"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." -Marcel Proust


"Je ne suis rien d'autre que littérature, je ne peux et ne veux pas être autre chose." -Franz Kafka


"J'ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu." -Gustave Flaubert

mercredi 17 octobre 2012

Tous les noms, José Saramago



Ma note: 8/10

Voici la quatrième de couverture: Monsieur José, seul personnage de ce livre qui porte un nom, est un obscur employé de l'état civil. Il travaille dans l'immense bâtiment oú sont conservées et mises à jour les archives des vivants et celles des morts. Il vit seul, dans un modeste logement contigu à la grande salle où les employés sont soumis à une stricte hiérarchie bureaucratique. Dans cet univers concentrationnaire, son seul passe-temps consiste à collectionner des renseignements sur les cent personnes les plus célèbres du pays. Un jour, par hasard, il prend la fiche d'une jeune femme. Et sa vie, tout à coup, bascule. Délaissant ses célébrités, il décide de rechercher l'inconnue et se lance, au rythme des longs phrasés de Saramago, dans de rocambolesques aventures. Il fouille la nuit dans les archives de l'état civil, falsifie des autorisations, entre par effraction dans une école, se blesse en escaladant un mur, attrape la grippe, et se met à rédiger un journal. Mais au terme de ses recherches, cet Orphée des temps modernes ne rencontrera la jeune femme ni dans l'enfer des archives ni au cimetière, " cette grande bibliothèque des morts ", où un berger s'amuse à changer les plaques funéraires sur les tombes. Sa quête de l'inconnue, l'espoir d'un amour qu'il ne vivra jamais l'auront mené, en le conduisant vers l'autre, au dépassement de soi, à lui-même. Enquête policière, conte philosophique, réflexion sur la vie et la mort, la lumière et l'obscurité, tous les noms, l'un des romans les plus profonds et les plus émouvants du grand écrivain portugais, mérite déjà d'être défini comme un classique.

J'ai relu "Le procès" de Franz Kafka il y a peu de temps. Je l'avais critiqué très durement sur ce blog à la première lecture, mais cette fois-ci, je n'ai pas pris de chance et je l'ai relu en faisant la lecture en parallèle d'une explication de l'oeuvre. Et cela m'a grandement aidé. Je comprenais davantage "Le procès" en profondeur et ainsi, j'ai bien aimé ma relecture de ce classique.

C'est tout à fait par hasard que je décide de lire "Tous les noms" de Saramago juste après avoir fait cette relecture. On pourrait presque dire que "Tous les noms" sont une suite au roman de Kafka. Comme vous pouvez le lire en quatrième de couverture, les parallèles entre les deux oeuvres sont légion. J'ai même senti un Saramago plus en retenue, plus posé aussi, dans son écriture, pour se rapprocher du maître pragois, Kafka.

Alors que Saramago est marxiste (et communiste) et que Kafka est anarchiste (et libertaire), ces deux oeuvres m'ont inspiré plutôt le contraire. Kafka explique un peu le communisme (et surtout le marxisme) en plaçant son personnage principal dans un matérialisme où l'individu subit son extérieur, dans ce cas-ci les rouages de la bureaucratie et de la société qui permet cela. C'est donc l'extérieur qui a une emprise sur l'intérieur (de l'individu). On pourrait appeler cela le déterminisme social. À l'opposé, j'ai trouvé que Saramago plaçait l'individu au coeur de son roman (j'en conviens il y a quand même une forte bureaucratie et l'anarchisme ne brille pas tellement). Mais n'empêche, Saramago fait la part belle à l'individu, à son intérieur, et son emprise sur le monde, contrairement à Kafka qui plaçait l'extérieur (et donc la société) en roi et maître.

Cela donne un roman, "Tous les noms", qui suit le personnage principal, Monsieur José, du début à la fin, avec possiblement sa maladie mentale, et qui "force" les événements. Ils doivent avoir lieu parce que lui en a décidé ainsi, probablement inconsciemment, et dans un but qui nous échappe. Tout le roman est en fait une chasse à une femme que Monsieur José ne connaît ni d'Ève ni d'Adam, qui ne sait pas pourquoi il la pourchasse, qui ne sait pas si elle est morte, et finalement qui ne mène à rien sinon à sa propre folie.

Selon moi, Saramago illustre l'ennui qui, intrinsèquement, fait partie de la vie. Schopenhauer, un nihiliste, disait que la vie oscille comme un pendule, de la souffrance à l'ennui. Je crois que "Tous les noms" sont une bonne démonstration de l'ennui (contrairement au plaisir que j'ai eu à lire ce roman). Et quant à la souffrance, José Saramago ne nous laisse pas en plan, il l'a traité pleinement dans ses autres romans.

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