le résultat est le même, parce qu'elle décrit bien l'être en tant qu'être (dans la peau d'un bébé) tout au long du roman. Et ainsi, cet état est comparé à un "tube", d'où le titre de l'ouvrage.

Alors, pour terminer, et sans vous dévoiler la fin, qui est passablement intrigante, je dois dire que c'est un récit qui laisse songeur (dans le bon sens du terme). C'est court, c'est précis et il n'y a pas un mot de trop. Par contre, je peux comprendre que plusieurs n'ont pas aimé parce qu'il n'y a pas vraiment d'intrigue. Sans être un roman parfait (j'en conviens), j'ai bien apprécié ma lecture.